Informations générales
Événement : 90e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Section 400 - Sciences sociales
Description :Tantôt questionnée quant à sa réelle capacité à préparer les policier·ère·s aux défis de la profession, ou encore quant à sa capacité à suffisamment approvisionner les organismes policiers en recrues, la formation policière est régulièrement au centre des discussions publiques et politiques dès qu’un événement malheureux lié à la sécurité publique survient. Au Québec, le gouvernement provincial a entre autres récemment promis d’injecter de l’argent pour faciliter l’embauche de quelque 450 nouvelles personnes à Montréal en réponse à une vague de violence perçue dans la métropole, malgré la baisse du nombre de demandes d’admission à l’École nationale de police du Québec. De plus, l’intervention auprès des personnes dont l’état mental est perturbé est devenue l’exemple type des limites de la formation policière : malgré toute leur bonne volonté, les policier·ère·s ne sont pas, et ne seront jamais, des expert·e·s capables de diagnostiquer les problèmes et d’intervenir en dehors du cadre de la sécurité publique, qui n’est pas toujours le plus adéquat.
De plus, devant un problème de n’importe quelle nature, il semble que la formation supplémentaire représente une solution adéquate aux yeux de plusieurs pour faire face à des problèmes de diverses natures. La formation policière pose des défis qui sont étroitement liés à sa structure énormément variable. En effet, si elle est plutôt centralisée au Québec, au moyen d’un programme collégial et d’une formation initiale à l’École nationale de police du Québec communs au quasi-ensemble des policier·ère·s de la province, la diversité est beaucoup plus grande ailleurs. À titre d’exemple, les États-Unis comptent 18 000 organismes policiers, dont un grand nombre peuvent édicter leurs propres règles en matière de formation.
Comme l’évoque son titre, ce colloque se propose d’éclairer le « comment » devenir policier, mais aussi le « pourquoi ». Il vise d’abord à explorer ce qu’on sait sur la formation policière. À notre connaissance, il n’existe que peu ou pas de littérature scientifique sur le sujet, en particulier dans la francophonie. Ensuite, le colloque vise à adopter une perspective plus microscopique en s’intéressant aux caractéristiques individuelles des futur·e·s policier·e·s, comme leurs motivations personnelles et leurs aspirations professionnelles. Peu d’études se sont jusqu’ici intéressées à systématiquement comprendre les raisons à l’origine de la formation choisie, même si plusieurs études dans d’autres domaines suggèrent que les motivations initiales à l’emploi sont d’excellents prédicteurs des trajectoires professionnelles futures. Toutes ces questions, auxquelles s’ajoute un rôle policier en changement, ont ultimement une incidence importante sur la sécurité publique et la vie en société. Ce colloque aspire ainsi à réfléchir au devenir policier de demain.
Date :Format : Sur place et en ligne
Responsables :Programme
Devenir policier : regards sur la situation québécoise
-
Communication orale
Les trajectoires professionnelles et académiques des futurs policiers du QuébecRémi Boivin (UdeM - Université de Montréal), Annie Gendron (École Nationale de Police du Québec), Vincent Mousseau (École de Criminologie, Université de Montréal), Frédéric Ouellet (École de Criminologie, Université de Montréal)
La formation des policiers est particulièrement longue au Québec et se produit généralement à l’âge où les candidats sont susceptibles de changer. Elle consiste typiquement en trois années d’études collégiales pour l’obtention d’un diplôme en techniques policières, suivies d’un séjour de quinze semaines à l’École nationale de police du Québec, à la suite de quoi les candidats peuvent appliquer pour un poste dans une des organisations policières de la province. Il s’agit d’une opportunité de recherche longitudinale importante dont nous avons voulu profiter pour étudier l’évolution des aspirations professionnelles, des motivations, de l’intégrité, des attitudes professionnelles et de l’éthique policière.
Cette présentation vise à présenter le processus méthodologique utilisé dans la conduite de l’Étude de cohorte sur les trajectoires professionnelles des policiers du Québec initiée en 2019 pour la première partie de l’étude, soit les trois années de formation collégiale. Tous les étudiants en techniques policières du Québec ont été approchés pour compléter une série de sondages annuels, ce qui fait que l’étude a commencé avec plus de 700 participants. Près de 600 personnes ont complété la phase 3 de l’étude, ce qui en fait un exemple actuel d’étude longitudinale sur le sujet. Même si les participants ne sont pas encore policiers, l’étude permet déjà de répondre à plusieurs questions sur le profil des aspirants policiers.
-
Communication orale
Étude des motivations à devenir policier : Un regard sur l’avis des étudiants québécois inscrits au programme de formation policièreMarie-Ève Beaucage (UdeM - Université de Montréal), Rémi Boivin (École de Criminologie, Université de Montréal), Annie Gendron (École Nationale de Police du Québec), Frédéric Ouellet (École de Criminologie, Université de Montréal)
Les études sur les motivations à devenir policier sont rares, particulièrement dans la francophonie. De plus, la possibilité que les motivations changent au fil du temps est largement ignorée, même si les futurs policiers sont, pour la majorité, à une période de vie cruciale pour le développement humain, la vie d’adulte émergente. Cet article vise à suivre l’évolution des motivations de 437 futurs policiers du Québec et à vérifier l’existence de liens entre les profils motivationnels et le sexe, l’âge et l’origine culturelle des répondants.
Les résultats proposent que le désir d’aider les gens reste la motivation ayant suscité l’intérêt de la majorité des étudiants indépendamment de leur année de formation et leurs caractéristiques individuelles. L’étude des motivations à entreprendre une carrière policière aura aussi permis de déterminer deux profils selon que le choix d’entrer dans la police soit missionnaire ou judicieux. Les résultats suggèrent aussi que plusieurs (futurs) policiers choisissent ce métier pour sa mission, mais que les motivations peuvent changer en fonction de l’âge biologique et de l’avancement dans les études.
-
Communication orale
Récit de pratique : quand la désillusion policière s’installeJulie Nadeau (Julie Nadeau, T.S.)
Au centre des motivations à devenir policier, plusieurs nommeront leur envie de prévenir, voire éradiquer le crime. C'est souvent un idéal de justice qui fait en sorte que des aspirants choisissent le métier policier. Dans notre réalité de travailleuse sociale spécialisée avec les intervenants d’urgence, se trouve une multitude de policiers qui ont la volonté d’aider mais qui se sentent peu outillés face à la détresse humaine. Plusieurs présenteront des signes de fatigue de compassion. Leurs préoccupations sont souvent tournées vers le syndrome des portes tournantes en santé mentale, le manque de collaboration interprofessionnelle et le manque de formation pour intervenir en contexte de comorbidité.
Notre présentation s’attardera à présenter des situations cliniques vécues mais également, ce qui nous interpelle dans le choc de la théorie à la pratique que les policiers que nous rencontrons nous évoquent. Alors qu’en 2001, nous publiions sur le stress des policiers et que cet enjeu ressortait peu, la pratique actuelle nous fait réaliser que l’impuissance des policiers face aux enjeux de santé mentale peuple nos rencontres. Il s’agira donc d’un récit de pratique centré sur le concept de fatigue de compassion : sa définition et symptômes énoncés par les policiers. Nous aborderons également des stratégies individuelles et collectives, notamment une formation plus axée sur la relation d’aide en contexte d’autorité, pour aider les jeunes policiers à se protéger psychologiquement. -
Communication orale
Vers l’actualisation de la relève policière : quel est le profil de compétences souhaité ?Yanick Aubert (École Nationale de Police du Québec), Rémi Boivin (École de Criminologie, Université de Montréal), Andrée-Ann Deschênes (École de gestion, Université du Québec à Trois-Rivières), Annie Gendron (École nationale de police du Québec)
Étant donné le modèle de formation policière au Québec, les recrues doivent traverser le processus de sélection des cégeps en vue d’être admis au programme de techniques policières et celui de l’École nationale de police du Québec, avant de soumettre leur candidature aux corps de police une fois diplômées. Ces processus doivent, en principe, assurer que les candidats embauchés par les corps policiers correspondent aux profils de compétences recherchés. Étant donné le rôle clé des acteurs de la formation policière dans la réponse aux besoins des organisations, l’objectif de cette étude vise à mettre en lumière les caractéristiques recherchées chez les candidats à la profession policière.
Dans le cadre d’un devis mixte combinant un volet quantitatif et un volet qualitatif, des acteurs policiers ont été questionnés. L’analyse des données obtenues à partir d’un sondage mené auprès de superviseurs policiers (n = 365), et des discussions de groupe tenues auprès de gestionnaires policiers (n = 25), montre assez clairement que certaines caractéristiques se démarquent. Il a été également observé que deux tendances se dessinent quant au profil de compétences souhaité chez les futurs policiers patrouilleurs. Cette conférence présentera les principaux résultats obtenus, et amorcera une réflexion sur les cibles à prioriser en matière de sélection et de formation policière.
-
Communication orale
Les apprentissages d’une communauté de pratique en usage judicieux de la force au SPVM (CDPUJF 2005-2018)Stephane Wall (Travailleur Autonome)
La formation policière de base au Québec est encadrée par diverses politiques et guides de pratique. Toutefois, dans la loi de police actuelle, le maintien des compétences est largement laissé à la discrétion des organisations, à l’exception de la requalification annuelle obligatoire pour l’utilisation de l’arme de service. La conséquence est une grande variation au sein de la communauté policière et donc, au cœur de l’intervention policière contemporaine. À l’été 2005, un projet pilote de mise sur pied d’une communauté de pratique et de coaching en usage judicieux de la force (CDPUJF) fut mis en œuvre au Service de police de la ville de Montréal. Ce projet fut inspiré par des années d'expérience opérationnelles et de réflexions sur le thème de la sécurité des intervenants policiers de première ligne et des citoyens.
La communication vise à présenter un résumé des apprentissages et des bonnes pratiques que la CDPUJF a développé au cours de son existence et à démontrer qu’il s’agit d’un excellent véhicule, pour les organisations policières, qui auront à répondre à de nouvelles normes lors de la refonte de la loi de police à venir. L’importance de penser, créer, agir autrement, en complémentarité avec le système traditionnel de formation, pour mieux sélectionner, former et maintenir à jour, les compétences des futurs policiers et policières du Québec est centrale à la communication.
-
Communication orale
L’acquisition des savoirs policiers spécialisés et la construction de l’expertise : Le cas des techniciens en identité judiciaireRémi Boivin (École de Criminologie, Université de Montréal), Vincent Mousseau (UdeM - Université de Montréal)
L’investigation de la scène de crime est une étape cruciale de l’enquête policière moderne. La recherche, la détection et la collecte de traces matérielles par les techniciens en identité judiciaire peut contribuer de plusieurs façons à l’élucidation des crimes par la police. Or, si le succès de l’investigation de la scène de crime est tributaire de l’orientation privilégiée par les techniciens en identité judiciaire, les savoirs guidant cet exercice de priorisation – et surtout leurs modes de transmission – demeurent à ce jour encore nébuleux. Cette étude s'intéresse donc au processus par lequel les techniciens en identité judiciaire considèrent acquérir ces savoirs spécialisés et devenir experts en investigation de scène de crime.
Pour ce faire, 18 entrevues semi-structurées et environ 200 heures d’observation participante ont été réalisées auprès de techniciens en identité judiciaire du Québec entre 2020 et 2022. Les résultats révèlent que les savoirs estimés par ces derniers seraient principalement acquis par la pratique et la socialisation professionnelle. Le ‘devenir technicien en identité judiciaire’, à l’image du ‘devenir policier’, s’opérerait ainsi plutôt par l’expérience du terrain que par la formation académique. Les implications de tels résultats seront discutées à la lumière des récentes réflexions sur la nouvelle réalité policière et la réforme du système policier au Québec.
Dîner
Devenir policier : regards sur la situation internationale
-
Communication orale
La formation policière dans le mondeRémi Boivin (UdeM - Université de Montréal), Vincent Mousseau (École de Criminologie, Université de Montréal)
Devenir policier est le résultat d’un parcours très différent partout dans le monde. Depuis des années, la question du niveau des études exigées à l’entrée fait l’objet de discussions animées : certaines recherches ont par exemple trouvé que les policiers détenant un diplôme universitaire étaient moins susceptibles d’employer la force physique lors d’une intervention. La présentation se concentre sur une question plus large : comment devient-on policier au Québec et ailleurs?
Plutôt que l’énumération des processus de formation de différents pays, il sera question de points communs et divergents dans les différents modèles actuels. Se basant sur une vingtaine d’entrevues avec des experts de partout dans le monde, l’analyse préliminaire présentée dans cette communication démontre que la formation offerte pour devenir policier varie considérablement d’un pays à l’autre, de même que les conditions de travail et le prestige de la profession. Toutefois, la nature du travail varie assez peu d’un endroit à l’autre.
-
Communication orale
Comment devenir – et rester – policier ? L’évolution des exigences, voies de formation et parcours professionnels dans le domaine de la police suisseJonas Hagmann (Département de la Justice et de la Sécurité du Canton de Bâle-Ville)
Le monde policier Suisse est en transformation. Le travail policier doit être expliqué plus systématiquement, l’utilisation de nouvelles technologies et savoirs doit être appris, et autant plus de problèmes sociaux sont devenus des tâches policières. Le champ professionnel est en train de changer lui aussi. Différents du passé, les corps de police se font compétition et recrutent directement auprès des autres. L’attractivité du métier souffre et crée des problèmes de recrutement et maintien du personnel. En même temps, de nouvelles voies de carrière s’ouvrent hors du monde policier - non seulement au secteur privé, mais aussi au sein du champ national de la sécurité.
Ces changements posent des questions fondamentales : Comment le travail policier doit-il être effectué ? Quelles sortes de professionnels sont à former ? Où mèneront les carrières professionnelles à l’avenir ? Il est de moins en moins clair comment un travail de police efficace, démocratique et durable peut être réalisé aujourd’hui et l’avenir. Afin de formuler des réponses à cette problématique helvétique complexe, il est fort utile de jeter un coup d’œil au-delà des frontières . La communication contribue à cet effort comparatif en présentant les contours, les changements et les défis du système policier suisse. Elle esquisse la manière dont les policiers sont formés en Suisse, les changements qui caractérisent leur champ d’activité et leur paysage éducatif, ainsi que leurs parcours professionnels.
-
Communication orale
Le temps long du devenir policier : enjeux d’une recherche longitudinale dans le sillage d’une réforme de la formation policière en SuisseMichaël Meyer (UNIL - Université de Lausanne)
En Suisse, le monde policier a été récemment occupé par les nouveautés du « Concept général de formation 2020 » qui a modernisé la formation de base, changé sa durée et son déroulement. Cette transformation nationale offre une fenêtre d’opportunité à la recherche scientifique pour accéder au “chaudron” de la profession et observer les parcours d’insertion. Dans ce contexte évolutif, les organisations de police ont en effet accueilli favorablement notre proposition de mettre en place une étude nationale auprès des policiers en formation (environ 700 par année).
Cette communication propose de retracer la mise en place de la recherche, ainsi que ses défis en lien avec le fédéralisme et le plurilinguisme en Suisse : en effet, un questionnaire multithématique a été conçu pour être pertinent auprès de 6 écoles de police, dans 3 langues nationales, pour des calendriers de formation désynchronisés entres les région du pays. Le but est d’obtenir des données inédites sur la transformation des situations personnelle et professionnelle, sur l’évolution des attitudes et opinions, au fil de l’entrée dans la profession. Nous présenterons certains résultats préliminaires sur les mécanismes de l’acquisition d’une identité professionnelle et la manière dont celle-ci se modifie sous la triple action de la formation de base, des expériences vécues et des premiers contacts avec le futur milieu professionnel.
-
Communication orale
Les effets du crime organisé dans la socialisation culturelle des policiers mexicains : une étude de la Police fédéraleValentin Pereda (UdeM - Université de Montréal)
Dans le champ des études policières est bien établi que de nombreux éléments caractérisant le contexte sociopolitique dans lequel travaillent les policiers influent sur leurs croyances, leurs valeurs et leurs attitudes envers la profession. Paradoxalement, la majorité des études autour des cultures policières continuent à les décrire comme des cultures très souvent tournées vers elles-mêmes et détachées du monde des « non policiers ». Une des limitations de cette perspective dominante est qu’elle ignore le fait que les policiers font partie de réseaux sociaux qui dépassent les frontières des organisations policières. Ces réseaux qui s’étendent au-delà de la police peuvent exercer une influence importante sur les valeurs, les croyances et les attitudes des policiers.
Au Mexique, il existe un enchevêtrement important entre les organisations policières responsables de la lutte contre le crime organisé et les réseaux criminels que ces organisations sont censées réprimer. Autrement dit, les policiers faisant partie de ces organisations semblent être souvent impliqués dans des réseaux criminels s’étendant au-delà du milieu policier. À travers une analyse des narratifs de 33 anciens policiers qui appartenaient à la Police Fédérale mexicaine, j’étudie la manière dont les perceptions des officiers autour de cet enchevêtrement semblent influer sur les croyances, les valeurs et les attitudes qu’ils ont adopté au cours de leur processus de socialisation professionnelle.
-
Communication orale
Qui sont les élèves gardiens de la paix en France, et comment ont-ils choisi de devenir policiers ?Mathieu Fiolet
Chaque année depuis près de dix ans, plusieurs milliers d’élèves gardiens de la paix intègrent les écoles de police, renouvelant ainsi grandement l’effectif des policiers sur le terrain. Cette intégration se fait par concours, en général un voire deux chaque année, et les policiers ainsi recrutés en une année sont, ensuite, intégrés en écoles en quelques promotions. En 2019, nous avons décidé de nous intéresser aux promotions 249 à 252, soit 3171 élèves qui, pour 96 % d’entre eux, ont été recrutés grâce au concours de l’année 2017 (et réciproquement, 95,2 % des lauréats de ce concours ont été intégrés dans l’une ou l’autre de ces quatre promotions). À ces 3171, nous avons proposé un long questionnaire, et 2848 y ont répondu. Nous avons, par ailleurs, réalisé des entretiens individuels avec 47 de ces élèves.
À l’aide de ces éléments, nous tenterons donc de décrire non seulement notre effectif, mais aussi ce chemin, cette « carrière sociale » personnel(le) qui les a amenés à effectivement devenir policiers, et plus précisément à se présenter au concours, à l’obtenir et à intégrer l’école de police. L’objectif sera donc de révéler les multiples étapes de ce chemin, et la façon dont chacun a fait en sorte, à chacune de ces étapes, de passer à la suivante, quand d’autres, engagés eux aussi sur ce chemin, ont fait le choix, à un moment, de s’en échapper pour faire autre chose.