Cet article s’intéresse à l’efficacité des structures d’aide et d’accompagnement des créateurs d’entreprises, à travers la fenêtre des candidats entrepreneurs issus de l’immigration en Wallonie. L’objectif est d’identifier les initiatives d’aide à la création d’entreprise qui leur sont dédiées et d’en apprécier la contribution pour l’intégration sociale et la participation économique de ce public, afin de mesurer l’écart qui existerait entre les réalités des entrepreneurs migrants telles que décrites dans notre étude précédente, et les dispositifs existants pour les couvrir. Une revue de la littérature locale et internationale campe le décor en Région wallonne, en comparaison avec des régions voisines. Les instruments et les structures généralistes d’aide pour créateurs d’entreprise sont également étudiés dans leurs rapports aux candidats entrepreneurs migrants. Enfin, les résultats des initiatives sont illustrés par l’interview de parties prenantes et des recommandations clôturent le travail.
L’entrepreneuriat des personnes migrantes fait l’objet d’un réel intérêt face aux défis socio-économiques qui se posent aux sociétés européennes, et particulièrement celui de l’insertion socioprofessionnelle des travailleurs issus de l’immigration. Ce défi, dont la complexité s’accentue au fil des années en dépit des mesures déjà en place, tire son origine de plusieurs facteurs que sont, entre autres, les flux migratoires et leur évolution durant ces dernières années, ainsi que les différentes crises et mutations économiques que subissent les économies des sociétés d’accueil, comme en témoignent les chiffres sur l’emploi, tous publics confondus, ainsi que les variables qui y sont relatives, pour lesquelles la comparaison d’un pays à l’autre est une source de meilleure compréhension. En effet, les réalités de l’accès à l’emploi des immigrés ne sont pas identiques d’une zone à l’autre dans la région considérée, laissant entendre une diversité de politiques d’emploi aux effets divergents (Manço et Scheurette, 2021).
La situation en Belgique est beaucoup moins prometteuse. En considérant les effets de la pandémie du Covid 19, tandis que le nombre de personnes occupées augmente de 0,6% depuis 2019 pour les étrangers ayant une nationalité de l’UE, ce nombre diminue de 10,3% pour les personnes de nationalité d’un pays hors EU (Statbel). Cette réalité avait déjà été observée en 2013 par l’OCDE qui notait que les travailleurs issus de l’immigration étaient non seulement affectés plus durement par la crise financière de 2008, mais aussi représentaient une importante main d’œuvre sous-exploitée. Le taux de chômage élevé au sein des populations immigrées est expliqué notamment par des facteurs tels qu’un faible taux d’emploi des personnes de 20-24 ans, en particulier en Région wallonne et à Bruxelles.
Ces constats sont de nature à expliquer pourquoi les travailleurs migrants se montrent plus intéressés par une carrière d’entrepreneur que les travailleurs natifs, sans que l’auto-emploi ne soit forcément leur premier choix. En effet selon une étude récente de l’OCDE (Lavison, C., et al., 2023), le travail indépendant augmente plus vite parmi les immigrés en Wallonie : En Belgique, la part des immigrés parmi les travailleurs indépendants est supérieure à la moyenne européenne : 10 % des travailleurs indépendants étaient originaires d’un autre état de l’UE en 2020 (moyenne UE : 3 %), et 8 % étaient originaires d’un pays hors de l’UE (moyenne UE : 7 %). La piste de l’entrepreneuriat se présente donc comme une issue viable, non seulement par nécessité et opportunité, mais aussi par conviction, dans la mesure où les migrants, étant donné leur parcours migratoire, acquièrent un fort potentiel entrepreneurial et une certaine aisance à prendre des risques (Kuete et Manço, 2021). Toutefois, la complexité de la question de l’auto-emploi est marquée par des différences administratives, législatives et de gouvernance, ainsi que par des diversités de cultures régionales et nationales.
Les femmes sont sous-représentées parmi les travailleurs indépendants en Belgique. C’est particulièrement le cas des indépendantes immigrées (qui représentent 31.2´% des indépendants immigrés en Belgique), mais cela s’applique également, dans une moindre mesure, aux indépendantes natives (35% des indépendants natifs), selon une étude du SPF Economie datant de 2019.
Il y a donc lieu de s’intéresser aux différents dispositifs d’accompagnement à l’auto-emploi qui existent, qui sont réservés aux besoins spécifiques des publics immigrés, et d’évaluer leur efficacité : Évaluer l’efficacité de ces dispositifs renvoie, d’une part, à leur inventaire et, d’autre part, à l’identification de leur valeur intrinsèque, leurs impacts et incidences systémiques sur la trajectoire socioprofessionnelle de l’entrepreneur ainsi que, globalement sur le marché de l’emploi. Autrement dit, il s’agit de la mesure de leur aptitude à produire des résultats utiles en fonction des effets attendus, par rapport à leurs coûts directs et indirects (Manço, 2018).
Cette contribution recensera donc non seulement les structures d’aide et d’accompagnement à l’entrepreneuriat afin d’évaluer leur efficacité pour les publics migrants, mais aussi l’impact des sociétés coopératives dans l’aide et le soutien des entrepreneurs migrants.