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Informations générales

Événement : 89e Congrès de l'Acfas

Type : Colloque

Section : Section 600 - Colloques multisectoriels

Description :

Problématique

Si l’on considère que les savoirs circulent davantage à notre siècle qu’aux précédents, il convient néanmoins de (se) poser la question de leur démocratisation. En effet, une meilleure accessibilité aux savoirs implique-t-elle leur démocratisation? C’est tout l’enjeu de ce colloque.

On interrogera dans ce colloque les savoirs au pluriel, c’est-à-dire tant les savoirs scolaires, officiels (universités, instituts de recherche, etc.), que les savoirs endogènes. Par savoirs endogènes, on inclut les savoirs considérés ou vécus comme traditionnels. Dans cet ordre d’idées, on envisage les rapports entre les savoirs. Mais qui décide de leur visibilité et de leur transmission à grande échelle? Une indéniable concurrence idéologique existe entre des savoirs propres, c’est-à-dire à soi, et des savoirs majoritaires, souvent impropres, non pertinents, parce qu’imposés, trop généralisés (Deleuze et Guattari, 1980 et 1991). C’est également ce que montre le théoricien du contrôle culturel, l’anthropologue mexicain Guillermo Bonfil Batalla (1991), en proposant une catégorisation qui définit les éléments culturels selon que les décisions sont propres ou extérieures. Dans certains de ces cas, il y a résistance à l’absorption d’une culture par une autre.

On peut légitimement s’interroger sur ces conflits entre les savoirs : comment faire pour que la démocratisation n’empêche pas certains savoirs d’être reconnus à leur juste valeur? Nous constatons pourtant que certains éléments culturels de sociétés données peuvent devenir des postulats universalisables (pharmacopées autochtones d’Amazonie, cas des savoirs féminins sur la pêche en Afrique de l’Ouest, etc.), mais sont cependant discrédités et/ou poussés vers l’invisibilité.

Si l’on accepte, avec certains philosophes, que des populations de cultures endogènes et/ou autochtones sont à même de créer des concepts nouveaux, de sens différents, on ne peut nier leur capacité à produire des néologismes ou des sens re-signifiés. C’est donc une question de catégorisation sociale ou raciale, y compris en ce qui concerne l’inégalité entre les sexes. Car la « valence différentielle des sexes » (Héritier, 1996) est en passe de devenir, non sans mal, un objet de recherche légitime avec l’acceptation progressive de l’axiome selon lequel « la question de l’inégalité des sexes est éminemment politique. Ce modèle inégal est la matrice de tous les autres régimes d’inégalité » (Héritier), comme le montre son corollaire, la notion de « sexage » (Guillaumin, 1992).

Le fond de la question serait donc ici la position de subalternité imposée par les dominants dans la dynamique de coexistence des savoirs. Les dominé‑e‑s ont leur propre mode de certification et de validation des savoirs. Après James C. Scott (1990), il est reconnu que les subalternes développent une politique souterraine et résistent, de façon plus ou moins dissimulée, aux discours et aux pouvoirs dominants. Ils et elles imaginent un ordre social différent.

Dates :
Responsables :

Programme

Communications orales

Conférence d’ouverture


Communications orales

Circulation des savoirs en Guyane

  • Communication orale
    Revitalisation d’une culture autochtone de Guyane (kali’na) par sa jeunesse
    Amandine Galima (Jeunesse autochtone de Guyane)

    Les jeunes Autochtones de Guyane mettent à profit tant les connaissances transmises par les aînés que celles offertes par la société moderne pour être pleinement conscient.e.s de leurs droits et les faire valoir. C’est l’analyse de cette dynamique qui sera développée dans cette communication.

    Une fracture entre les générations s’est créée à partir de l’expérience violente traversée par les anciens et le profond traumatisme qui en a découlé. Dans les « homes indiens », des internats religieux, les enfants, parfois arrachés à leurs familles, ne revenaient qu’une fois par an chez leurs parents. Cette période a duré en Guyane une cinquantaine d’années (années 30 à 80). Les violences physiques et psychologiques imposées par les institutions se sont doublées de violences symboliques, accentuées par les contradictions inhérentes au processus d’assimilation forcée. Ainsi la francisation obligatoire des patronymes : un mécanisme qui imposait d’avoir un nom de famille tout en interdisant l’utilisation des patronymes autochtones déjà existants.

    L’incompréhension entre les générations s’est manifestée dans la mesure où les aînés, marqués par le contrecoup de l’acculturation forcée, se sont en quelque sorte conformés à leur statut social imposé. Ils ne comprenaient pas pourquoi les jeunes revendiquaient des droits et une fierté culturelle à laquelle nombre d’entre eux avaient renoncé. La revitalisation de leur culture est donc le défi auquel font face les jeunes Autochtones de Guyane.

  • Communication orale
    Savoirs littéraires guyanais et apprentissage
    Dominique Boisdron (Université de Guyane)

    Notre communication traite d’un travail mené en Guyane dans un contexte où les apprenants peuvent éprouver des difficultés de positionnement entre leur culture d’origine et la culture de l’école. La multiculturalité, invariant récurrent de la population guyanaise, renforcée par les migrations massives des dernières décennies, génère des situations de décalage.

    Ces dernières, liées à une temporalité (sud) américaine, complexifient la mise en application des prescriptions nationales françaises. Des fictions plus en adéquation avec le vécu de cette partie du monde leur ont été proposées. L’objectif de ce travail visait à redonner aux sujets apprenants une certaine prise de confiance. Il intéresse la construction d’une représentation de la citoyenneté et concerne des adolescents en formation initiale.

    Au sein d’un ensemble littéraire qui se caractérise par des discours fragmentés représentatifs de l’hétérogénéité guyanaise, le corpus sélectionné l’a été en raison de ce que les supports peuvent dire de l’histoire et de la situation géopolitique actuelle du pays et des savoirs locaux qui le concernent. Les savoirslocaux étant entendus ici comme participant à la construction du sujet (Appadurai, 2005).

  • Communication orale
    Modalités de transmission des savoirs liés aux plantes médicinales dans une société multiculturelle. Le cas de la Guyane française
    Marc-Alexandre Tareau (CNRS)

    Nous aborderons, dans le cadre de cette communication, la question des dynamiques animant les pharmacopées de Guyane française et, en particulier, celle des processus de transmission des savoirs et des usages liés aux plantes médicinales. La transmission culturelle, notamment de savoirs et d’usages ethnobotaniques, fait référence aux processus de reproduction et, parfois, de transformation sociale au sein desquels des traits culturels sont véhiculés d’individus vers d’autres et acquis par ces derniers (Cavalli-Sforza et Feldman, 1981). Décrire les modalités de transmission culturelle est primordial afin de comprendre les processus de maintenance, d’érosion ou de changement des normes sociales (Reyes-García et al., 2009).

    Dans une société culturellement aussi diverse, nous nous interrogerons sur les principaux transmetteurs de ces savoirs, nous demandant quels groupes culturels en sont les émetteurs, lesquels en sont les récepteurs et quels sont les échanges inter-groupes privilégiés. Nous nous demanderons quels sont les freins à la transmission des savoirs dits traditionnels et, inversement, quels sont les facteurs de nouveauté, quelles hybridations peuvent être mises à jour dans le paysage ethno-médicinal guyanais (Tareau, 2019).

  • Communication orale
    Relire Fanon en Guyane : enjeux d’une lecture propre à sa pensée
    Benoît Baltus (Université de Guyane)

    Il s’agit d’évaluer à travers l'œuvre de Fanon la façon dont se sont joués les différents déplacements et les reconfigurations de sa pensée dans l’histoire de sa réception, notamment en Guyane. Nous estimons que, si ses écrits sont connus et abondamment évoqués, l'écriture de Fanon demeure singulière. Respecté à la lettre ou déplacé selon des visées idéologiques, écarté et invisibilisé ou bien devenu le porte-parole de différentes causes, la postérité de Fanon est riche. À l'instar de G. Colli et de M. Montinari avec les textes de Nietzsche, nous interrogeons la dimension exotérique de l'œuvre. Bien que Fanon soit apprécié, sa pensée nous semble parfois obscurcie ou méconnaissable. Ainsi, toute forte audience d’une pensée est-elle nécessairement impropre ou bien peut-on encore la redécouvrir en la relisant attentivement ? Il convient alors de désamorcer certaines manipulations et de revenir au texte afin de considérer nouvellement la visibilité de l'œuvre.

  • Communication orale
    Du déracinement au suicide : les jeunes Autochtones de l'intérieur en Guyane
    Saïla Bidiou (Organisation des Nations Autochtones de Guyane - (ONAG))

    Cette communication interroge le phénomène du suicide chez les jeunes Autochtones de l’intérieur (Hauts-Maroni et Oyapock). Scolarisés sur le littoral, loin de leur village, ils sont alors confrontés au grave traumatisme du déracinement : séparation d’avec la famille, choc du contact avec la culture urbaine. Les adolescents doivent s'adapter à une modernité qui se présente à eux de façon brutale. Confiés à des familles hébergeantes, parfois dysfonctionnelles, les violences, scolaires ou non, sont multiples.

    Puis le traumatisme se prolonge lors du retour dans leur village, particulièrement difficile en cas d'échec scolaire ou de fin de scolarité sans orientation. Refusant les savoirs traditionnels transmis par les aînés, les jeunes s’ennuient, avec pour résultat un comportement à risque (consommation d’alcool et de stupéfiants) qui facilite le passage à l'acte, majoritairement par pendaison ou par arme à feu.

    Ainsi, depuis le début des années 2000, la Guyane subit-elle une dramatique série de suicides parmi les jeunes Autochtones de l’intérieur. Le taux de suicide y est huit à dix fois supérieur à celui du littoral.

    Les autorités préfectorales et sanitaires ont mis en place un "plan suicide" en 2011, avec des résultats à ce jour inefficaces. Depuis le début de l'année 2022, nous comptons cinq suicides et quatre tentatives de suicide, ce qui traduit la réalité accablante d'un échec de la prise en charge en termes de santé publique dans un territoire de l'État français, la Guyane.

  • Communication orale
    Savoirs autochtones et savoirs dominants en Guyane : interférences ou coopération ?
    Wellya Jean-Jacques (CIRCACIA)

    Dans cette communication, nous abordons la question de la prise en compte réelle de la diversité humaine, linguistique et culturelle en Guyane pour les publics autochtones scolarisés. Nous analysons l’absence d’alternative au dispositif des « Intervenants en langue maternelle (ILM) », alors même que les élèves des six nations autochtones de Guyane sont en contact, par le biais de leur vie sociale, tant scolaire qu'extra-scolaire, avec toutes les langues parlées en Guyane et les cultures qu’elles produisent.

    Le dispositif des ILM fut déclenché à la fin des années 1990 en réponse aux demandes de la génération précédente, principalement kali’na (1984). Cependant, force est de constater que ce dispositif, conçu initialement comme une expérimentation, devient caduque. Le temps administratif différant du temps social, les autres langues parlées en Guyane (et leurs cultures) sont elles-mêmes superficiellement assimilées par tous les élèves, y compris par les élèves autochtones. De plus, le programme national doit être respecté à la lettre par les enseignants, alors qu’une adaptation géo-culturelle s’impose.

    Nous discuterons ici les nombreuses interférences à la consolidation des langues et cultures autochtones présentées comme des mesures de coopération entre les instances scolaires et les communautés et populations autochtones. Nous postulons que ce dispositif se retourne contre les populations scolaires pour lesquelles il a été conçu.


Dîner

Dîner libre


Communications orales

Dialectique des savoirs en Afrique

  • Communication orale
    Acquis constitutionnels des savoirs en gouvernance traditionnelle akan matrilinéaire et démocratie moderne
    Kouamé Arnaud Diby (Université Alassane Ouattara de Bouaké -Côte d'Ivoire)

    La présente communication examine, selon une approche anthropologique, les acquis constitutionnels dans la gouvernance traditionnelle akan matrilinéaire ivoirienne. Considérant que les peuples détenaient des savoirs ayant permis d’organiser leur société en État ou en nation, nous analysons la prise de décisions, l’établissement des règles et l’élaboration des pratiques dans le domaine de la gouvernance traditionnelle, méconnue dans la démocratie moderne. Dans l’État moderne, le Président de la République se substitue au peuple et prend les décisions à sa place. Dans le Sénat doublant l’Assemblée nationale, la moitié des membres est choisie par le Président sans que le reste des autres membres appartiennent tous aux partis qui ont perdu aux élections présidentielles. Les lois qui ont peu de chance à l’assemblée sont votées au Sénat. Dans les sociétés traditionnelles akans matrilinéaires, le peuple prenait des décisions, établissait des règles, élaborait des pratiques que les gouvernants traditionnels devaient faire exécuter. Ce peuple faisait le contrôle de constitutionnalité, de conformité et d’inconformité en matière de l’exécution dont les gouvernants traditionnels avaient la charge. Cela a permis un fonctionnement optimum, en érosion dans la modernité. Des enquêtes de terrain réalisées en Côte d’Ivoire auprès de quelques centaines de personnes, il ressort que l’application effective de la démocratie directe peut assurer un fonctionnement optimum d’une société moderne.

  • Communication orale
    Les savoirs traditionnels au service de la lutte contre les effets des changements climatiques (CC) : cas de deux communes (Sô-Ava et Les Aguégués) du sud Bénin
    Dossa Hyppolite Dansou (Université Laval)

    Alors que les effets du CC gagnent du terrain et compromettent de plus en plus l’évolution des pays, les gouvernements centraux des pays décentralisés ouest africains demeurent encore, pour la plupart, seuls à initier et gérer les projets d’adaptation. Dans le même temps, les experts du climat recommandent de se baser sur les savoirs locaux pour une efficace lutte contre ces effets et une meilleure résilience des populations. Dans un contexte: comment les savoirs traditionnels peuvent-ils réellement s’imposer et contribuer à la lutte contre les effets de ces CC au sein des communautés? C’est la réponse à cette préoccupation que tente d’apporter cette présentation qui compare deux expériences développées dans deux communes au sud du Bénin dans des projets d’adaptation aux CC.

    En effet, constamment soumis à des inondations récurrentes et autres aléas qui leur font subir de graves dommages en mettant à mal leur développement, les deux communautés ont eu, chacune de son côté, un projet d’adaptation aux CC. Mais si Sô-Ava a su partir de dynamiques internes (basée sur les connaissances traditionnelles) pour implémenter et réussir son action, les Aguégués n’ont pas eu la même issue parce que le projet n’avait pas pris en compte les donnes locales.

  • Communication orale
    Impact des savoirs institués démocratisés sur l’éthique : les élites intellectuelles au Sud-Cameroun
    Jérôme Manfred Manga (INJS CAMEROUN)

    Le rapport entre les savoirs endogènes dans les localités de Sangmélima au Sud-Cameroun et les savoirs institués ne saurait exister sans heurts. La légitimation de chaque approche des savoirs est compréhensible, bien que la démocratisation tende à occulter les savoirs impropres. En effet, si l’éthique rassemble des règles, des comportements constitués comme canevas de fonctionnement individuel, il n’en demeure pas moins qu’elle puisse souffrir d’une érosion due à la démocratisation des savoirs.

    Une double approche méthodologique permettra d’apporter une réponse à ce questionnement, s’appuyant sur les travaux en sciences sociales de Madeleine Grawitz et sur certaines publications du théoricien du droit René Capitant. Selon notre approche, la démocratisation des savoirs inculque des attitudes secondaires remettant en cause l’éthique des intellectuel.le.s, développant en eux un complexe de supériorité, qui accroît le mépris des opinions des tiers et viole des règles préétablies.

    Nous considérerons ici que le pouvoir de la démocratisation des savoirs institués, bien que frustrant les savoirs endogènes, est tout de même celui qui s’est construit à travers l’étude et l’apprentissage. Nous défendrons ici la thèse selon laquelle la complémentarité de ces savoirs serait la meilleure option dans le contexte qui nous occupe.

  • Communication orale
    Subalternité dans les savoirs en Côte d’Ivoire
    Diamoi Joachim Agbroffi (Université Alassane OUATTARA)

    Hégémonisme français et incapacité des Ivoiriens est la problématique de cette communication résultant d’une enquête de terrain auprès d’une population de huit cent personnes. Le territoire de Côte d’Ivoire était celui des sociétés traditionnelles, indépendantes les unes des autres. À la colonisation d’occupation française, les rois et chefs traditionnels vaincus à la guerre ont signé un pacte de protection et de fusion en un seul État. Après table rase des règles et coutumes traditionnelles, la langue et lois françaises furent imposées. À l’école, il était interdit de parler sa langue maternelle, sous peine de punition. Malgré l’indépendance, pas de langue nationale, ni innovation juridique ni constitutionnelle. Partout, le français est parlé, mais les réflexes et les agissements découlent des savoirs locaux, indépendamment des volontés. La constitution et les lois ivoiriennes d’origine française, qui sont majoritaires par imposition, sont assez souvent impropres, inadéquates, impertinentes. Témoin la corruption qui a atteint des proportions inquiétantes, aucun secteur n'y échappe. Pourtant, les descendants directs des hommes et femmes qui sont en cause, étaient eux-mêmes ainsi que leurs sociétés, si réputés pour l’intégrité, la droiture morale et le respect scrupuleux de la chose convenue au point que chacun, chacune étaient le gendarme de l’autre et vice-versa. Les subalternes développent alors une résistance politique souterraine.

  • Communication orale
    Le système éducatif au Cameroun : entre acceptation sociale et homologation des savoirs endogènes et traditionnels
    Victorine Ghislaine Nzino Munongo (Université Catholique d'Afrique Centrale), Justine Nzweundji (Ministère de la recherche scientifique et de l'innovation du Cameroun)

    La présente communication se donne pour objectif de proposer une analyse épistémologique abordée sous un prisme socio juridique et socio constructiviste. Ce prisme analytique s’attèlera à examiner, en contexte camerounais, les mécanismes mis en place dans le système éducatif visant la déconstruction d’une logique marginalisante au bénéfice d’une méthode inclusive. Le contexte est celui de la matérialité d’une dialectique tant évolutionnaire que révolutionnaire entre les savoirs endogènes/traditionnels et les savoirs institutionnalisés. Il est question d’une transition progressive d’un état de fait vers une cohabitation institutionnalisée ou encore de l’acceptation sociale vers l’homologation.

  • Communication orale
    Conceptions endogènes de la richesse à Yaoundé : « la richesse, c’est les hommes »
    Emmanuel Galland (Aix-Marseille Université)

    Au Cameroun, le fait d’être riche questionne des savoirs et des perceptions multiples concernant l’acquisition de cette richesse. Se pose ainsi la question d’une anthropologie de la valeur où le sens commun prône la valorisation de l’humain et la dévalorisation du matériel. On entend souvent dire à Yaoundé : « la richesse, c'est les hommes », cependant, on observe au quotidien une logique inverse. Des conceptions sous-jacentes de la richesse animent les relations interpersonnelles et masquent les causes réelles de l’enrichissement. Il s'agira, dans notre communication, d’examiner ce qui est là désigné par “la richesse”, en dévoilant les constructions culturelles et historiques qui participent tant à son invisibilisation qu’à son travestissement.

    On s'attachera à circonscrire le sens de cette expression (sur la richesse) au regard de ses contextes d'énonciation, y compris pour ce qui concerne les rapports sociaux de sexe. Des conceptions normatives de la richesse « bonne » ou « juste » s'expriment. Ces discours doivent être compris à l'aune d'une importante stratification sociale et peuvent également être liés aux imaginaires sorcellaires. Puisque ces propos insistent sur l'origine ambivalente de la richesse, qu’elle soit fondée sur l'exploitation ou sur la prédation des humains, l'économie morale de l’enrichissement en constituerait l'avers occulte.

Communications orales

Visibilité décoloniale et savoirs endogènes

  • Communication orale
    Trouver sa place : entre transmission et réinvention des savoirs rituels
    Michèle Fellous (Centre national de la recherche scientifique (CNRS), France)

    Les sociologues analysant l’univers de la modernité font état d’une déritualisation propre aux sociétés occidentales, industrialisées et urbanisées. Celle-ci serait liée à la perte d’emprise des religions, à l’effritement des liens communautaires et à la rationalité du monde moderne. La requête moderne de l’autonomie humaine laisse penser que la personne trouve en elle-même les ressources pour franchir ses épreuves. L’individualisme s’est conquis sur le traditionalisme qui liait indissolublement l’individu à sa communauté d’origine, à son environnement naturel et au monde des ancêtres. En l’absence de rites collectifs porteurs, la démarche par laquelle le sujet va se construire dans nos cultures est un défi permanent : séparations jamais acquises, mises à l’épreuve de soi sans cesse rejouées, identités multiples et éclatées.

    À l’encontre de ces réalités propres à nos sociétés modernes avancées démocratiques et libérales, je voudrais présenter quelques rites que j’ai pu étudier, paradoxaux, au sein de cette même société : le premier fut observé dans une famille d’origine sénégalaise de la région parisienne accueillant un nouveau né ; l’autre est un rite encadrant l’entrée dans l’âge adulte d’un adolescent yao, originaire du Laos. Dans la description et l’analyse de ce qui se joue lors de ces cérémonies, nous nous interrogerons sur la dialectique qui s’actualise, ou se réactualise, entre les récits mythiques déclinés, le collectif présent, et l’individu qui semble concerné.

  • Communication orale
    Décoloniser la Grèce antique. Pourquoi l’invisibilisation du conflit entre les sophistes et Platon nous concerne toujours
    Laura Moscarelli (Aix-Marseille Université)

    La « Grèce antique », en tant que mythe fondateur de la pensée européenne et occidentale, est souvent accusée, à partir d’une perspective décoloniale et féministe, d’être le berceau de l’actuelle culture de la domination. Bien qu'à côté de la tradition occidentale il en existe bien d'autres, au Ve siècle av. JC à Athènes, il y a eu un véritable « grand combat » entre deux visions du monde, de la politique et de la philosophie : le système conservateur et « fermé » de Socrate et Platon d’un côté, et celui démocratique, relativiste et « ouvert » des sophistes, de l’autre. Finalement, la philosophie de Socrate et Platon a fini par devenir la pensée dominante et s’est affirmée de manière définitive, tout en rejetant ses adversaires dans l’oubli et l’invisibilité.
    Notre communication souhaite analyser les motivations et les conséquences de la victoire d’une philosophie sur l’autre, et plus précisément de la victoire platonicienne qui a provoqué en même temps l’exclusion des sophistes de l’Histoire de la philosophie ancienne grecque. Comment et pourquoi Platon s'est-il affirmé comme l'un des principaux philosophes, voire comme le plus grand philosophe grec ? Comment et pourquoi l’exclusion des sophistes est-elle advenue et continue-t-elle d’être systématiquement confirmée ? Comment et pourquoi devrions-nous, en tant que chercheuses et chercheurs, faire un travail de remise en visibilité au sujet des sophistes et de leur pensée démocratique et ouverte ?

  • Communication orale
    Les savoirs sur l'énergie humaine, de l'endogène à l'universel
    Montserrat Fitó (EHESS, Paris - CIRCACIA, Cayenne)

    Notre communication s’interroge sur la façon dont certains savoirs endogènes relatifs à l’énergie humaine sont favorablement accueillis dans les sociétés considérées comme dominantes et d’autres savoirs, tout aussi pertinents, sont marginalisés, invisibilisés ou déformés jusqu’à la caricature. Parmi les savoirs traditionnels tendant à l’universel, on remarque ceux relevant de la médecine traditionnelle asiatique, qui vise à rétablir et à maintenir une harmonie de l’énergie vitale à l’intérieur du corps humain, ainsi qu’entre le corps et son environnement. En Chine comme au Japon, l’objectif est donc que la circulation de l’énergie (ki au Japon, qi ou chi en Chine) se fasse sans obstacles dans l’organisme humain.

    Cependant, d’autres savoirs endogènes/traditionnels, comme ceux nés aux Amériques (Brésil, Cuba, etc.) à partir de la résistance à l'esclavage sont vécus par leurs acteurs comme un corpus de savoirs endogènes sur l'être humain. À l’instar d’autres conceptions traditionnelles, il existe un relatif consensus pour traduire la notion d'aché, ici centrale, comme l'énergie vitale qui alimente, meut et interconnecte les êtres vivants des différents règnes (humain, animal, végétal, minéral), en une sorte de symbiose.

    Dans la perspective d’une approche compréhensive, à partir d’un travail de terrain au long cours, nous analysons ici les rapports de pouvoirs entre savoirs, ainsi que le conflit de légitimité en œuvre dans la marginalisation de certains de ces savoirs endogènes.

  • Communication orale
    « Caring for Country » : ce que la situation coloniale australienne fait aux savoirs autochtones
    Martin Préaud (EHESS)

    Depuis une vingtaine d’années, les collectifs autochtones en Australie ont la possibilité de développer ou de s’impliquer dans des programmes de gestion des ressources naturelles et culturelles dans le cadre de revendications territoriales. Cette communication reviendra sur la distinction entre les programmes autochtones rassemblés sous le terme « Caring for Country » et le financement de ces programmes par le biais d’une politique publique fédérale intitulée « Caring for our country ». L’ajout par les autorités australiennes d’un pronom possessif est le révélateur d’une méconnaissance des savoirs autochtones sur lesquels les protagonistes fondent ces programmes. En mobilisant notamment les outils théoriques et analytiques du colonialisme de peuplement (settler colonialism) issus des travaux de Patrick Wolfe, cette communication mettra en lumière le conflit ontologique et épistémique au cœur de la relation coloniale australienne et s’interrogera sur les conséquences de ce conflit sur les systèmes de savoirs des Aborigènes et Insulaires du détroit de Torres.


Dîner

Dîner libre


Communications orales

Les savoirs du genre : rapports sociaux de sexe, idéologie patriarcale, sexisme systémique

  • Communication orale
    Approvisionnement des villes et rapports sociaux de sexe au Cameroun
    Fati Oumarou Houssaina (Université Maroua)

    Notre communication analysera la résilience des femmes face aux difficultés dans la société camerounaise, notamment en période de CoViD. La conjoncture économique et les difficultés ont poussé les femmes à trouver des moyens de subsistance. Les activités développées par les femmes originaires du Nord du pays, fortement islamisé, ont créé une filière dans la région, qu’elles contrôlent de l’amont vers l’aval. Les légumes cultivés à Mbandjock et à Nkoteng sont commercialisés à Yaoundé et parfois même dans les villes des pays voisins. Les femmes sont alors devenues des pourvoyeuses des légumes-feuilles, notamment la corète potagère (kelen-kelen) et les feuilles d’hibiscus (folléré). La pandémie de SARS-CoV2, par la décision des pouvoirs étatiques de limiter les transports interurbains, a fragilisé l’activité. De plus, les hommes ont profité de ces décisions étatiques pour imposer leur hégémonie et empêcher leurs conjointes de se déplacer. Nous questionnons ici la sécurité alimentaire en contexte de crise. Il est question de voir comment elles ont réussi, malgré ce contexte, à développer une activité source de revenus. Au-delà d’une analyse de la survie en contexte de crise, nous proposons des solutions pouvant être capitalisées également au-delà du Cameroun.


  • Communication orale
    La parité « hommes-femmes » au prisme de l'idéologie patriarcale dans l’exécutif et au Parlement gabonais (1960-2020)
    Omer Arsène Ivora Mouangoye

    La présente communication vise à examiner la difficile évolution de la représentation des femmes gabonaises au sein de l’exécutif et du Parlement gabonais des années 1960 à 2020. En 1960, le Gabon accéda à la souveraineté. Devenu État indépendant le 17 août 1960, il dut mobiliser toutes les forces vives de sa nation pour se conformer aux normes internationales et s’engager sur la voie du développement. Pourtant, aux lendemains de cette indépendance, l’élite qui anima la vie politique, sociale et économique gabonaise fut essentiellement composée de la gent masculine. Les pesanteurs traditionnelles des communautés culturelles gabonaises ont fortement contribué à maintenir les femmes dans leurs rôles de mère et de femme au foyer, faisant ainsi de la politique une affaire d'hommes. À la fin des années 1960, et par le biais de leurs proximités avec le pouvoir alors établi au Gabon, deux femmes firent leur entrée au sein de l’exécutif. Puis, au milieu des années 1970, une poignée de femmes firent leur entrée au Parlement gabonais. Cet état de fait apparut comme l’ère de l’entrée des femmes dans la haute administration gabonaise. Pourtant, sur une période allant de 1960 à 2020, les femmes, si elles étaient très souvent citées dans les slogans et les discours de campagnes des gouvernants, n’avaient que très peu été représentées au sein de l’exécutif et du Parlement gabonais.

  • Communication orale
    Sexisme systémique, équilibre du temps et conciliation vie privée-vie professionnelle sur la performance des enseignants-chercheurs de Côte d’Ivoire
    Albertine Monney (Université Alassane Ouattara, Bouaké, Côte d'Ivoire)

    Le secteur de l’enseignement supérieur étant majoritairement masculin, cette communication vise à analyser, en fonction du sexe, comment les personnes concilient leurs activités pour être performantes. Le déséquilibre observé entre les obligations professionnelles et les exigences familiales tend à s’intensifier, menaçant la performance des travailleurs. Pour ce faire, nous avons mené des entretiens semi-directifs avec des enseignants-chercheurs exerçant dans les universités et les grandes écoles publiques de Côte d’Ivoire. Les résultats de ces entretiens montrent que les femmes, principalement celles en couple (avec enfant ou non), concilient plus difficilement que les hommes leur vie privée et leur vie professionnelle. En effet, la vie privée interfère pour elles très souvent dans la vie professionnelle, parce qu’elles doivent d’abord s’acquitter des tâches domestiques avant de boucler un travail déjà entamé. Ainsi, elles sont obligées de travailler tout le temps et se reposent très peu, contrairement aux hommes. Cependant, chez certains hommes, la vie professionnelle interfère dans la vie privée. De ce fait, ils consacrent plus de temps à la vie professionnelle qu’à la vie privée et cela influence leur vie de couple et l’éducation de leurs enfants. Ce qui conduit certains enseignants-chercheurs à un second mariage ou à une famille disloquée.

  • Communication orale
    Production et circulation des savoirs au sein de l’appareil médico-étatique : une proposition de démocratisation de l’intuition au féminin
    Audrey Bujold (UQO - Université du Québec en Outaouais), Sandrine Vallée-Ouimet (UQO)

    L’hégémonie de la pratique fondée sur les résultats probants en santé a entrainé un autoritarisme certain sur les formes de savoirs qui sont valorisées et reconnus au sein de l’appareil médico-étatique : les personnes qui détiennent les positions autoritaires ont le mandat de choisir ce qui constitue un savoir légitime et ce qui n’en constitue pas. À travers la philosophie morale de Miranda Fricker sur les injustices épistémiques (2007), nous proposons une réflexion sur la production et la circulation des savoirs au sein de l’appareil médico-étatique. Nous suggérons d’interroger cette force hégémonique des savoirs scientifiques comme seule forme de « connaissance véritable » en santé en réfléchissant aux injustices distinctement épistémiques dans laquelle une personne est lésée, discriminée, sur la base d’un préjudice de crédibilité (injustice testimoniale) et/ou d’intelligibilité (injustice herméneutique). Afin d’illustrer notre propos, nous mobiliserons cette idée de Fricker (1995) d’intuition au féminin, savoir reconnu comme illégitime et impropre en santé, pour mieux comprendre les enjeux qui sous-tendent ce souhait de démocratisation des savoirs au sein de l’appareil médico-étatique. Nous soutiendrons que l’intuition joue un rôle essentiel dans le raisonnement humain, et proposerons ainsi une conception coopérative des modes intuitifs et rationalistes de la cognition, toujours dans le but de crédibiliser les savoirs non dominants et alternatifs.

  • Communication orale
    De la théorie à la pratique : penser et valoriser les savoirs endogènes dans une perspective décoloniale
    Marie Fall (UQAC), Mathilde Gouin-Bonenfant (University of Cambridge)

    Nous questionnerons ici la catégorie même de « savoirs endogènes », vue dans une série d’oppositions binaires entre, d’un côté, l’occident, la science, le global, et de l’autre les Suds, le local et la tradition. Ces oppositions, artificielles, sont les fruits de l’effacement de la nature hétérogène et co-produite de tout type de savoir. Toutefois, cette reconnaissance n’efface pas les inégalités, historiquement produites, qui caractérisent les rapports entre les différents savoirs. Travaillant dans une perspective de décolonisation épistémique, il est cependant possible de faire les deux en même temps.

    Puis nous transposerons ces réflexions à la pratique. Comment, dans des projets de coopération Nord-Sud, pouvons-nous valoriser les savoirs endogènes, dans une perspective décoloniale ? Nos recherches actuelles, menées dans le Delta du Saloum, au Sénégal, montrent que les communautés ont, de tout temps, gouverné leurs territoires et mis en place des méthodes de protection et d’optimisation de leurs ressources. Nous proposons qu’une série de dépossessions a disqualifié et parfois remplacé ces savoirs par un discours occidentalo-centriste et de nouvelles visions pratiques de conservation. Si les sources de ces savoirs diffèrent, nous soutenons qu’il existe aussi des continuités dans les pratiques. Nous partagerons alors certaines réflexions provenant de notre recherche en cours sur les savoirs endogènes en matière de gestion des ressources naturelles dans le Delta du Saloum.