Informations générales
Événement : 89e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Section 400 - Sciences sociales
Description :Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.
Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.
1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.
2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.
Remerciements :Nous remercions chaleureusement les professeur·e·s et étudiant·e·s qui ont, avec une grande générosité, accepté de présenter leurs recherches et réflexions à propos de femmes qui sortent des normes, des sentiers battus, et qui sont parfois mises de côté pour cela.
Nous espérons, chacun·e à notre façon, contribuer à une meilleure connaissance pour faire régresser l'ignorance et les préjugés.
Dates :Programme
Religions abrahamiques : être femme et hors normes
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Communication orale
Demeurées catholiques, devenues féministes : explorer un angle mort de la recherche contemporaine sur les mutations du catholicisme québécoisCatherine Foisy (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Cette communication vise à consolider et à préciser, en partant des connaissances scientifiques relatives à l’expérience des femmes catholiques québécoises et par une prise en considération de la perspective développée depuis 1976 par un groupe québécois de femmes féministes et catholiques, la collective L’autre Parole, une hypothèse de recherche permettant de mieux cerner le rôle des femmes catholiques québécoises et du féminisme dans les mutations du catholicisme québécois depuis 1945. Les travaux principalement historiques et sociologiques réalisés depuis trente ans sur ces mutations (Meunier et Warren, 2001; Gauvreau, 2005) n’ont que peu pris en considération l’expérience des femmes (Roy, 1996; Gauvreau, 2003), sinon celle des religieuses et rarement dans une perspective féministe (Dumont, 1995; Laperle, 2015 et 2020). À partir d’un bilan historiographique focalisé sur les travaux historiques, de sciences des religions, sociologiques et théologiques ayant analysé les relations entre les femmes, l’Église catholique québécoise et le féminisme, entre 1945 et aujourd’hui, il sera possible d’identifier des pistes de recherche prolifiques autour d’enjeux plus spécifiques dont nous soupçonnons qu’une majorité gravitera autour du corps et de la sexualité.
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Communication orale
Figures de « femmes masculines » dans la tradition juiveGuadalupe González Diéguez (UdeM - Université de Montréal)
Des figures de femmes « masculines » existent dans les traditions prémodernes, bien avant la constitution de ce que nous appelons aujourd’hui une identité de sexe/genre « butch ». Ainsi nous trouvons, par exemple, la catégorie de la « virago » dans la littérature chrétienne, et celle de « rajula » dans la tradition islamique. Dans cette communication, je me pencherai sur certaines figures de « femmes masculines » dans la tradition juive. J’analyserai les textes qui parlent de Sarah comme « aylonit » (TB Yevamot 64a-b) et de Myriam comme une femme qui atteint un niveau de prophétie autrement réservé exclusivement aux hommes (TB Baba Batra 17a ; Maïmonide Guide des égarés III :51 ; Zohar 1 :125a), pour déterminer quelles sont, dans chacun des cas, les caractéristiques genrées au masculin qui conforment leur « masculinité féminine » (J. Halberstam) et qui font d’elles ce que nous pourrions dénommer de manière consciemment anachronique des « matriarches butch ».
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Communication orale
Trajectoires de lesbiennes face au contrôle sexuel omniprésent exercé par l’Église catholique, Montréal, années 1950-60Line Chamberland (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Ma communication propose une relecture des trajectoires religieuses de femmes ayant eu des expériences lesbiennes dans le contexte montréalais des années 1950-60, en rapport avec le contrôle idéologique et politique omniprésent de l’Église catholique. Si la condamnation du lesbianisme comme péché, crime et maladie, faisait alors l’unanimité, les témoignages des narratrices ont fait ressortir l’énormité du poids de la morale sexuelle catholique sur les consciences individuelles et l’étendue panoramique de la surveillance exercée par les divers agents cléricaux. On relève parmi les narratrices deux trajectoires distinctes amorcées dès l’adolescence : une rupture complète avec le religieux, généralement opérée avant l’expérience lesbienne ou accélérée par elle, plus souvent observée dans les années 1950 et chez les narratrices issues de familles traditionalistes ; une autre plus fréquente dans les années 1960 permettant de concilier sexualité et croyances religieuses par la dissociation entre les composantes spirituelles et institutionnelles de la religion qui ouvre la voie à une réinterprétation de sa foi, de son lien avec Dieu, de la notion de péché et ainsi de suite. La conclusion soulève des interrogations sur la généralité de ces parcours croisant lesbianisme et religion ainsi que les conditions sociohistoriques propices à favoriser l’une ou l’autre trajectoire chez les femmes ayant des désirs pour d’autres femmes.
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Communication orale
« Religieuses catholiques lesbiennes : des femmes hors-normes ? »Loïc Bizeul (UdeS - Université de Sherbrooke)
Dans cette communication, il sera question de la place des femmes dans l’Église catholique, et plus particulièrement des femmes religieuses lesbiennes. Nous essaierons de mieux saisir l’invisibilisation qui est la leur de façon à affiner et renouveler la perception semi-critique d’une institution emblème de la domination masculine. Pour ce faire, notre réflexion se basera sur une analyse de la littérature scientifique, restreinte, sur cette question, néanmoins marquée par les apports de l’épistémologie féministe.
Notre exposé sera aussi l’occasion de réfléchir de façon plus globale sur la place des femmes en Église, en mettant en perspective leur invisibilisation dans une institution où elles sont paradoxalement omniprésentes. Afin de mieux saisir les divers aspects de ce phénomène, nous proposerons une mise en parallèle de la place des femmes religieuses lesbiennes et de celle des prêtres catholiques homosexuels.
Pause dîner
Femmes, normes sociales, marginalisation et victimisation
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Communication orale
Instrumentalisation de la stérilisation des femmes marginalisées au Canada et au Brésil: entre contrôles et possibilités d’émancipationFarah Cader (Fondation québécoise des Vétérans)
S’appuyant sur le lourd historique entourant la stérilisation, cette présentation a pour but de présenter les enjeux modernes entourant la mesure contraceptive. N’ayant pas toujours eu bonne presse, la stérilisation a rapidement été segmentée pour en arriver à catégoriser des types « légitimes ». Ces stérilisations féminines sont devenues médicalement ou socialement acceptables, et ce, contrairement à la vasectomie, jugée comme étant une atteinte à la masculinité. À partir des années 1960, cette division théorique de la ligature des trompes a été dénoncée par plusieurs groupes féministes. L’avènement d’autres moyens contraceptifs et le contexte des revendications libérales et sexuelles des femmes ont permis une dénonciation de ce moyen contraceptif enlignant un contrôle étatique et patriarcal sur les femmes, particulièrement celles racisées. Les femmes autochtones ou noires ont continué d’être stérilisées contre leur gré, et ce, même après une reconnaissance internationale du problème. À l’égard des dernières recherches sur la stérilisation forcée des femmes encore aujourd’hui, peut-on prétendre à un consentement libre et éclairé des femmes marginalisées au Canada et au Brésil? Pour répondre à cette question, nous verrons l’historique et la législation de la stérilisation à l’intérieur des deux pays.
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Communication orale
Femmes, grossophobie et pandémie de COVID-19 au QuébecIrina Joseph (UQAM - Université du Québec à Montréal), Débora Krischke Leitao (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Avec la crise sanitaire que nous traversons depuis mars 2020, de nombreuses problématiques autour du poids et autour de l’association entre grosseur et « groupes à risque » sont apparues. Que ce soient des inquiétudes publiques autour de la prise de poids lors du premier confinement, ou encore les débats sur la responsabilité des personnes grosses sur leur propre santé, la grossophobie s’est exprimée et s’exprime toujours à travers toutes ces sphères. Lorsqu’il est question de poids, des liens avec la discrimination, tels que le sexisme, sont à faire ressortir pour mieux se saisir des mécanismes qui composent la grossophobie. Les femmes, plus que les hommes, sont visées par l’injonction à une certaine minceur et ce depuis au moins le milieu du Moyen-Âge en Europe de l’Ouest. Se pencher sur une situation comme celle des femmes concernées par la grossophobie dans le contexte sanitaire actuel présente un intérêt encore plus pertinent. Dans cette conférence, nous verrons les façons dont la grosseur est stigmatisée mais aussi pourquoi et comment les femmes grosses sont les plus touchées par cette discrimination. Enfin, il s’agira de voir la manière dont la crise de COVID-19 rend visibles les mécanismes de la grossophobie.
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Communication orale
La quête identitaire des jeunes mères célibataires en difficulté en situation de dialogue interreligieux au Burkina Faso : la spiritualité comme une approche de résilienceSimon Ramdé (Université Laval)
La plupart des jeunes mères célibataires en difficulté, dans le contexte burkinabè, ont été victimes de viol. Or, elles appartiennent chacune à une des religions présentes dans le pays qui prônent certaines croyances. À cet égard, il convient de chercher la part des croyances et des valeurs traditionnelles dans la situation que vivent ces jeunes femmes, dont la situation est qualifiée de « déviante », afin de proposer des pistes d’intervention religieuse.
L’objectif de la communication vise à démontrer comment, au nom de la croyance et des valeurs traditionnelles, des personnes (victimes) sont rejetées sous prétexte que leur comportement sort des normes socio-culturelles admises. Nous mettrons en avant comment, dans ce contexte, c’est l’action d’organismes se réclamant d’une tradition religieuse particulière (le christianisme) qui permet de rétablir la jeune femme considérée comme culturellement en déviance par rapport aux normes. Cette contribution présentera, dans un premier temps, la situation socio-culturelle des jeunes mères célibataires en difficulté. Elle abordera ensuite les croyances et les valeurs dites « traditionnelles ». Enfin, nous dégagerons des propositions de pistes d’intervention religieuse au profit de ces jeunes femmes rejetées.
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Communication orale
Que révèle l’herméneutique de la loi 21? Contexte, texte et prétexte ou laïcité falsifiée, racialisation du religieux et exclusion des femmes musulmanesZeinab Diab (UdeM - Université de Montréal)
Partant de la prémisse qu’il y a herméneutique là où il y a incompréhension ou double sens, cette communication proposera une herméneutique critique de la loi 21 québécoise et de ses interactions vivantes, notamment observées et documentées durant l’affaire Fatemeh Anvari. Par une herméneutique du soupçon (Ricoeur) et une épistémologie située (Benhadjoudja 2017), une analyse de la Loi sur la laïcité de l’État mettra en perspective une exclusion implicite — devenue explicite — des femmes visiblement musulmanes de l’espace public québécois. Par ce postulat, cette communication révélera qu’il y a au sein même du texte de la loi 21 et du discours médiatique ambiant, une racialisation du religieux (Al-Saji 2008) et une falsification de la laïcité (Baubérot 2012) à des fins partisanes sous-couvert d’un discours progressiste féministe et civilisateur (Razack 2008). Les acteurs, tant politiques que sociaux, qui soutiennent cette loi, sacralisent en fait un texte de loi qui traite de la laïcité telle une religion (Scott 2017), délaissant l’essence des principes fondateurs de la laïcité pour mettre de l’avant une conception du genre racialisée et islamophobe.
Les femmes et leur violence : symbolique, stéréotype, toujours tabou
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Communication orale
Femmes djihadistes, femmes doublement déviantesAmani Braa (UdeM - Université de Montréal)
A toutes les époques les femmes se sont engagées dans des mouvements radicaux violents, autant durant la Révolution française que dans les mouvements d’extrême gauche ou d’extrême droite, dans des groupes nationalistes ou encore dans des groupes révolutionnaires (Bakker et Leede, 2015). Mais, malgré une présence historique des femmes au sein de mouvements extrémistes violents et d’épisodes de violence politique perpétrés par celles-ci, leur radicalité violente demeure un phénomène marginal en comparaison de celle des hommes (Roy, 2015). Lorsqu'il s'agit de les analyser, le dénominateur commun semble toujours être l'ombre d'un homme qui les aurait entraînées et convaincues dans un tel choix : une femme qui choisit la violence est automatiquement désigné par la société comme déviante. Lorsqu’il s’agit de ces filles qui choisissent de rejoindre des groupes terroristes, il s’agit alors d’une double déviance.
Le phénomène des femmes engagées auprès des groupes djihadistes échappe rarement à la grille de lecture qui tend à interpréter leur radicalisation sous l’angle d’un discours stéréotypé en les présentant comme passives et manipulées par des hommes responsables de leur endoctrinement. Nous avons effectué une recherche auprès des femmes qui ont été directement touchée par le phénomène protagoniste : il s’agit de femmes qui ont été arrêtées, en 2015, à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, lorsqu’elles tentaient de rejoindre un groupe djihadiste en Syrie.
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Communication orale
Lorsque les femmes prennent les armes… : féminité et violence politique à travers les âgesJohanna Masse (Queen's University)
Lorsqu’il est question de violence politique, il est généralement implicitement accepté que le ou les commettants sont de sexe masculin. Féminité et violence semblent de premier abord antithétique, seulement envisageable dans le cadre d’une relation unidirectionnelle : quelque chose que femmes subissent. La difficulté d’associer le sexe féminin au statut de commettant, et par extension le (quasi) réflexe de l’associer à celui de victime s’explique par la force continue – mais de plus en plus contestée – des représentations essentialistes de masculinité et féminité. Pour cette raison notamment, les images de femmes portant les armes tendent à marquer les esprits, notamment contemporains et occidentaux. Parfois célébrées, souvent stigmatisées, ces images se retrouvent pourtant dans de nombreux contextes à travers les époques. Là où s’il était question d’un homme, rien ou presque ne retiendrait l’attention, la symbolique prend le dessus quand il est question d’une femme, le besoin de rationaliser l’action à la lumière du sexe étant prégnant. L’action violente est alors expliquée « en dépit » du sexe. Dans d’autres cas, au contraire, elle est expliquée à travers un « dépassement » du sexe, cette glorification se faisant à travers une déféminisation. Dans le cadre de cette présentation s’appuyant sur une revue de littérature du sujet, nous analyserons les logiques et évolutions de la relation entre féminité et violence à partir des symboliques attachées à celle-ci.
Pause dîner
Les femmes de l’Inde : multiples, nuancées et pourtant sans compromis
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Communication orale
Les hijrā : des « femmes » plus que transgressives !Mathieu Boisvert (UQAM - Université du Québec à Montréal)
L’objectif premier de cette conférence est de faire valoir l’identité féminine transgressive des membres de la communauté hijrā. Les membres de cette communauté « trans » sud-asiatique arborent tous une identité féminine. Bien que fortement marginalisées et généralement exclues des réseaux familiaux (sasurāl et māyakā) indissociables de l’identité féminine sud-asiatique, les hijrā viennent à reproduire symboliquement ces deux réseaux familiaux afin de recréer la structure sociale qui donne forme, en grande partie, à l’identité féminine sud-asiatique. Parallèlement à ceci, nous remarquons que l’identité hijrā se démarque radicalement de attentes sociales vis-à-vis des femmes indiennes et hindoues. À cette fin, nous examinerons premièrement le concept de strī dharma et, plus particulièrement, sa déclinaison contemporaine au sein d’un univers traditionnel sud-asiatique. Par la suite, nous procéderons à une analyse du gagne-pain traditionnel des membres de la communauté hijrā – travail du sexe / prostitution et bénédictions – et de plusieurs comportements spécifiques aux membres de cette communauté, ce qui nous permettra de faire valoir le caractère antinomique de leur identité.
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Communication orale
L’ébauche d’une méthode, étude de cas : Shoba Mā, femme hors normes, gourou en margeDaphnée Dion-Carrier (Université Laval)
En mobilisant la littérature secondaire qui concerne Shoba Mā (1921-2005), villageoise du Bengale oriental devenue femme gourou, cette contribution défendra l’usage d’une méthode en sciences religieuses qui aborde frontalement les moyens que prennent les femmes pour assurer leur avantage dans une perspective religieuse. Le but de cette approche en construction est double : tenter de dénouer certaines tensions entre « femme » et « norme(s) » et élaborer une façon de penser la religion des femmes par et pour elles-mêmes dans un « espace » où elles seraient et construiraient elles-mêmes la norme. En effet, pour parler en termes normatifs, il est nécessaire de désarticuler la femme en une femme vivante et en une femme « virtuelle » qui se construit en rapport au monde et aux autres. Ce faisant, ne parlons-nous pas des femmes de manière périphérique, comme étant nécessairement à comprendre avec l’entourage ? On peut porter notre attention sur Shoba Mā et ses disciples, mais de quelles manières peut-on essayer de faire en sorte qu’elles demeurent les actrices principales ? Cette contribution, centrée sur l’étude de la figure transgressive de Shoba Mā, montrera donc la pertinence d’expliciter l’agir, les actions de la gourou et de ses disciples. Il s’agira alors de fournir un effort de sélection de l’information dans une perspective ethnographique mettant en lumière les femmes en tant qu’actrices principales dans leur contexte religieux.
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Communication orale
Un « troisième genre » peut-il être subversif ? Quand la déviance devient un marqueur identitaire genréOtávio Amaral (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Cette présentation se propose d’analyser la construction identitaire des hijras, le connu « troisième genre indien », à partir des études de genre. Les cadres théoriques établis par Judith Butler aux États-Unis ainsi que les théories de Marilyn Strathern en Angleterre, Irène Théry et Pascale Bonnemère en France serviront d’outils heuristiques pour interpréter la problématique suivante : comment devient-on hijra à l’aune des différentes approches théoriques des études de genre de trois milieux académiques distincts ? À partir d’une analyse de sources ethnographiques secondaires proposées par quelques (quoique peu nombreux) chercheurs ayant travaillé auprès de la communauté dans différentes régions de l’Inde, je chercherai à décrire le processus de construction identitaire de sorte à expliciter que la subversion à la normativité structurante est, quant à elle, également et spécialement vécue en Asie du Sud. Le genre est ici notamment conçu en tant que e catégorie relationnelle intégrant les rapports entre les individus et leurs interactions sociales. Le genre n’est pas un attribut intrinsèque à la sociabilité des sujets, mais acquis et construit au fur et à mesure de leurs expériences. Dans le cas des hijras, je tenterai de soutenir que l’interaction avec le religieux, en particulier avec la bhakti, est le pilier d’une construction identitaire fluide, communautaire et subversive.
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Communication orale
Chittakobra (Le cobra de l’esprit) de Mridula Garg (1979) : auteure et narratrice hors normesFlorence Pasche Guignard (Université Laval)
Après avoir situé Mridula Garg et son apport à la littérature hindi, cette contribution présentera une analyse de son roman Chittakobra, récemment traduit en français, au prisme de l’écart par rapport aux normes de la société indienne à majorité hindoue. Ce roman de 1979 raconte la relation amoureuse entre Manu, une mère de famille indienne, athée, avec Richard, un travailleur humanitaire écossais et prêtre anglican, marié lui aussi. Le récit sinueux évoque fictions, fantasmes et la réalité historique de l’Inde des années 1970. Avec Chittakobra, qui a valu une arrestation pour « obscénité » à son auteure lors de sa première parution, à New Delhi, Mridula Garg participe à la littérature féminine indienne qui interroge les normes autour du genre, du mariage et de la sexualité, y compris celles façonnées par les religions. Cette contribution examinera en quoi la narratrice adhère à ou sort des normes de la société hindoue de son époque en termes de croyances religieuses, de pratiques esthétiques du corps féminin, de relations conjugales et amoureuses, et de maternité. Une lecture d’extraits de la première traduction française du roman (Éditions Banyan, 2022) et un lancement officiel du livre suivront cette contribution.
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Communication orale
Lecture d'extraits choisis du livre Chittakobra par sa traductriceFlorence Pasche Guignard (Université Laval)
Manu, une mère de famille indienne, athée, raconte le voyage tortueux de sa relation avec Richard, un travailleur humanitaire écossais et prêtre anglican, marié lui aussi. Le récit sinueux évoque fictions, fantasmes et la réalité historique de l’Inde des années 1970. Les dialogues convoquent des déesses hindoues et le Christ, l’ombre politique d’Indira Gandhi et celle de Mère Térésa, les désirs des amants et la réalité de leurs mariages respectifs. Entre les répétitions d’une pièce de théâtre, où les amants font connaissance, dans la ville tranquille de Jamshedpur, à leurs escapades à Delhi, puis dans les souvenirs de la narratrice, au fil des dialogues de Chittakobra se mêlent l’amour et la mort, le conjugal et l’adultère, les lettres d’amour et les poèmes, le temps qui passe et celui qui reste figé dans les souvenirs. Lors de sa publication, en 1979, ce roman avait fait scandale et avait valu à Mridula Garg d’être arrêtée pour pornographie. C’est surtout la sensualité et la complexité des relations humaines qu’elle raconte d’un point de vue de femme.