Informations générales
Événement : 91e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Enjeux de la recherche
Description :Les travaux de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès (Commission Viens), entre 2017 et 2019, ont mis en lumière les difficiles expériences vécues par plusieurs personnes autochtones d’âge et de genre différents lorsqu’elles sont confrontées au monde institutionnel québécois. La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (Commission Laurent), qui s’est déroulée en 2020, a également accordé une grande attention aux parcours parsemés d’embûches des parents et des enfants des Premières Nations ou des Inuits à l’intérieur d’un système peu à même de considérer leurs besoins spécifiques. Ce ne sont là que quelques aspects d’un enjeu sociétal beaucoup plus large, beaucoup plus complexe et beaucoup plus ancien : celui du mieux-être et de la qualité de vie de populations trop longtemps laissées à l’écart et faisant régulièrement les frais de politiques et de programmes publics insuffisants à rencontrer leurs attentes et à comprendre leurs trajectoires de vie. Cependant, bien que les défis soient encore de taille aujourd’hui, le portrait d’ensemble se module tranquillement à la faveur d’initiatives qui voient le jour un peu partout au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Australie, qui visent à redéfinir les rapports hiérarchiques et unilatéraux colorant trop souvent encore les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones, dans le domaine de la santé comme en d’autres domaines (éducation, environnement, employabilité, justice, etc.). Ces initiatives sont l’œuvre d’instances autochtones en mesure de combattre, par l’affirmation, l’action et l’innovation, les inégalités et les injustices qui marquent depuis longtemps les trajectoires de leurs concitoyen·ne·s. Le présent colloque mettra l’accent sur quelques-unes de ces initiatives en favorisant les échanges et le partage entre chercheur·se·s, gestionnaires autochtones et intervenant·e·s.
Dates :Format : Uniquement en ligne
Responsables :- Carole Lévesque (INRS - Institut national de la recherche scientifique)
- Edith Cloutier (CAAVD - Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or)
Programme
Ouverture
L’initiative Mino Pimatiziwin au Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or
Avec l’équipe du CAALT : Pratiques et compétences en mieux-être au Centre d’amitié autochtone de La Tuque
Lunch
La recherche relationnelle en matière de mieux-être
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Communication orale
Accompagner les personnes victimes de violence entre partenaires intimes à Lac Simon : récit de pratique policière et soutien de la recherche afin d’accroître la sécurité et le mieSylvain Babin (services de police de Lac Simon), Audrey Rousseau (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Dans le cadre d’une recherche partenariale visant à documenter le phénomène des femmes et filles autochtones disparues et assassinées au Québec, notre duo – policier-enquêteur et chercheuse – propose de répondre à la question suivante : Comment un projet pilote d’accompagnement dédié à intervenir en cas de violence entre partenaires intimes à Lac Simon peut ouvrir la voie à l’amélioration de la sécurité et l’accès à la juste des femmes et filles autochtones, tout en évitant des répercussions négatives sur leur vie et celle de leur famille? Nous proposons d'abord de remettre en contexte plusieurs recommandations de la Commission Viens, ainsi que des « appels à la justice » de l’ENFFDA, quant aux enjeux de sécurité des personnes, d’accès à la justice et des pratiques policières. Ensuite, le récit de pratique policière de l’enquêteur Babin nous permettra de découvrir les avancées permises par la mise en place d’un projet pilote « violence conjugale » à Lac Simon depuis 2023. Enfin, nous verons comment la documentation de données statistiques sensibles sur les impacts de ce projet pilote peut ouvrir la voie à imaginer une version 2.0 d’un programme d’accompagnement des victimes de violence entre partenaires intimes qui respecte les besoins et visions des femmes et des filles anicinabek, leur préoccupation pour le bien-être la sécurité de leurs enfants, ainsi qu’une prise en charge psychosociale et hébergement d’urgence en communauté.
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Communication orale
Promouvoir la santé cognitive des proches aidants: recherche action participative en partenariat avec des personnes proches aidantes et intervenantes des Premières NationsChantal Viscogliosi (UdeS - Université de Sherbrooke)
Bien que la cause des troubles neurocognitifs demeure inconnue, des facteurs modifiables (p. ex. contacts sociaux, activités signifiantes, gestion du stress), préviendraient jusqu’à 40 % le déclin cognitif. Afin d’avoir des interventions efficaces en promotion de la santé cognitive des Premières Nations, une approche holistique favorisant la résilience plutôt que la recherche de solutions uniquement axées sur les enjeux permettrait de diminuer les disparités en santé et mieux-être pour favoriser la promotion de la santé cognitive. Cette présentation vise à amorcer le codéveloppement d’un projet de recherche action participative. Ce projet pourrait utiliser une méthode d’échantillonnage intentionnel d’informateurs clés permettant de cibler des personnes ayant une expérience riche à partager avec une diversité de points de vue. La collecte des données pourrait être réalisée par storytelling et cercles de partage qui seraient transcrits pour ensuite faire l’objet d’analyses thématiques. Les participant.e.s au projet valideraient les méthodes de collecte de données, les analyses et les résultats. Les ressources et les stratégies qui pourraient être codéveloppées par et pour les proches aidant.e.s seraient complémentaires à celles actuellement disponibles. La mobilisation des connaissances pourrait être réalisée avec des Aîné.e.s et des agents culturels par le biais d’histoires, de démonstrations, de travaux pratiques et de développement de compétences pratiques.
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Communication orale
Tshisheuatishitau – Soyons dans la bienveillance Une initiative des Innus d’Uashat mak Mani-utenam pour une gouvernance des services d’aide à l’enfance et à la familleLisa Ellington (Université Laval), Christiane Guay (UQO - Université du Québec en Outaouais), Nadine Vollant (Regroupement Mamit innuat)
En juin 2019, le droit inhérent des Premières Nations et des Inuit (PNI) de légiférer en matière de services d’aide à l’enfance et à la famille a été affirmé par l’adoption de la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Ce désir d’autonomie sous-tendait déjà le partenariat de recherche pour soutenir la gouvernance des Innus d’Uashat mak Mani-utenam initié à l’été 2009. À partir des résultats de ce programme de recherche, cette contribution vise à présenter les retombées de cette initiative.
Après avoir présenté brièvement les différentes phases du partenariat de recherche, la présentation met en lumière les éléments clés du modèle de gouvernance innu et explique en quoi les choix qui ont été faits ont permis de créer un modèle original enraciné dans l’innu-aitun. Au terme de la présentation, nous serons à même de constater qu’il est possible, dans le domaine de la protection de la jeunesse, de passer d’une logique de contrôle-surveillance, propre au système québécois, à une logique de bienveillance qui permet d’assurer non seulement la sécurité et le développement des jeunes Innus, mais aussi la préservation de leur identité et l’appartenance communautaire.
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Communication orale
Niikaniganaw (toutes mes relations) –Approches autochtones pour des soins de santé culturellement sécurisants et non stigmatisants aux communautés autochtones mal desservies d’OttaHélène Laperrière (Université d’Ottawa), Hélène Laperrière (Université d'Ottawa)
Comment constituer une équipe de recherche interdisciplinaire et travailler avec les principes de respect autochtone et du TRC, mobilisant les acteurs principaux et partenaires pour une intervention collective? Nous discuterons de la vision du projet Niikaniganaw qui regroupe des membres autochtones vivant ou affectés par le VIH/sida, des protecteurs des connaissances autochtones, des étudiants, académiques, et professionnels sociaux et de la santé, avec qui nous créons, expérimentons et réfléchissons collectivement sur un modèle de recherche/intervention par le biais de cérémonies dans les territoires. Niikaniganaw est un projet, qui vise le renforcement des capacités pour des soins culturellement sécuritaires et dépourvus de stigmatisation, est un besoin urgent et crucial à Ottawa-Gatineau. Selon une perspective autochtone de recherche : 1) Nous travaillons à l’application des connaissances autochtones intégrées; 2) Les participants apprennent par la pratique 3) Les participants apprennent en observant comment l’équipe Niikaniganaw crée et reproduit un environnement culturellement sécurisant et non stigmatisant pour les Autochtones aux prises avec des défis liés à la santé mentale, à la consommation de substances, à la réduction des préjudices, à l’itinérance, à la gestion du VIH/sida; 4) Les Autochtones ayant une expertise de vécu font partie intégrante de ce processus dans toutes les activités de l’équipe.
Mieux-être et développement communautaire
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Communication orale
Odabi un programme d’enrichissement des compétences ancré dans le collectifNatasha Blanchet-Cohen (Université Concordia)
Cette présentation portera sur le programme visant l’enrichissement des compétences offert par le Centre d’amitié autochtone de Val d’Or appelé Odabi (« nos racines » en anicinabe). Nous nous penchons particulièrement sur les moyens proposés par ce programme pour répondre aux besoins et aux réalités des jeunes autochtones en milieu urbain. L'étude menée sur une période de 4 ans s’appuie sur 23 entretiens portant sur les trajectoires de vie des participants, ainsi qu’une série d’activités participatives organisées autour de la métaphore de l’arbre. Les résultats font ressortir la description que les jeunes participants ont fait du programme, à savoir : (1) l’importance du collectif et l’appréciation du groupe (représenté par les racines); (2) les outils offerts (représenté par le tronc); (3) les opportunités de se développer (les branches) et (4) le renforcement des valeurs (fruits). Le succès du programme s’exprime en termes de sa double capacité, à la fois de renforcer les racines en ville, le fait de pouvoir « de prendre sa place », tout en favorisant l’ancrage à sa communauté. Ainsi dans leurs réflexions sur leur rapport au travail, les jeunes disent chercher un milieu de travail qui reflète et incarne des valeurs comme la flexibilité, le respect qui favorise la mise en place d’espaces sécuritaires.
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Communication orale
Développement collaboratif d’une banque de données cartographiques des conflits territoriaux et hydriques impliquant une collectivité autochtone : Archivo Territorial Huascoaltino,Andres Larrea (UQAM - Université du Québec à Montréal)
La communauté indigène Diaguita Los Huascoaltinos, située dans la cordillère andine du désert d’Atacama, Chili, est affectée par un processus de dépossession territoriale et hydrique au profit des industries minière et agricole. Le suivi des multiples conflits associés à la fragmentation territoriale sur les 4320km2 de territoire revendiqué est l’une des plus importantes responsabilités institutionnelles du comité de direction de la communauté. Cette recherche menée en collaboration avec les autorités communales entre août 2022 et septembre 2024 vise le développement d’une banque de données cartographiques des conflits territoriaux et hydriques. À cette fin, nous déployons la cartographie participative mobilisant des connaissances locales; l’observation participante d’activités de gouvernance territoriale; des entrevues semi-dirigées; et l’analyse de documents contemporains et historiques, incluant les cadastres des propriétés et des canaux d’irrigation, le registre du système d’évaluation environnementale, et des images satellitales multispectrales. La banque de données cartographique résultante centralise ces sources d’information et systématise les pertes territoriales et l’accaparement des ressources hydriques, permettant ainsi d’associer les changements d’usages des sols aux modalités de dépossession et aux vulnérabilités socio-écologiques produites.