Informations générales
Événement : 84e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Section 500 - Éducation
Description :Éduquer, former dans un monde problématique, dans une société en quête de sens et de repères, est particulièrement complexe, car cela exige à la fois d’exercer sa capacité éthique (Ricoeur, 2001; 1991), de ne pas laisser s’imposer un régime de vérité(s) (Bourgeault, 2012), de ne pas laisser chacun à sa ou ses vérités (Reboul, 1999) et de ne pas laisser dans l’ignorance (T. De Koninck, 2000; Leroux, 2012), etc. Dit autrement, cela exige de nous interroger sur l’enseignement véritable, soit l’enseignement à la vérité qui libère par la liberté (Reboul, 1977, p. 95).
Or, pour libérer, la neutralité de l’enseignement n’est pas une solution mais une abdication à éduquer, à former. En fait, renoncer à éduquer pour ne pas influencer revient à abandonner les enfants aux influences les moins contrôlables (Idem, p. 64). À ce propos, T. De Koninck (2010) en appelle à la transmission de la culture pour vaincre la nouvelle ignorance. Il recourt également à la valeur absolue de la personne, sa dignité. La reconnaissance mutuelle de la dignité de tous les membres de la famille humaine, sans exception, pour paraphraser le philosophe, représente la fin et le repère de l’enseignement véritable. Il s’agit du rempart premier contre l’intimidation, le harcèlement, la discrimination, l’endoctrinement, la radicalisation, l’indifférence.
Nombre de chercheurs (en éducation, en philosophie morale et politique, en sociologie, en sciences cognitives, etc.) apportent des pistes de réflexions et proposent des approches philosophiques, théoriques et pédagogiques qui peuvent nous inspirer. Le présent colloque vise à présenter certaines de ces réflexions et approches pour que l’école élève vers un respect plus effectif de la dignité humaine, pour que cette valeur phare pénètre davantage les consciences (T. De Koninck, 2010).
Date :- Nancy Bouchard (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Diane Laflamme (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Programme
Accueil
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Ouverture du VIIIe colloque annuel du Groupe de recherche sur l'éducation éthique et l'éthique en éducation (GREE)Nancy Bouchard (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Conférence d'ouverture par Thomas De Koninck, suivie d'un dialogue avec Georges Leroux
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De la dignité humaine
Le texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, et l'extraordinaire accord dont il a fait l'objet par-delà des divergences multiples, sont des acquis majeurs du vingtième siècle. Or dans cette Déclaration universelle deux points majeurs frappent d'emblée : a) On y reconnaît que ce qui fonde l'égalité des droits humains et leur caractère inaliénable, c'est la dignité de tous les membres de la famille humaine sans exception; b) On y reconnaît que le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde, c'est la dignité humaine. Soixante-huit ans plus tard, ces propos n'ont pas pris une ride et s'avèrent en réalité plus pressants que jamais. Il n'empêche que ce qui frappe tout autant, ce soit leur inefficacité apparente, à quoi s'ajoute le fait qu'une certaine confusion semble régner sur le sens exact de l'expression «dignité humaine». Cela étant, comment remédier à cette inefficacité? Et surtout, que faut-il entendre au juste par «dignité humaine»?
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Dialogue sur la dignité humaineGeorges Leroux (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Entretien avec Thomas De Koninck
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Pause
Bloc 1. Du sens de la dignité dans la culture, les cultures
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L'éducation antiraciste, inclusive et aux droits et libertés dans le développement des compétences professionnelles du personnel scolaire et des capabilités des élèvesMaryse Potvin (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Il existe un large consensus international sur l'importance de la formation interculturelle et inclusive du personnel scolaire pour, à la fois, tenir compte des réalités, besoins et droits des élèves, notamment des groupes minoritaires, développer leurs capabilités (Nussbaum 2012) et les préparer à vivre ensemble dans une société pluraliste et démocratique. Cette communication s'intéresse au développement des compétences professionnelles du personnel scolaire pour agir en contexte de diversité, à partir: 1) des grands constats émergeant d'une cartographie de la formation initiale du personnel sur la pluriethnicité dans les universités québécoises et 2) des convergences qui se dégagent des différents courants théoriques en éducation relatifs aux rapports ethniques, à la justice sociale et au vivre-ensemble, qui nous avons définis sous quatre grands vocables: l'éducation interculturelle ou multiculturelle, antiraciste et critique, à la citoyenneté démocratique et aux droits humains, et l'éducation inclusive (Potvin & al. 2013, 2015a). Nous présentons d'abord les principaux fondements de ces courants théoriques en dégageant leurs objectifs communs et les dimensions de compétence du personnel scolaire qui font consensus chez les théoriciens. Nous exposons ensuite deux modèles de compétences interculturelles et inclusives en éducation, développés par un groupe de travail interuniversitaire au sein de l'Observatoire sur la formation à la diversité et l'équité (Potvin & al. 2015b).
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Éducation et culture ou la responsabilité du sens dans un monde problématiqueDenis Simard (Université Laval)
L'intitulé de ce colloque nous invite à réfléchir à la question du sens et de la dignité humaine dans un monde problématique. Un monde problématique, c'est-à-dire un monde non platonicien, pour reprendre un mot de Nietzsche, un monde où des mots comme « vérité », « beauté », « bien », « culture », « éducation », « œuvre », « valeur », « savoir », « transmission », qui tiraient leur force d'évidence d'une longue tradition intellectuelle, ne sont plus des essences mais des problèmes. Ces problèmes interpellent la question éducative au premier chef : comment, en effet, aider les jeunes à entrer dans l'intelligence de ces mots? Ce qu'il est convenu d'appeler l'approche culturelle de l'enseignement, celle qui est associée à la réforme de l'éducation au Québec, est peut-être une manière d'assumer la responsabilité du sens et de la lucidité dans un monde problématique. Que signifie cette responsabilité, comment la penser dans un monde irrémédiablement pluriel, ouvert, problématique? Pour nous aider à y réfléchir, il nous faudra revenir sur les intentions initiales qui ont présidé à la mise en œuvre de l'approche culturelle de l'enseignement, en suivre aussi les tribulations, faire la part entre les avancées et les promesses non tenues et préciser quelques chantiers de travail qu'elle appelle encore à ouvrir. Nous soutiendrons, pour conclure, que cette ambition représente toujours notre horizon éducatif, la tâche permanente de l'école, peut-être sa justification ultime.
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Discussion
Dîner libre
Bloc 2. Du sens de la dignité dans la relation
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Reconnaissance et dignité humaine à l'écoleNancy Bouchard (UQAM - Université du Québec à Montréal)
L'enseignement véritable est celui qui traite la personne, l'élève, « comme une fin, [qui] respecte en lui ce qui mérite d'être respecté » (Reboul, 1977, p. 102). Ainsi conçu, l'enseignement véritable devrait avoir pour valeur phare la dignité humaine (T. De Koninck, 2005; 2010; 2012) et se donner pour tâche première le respect et la reconnaissance effective de cette dernière.
Or, dans un monde où tout a un prix et où la dignité de surface masque la dignité d'essence (Goldenberg, 1986), force est d'admettre qu'un tel enseignement n'a pas su, encore, gagner suffisamment les institutions (école, famille, religion, État, marché, etc.). S'agissant de l'école, l'idée d'une approche s'inscrivant dans la perspective d'une éthique de la reconnaissance (Bouchard, 2006; Ferry, 1996; 2011) demeure, selon nous, une avenue qui mérite notre attention.
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S'inspirer de Ricœur et des avancées de la psychologie cognitive pour éduquer au respect de la dignité humaineDiane Laflamme (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Vivre ensemble dans une égale dignité, qu'est-ce que cela implique et, surtout, en sommes-nous capables ? En reprenant les termes que retient Paul Ricoeur pour définir la visée éthique, il devient possible de déployer ce qui autrement resterait implicite dans le souhait de promouvoir la dignité humaine. Vivre ensemble dans une égale dignité, ce serait ainsi attester de notre capacité de viser « la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes » (Ricoeur, 1991). Examiner les figures du « je peux » – qui ensemble composent le portrait de « l'homme capable » – nous permettra, dans un premier temps, de présenter la démarche d'éducation éthique au respect de la dignité humaine comme un exercice d'attestation. S'exercer à une attestation de plus en plus fiable, c'est aussi être confronté à des empêchements. À la figure de l'homme capable se superpose alors celle de l'homme faillible (Ricoeur, 1960/1988). Pour prendre acte de cette fragilité de l'attestation nous interrogerons, dans un second temps, les résultats de recherches empiriques en psychologie cognitive et morale. Nous examinerons, entre autres, comment une meilleure compréhension des phénomènes de pensée intuitive, de justification après-coup et de persuasion sociale (Haidt, 2012), de capacité attentionnelle, de cohérence associative, d'ancrage et de halo (Kahneman, 2012) peut aider l'éducateur à contrer des comportements qui portent atteinte à la dignité humaine.
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Discussion
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Pause
Bloc 3. Du sens de la dignité dans la liberté
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La pensée critique dialogique chez les enfants et les adolescentsMarie-France Daniel (UdeM - Université de Montréal)
Selon l'UNESCO, il est essentiel que l'école stimule une pensée critique (PC) chez les jeunes afin de les aider à faire des choix éclairés et à mieux comprendre le monde dans lequel ils évoluent. Et le moyen préconisé par l'UNESCO est l'introduction de la philosophie à partir de l'école primaire (UNESCO, 2007, 2011).
Les questions que cette position soulèvent sont les suivantes : Qu'est-ce qu'une PC? La PC est-elle une compétence qui s'acquiert naturellement avec l'âge ou la scolarisation? La praxis philosophique est-elle un outil significatif pour stimuler une PC chez les jeunes?
Dans notre communication, nous introduirons des définitions de la PC et d'une PC dite « dialogique ». Puis nous présenterons des résultats d'une recherche empirique conduite auprès de groupes d'élèves québécois et français âgés de 10 à 19 ans. Ces résultats montrent que, sur le continuum du processus développemental d'une pensée critique allant du simple au complexe, les représentations des groupes d'élèves de la fin du primaire qui ont une praxis philosophique de deux années sont plus complexes que celles des groupes d'élèves de niveau collégial qui n'ont pas bénéficié d'une praxis philosophique. Finalement, nous discuterons de l'incidence des valeurs éducatives (cf. un enseignement axé sur la transmission des connaissances vs un enseignement orienté vers la réflexion critique) sur la dignité humaine et l'engagement social des jeunes (Bourgeault, 2012; Fabre et Gohier, 2015; Galichet, 2012; UNESCO, 2015).
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La prévention de l'endoctrinement et de la radicalisation par l'apprentissage de la réflexion critique en classe de philo pour enfantsGabriela Fiema (UdeM - Université de Montréal)
Face aux problèmes majeurs que représentent aujourd'hui l'endoctrinement et la radicalisation (Sieckelinck, Kaulingfreks et Winter, 2015 ; Ponsaers et al., n.d.), l'apprentissage de la réflexion, du raisonnement, de l'esprit critique et de la démocratie par le moyen de la philosophie pour enfants (Lipman, 1995) serait une approche à privilégier (UNESCO, 2007). Les ateliers de la philo pour enfants (PPE) stimulent l'intégrité cognitive, intégrité reposant entre autres sur l'ouverture d'esprit, la tension vers la vérité et la capacité de prise de décision (Çokluk-Bökeoğlu, 2008; Giancarlo et Facione, 2001) ; bref, des traits de raisonnement nécessaires pour être en mesure de faire face à des tentatives d'endoctrinement qui pourraient survenir. Dans le cadre d'un projet visant à lutter contre la violence des adolescents et réalisé dans un collège en France (Fiema, 2014), nous avons observé que les adolescents ayant suivi des ateliers de la PPE avaient une plus grande intégrité cognitive que ceux qui n'avaient pas participé aux dits ateliers. Par ailleurs, nous avons aussi observé que certains comportements moralisateurs d'enseignants animant des ateliers de PPE pouvaient provoquer des blocages chez les élèves. Dans la présente communication, nous proposons d'examiner comment, par le moyen de la PPE, éduquer aux valeurs communes de notre société et éviter l'endoctrinement des élèves.
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Discussion
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Égalité et émancipation intellectuelle en éducation selon Jacques RancièreMarina Schwimmer (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Dans Le maître ignorant, cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle, Jacques Rancière renverse l'idée selon laquelle l'école, dans sa visée démocratique, doit participer à l'égalité des chances des élèves. Pour respecter la dignité humaine de tout individu, peu importe son origine sociale ou culturelle, l'égalité doit être conçue, nous dit Rancière, comme un point de départ et non comme une destination. Selon Rancière, « l'égalité des intelligences est le lien commun du genre humain» et, pour s'émanciper, chaque individu devrait avoir la possibilité d'en faire l'expérience. Or, les enseignants « savants » auraient plutôt tendance à « abrutir » les élèves en supposant que ces derniers dépendent de leur médiation pédagogique pour développer leur intelligence. Cela ne veut pas dire pour autant que l'école ou l'enseignant n'ont pas de rôle à jouer dans cette émancipation. Les travaux de Rancière sur l'expérience du spectateur d'art (2008) ainsi que ses travaux sur la démocratie comme égalité (1987; 2005) permettent de réfléchir au rôle de l'école et de l'enseignant dans une éducation émancipatrice. Ils permettent, en outre, d'interroger la figure de l'enseignant professionnel contemporain présentée dans le programme de formation de l'école québécoise (MELS, 2006). Des thèmes tels que la différenciation pédagogique et l'approche par compétences sont ici abordés.
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Quelques valeurs humanistes pour l'éducation contemporaine à la lumière de l'œuvre de Neil PostmanFrance Jutras (UdeS - Université de Sherbrooke)
Auteur d'une vingtaine de livres dont Teaching as a conservative activity (1979), Amusing ourselves to death (1985) et The end of education : redifining the value of school (1995), Neil Postman est connu pour son approche critique des médias et ses propos sur l'éducation. À l'ère de l'omniprésence des médias et de l'immédiateté des communications, son œuvre soulève des aspects à considérer pour l'éducation dans notre monde caractérisé par l'interconnectivité et par l'hyperfragmentation des individus dans des espaces de moins en moins communs. L'analyse de contenu de l'œuvre de Postman permet de dégager certains thèmes récurrents : la déroute de l'information, la fascination des médias pour le divertissement, la superficialité du rapport à la culture. Ses propositions et ses plaidoyers pour les valeurs qui leur font contrepoids seront discutés. Cela permettra, d'une part, de mettre en relief les tensions entre certaines valeurs humanistes idéalisées et des valeurs sociales émergentes et, d'autre part, de questionner les finalités éducatives qui leur sont associées et qui peuvent guider et même être incarnées dans le quotidien de la vie et des pratiques éducatives. Il ne s'agit pas de procéder à une lecture nostalgique d'un passé idéalisé à jamais révolu, mais bien davantage de recourir à l'éclairage de la philosophie postmanienne pour poser autrement la problématique des valeurs de l'éducation dans le monde d'aujourd'hui.
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Discussion
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Mot de clôture