Informations générales
Événement : 90e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Section 400 - Sciences sociales
Description :Qu’est-ce que le plaisir sexuel ? Quels sont ses facteurs d’influence ? Comment les gens en font l’expérience ? Comment en discuter ? Comment le promouvoir sans verser dans l’injonctif ? Les médias et Internet véhiculent un alliage d’informations d’un point de vue autant spécialiste que profane, commercial et consumériste pour améliorer sa sexualité, ses relations et sa santé sexuelle. Or, parmi ces informations, peu traitent du plaisir, du désir et de l’excitation de manière réaliste, concrète et ancrée dans le vécu des gens (Kleinplatz, 2013). Sur le plan scientifique, bien que l’Organisation mondiale de la santé reconnaisse le plaisir sexuel comme composante importante de la santé sexuelle, force est de constater que très peu d’études s’y intéressent. En effet, le manque de recherches et de publications scientifiques portant sur les aspects gratifiants et agréables du potentiel érotique humain est documenté, et cette tendance semble se maintenir dans le temps. Comme le mentionnent Tolman, Bowman et Fahs (2014), « ironiquement, les recherches sur la sexualité s’intéressent peu au sexe; ce que les gens font, pensent et ressentent lorsqu’ils expriment un ressenti sexuel ou utilisent leurs corps de façon sexuelle sont très rares » (p. 760, traduction libre). Plus récemment, Jones (2018) note l’absence du plaisir sexuel comme sujet d’étude empirique; la majorité des articles publiés sur la sexualité humaine s’inscrivent dans une vision déficitaire, pathologique, médicalisante et axée sur les risques et la victimisation sexuelle. Devant ces constats, le but de ce colloque est de rassembler chercheur·se·s, clinicien·ne·s, groupes communautaires, théoricien·ne·s et personnes étudiantes qui travaillent à diverses facettes du plaisir sexuel, et de discuter d’avenues de collaborations et de recherches ultérieures innovantes sur cet aspect crucial de la santé sexuelle.
Date :Format : Sur place et en ligne
Responsables :- Simon Corneau (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Paméla Plourde (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Programme
Mot de bienvenue et présentation d’ouverture
Plaisir sexuel : discours et expériences
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Communication orale
La commercialisation du plaisir, qui reste exclu? Un discours aseptisé et anti-porno dans le développement de la sextechDelphine Ditecco (Université Carleton), Lara Karaian (Carleton University)
Quels types de plaisirs sont commercialisables ? En analysant les discours sur la « sextech », cette présentation considère comment certains plaisirs sont construits comme acceptables ou non acceptables à travers la commercialisation et la marchandisation.
Au cours des dernières années, le concept de la «sextech» gagne en popularité dans le milieu académique, les médias, et sur le marché consommateur. Pour mieux comprendre le concept, j’ai tenté de tracer le développement et la définition du terme. Ma recherche a relevé une dichotomie intéressante: d'un côté la « sextech » est présentée comme un outil émancipatoire qui va révolutionner la sexualité et le plaisir sexuel, de l'autre, la « sextech » est aseptisée par sa construction comme outil de « santé et bien-être » et par sa ségrégation de la pornographie et des plaisirs « vulgaires ». Je propose que l'industrie de la sextech promeut une rhétorique où seules certaines formes de plaisir sont privilégiées comme « féministes » et « émancipatoire », à l’exclusion d’autres plaisirs et de communautés importantes.
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Communication orale
Plaisir sexuel, pornographie, et sexualisation de la culture; influences potentiellesSimon Corneau (UQAM - Université du Québec à Montréal), Paméla Plourde (Université du Québec à Montréal)
La thèse de la sexualisation de la culture soutient que nous assistons depuis les années 2000 à une prolifération de discours et représentations sur la sexualité dans les sociétés occidentalisées. Cette thèse engendre cependant des débats théoriques polarisés. D’un côté, elle génère certaines craintes quant au fait qu’elle réduit le plaisir sexuel à une performance marchandisée. De l’autre côté, on la considère comme un signe de progrès en ce sens qu’elle démocratise, normalise, et rend visible la pluralité des possibles en matière de sexualité. Au sein de cette présentation, à la lumière du concept de sexualisation de la culture, nous présenterons une analyse préliminaire d’entretiens semi-dirigés menés auprès d’adultes de 25 ans et plus portant sur l'expérience du plaisir sexuel. L’analyse thématique montre que les personnes interrogées mobilisent des éléments de discours qui se situent dans les deux pôles du débat; la normalisation de la sexualité et du plaisir sexuel au niveau social, de même que la diversification du matériel pornographique, peuvent être interprétés tant comme des représentations qui véhiculent des idéaux normatifs que comme des manifestations qui légitiment et valorisent le plaisir sexuel. Conséquemment, nous défendons l’importance de se distancer de la vision polarisée lorsqu’il est question de positionner l’expérience du plaisir sexuel dans la thèse de la sexualisation de la culture afin de représenter la complexité des expériences des individus.
Plaisir sexuel : reconnaissance et visibilité
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Communication orale
Plaisir et handicap : pour une éducation à la sexualité positive et inclusiveGwendoline Lüthi (Travailleuse autonome)
Le plaisir, le désir et l’érotisme sont des thématiques très peu abordées lorsqu’il est question de la sexualité des personnes en situation de handicap. Étant fréquemment la cible d’infantilisation et/ou d’invisibilisation, ces dernières ont peu accès à une éducation à la sexualité positive et inclusive qui reconnait leur agentivité sexuelle. Tel que soulevé par Campbell et ses collègues (2020), « le refus d'accepter et de valoriser la sexualité des personnes vivant avec un handicap est un problème de justice sociale aux conséquences considérables » (p. 363, traduction libre). Ancrée dans une posture intersectionnelle et sex-positive, cette présentation vise à proposer des pistes d’intervention en éducation à la sexualité pour les professionnel·le·s oeuvrant auprès des personnes en situation de handicap, interventions qui reconnaissent leur droit à la sexualité et au plaisir. Ces dernières seront présentées à travers une mise en situation inspirée de ma pratique professionnelle en relation d’aide.
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Communication orale
L’ergothérapie pour favoriser l’expérience du plaisir sexuel durant les activités de masturbation pour les personnes en situation de handicapLouis-Pierre Auger (UdeM - Université de Montréal), Ernesto Morales (Université Laval)
Introduction : Les personnes en situation de handicap (PSH) présentent un risque élevé de difficultés sexuelles, qui peuvent limiter la participation et le plaisir dans leurs activités sexuelles. Les ergothérapeutes, spécialistes en analyse de l’activité et en adaptation, peuvent à répondre certains besoins de réadaptation sexuelle des PSH.
Objectifs : 1) Explorer l’acceptabilité et les retombées perçues des usagers d’un service d’ergothérapie en réadaptation sexuelle; et 2) Présenter un processus de co-design avec des PSH de jouets sexuels adaptés.
Méthodologie : Étude qualitative #1 : 6 PSH recevant une offre pilote de services d’ergothérapie en réadaptation sexuelle ont participé à une entrevue individuelle semi-dirigée dont les verbatim ont été analysés par thématiques. Étude qualitative #2 : 19 PSH ont participé à 2 entrevues individuelles visant le co-design de jouets sexuels adaptés à leurs besoins, et 1 session d’optimisation en groupe a été réalisé avec 9 intervenants.
Résultats : Le service d’ergothérapie a été bien accepté par les participants et a mené à des améliorations perçues dans leur participation, connaissances ou satisfaction liées à la sexualité. L’étude de co-design a mené à l’idéation de 5 différents jouets sexuels adaptés dont 2 prototypes ont été créés. Leurs particularités et fonctions seront présentées.
Conclusion : L’ergothérapie et l’adaptation d’aides techniques apparaissent comme des avenues prometteuses pour favoriser le plaisir sexuel des PSH.
Dîner
Plaisir sexuel : diversités et inclusivité
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Communication orale
Parler de plaisir sexuel avec les jeunes trans et non binaires. Analyse du projet cosmose en SuisseAdèle Zufferey (Fondation Agnodice)
Les travaux féministes contemporains s’activent à placer le plaisir sexuel au coeur des réflexions lorsque l’on parle de sexualité. Longtemps mise de coté par la science, la notion même de plaisir n’était pas synonyme d’intérêt, surtout s’agissant du plaisir féminin. Pourtant, lorsque l’on aborde les notions de plaisir sexuel aujourd’hui, les travaux s’inscrivent dans une vision hétérociscentrée. Qu’en est il des personnes trans et non binaires ? Qu’en est-il des jeunes qui, au sein même de leurs quêtes identitaires et de découverte de soi, s’inscrivent dans une diversité des corps et des genres ? L’invisibilisation de la sexualité des personnes trans et non binaires entraîne des conséquences bien réelles sur leur santé sexuelle, ainsi que sur leurs envies, désirs qui ne trouvent pas assez d’ancrages légitimes. Le projet Cosmose est un projet Suisse en peer to peer, pensé par deux psychologues et un groupe de jeunes concerné·x·es, afin de lever ces tabous et d’ouvrir un espace de parole safe autour des sexualités à destination des personnes trans et non binaires. Cette présentation abordera la genèse et la mise en place de ce projet, ainsi que les perspectives d’ouvertures que ces jeunes peuvent nous apporter sur les notions de plaisir et de désir.
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Communication orale
L’usage de la lecture érotique comme lieu de tensions et négociations de l’agentivité sexuelle des femmesBenedicte Taillefait (Université Laval)
Replaçant le plaisir et le désir dans le contexte de pratiques sexuelles quotidiennes (Jackson et Scott, 2007), cette communication propose d’analyser les usages de la lecture érotique en tant qu’ils sont des pratiques négociées (Cahill, 2003), qui rendent compte de l’agentivité sexuelle des lectrices (Lavigne et coll., 2019).
À partir de résultats préliminaires issus d’entretien avec des lectrices, je mettrai en lumière comment ces usages sont des moments d’exploration d’une sexualité en propre, entre recherche de plaisir, perfectionnement de son soi sexuel et hétéronormes persistantes (Tissot, 2018). Plus spécifiquement, j’explorerai comment ces lectures sont des pratiques revendiquées de plaisir à la fois textuel et sexuel (Longhurst, 2012; Smith, 2007) servant à la diversification du répertoire de fantasmes et à la gratification sexuelle. Enfin, j’analyserai les enjeux de respectabilité sexuelle (Skeggs, 2015 ; Williams 2021 ) qui informent les discours des lectrices interrogées, notamment lorsqu’elles valorisent ce type de consommation érotique en opposition avec la pornographie.
Cette communication, à cheval entre la sociologie, les études culturelles et la sexologie, rend compte d’une démarche de recherche multidisciplinaire qui souhaite penser les résistances au sein de la sexualité également comme des pratiques de plaisir aussi anodines et routinières que peuvent sembler les usages de la lecture érotique.
Plaisir sexuel : réflexions critiques et pratiques
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Communication orale
Le plaisir sexuel en tant que levier d’intervention en éducation à la sexualitéEstelle Cazelais (Les 3 sex*)
La culture populaire et les imaginaires qui y sont véhiculés représentent majoritairement la sexualité en tant que manière d’atteindre le plaisir que le mystère, outil érotisant, contribue à alimenter. Toutefois, les notions afférentes au plaisir génèrent une forte résistance lorsqu’abordées de front. Oeuvrant à titre de sexologue auprès de populations jeunesses, il m’est donné de constater que les savoirs sur le consentement, l’identité et la corporalité sont plutôt envisagés en tant que menace au plaisir.
Dans le cadre de cette communication, j’expliquerai mon approche d’intervention en éducation à la sexualité qui s’inscrit dans une perspective de la sexualité positive, de la promotion de la santé et des droits sexuels. J’aborderai les approches nécessaires à adopter pour éviter d’être dans une intervention exclusivement préventive. En effet, le plaisir sexuel n’étant pas à prévenir, je l'utilise a contrario comme levier de changement et thématique transversale dans chacune de mes interventions. En posant trois questions, référant à trois sous-thématiques soit 1) la conscience et la découverte de soi (self-awareness et l’identité sexuelle), 2) le consentement sexuel et 3) le corps, j’amènerai l’auditoire à prendre connaissance de l’importance du savoir-être et du savoir-faire dans l’éducation au plaisir sexuel. Finalement, je soulèverai que la reconnaissance du plaisir sexuel et du bien-être sexuel constituent une responsabilité tant individuelle que collective.