Pour les disciplines du projet (art, architecture, design), les définitions de la recherche se sont multipliées, et les formats de thèse ont fortement évolué depuis plusieurs décennies. Pourtant, les discussions ont surtout jusqu’à présent porté sur les enjeux épistémologiques et méthodologiques, soulevés par les différents types de recherche (fondamentale, appliquée ou plus récemment research by design, recherche-projet ou recherche-création) et moins sur les questions d’ordre institutionnel et plus largement politique. L’enjeu est donc de pouvoir poursuivre ces réflexions épistémologiques tout en les reliant au caractère politique de la recherche universitaire : comment les recherches en art, en architecture et en design interagissent-elles avec les formes institutionnelles qui les conditionnent?
1. La recherche et l’engagement du corps politique des chercheur.e.s
Il s’agira ici de mettre au jour l’influence des politiques institutionnelles sur les temps de la recherche, ou les conséquences des simplifications et de la substitution des indicateurs et leur incidence sur les activités qui y sont gérées. Outre cette thématique, la table ronde abordera le rôle des outils d’évaluation de la performance universitaire dans les disciplines du projet. Il sera question de voir comment ces recherches, qui ne rentrent a priori pas dans les cases du academically correct, sont toujours d’une manière ou d’une autre contraintes d’y adhérer, distordant parfois leurs intentions initiales pour être reconnues comme recherche.
2. Modes de production et diffusion de la recherche dans un contexte de mondialisation
S’il est une chose de reconnaître l’importance de l’anglais dans la communication de la recherche, c’en est une autre de ne pas vouloir questionner les effets de l’hégémonie d’une langue devenue aussi bien véhicule de légitimation que condition de production des savoirs. En ce sens, il s’agira d’ouvrir le débat sur les instruments institutionnels qui excitent le jeu de la mise en compétition généralisée et qui tendent à la standardisation des modes de production et de diffusion de la recherche, tout en engageant la réflexion vers ce qui tente aujourd’hui de court-circuiter, de faire bifurquer cet état de fait.
3. La recherche, ses modes de restitution et évaluation
Si quelques institutions universitaires osent à présent l’ouverture des formats de restitution de la recherche (artefacts, exposition, performance, etc.), la question de leur évaluation se pose toutefois toujours en angle mort. Le principe de reconnaissance par les pairs constitue l’un des fondements de la production des savoirs scientifiques, mais comment peut y être accueillie et discutée la restitution de formes de recherche qui s’assument et s’imposent comme « sans précédent »? C’est autour de ces enjeux que s’engageront les débats de la troisième table ronde, croisant également la question de l’évaluation à celle des effets de la recherche, effets tant politiques que sociétaux.