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Informations générales

Événement : 88e Congrès de l'Acfas

Type : Colloque

Section : Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines

Description :

Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.

Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?

Remerciements :

Département de philosophie U. Sherbrooke; CRE; CIRST; GRIN; CRÉPuG; CCÉAE; Ethos; IDÉA; LANCI. Chaires du Canada : Chaire de recherche épistémologie pratique; Chaire de recherche injustice et agentivité épistémiques; Chaire de recherche philosophie des sciences de la vie; Chaire de recherche Antiquité critique et modernité émergente; Chaire humanités médicales et histoire de la pensée biologique

Dates :

Format : Uniquement en ligne

Responsables :

Programme

Communications orales

Développements récents en philosophie des sciences

Salle : Salle virtuelle C — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Origines de la mécanique variationnelle chez Leibniz : où les rechercher? (ANNULÉE)
    Jeffrey Elawani (UdeM - Université de Montréal)

    Dans son manuel de mécanique analytique, The Variational Principles of Mechanics, Cornelius Lanczos crédite Leibniz d’une perspective concurrente à celle de Newton qui anticipe les méthodes d’optimisation fonctionnelle de Lagrange et Hamilton. Le concept de force vive leibnizien, mv2, est une quantité scalaire. De plus, la loi de changement de cette force : elle change proportionnellement à la quantité de travail effectué, est propice à une approche plus systématique de la physique. À l’opposé, la méthode newtonienne est vectorielle et doit tenir compte des différentes forces et particules individuellement. Pourtant, en regardant la Dynamica de potentia, l’exposition systématique par Leibniz de ses thèses physiques de la maturité, il semble que le rapprochement entre théorie dynamique et mécanique variationnelle soit moins évident qu’on l’assume. Dans cet exposé, nous nous proposons de mieux cerner les rapprochements possibles entre la pensée de Leibniz et l’approche de la mécanique variationnelle.

  • Communication orale
    L'unification comme principe méthodologique?
    Kevin Kaiser (UdeM - Université de Montréal)

    L'unification est largement considérée comme une vertu ou valeur épistémique en science. Dans cette conférence, la possibilité de fournir une justification pour cette recommandation/principe méthodologique au sein des épistémologies dites computationnelles sera explorée. Plus explicitement, une proposition sera faite au sein du cadre du fiabilisme logique introduit par Kelly (1996). En ce sens, un exemple maquette inspiré du contexte de l'émergence de la synthèse moderne de l'évolution sera utilisé comme modèle exploratoire pour fournir une interprétation provisoire de l'unification. Cette interprétation sera examinée pour validation à l'aide du Paradigme de la connaissance comme convergence dans la limite (KaLC) proposé par Hendricks (2001). Pour ce faire, sa capacité à valider divers axiomes épistémiques modaux sera évaluée. Il pourra être montré que l'unification comme principe méthodologique peut ainsi être justifiée, mais seulement si ce dernier est couplé à un principe méthodologique supplémentaire, spécifiant les conditions pour lesquelles la désunification est désirable. Les implications plus larges de ce principe méthodologique de (dés)unification seront discutées.

  • Communication orale
    Le langage comme construction de champs d’affordances partagés
    Rémi Tison (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Il est d’usage de décrire la communication linguistique comme le fait de transmettre ou d’exprimer des pensées. Cette conception du langage, en apparence tout à fait évidente, fait cependant face à certaines difficultés si on doit la prendre comme point de départ d’une enquête empirique sur la communication linguistique. L’alternative la plus prometteuse, à mon sens, conçoit la communication linguistique comme un processus de construction de contextes visant à favoriser l’accomplissement d’actions conjointes (Gauker 2003, 2011). Je tenterai dans cette présentation de formuler cette conception de la communication linguistique dans le cadre d’une conception énactive-écologique de la cognition (Dijk & Rietveld, 2017) selon laquelle l’activité cognitive (dont le langage fait partie) est fondamentalement orientée vers l’action et est constituée par la perception de possibilités d’action, ou affordances, définies comme des relations entre les capacités d’action de l’agent et les structures de son environnement. Dans ce cadre théorique, la communication linguistique doit être comprise comme la construction par des interlocuteurs de champs d’affordances orientés vers l’atteinte des buts communs de leur action conjointe. Je présenterai tout d’abord des raisons de rejeter la conception du langage comme transmission de pensées avant d’introduire cette nouvelle théorie de la communication linguistique fondée sur la conception énactive-écologique de la cognition.


Communications orales

L’enfance redécouverte ou la promesse de la philosophie pour les enfants (Partie 1)

Salle : Salle virtuelle B — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Pourrait-on convaincre Platon du bien-fondé de la philosophie avec les enfants ?
    Samuel Nepton (Université Laval)

    Plusieurs raisons nous poussent à croire que Platon ne verrait pas d’un bon œil la pratique de la philosophie pour les enfants. En effet, dans Le Gorgias, Socrate, en réponse à Calliclès pour qui la philosophie est une activité enfantine impropre aux citoyens, avance l’argument que la philosophie est au contraire une activité trop sérieuse pour la jeunesse. De plus, dans La République, en plus de défendre un gouvernement aristocratique – plutôt que démocratique –, la philosophie est présentée à la fois comme couronnement de l’éducation des gardiens, vers leurs 50 ans, et comme un danger de perversion de la jeunesse.

    Alors que ces textes fondateurs de la tradition philosophique occidentale ont contribué à exclure l’enfance de cette pratique en lui présupposant une maturité de la pensée et des mœurs, nous aimerions proposer une autre lecture de ces œuvres. En nous appuyant notamment sur l’analyse de Lipman, nous défendrons la thèse que Platon ne s’oppose pas à l’introduction de la philosophie aux enfants per se, mais à sa réduction à des techniques argumentatives et rhétoriques : il est contre l’idée d’en faire un simple jeu, une flatterie. Dès lors, nous proposerons des rapprochements entre Platon et John Dewey afin de montrer comment il serait possible de convaincre le premier de la capacité des enfants à philosopher. Ainsi, nous proposerons une lecture de Platon qui permettrait d’inclure petits et grands au sein d’une même pratique philosophique.


  • Communication orale
    Jeux de langage en P4C. Des invisibles du discours aux indicibles de la pensée
    Emmanuele Auriac Slusarczyk (Laboratoire ACTé EA4281)

    Dans l’alternative d’un Platon et son dialogue socratique accouchant les pensées, considéré emblématique de l’art de dialoguer, nous préférons nous baser sur la lignée d’auteurs comme Aristote, Wittgenstein, Pyrrhon d’Elis, Montaigne, Conche, Descombes. Nous revisiterons alors à quel point nos pensées restent imprévisibles, ancrées dans l’expérience, par-là avant tout fonctionnelles pour le sujet parlant. Plus donc d’une procéduralisation du raisonnement platonicien rationnel et étapiste, nous tenterons de dévoiler en quoi le déroulé vivant du verbe et de la pensée dépasse le prédéfini, la logique, l’accouchement. La théorie de la logique interlocutoire, établie au sein de l’école nancéienne d’Alain Trognon, et qui a largement dévoilé, tant dans ses principes que dans ses méthodes, les mécanismes cognitifs (dit autrement les raisonnements et leurs assises sociales, émotionnelles, interactionnelles, voire culturelles) intriqués dans tout processus de conversation nous servira d’appui. Nous mettrons alors en évidence en quoi l’analyse des enchaînements interlocutoires propres aux échanges tenus en situation de dialogue philosophique révèle les ressorts cachés de pensées en acte. La pensée mise en acte par le verbe active moins un procédé universel qu’un processus singulier. Encore faut-il savoir lire cet invisible, et parfois traquer l’indicible.

  • Communication orale
    La pratique de la philosophie avec les enfants en communauté de recherche : vers un nouveau modèle épistémologique plus inclusif pour la philosophie ?
    Marion Bérard (Université de Picardie Jules Verne)

    La quasi-totalité des démarches visant depuis quelques décennies à ouvrir la philosophie aux enfants prennent, malgré leur diversité, une même forme : celle de la discussion en groupe (ce que nous appellerons avec Lipman : « la communauté de recherche »). Ce dispositif a d’abord un intérêt pédagogique : rendre la philosophie accessible aux enfants. Il présente aussi un intérêt épistémologique : la communauté de recherche, qui suppose que les idées échangées dans une discussion peuvent avoir une valeur philosophique, prend au sérieux la parole des enfants, jusque-là ignorée par la philosophie. Plus encore, renouant avec ses origines dialogiques qu’elle renouvelle par la mise en place de discussions réelles entre plusieurs participants, la communauté de recherche nous semble proposer un modèle intersubjectif et polyphonique de la réflexion philosophique qui conduit à prendre au sérieux la parole de toute personne et ainsi à prendre en compte les points de vue auparavant inaudibles, quels qu’ils soient. Nous souhaiterions présenter cette hypothèse et en envisager les limites. Est-il possible de dessiner les contours d’un modèle épistémologique de la communauté de recherche qui soit susceptible en droit d’entendre toutes les voix, fussent-elles jusque-là inaudibles ? Ou bien un tel modèle reconduit-il au contraire le partage entre audible et inaudible (par exemple en imposant aux participants un certain modèle de rationalité, adulte et occidental, sous-jacent à la discussion) ?

  • Communication orale
    Esquisse d’une histoire de la philosophie par ses acteurs : le cas de la philosophie pour enfants
    Christophe Point (Université Jean Monnet)

    En philosophie de l’éducation, s’intéresser aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie nous conduit logiquement à s’intéresser à ceux qui donnent et à ceux qui reçoivent cet enseignement, c’est-à-dire ceux qui font l’expérience du « philosopher » par le biais d’une pratique pédagogique. Or, si des recherches historiques et des enquêtes récentes éclairent et rendent visibles les apprenants qui sont actuellement privés de cette expérience, peu de travaux concernent les enseignants, et plus particulièrement une partie de ceux qui la rendent accessible aux enfants : les animateurs de philosophie pour enfants (P4C). Comment entendre leurs voix ? Plutôt qu’une étude de corpus sur cette question ou une enquête sociologique sur ces praticiens de la philosophie, nous souhaitons interroger le récit qu’ils se font eux-mêmes de la P4C. Ce récit, en France du moins, est celui d’une perpétuelle reconstruction de la P4C depuis l’héritage de Lipman jusqu’à nos jours, où cette dernière n’a de cesse de justifier sa présence et sa valeur au sein de l’espace éducatif, par rapport aux attentes institutionnelles ou à un horizon éducatif plus large. Par ce récit, nous espérons ainsi dessiner une esquisse d’une histoire institutionnelle et politique de la P4C en France. Au plus simple, l’objectif de cette intervention est d’écouter les promesses et les espoirs de ces praticiens en leurs pratiques pédagogiques pour rendre visible les potentielles évolutions de la philosophie elle-même.

  • Communication orale
    La déontologie éducative dans la communauté de la recherche philosophique
    Sylvia Demozzi (Université de Bologne), Marta Ilardo (Italie)

    Les enfants se posent des questions existentielles, c'est-à-dire des questions sur la mort, le sens de l'existence, le libre arbitre, Dieu, l'origine de toutes les choses et des questions similaires. Le champ d’étude de la philosophie pour enfants (P4C) a précisément pour but de donner aux enfants l'occasion de découvrir et d'explorer leurs questions dans un environnement sûr, la communauté de recherche. Cependant, beaucoup de questions posées pendant les séances de philosophie (ou parfois individuellement, à la fin de la séance en « dehors des limites de la communauté ») restent sans réponse. Le principal problème est lié au questionnement existentiel qui est parfois cause de souffrance ou d’incertitude : les facilitateurs peuvent être incapables de contenir l'intensité émotionnelle ressentie lorsqu’on s’interroge sur des sujets comme la mort et le sens de l’existence. Ainsi, dans cet exposé, nous voulons souligner plusieurs problèmes de déontologie éducative qui apparaissent lorsque des questions soi-disant « inconfortables » (Chetty and Suissa, 2017) sont posées. En se basant sur le concept de déontologie proposé par Mariagrazia Contini (2014) et sur l'idée de Jana Mohr Lone (2011) de rassurer les enfants dans des contextes d'incertitude, cette communication propose une réflexion sur ce qu’on entend par « responsabilité éducative » lorsqu’on aborde la tâche de faciliter une communauté de recherche philosophique avec les enfants.


Communications orales

Philosophie québécoise, histoire et humanités numériques (Partie 1)

Salle : Salle virtuelle A — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Sens commun et philosophie québécoise : quelques considérations méthodologiques
    Claude Panaccio (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    La philosophie produite au Québec avant 1960 peut-elle présenter aujourd'hui un intérêt proprement philosophique ? Et si oui, comment cela peut-il être mis en évidence ? Je discuterai ces questions à propos d'un exemple particulier, celui de la belle étude de Louise Marcil-Lacoste, « Sens commun et philosophie québécoise : trois exemples » (1976), que j'examinerai à partir de concepts et de thèses mis en place dans mon livre Récit et reconstruction (2019). J'insisterai surtout sur deux idées, dont je montrerai comment elles s'appliquent à l'exemple choisi. Premièrement, l'intérêt philosophique des textes du passé requiert que ces écrits fassent référence à des êtres réels qui intéressent encore la philosophie d'aujourd'hui. C'est la condition de coréférence. Deuxièmement, les phénomènes que les philosophes s'emploient à élucider sont souvent d'ordre logico-linguistique. C'est la thèse logico-linguistique en méta-philosophie. Je montrerai comment ces deux idées-clé aident à apprécier la portée philosophique du corpus étudié par Louise Marcil.

  • Communication orale
    Le premier ouvrage du Québec mis à l’Index romain des livres interdits : Le Clergé canadien : sa mission, son œuvre, de Laurent-Olivier David (1896)
    Danièle Letocha (Université d’Ottawa)

    Avocat, journaliste, écrivain, député libéral et plus tard sénateur, engagé dans plusieurs causes publiques comme la défense de Louis Riel, L.-O. David (1840-1926) a déjà publié neuf livres quand il fait paraître sous son nom la brochure incendiaire (120 pp.) qui fait le procès du haut-clergé canadien-français et surtout du courant ultramontain. Il reprend les actions jugées abusives des cinquante dernières années et s’attaque directement à Ignace Bourget, évêque de Montréal, ainsi qu’à Louis-François Richer Laflèche, évêque de Trois-Rivières. Son texte nomme et dénonce leurs mandements arrogants, les manœuvres électorales, leur ingérence dans les affaires manitobaines, les menaces, les pressions, les condamnations politiques et culturelles de toute velléité de laïcisation du Canada-français. Seuls deux catalogues des noms des membres de l'Institut canadien avaient subi cette condamnation romaine auparavant, à l'initiative de l'évêque Bourget.

  • Communication orale
    Maurice Blain, penseur de la laïcité des années 1950 et 1960
    Yvan Lamonde (Université McGill)

    Comment un étudiant de collège classique et de notariat devient-il le critique du cléricalisme à Cité libre en 1950 et le penseur du Mouvement laïque de langue française en 1961 ? Telle est la question directrice à laquelle répondra la communication. La critique de Blain au Devoir porte aussi sur le Centre catholique des intellectuels canadiens (1950-1955) dont fait partie le philosophe Jacques Lavigne et sur le propos même de la revue de ce groupe, Croire et savoir.

  • Communication orale
    Le rôle de la philosophie dans la laïcisation de la culture francophone au Québec
    Jacques G. Ruelland (UdeM - Université de Montréal)

    La colonisation de la Nouvelle-France fut notamment l’œuvre des religieux catholiques qui y ont fondé les premiers organismes sociaux et y ont imposé les croyances et le mode de vie de l’Église. Mais au XVIIIe siècle, les libres-penseurs français qui immigrent apportent ici les idées libérales et laïques novatrices de la philosophie des Lumières, qu’ils répandent grâce aux journaux et à leurs combats pour obtenir des institutions laïques ouvertes au monde moderne et au progrès techno-scientifique. Alors que se diversifient les connaissances et les opinions aux XIXe et XXe siècles, l’analphabétisme entraîne lentement dans sa chute, au fil des générations, la plupart des superstitions et des dogmes surannés. La laïcité trouve en la Révolution tranquille le nouvel élan qu’elle espérait. Les programmes de philosophie des études supérieures, les sociétés savantes et leurs revues orientent dès lors la pratique philosophique vers l’analyse critique des systèmes étrangers et le positionnement de la pensée et de la culture québécoises parmi les cultures du monde. Les milléniaux ont déjà adopté les valeurs laïques prônées par les nombreux praticiens québécois de la philosophie. Tolérance, liberté, égalité, justice sociale définissent désormais leur philosophie de vie. Il ne leur reste qu’à bâtir avec nous des systèmes théoriques authentiquement québécois, fondements d’une culture distincte et reconnue mondialement.


Communications orales

Conférence plénière de la Société de philosophie du Québec

Salle : Salle virtuelle E — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    L’indicible contenu des émotions
    Christine Tappolet (UdeM - Université de Montréal)

    On dit souvent que les émotions comportent une part d’indicible. Cette idée se retrouve au niveau de la théorie des émotions. En effet, de l’avis de la plupart de ceux qui soutiennent que les émotions impliquent des sortes d’évaluation, les contenus évaluatifs des émotions sont non-conceptuels. Cette une thèse permet de rendre compte de la différence entre émotion et jugement de valeur, différence qui se manifeste parfois par des conflits entre ce que nous jugeons et ce que nous ressentons. Je soutiendrai qu’il y a de bonnes raisons de penser que les émotions ont des contenus non-conceptuels, dans le sens qu’elles nous informent au sujet des valeurs sans pour autant mobiliser des concepts évaluatifs. Comme on le verra, les arguments principaux pour soutenir que les expériences sensorielles ont des contenus non-conceptuels se transposent facilement au cas des émotions.


Communications orales

Communications libres : philosophie allemande

Salle : Salle virtuelle C — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    L’esthétique chez Fichte : création et réception de l’œuvre d’art à la lumière de la loi de la réflexion
    Marin Clouet-Langelier (Université Laval)

    Dans son écrit de jeunesse, Sur l’esprit et la lettre en philosophie, Fichte élabore une esthétique dont la valeur, par rapport à son œuvre philosophique, a connu une réception variable dans la tradition. Désirant restituer la continuité de cette théorie esthétique avec les principes guidant l’œuvre de Fichte, nous proposons dans cette communication de rendre compte de sa conception de l’art à l’aune de la notion de réflexion. Pour ce faire, il s’agira d’abord de restituer le sens de la loi de la réflexion dans la Doctrine de la science, pour ensuite en indiquer la mise en œuvre à travers le procédé de réfutation. Finalement, nous montrerons les liens entre l’esthétique de Fichte et la réflexion. Il apparaît que l’esthétique fichtéenne prend la forme d’un cercle dans lequel la pulsion esthétique, en elle-même invisible, occupe une place centrale. À l’origine de toute œuvre d’art se trouve une pulsion que l’artiste cherche à restituer dans sa production. En retour, toute œuvre d’art réussie donne accès à cette pulsion qu’elle exprime, dans la mesure où le spectateur l’appréhende avec la bonne attitude, qui est celle de l’esprit dans laquelle le spectateur s’ouvre à l’appel de l’œuvre. Ainsi, de cette analyse, il ressortira que l’esthétique de Fichte est assortie d’une éthique de l’esthétique, à laquelle doivent adhérer l’artiste et le spectateur en ce qu’elle constitue la condition d’accès à la force invisible qui travaille en creux toute œuvre d’art.

  • Communication orale
    Charles De Koninck et Quentin Meillassoux : redonner sa visibilité à l’en-soi
    Pierre-Alexandre Fradet (Cégep de Saint-Laurent)

    La publication de la Critique de la raison pure de Kant a eu pour effet notoire de reléguer aux oubliettes toute connaissance de la chose en soi. Tandis que les dogmatiques prékantiens s’étaient prononcés sur les objets transcendants les plus divers (Dieu, les anges, la Trinité) en commettant l’erreur de ne pas interroger leur mode d’accès, les héritiers du criticisme ont condamné sans appel tout discours sur l’en-soi. Or, l’un des gestes les plus singuliers des réalistes spéculatifs contemporains (Quentin Meillassoux, Graham Harman, Iain Hamilton Grant et Ray Brassier) est de proposer une alternative à ces options en tentant de démontrer qu’on peut connaître la chose en soi. L’objectif de la présente conférence sera de mettre en rapport certaines idées de Meillassoux et différentes thèses défendues par un Charles De Koninck (1906-1965), afin de montrer que ce qui avait été rendu invisible par la philosophie kantienne, l’accès à l’en-soi, se trouve réhabilité non seulement par la pensée spéculative de Meillassoux, mais aussi et surtout – ce qui est plus original – par un philosophe québécois lui-même trop invisibilisé aujourd’hui.


Communications orales

Communications libres : philosophie politique

Salle : Salle virtuelle A — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    La marginalisation herméneutique et la Loi sur la laïcité de l’État
    Gilles Beauchamp (Université McGill)

    Dans cette communication, j’offre une analyse de l’exigence d’apparence de neutralité de la Loi sur la laïcité de l’État à l’aide du cadre conceptuel des injustices épistémiques de Miranda Fricker. J’argumente que la rhétorique adoptée par l’État québécois selon laquelle il est possible pour ses employés en position d’autorité de simplement retirer leurs signes religieux au travail s’appuie et renforcis du même coup la marginalisation herméneutique des gens qui portent des signes religieux. De plus, j’argumente que les préjugés identitaires selon lesquels un employé qui refuse d’enlever son signe religieux montre une incapacité d’agir selon les valeurs de l’État en cas de conflit avec les siennes sont infondés. Les préjugés identitaires ne doivent ni inspirer ni justifier des mesures qui visent l’apparence de neutralité. J’argumente qu’au contraire, la justice herméneutique demande une plus grande participation des personnes appartenant à des groupes sous-représentés dans les positions d’influence de la société afin de combler les manques dans les ressources herméneutiques collectives.

  • Communication orale
    Les conditions de justifiabilité de la tutelle épistémique : Une question de justice épistémique
    Andreanne Veillette (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Dans sa plus simple expression, la tutelle épistémique (mieux connue sous le nom de paternalisme épistémique) est un phénomène qui reflète une asymétrie de connaissance entre deux agents. Placé devant cette asymétrie, l’agent connaissant décide de ne pas partager certaines connaissances (ou d’en modifier le mode de présentation) dans le but d’améliorer le bien-être épistémique de l’autre. Ma communication portera sur les conditions de justifiabilité de la tutelle épistémique et sera divisée en trois parties.


    Premièrement, j’expliquerai les raisons qui motivent le changement terminologique évoqué plus haut où je change le terme « paternalisme » pour « tutelle ». Deuxièmement, j’exposerai le cadre conceptuel dominant dans la littérature qui porte sur la tutelle épistémique, c’est-à-dire le cadre de Kristoffer Ahlstrom-Vij. D’abord, je définirai la tutelle épistémique à l’aide de trois conditions : la condition d’interférence, la condition de non-consultation et la condition d’amélioration. Ensuite, j’exposerai deux conditions de justifiabilité : la condition de concordance et la condition du fardeau de la preuve. Troisièmement, je vais m’éloigner du cadre d’Ahlstrom-Vij pour défendre l’ajout d’une troisième condition de justifiabilité : la condition de justice épistémique. Cette troisième section représente ma contribution originale. Je formulerai la nouvelle condition, j’expliquerai ce que sont les injustices épistémiques et je justifierai la pertinence d’un tel ajout.

  • Communication orale
    Multiculturalisme et légitimité : quel libéralisme choisir ?
    Xavier Boileau (UdeM - Université de Montréal)

    Dans le cadre de sa théorie multiculturelle, Kymlicka défend la thèse qu’un groupe peut protéger sa culture contre la menace d’autres groupes culturels tant qu’il n’enfreint pas lui-même les normes du libéralisme par rapport à ses membres. Historiquement, cette distinction a été critiquée pour principalement deux raisons : 1) la distinction entre droits externes et internes est moins clair que le pense Kymlicka, 2) cette distinction semble ouvrir la porte à la protection de pratique illibérale malgré les précautions de Kymlicka. Nous proposons cependant de nous attarder sur une troisième critique potentielle soulevée par Chandran Kukathas, et plus récemment sous une autre forme par Glen Coulthard. Même en acceptant la distinction entre protections externes et contraintes internes, il existe la possibilité de conflits sur les normes libérales qui seront utilisées pour déterminer les contraintes légitimes qu’un groupe peut exercer sur ses membres. En l’occurrence, on peut se demander quelle autorité légitime aura le droit de trancher ce débat entre deux cultures libérales distinctes? Entre le libéralisme de la
    majorité et le libéralisme du groupe minoritaire, lequel devrait avoir préséance sur celui de l’autre ?


Communications orales

L’enfance redécouverte ou la promesse de la philosophie pour les enfants (Partie 2)

Salle : Salle virtuelle B — Bâtiment : En ligne
Présidence : Christophe Point (Université Jean Monnet)
  • Communication orale
    Philosophie en débats à l’école primaire
    Bettina Berton (Université de Lille)

    L’école primaire voit se développer, depuis une trentaine d’années en France, des pratiques orales dites philosophiques. Ces pratiques sont parfois identifiées comme une innovation par l’institution scolaire et aussi par des chercheurs, qui insistent par ailleurs sur la dimension de leur rupture avec l’enseignement de la philosophie en Terminale, tandis que leurs détracteurs insistent sur leur absence de légitimité : légitimité en termes d’âge, de capacités de jeunes élèves, de culture acquise, légitimité philosophique. Le fait est que ces pratiques entrent à l’école, en l’absence d’une discipline scolaire philosophie constituée pour l’école primaire et de programmes officiels, qui, pour ces derniers, leur conféreraient une légalité institutionnelle. Une question est alors de déterminer à quoi elles puisent leur identité et comment elles la construisent. La construisent-elles en appui à une discipline philosophie, entendue comme discipline savante ? Les diverses modélisations de la philosophie avec les enfants proposent-elles une définition et une mise en œuvre de manières de parler-penser spécifiques proprement philosophiques ou bien prennent-elles le risque d’être aussi aveugles et sourdes que la philosophie, en dérogeant à l’entreprise de la fabrication d’un enseignable, une nécessité à l’âge de la formation ?

  • Communication orale
    Émergence et régulation des émotions associées à la saisie du kairos en CRP
    Kristine Lund (École Normale Supérieure, Université Lyon 2), Claire Polo (Université Lyon 2)

    Les Communautés de Recherche Philosophique (CRP) sont structurées par deux mouvements potentiellement contradictoires : 1) guider les élèves, via les processus de conceptualisation, problématisation, argumentation (Tozzi, 2012) vers des définitions ou distinctions philosophiques classiques (Polo, 2017) ; 2) prendre au sérieux toute pensée émergente, et saisir le kairos (Delille, Markevitch, Frieden, & Jeanmart, 2017, Pana-Martin, 2015). En pleine animation, ce dernier aspect n’est pas évident : il est parfois difficile de comprendre où les élèves veulent en venir sous des formulations floues, reflétant une pensée en construction. À partir d’enregistrements audiovisuels, a posteriori, nous nous proposons d’identifier ces épisodes de kairos, et de tenter d’améliorer les pratiques enseignantes, en nous focalisant sur les dimensions émotionnelles de ces moments clefs. En effet, les émotions manifestées dans un groupe jouent un rôle à la fois social et cognitif important dans le développement du raisonnement collectif (Polo et al., 2017). L’idée est de mettre en lumière les réactions émotives témoignant d’un élément disruptif, et la régulation émotionnelle qui en est faite par les élèves et l’animateur ou animatrice (et les stratégies didactiques associées). Notre corpus est constitué de 8 CRP présentant une diversité des publics, de contextes et de pratiques didactiques, et a été mis à disposition par le laboratoire LIDILEM (projet Phileduc).

  • Communication orale
    Les pouvoirs et les invisibles en philosophie pour enfants
    Lauranne Carpentier (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    Les clivages et les dynamiques de pouvoir abondent au sein du mouvement de la philosophie pour les enfants (PE), notamment dans ses pratiques, sa communauté de chercheur.e.s, son matériel et chez ses praticien.ne.s (Chetty et Suissa dans Gregory, Haynes et Murris, 2016; Daniel, 1994). Dans cette présentation, nous avançons que la communauté de la PE maintient solidement ancrés, et en position de dominance, certains de ses fondateurs (Lipman, Tozzi et Lévine), tout en maintenant dans l’invisibilité les travaux de Sharp, pourtant cofondatrice du mouvement, et n’accordant que peu de pouvoir aux perspectives marginalisées (Gregory et Laverty, 2018). Ce faisant, la PE ne rend pas accessible ces points de vue aux enfants, les rendant sourds et aveugles à ces visions du monde et aux thèmes qu’elles mettent de l’avant, comme l’inconfort, l’oppression internalisée, l’interconnexion, la vulnérabilité, les injustices épistémiques, les biais inconscients, l’empowerment (Pagé, 2019; Choudhury, 2019; Collins, 2016; Gilson, 2013; hooks, 1994, 2008; Fricker, 2007; Anzaldúa, 1987). Tous ces thèmes, lorsque traduits en termes accessibles aux enfants, les concernent profondément. Nous cherchons donc ultimement, dans cet exposé, à mettre de l’avant les dimensions émotionnelles, corporelles, relationnelles et spirituelles de la PE trop peu couvertes et explicitées, et ce, en tant qu’outils pour les enfants et comme solutions aux clivages discriminatoires au sein de la PE.


Communications orales

Recherches en philosophie de l’économie (Partie 1)

Salle : Salle virtuelle E — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Philosophie(s) de l’économie? Une histoire bibliométrique
    François Claveau (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Le champ de recherche désigné par l’expression « philosophie de l’économie » peut être circonscrit de bien des manières. Cette communication introductive présentera une histoire du champ selon deux façons de le délimiter. Les résultats se basent sur des méthodes d’analyse de réseau appliquées à des données bibliométriques (corpus d’articles universitaires avec leurs listes de références). Ces résultats sont déjà présentés dans deux articles produits avec Alexandre Truc, Olivier Santerre et Luis Mireles-Flores, et disponibles sur SSRN (voir https://ssrn.com/abstract=3743003 et https://ssrn.com/abstract=3740150).

  • Communication orale
    Le bien-être comme bonheur « approprié »
    Mauro Rossi (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Cet article explore la relation entre bonheur et bien-être. Nous commençons par offrir une théorie du bonheur, conçu comme un état psychologique. Nous soutenons que le bonheur est constitué par des états affectifs tels que les émotions, les humeurs et les plaisirs sensoriels, et que tous ces états affectifs sont des types différents d'expériences perceptuelles de valeurs. Selon notre théorie, le bonheur peut être “approprié” (fitting) ou non. Il est approprié si et seulement si tous les états affectifs qui le constituent sont appropriés, où un état affectif est approprié si, et seulement si, il représente correctement la propriété évaluative qu’il vise. Ensuite, nous proposons une théorie du bien-être comme bonheur “approprié” (fitting happiness). Nous défendons trois thèses. La première est que, à la lumière de notre caractérisation du bonheur approprié, le bien-être consiste en une expérience affective positive de véritables valeurs. La seconde est que, dans la mesure où le bonheur est constitué d'états affectifs positifs, le bien-être consiste en une expérience de valeurs ayant une phénoménologie positive. Troisièmement, dans la mesure où le bonheur est constitué par des états affectifs relativement centraux, le bien-être consiste en une expérience de valeurs qui correspondent aux engagements affectifs les plus profonds de l’individu.

  • Communication orale
    Qu’est-ce qu’un salaire juste?
    David Robichaud (Université d’Ottawa), Patrick Turmel (Université Laval)

    Dans cette conférence, nous analysons les différents critères normatifs qui permettent de justifier moralement le salaire octroyé en contrepartie d’un travail effectué. L’argument du mérite et de la contribution économique du salarié, l’argument de la difficulté à remplacer le salarié, et finalement l’argument de la motivation seront analysés et évalués. Dans cette conférence, nous souhaitons clarifier l’argument de la remplaçabilité et les problèmes qu’il pose ainsi que la relation entre le salaire et les droits de propriété des salariés et des employeurs. Cela nous permettra dans un deuxième temps de proposer une évaluation normative des différents outils permettant de limiter les salaires, notamment le plafonnement des salaires et l’impôt progressif avec un taux marginal supérieur très élevé.

Communications orales

Aristote et la démocratie

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Communications orales

Communications libres : varia

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  • Communication orale
    Quelle place pour les femmes (et tou.tes les autres) en philosophie ?
    Carole Hosteing (Université Picardie Jules Verne - CURAPP-ESS)

    À parcourir les œuvres philosophiques canoniques, il apparaît que la question de la place des femmes en philosophie s’y trouve posée avec une grande constance. « La » femme pose problème au philosophe du point de vue de son statut vis-à-vis de la rationalité. Ainsi, lorsque le sujet de la différence sexuelle est abordée, il s’agit la plupart du temps de développements dont l’objectif est d’essayer de justifier rationnellement l’exclusion des femmes hors du champ de la production des savoirs philosophiques. En France, il y a plus de quarante ans, la philosophe Michèle Le Dœuff a entrepris de reposer cette question, mais dans une perspective résolument féministe : qu’est-ce que cette exclusion persistante a fait, non seulement aux femmes, mais aussi à la philosophie ? Sa thèse est que les explications historiques et sociales, les préjugés du temps, n’épuisent pas les raisons de l’exclusion des femmes hors de la philosophie. Il y a des raisons propres à la philosophie telle qu’elle se déploie dans ses institutions et ses œuvres canoniques. Partant du double constat de l’actualité en même temps que de l’oubli dans lequel a été maintenue cette question depuis lors, nous chercherons à identifier ce qui (ne) s’est (pas) passé en France depuis quarante ans. Nous nous appuierons pour cela sur une comparaison avec la façon dont cette question a été traitée dans le monde anglo-saxon et au Québec. Nous cherchons à savoir si la philosophie peut être féministe et à quoi bon.

  • Communication orale
    L’itinéraire spirituel de Pierre Hadot
    Nicolas Comtois (Université de Montréal)

    La présente communication propose une vue critique sur les entretiens de Pierre Hadot parus en 2001 sous le titre La Philosophie comme manière de vivre. Nous montrerons que l’autobiographie dialoguée que l’on peut trouver dans cet ouvrage suit dans ses grandes lignes un fil conducteur défini ayant son point de départ dans l’expérience dite « du sentiment océanique ». Nous ferons valoir que l’insistance de Hadot sur cette expérience a eu un effet déterminé sur certains de ses lecteurs les plus assidus : elle les a poussés à voir dans son intérêt croissant pour les exercices spirituels du stoïcisme une rupture avec la métaphysique de Plotin, voire un « déni de la transcendance ». Nous ferons voir que l’autobiographie de Hadot et les interprétations que l’on en a faites jusqu’ici reposent en définitive sur le caractère bergsonien du récit que celui-ci a fait de sa vie : l’expérience du sentiment océanique joue dans les entretiens, selon nous, le rôle d’une « intuition philosophique ». L’ensemble de cette réflexion permettra de mettre en exergue un motif alternatif pour la compréhension de la vie de Hadot, qui réside dans la question de l’interprétation des textes.

  • Communication orale
    La question des peuples de la marge : une analyse de Spivak
    Herve Toussaint Ondoua (Ecole Normale Supérieure de Bertoua)

    Les subalternes peuvent-elles parler ? C’est à cette question que s’attèle à répondre notre communication à partir d’une lecture de Spivak. En empruntant la méthode déconstructive, il s’agit pour Spivak de résister à la traduction et à tentation de la « reconnaissance du tiers-monde par assimilation ». Son postulat découle de l’idée selon lequelle les « Hommes de couleurs » restent cette catégorie de groupes sociaux marginalisés. Elle analyse ainsi le passage de ce groupe de personnes racisées et colonisées du statut d’objet à celui de sujet acteur de leur propre histoire. Son objectif est donc de sortir les « femmes de couleurs » de cette invisibilisation épistémologique. Il est question pour l’auteur de « redonner la parole aux subalternes, c’est-à-dire aux ‘sans voix’ ». Il faut donc d’après Spivak « se méfier de toute essentialisme, de toute recherche des origines pures, de toute prétention à capturer la pureté de la ‘’voix’’ du subalterne ». A partir de là, nous pouvons nous interroger : « les subalternes peuvent-elles parler ? » n’apparaît elle pas comme le lieu où les minorités sortent du discours impérialiste et discriminatoire du centre? Cette nouvelle orientation du discours ne permet-elle pas de sortir des concepts monolithiques majoritaires utilisés dans les sciences sociales pour parler des minorités ?


Communications orales

Recherches en philosophie de l’économie (Partie 2)

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  • Communication orale
    Le marché, le mérite et la distribution de la richesse (ANNULÉE)
    Christian Jobin (Cégep Beauce-Appalaches)

    Dans Sphères de justice, Michael Walzer (1997 : 160) remarque que l’un des arguments mis couramment en avant chez les défenseurs du capitalisme est que « le marché, s’il est libre, donne exactement à chacun ce qu’il mérite ». Dans la mesure où la justice consiste, pour la majorité des gens, à recevoir ce que l’on mérite, il n’est dès lors pas étonnant que certains puissent considérer que la distribution de la richesse générée par le marché est juste. Pourtant, ce rapprochement entre le marché, le mérite et la justice s’avère pour le moins discutable, puisqu’on ne saurait expliquer les très fortes inégalités économiques actuelles en se basant exclusivement sur le mérite. En effet, la mesure du mérite en matière de justice distributive réside habituellement dans le travail. Ainsi, alors que les revenus des 0,001% les plus riches s’avèrent des milliers de fois supérieurs à ceux des travailleurs de la classe moyenne, il semble dès lors peu plausible que cette différence s’explique seulement par l’ardeur que chacun manifeste au travail. Dans cette communication, je me propose donc d’interroger les rapports qu’entretiennent le marché, le mérite, la justice et le travail dans le contexte de l’accroissement récent des inégalités économiques. Plus précisément, je soutiendrai qu’un tel rapprochement s’avère indéfendable ex ante, mais qu’il pourrait l’être ex post au moyen d’une profonde réforme de la fiscalité.

  • Communication orale
    Enjeux normatifs de la division du travail entre humains et robots sociaux : quelles tâches devraient être automatisées prioritairement ? Le cas des « nurse bots »
    Denise Celentano

    L’innovation technologique n’a pas une valence exclusivement économique, elle impacte la qualité du travail et la qualité de la vie des personnes impliquées. Néanmoins, le processus d’automatisation des tâches aujourd’hui suit principalement des raisons de maximisation de profit. Peu de place est laissé à des raisons alternatives (et potentiellement complémentaires). Je propose des considérations normatives pour guider les choix d’automatisation par rapport au « meaningful work » , en prenant en considération le cas spécifique des « nurse bots ». Premièrement, j’identifie des « qualités contributives primaires » qui devraient offrir un critère pour identifier les caractéristiques désirables du travail pouvant guider les choix d’automatisation. Deuxièmement, j’identifie des qualités désirables de la relation de soin par rapport aux bénéfices apportés aux personnes soignées, guidant elles aussi les choix d’automatisation prioritaire.

  • Communication orale
    Méthodologie philosophique et modélisation théorique en économie : le cas de la contagion mimétique
    Philippe Verreault-Julien (London School of Economics and Political Science)

    Le naturalisme est la position selon laquelle la méthodologie empirique scientifique peut résoudre les problèmes à la fois de la philosophie et de la science. Or, la validité du naturalisme implique qu’il y ait une différence réelle entre les méthodes dites scientifique et philosophique. Car si la science et la philosophie ont des similarités méthodologiques, cela met en doute dans quelle mesure la philosophie devrait être naturalisée.

    Dans cet article, j’examine la présence de justification méta-empirique en modélisation théorique en science économique. Plus précisément, je soutiens qu’il y a des similarités méthodologiques entre la philosophie et la modélisation théorique. J’illustre mon argument par une étude de cas portant sur le modèle de contagion mimétique de Banerjee (1992).

    Mon approche théorique se base sur deux formes de justification méta-empirique en philosophie, l’une que je qualifie d’orthodoxe (p. ex. Bealer 1998) et l’autre de révisionniste (p. ex. Williamson 2007). La première dresse une distinction catégorique entre la justification a priori et a posteriori et accorde un statut épistémique spécial aux intuitions. L’approche révisionniste rejette ces deux thèses.

    Je montre que si l’approche orthodoxe ne nous permet pas de conclure à des similarités méthodologiques, l’approche révisionniste, elle, le permet. Cela suggère qu’il y a une plus grande continuité entre la philosophie et la science que ce que le naturalisme présuppose.

  • Communication orale
    Souveraineté monétaire, propriété monétaire et enjeux distributifs
    Morgane Delorme (UdeM - Université de Montréal)

    Depuis la crise financière de 2008, des banques centrales interviennent sur les marchés financiers au moyen de programmes de rachats de titres ayant pour vocation de stimuler une activité économique en berne.

    Ces programmes de rachats de titres, dont on écarte difficilement la dimension politique, sont réalisés sans concertation auprès des ressortissants de la zone monétaire concernée. Or si l’on s’en remet à l’idée que la monnaie serait l’une des véritables marques de la souveraineté, comme l’entendait Bodin, les ressortissants devraient pouvoir peser sur l’usage ciblé qu’il est fait de leur monnaie.

    Même lorsque l’on adhère à l’idée que la création monétaire gagne à être placée aux mains d’une agence indépendante, rien n’empêche de concevoir les détenteurs en dernière instance de la monnaie comme des acteurs légitimes du processus de création monétaire, et en particulier lorsque celui-ci engendre des impacts distributifs non-négligeables. Il serait alors ajusté de céder aux ressortissants de la zone monétaire concernée un ensemble de droits sur cette monnaie.

    Pour penser la propriété collective des ressortissants sur leur monnaie, il s’agira de penser la monnaie non pas comme un bien sur lequel s’opèrent les droits en fonction de la quantité du bien possédée, mais plutôt comme un bien public indivisible. Ce bien public, et son orientation politique, concernent alors l’ensemble des ressortissants de la zone monétaire, indépendamment de leurs capacités financières individuelles.


Communications orales

Communications libres : philosophie médiévale et orientale

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  • Communication orale
    Le laïc et le vulgaire : un angle mort de la philosophie au Moyen-Âge
    Marie Laplante-Anfossi (UdeM - Université de Montréal)

    La philosophie médiévale est souvent abordée, autant dans l’étude que dans l’enseignement, par la scolastique, c’est-à-dire qu’elle se connaît dans ses développements universitaires. Or, nous savons maintenant qu’une philosophie laïque, en langue vulgaire, se pratiquait aux XIIIe et XIVe siècles et qu’elle entretenait des liens dynamiques avec le milieu savant. Cette communication se propose donc de mettre en lumière la perspective d’un philosophe laïc de cette période, Dante Alighieri (1265-1321), d’expliciter ses lieux et ses publics, pour tenter de saisir la teneur de l’enseignement de la philosophie en marge des milieux savants. Il s’agira également de montrer ses interactions avec les philosophes universitaires, leurs convergences et leurs désaccords. Pour ce faire, des liens seront tissés avec la pensée d’Eckhart de Hoccheim (1260-1328), contemporain de Dante, maître de théologie à l’Université de Paris y ayant obtenu deux régences, qui amorça un dialogue avec les milieux profanes : il est en effet le premier maître à prêcher en langue vulgaire à un public non-universitaire le savoir développé dans un contexte scolastique. En bref, l’objectif de cette communication est de donner une voix à la philosophie développée en marge des universités sans toutefois leur être étrangère, enseignée par et/ou pour des laïcs en langue vulgaire et d’éclairer, dans la mesure du possible, les motivations à rendre le savoir accessible.

  • Communication orale
    L’alchimie du corps souffrant chez Abû Bakr al-Râzî « Une médecine ésotérique dévoilée »
    Okba Djenane (Université de Biskra - Algérie)

Communications orales

Conférence plénière du Comité Équité de la SPQ

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  • Communication orale
    Des savoirs locaux ? Remarques autour du normativement correct
    Soumaya Mestiri (Université de Tunis)

    Démocratie délibérative, démocratie participative, démocratie de proximité : autant de variantes en charge d’un objectif unique, celui d’amender le défaut de visibilité dont souffrent des franges entières de citoyennes et de citoyens dans le cadre de la démocratie représentative classique.

    Ces modèles, s’ils incarnent des tentatives intéressantes, n’en sont pas pour autant aussi satisfaisants que leurs tenants veulent bien le laisser entendre. Ils ne font en effet que perpétuer le défaut initial en mettant en œuvre des outils et des vecteurs qui finissent par reproduire l’entre-soi auquel l’on voulait échapper.

    Car la démocratie libérale, quelle que soit l’incarnation qu’elle peut prendre, est fondamentalement destinée à générer l’exclusion. Ne délibèrent et ne participent que ceux qui sont à même d’utiliser des instruments épistémiques particuliers, manifestation d’une colonialité du pouvoir à l’œuvre. La marge, en somme, ne sera jamais conviée au centre.

    Le but de cette présentation est précisément de s’interroger sur les modalités d’une alternative possible : comment donner voix aux sans voix et part aux sans-part ? Comment faire face, en somme à l’injustice épistémique ? Quel sens concrètement l’entreprise consistant à réhabiliter les savoirs locaux et donc, corollairement, l’idiome, peut-elle avoir ? Telle est la chaîne de questions que nous tenterons d’éclairer.


Panel / Atelier

Aristote et la démocratie (Partie 2) ANNULÉE

Salle : Salle virtuelle B — Bâtiment : En ligne

Communications orales

Philosophie québécoise, histoire et humanités numériques (Partie 2)

Salle : Salle virtuelle A — Bâtiment : En ligne
Présidence : Yvan Lamonde (Université McGill)
  • Communication orale
    Les humanités numériques et la philosophie
    Jean-Guy Meunier (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Plusieurs historiens des sciences et épistémologues ont souligné la modification profonde qu'amène l'informatique, tant sur l'objet d'étude que sur la méthodologie. Les sciences humaines faisant appel à l'interprétation subissent cette influence. Pensons aux domaines suivants : histoire, politique, société, culture, communications, littérature, esthétique, voire religion. De cet impact profond est née une discipline autonome : les humanités numériques. Elle vise l'assistance informatique dans la démarche interprétative des artefacts sémiotiques, et son objet d’études est souvent de nature textuelle. Cette assistance a commencé par la construction de bases de données, vite devenues massives. Elle utilise aujourd'hui une panoplie d'outils computationnels sophistiqués, tels la fouille, l’analyse, la diffusion. Elle intègre aussi des approches de type intelligence artificielle pour explorer le contenu discursif des textes et effectuer des analyses complexes. Ainsi, l’informatique modifie profondément le travail sur les textes. Mais il ne devient pas automatique pour autant, et le fin mot de l’interprétation est laissé au lecteur expert. Le niveau théorique des textes philosophiques explique probablement pourquoi notre discipline tarde à intégrer les humanités numériques. Mais la diversification et la complexification des modèles computationnels appellent de nouveaux projets de recherche, et la démarche interprétative de la philosophie ne peut échapper à cet impact.

  • Communication orale
    Quel est le potentiel de l’analyse de texte assistée par ordinateur pour la recherche en philosophie?
    Davide Pulizzotto (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Un champ d'études propre à l'informatique domine la révolution technologique du XXIe siècle : l'intelligence artificielle (IA). Cette révolution touche aussi la recherche académique et de nombreuses disciplines ont déjà développé des programmes de recherche interdisciplinaire faisant appel à l'IA. La recherche philosophique n’échappe ni à l'étude critique du phénomène, ni à l'analyse épistémologique de sa rencontre avec l'informatique. Parmi les nombreuses études, l’analyse de texte assistée par ordinateur (ATO) est un des bancs d’essai les plus prometteurs. Dans cette présentation, nous éclaircirons le rôle joué par l’apprentissage automatique en ATO. Nous introduirons d’abord les concepts de base des approches en apprentissage automatique. Ensuite, nous analyserons les procédures permettant à certains algorithmes de mener une analyse sémantique d'un corpus. Enfin, nous donnerons quelques exemples d’utilisation en contexte philosophique. Nous espérons ainsi démystifier l’ATO et illustrer le potentiel heuristique des modèles computationnels, particulièrement pour la recherche en philosophie. Cette présentation ne donnera pas de réponse définitive à la question du titre, mais elle offrira les outils conceptuels nécessaires pour animer un débat, désormais inéluctable, sur le métissage disciplinaire entre IA et sciences humaines et sociales.

  • Communication orale
    L’analyse conceptuelle en philosophie : une approche computationnelle
    Francis Lareau (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Une des tâches importantes en philosophie est la lecture de textes pour en dégager les concepts. Notre objectif est d’explorer la possibilité d’une assistance computationnelle à cette tâche. Plus précisément, nous visons à identifier de manière computationnelle les extraits textuels traitant d’un concept particulier. À cet effet, la méthode classique est le concordancier, mais cette approche ne permet pas d’identifier les extraits où le concept n’est pas exprimé de manière canonique. Nous proposons une méthode que nous exemplifions en l'appliquant à un corpus constitué des 1668 articles de la revue Philosophiques, échelonnés sur 44 ans, soit depuis sa fondation en 1974 jusqu'à l'année 2018. Dans un premier temps, on reviendra sur les étapes préalables à toute analyse numérique : constitution du corpus, nettoyage, balisage et catégorisation des données, lemmatisation, etc. Puis nous appliquerons une méthode en trois moments. Premièrement, on décode le corpus en identifiant les extraits où le concept est exprimé de manière canonique. Ensuite, à l’aide d’une représentation de type doc2vec, on identifie les extraits les moins susceptibles d’exprimer le concept investigué. Enfin, on entraîne un classifieur binaire de type SVM afin d’identifier les extraits où le concept est exprimé de manière non canonique.

  • Communication orale
    Philosophiques, ou la naissance de la modernité philosophique
    Jean-Claude Simard (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Comme la précédente, cette conférence se situe dans le contexte d'une importante recherche en cours : un programme d'étude de quelques grandes revues québécoises de philosophie, mis sur pied dans le cadre des humanités numériques et de l'analyse assistée par ordinateur. La revue Philosophiques, organe de la Société de philosophie du Québec, n’avait jamais fait l’objet d’une analyse fouillée. Pour en analyser le contenu de manière détaillée, on croisera les données de l'approche computationnelle et les résultats obtenus par une analyse plus traditionnelle de la revue. À cette fin, on examinera d'abord le contexte politique chargé dans lequel est née Philosophiques, qu'on parle du marxisme, de l'analyse des idéologies, de la psychanalyse, du structuralisme ou de la pensée de la différence. On exposera ensuite la façon dont ces orientations sont entrées en résonnance, sinon en concurrence, avec les approches philosophiques d’obédience grecque, française et allemande, déjà solidement implantées dans le paysage intellectuel du Québec. Enfin, on évoquera la consolidation, au cours des années 1980, de l’approche analytique, un changement de paradigme qui engendra des découpages théoriques inédits et une nouvelle sensibilité pour les éthiques spécialisées, premier pas vers une circulation élargie des idées et l’internationalisation actuelle de la discipline.


Communications orales

Table ronde du Comité Équité de la SPQ

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  • Communication orale
    L’humilité épistémique et le rôle du philosophe politique en études postcoloniales
    Jérôme Gosselin-Tapp (Université d’Ottawa)

    Cette conférence vise à initier une réflexion de nature méthodologique entourant la pratique du dialogue interculturel en philosophie politique appliquée. L’objectif est de préciser le rôle du philosophe politique, de même que les limites de son champ de légitimité, tant sur le plan théorique qu’en tant qu’acteur participant concrètement au débat public, et ce, plus particulièrement dans les contextes postcoloniaux. Cet exposé emprunte plus précisément l’idée d’humilité épistémique, thématisée à la fois à partir des écrits tardifs de John Rawls et des travaux de James Tully, pour définir et encadrer deux principales fonctions du philosophe politique. D’une part, ce principe vient teinter la dimension herméneutique que requiert le rôle de courroie de transmission et de traducteur que doit jouer le philosophe politique dans le cadre du dialogue interculturel. Une telle posture interprétative implique notamment une profonde redéfinition de certaines notions parfois fondamentales du langage politique. D’autre part, cette même idée d’humilité épistémique permet de mieux circonscrire la dimension prescriptive de la philosophie politique. Par le biais notamment de la méthode rawlsienne de l’équilibre réfléchi, il s’agit ultimement de substituer à la pure spéculation un mode de réflexion en philosophie politique pouvant jouer le rôle de potentiel vecteur de consensus dans le débat public.

  • Communication orale
    Décoloniser les savoirs philosophiques : l'apport de la pensée féministe noire.
    Agnès Berthelot-Raffard (York University)

    Née sur le plan théorique et analytique dans le courant du dix-neuvième siècle, dès ses origines, la pensée féministe noire états-unienne (Black Feminism) s’est présentée comme un puissant outil pour repenser les paradigmes épistémologiques par lesquels l’exclusion intellectuelle et sociale de certains individus était justifiée. Inscrivant son développement dans une épistémologie de la résistance par le savoir et la lutte, la pensée féministe noire états-unienne est, aujourd’hui, une théorie critique du monde social de premier plan notamment par son ancrage dans la sociologie de la connaissance et l’épistémologie sociale. Connue et envisagée comme une politique de l’identité, au plan théorique, dès les années 1980, la pensée féministe noire s’est largement développée bien hors les murs des départements d’études africaines et Africana. Cette théorisation critique offre de mieux comprendre les obstacles à l’égalité et à la liberté et de repenser les normes par lesquelles édifier une justice sociale valable pour tous les groupes opprimés. Pourtant la pensée féministe noire américaine n’a guère été mobilisée par d’autres penseurs aux objectifs similaires : les théoriciens de la justice libérale anglo-américains. En partant d’une réflexion sur l’oubli de la pensée féministe noire par les auteurs libéraux, ma communication soulignera l’apport de cette pensée pour décoloniser les savoirs philosophiques.

  • Communication orale
    Décolonisation des savoirs, pensée postcoloniale et pensée interculturelle
    Dany Rondeau (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

    Bien que mené sur le plan des savoirs, le projet de décolonisation des savoirs est avant tout un projet politique qui insiste sur les relations de pouvoir entre les groupes. Il place d’emblée les interlocuteurs dans un rapport de confrontation qui s’accompagne d’une vision manichéenne des choses : il y a des oppresseurs d’une part et des opprimés de l’autre. Il s’agit donc d’un discours négatif - bien que nécessaire - de dénonciation et de déconstruction. Le projet d’une éthique et d’une philosophie interculturelle est son pendant positif. C’est un discours de (re)construction. Une fois reconnue l’asymétrie épistémique qui caractérise les relations entre les groupes, il s’intéresse à la contribution que chaque groupe culturel (ou social ou minoritaire) peut apporter à la compréhension du réel et à la construction de la « vérité ». Il propose des outils qui mettent en dialogue plutôt qu’en confrontation. Après avoir clarifié et défendu la lecture qui vient d’être brièvement esquissée, je m’intéresserai aux rapports (conceptuels, épistémiques, épistémologiques) entre le projet de décolonisation des savoirs et le projet d’une éthique et d’une philosophie interculturelle. Mon objectif est de proposer une conception constructive la pensée postcoloniale qui s’appuie sur la critique de la décolonisation des savoirs, mais qui propose un projet scientifique et éthique fondé dans une pensée interculturelle.

  • Communication orale
    Décoloniser la philosophie. L’exemple des travaux sur l’Ubuntu dans l’espace académique sud-africain
    Ernest-Marie Mbonda (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

    Le mot «Ubuntu» vient des langues bantoues du sud de l'Afrique et est souvent rattaché à des expressions proverbiales comme « Motho ke motho ka batho ba bang » (en langue sotho) ou « Umuntu ngumuntu ngabantu » (en langues xhosa et zoulou), qui signifient respectivement : « Une personne est une personne à travers d'autres personnes » et « Je suis, parce que nous sommes ». Si la notion est ancienne (puisqu’elle fait partie des traditions de la plupart des sociétés africaines au sud du Sahara), si elle apparaît dans les sources écrites dès la moitié du XIXe siècle comme le montrent certains auteurs, c’est à partir des années 1990 qu’elle occupe une place de plus en plus importante dans les débats philosophiques sud-africains. On y voit la volonté d’enraciner la réflexion philosophique contemporaine dans la pensée traditionnelle africaine afin de décoloniser les approches dominantes et de proposer des analyses jugées plus adéquates des questions sociales, économiques, politiques et juridiques africaines. Mon objectif, en m’intéressant à ces travaux sud-africains sur l’Ubuntu, sera d’analyser, du point de vue de ses enjeux heuristiques et méthodologiques, l’apport d’une démarche « afrocentrique » (dans ce cas, centrée sur le concept « Ubuntu ») à la décolonisation de la philosophie et à la construction d’un espace de dialogue « inter-épistémique ».


Communications orales

Usages contemporains de la modernité

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  • Communication orale
    Le « modèle », la finalité et la délibération dans l’Éthique de Spinoza
    Andre Rocha (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    Le statut du « modèle » de l’individu libre de la 4ème partie de l’Éthique est une question classique dans l’histoire des commentaires sur Spinoza. Nous allons faire une succincte histoire critique des positions interprétatives du XXème siècle pour montrer comment l’analyse de cette question a été un point de passage important du processus de redécouverte de la téléologie dans la philosophie de Spinoza. Nous allons, ensuite, montrer comment à partir de cette même question il est aussi possible de redécouvrir une conception des processus délibératifs dans la 4ème partie de l’Éthique.

  • Communication orale
    Penser la mort et la mélancolie : Spinoza et Freud
    Syliane Malinowski-Charles (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    En recommandant au sage de « ne penser à rien moins qu’à la mort » (EIVP67S), Spinoza reconnaît le caractère impossible et destructeur pour l’individu de concevoir sa propre mort parce qu’il est fondamentalement animé par la volonté de vivre. La mort propre représente donc à proprement parler un indicible et un impensable pour Spinoza. De même, la pensée de la mort des autres s’accompagne d’une très grande tristesse, susceptible d’entraîner de la « mélancolie ». Le but de cette communication est de penser cet affect de melancholia chez Spinoza, passion « directement mauvaise » (E IVP42) où règne la « mésestime de soi » (abjectio), à la lumière de la psychologie freudienne. En effet, dans Deuil et mélancolie (1915), Freud affirme que le deuil et la mélancolie se distinguent seulement au niveau des symptômes par la présence, dans cette dernière, d’un manque d’estime de soi. En analysant la parenté étonnante de ces conceptions, cette communication alliant psychologie et philosophie moderne nous invitera donc à nous pencher sur les affects qui accompagnent le vécu affectif d’un des plus grands impensables de la philosophie.

  • Communication orale
    La coexistence des libertés : jalon d'une rationalité politique intersubjective chez Spinoza
    Théophile Mugisho Ntarheba (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    La rationalité des temps modernes, cartésienne et kantienne en l’occurrence, essentiellement marquée par une philosophie du sujet et de la conscience, avait débouché sur la marginalisation du fondement intersubjectif de la rationalité. Il sera question dans notre communication de faire émerger ce fondement intersubjectif de la rationalité politique chez Spinoza, et partant, le caractère antimoderniste de sa pensée politique. Pour Spinoza, C’est grâce à la raison que l’homme découvre ce qui lui est utile et devient plus libre dans un Etat que dans la solitude (Eth., IV,P LXXII, D). Les libertés individuelles accroissent « la puissance de la multitude », que Spinoza appelle « l’Etat ». Une telle rationalité a comme fondement l’intersubjectivité et est source de la sociabilité des hommes[1]. De cette façon, chez Spinoza, la coexistence des libertés individuelles est la condition sine qua non de la liberté collective. En quoi ces considérations spinoziennes constituent-elles, d’une part, une rupture avec la pensée moderne, et d’autre part, une clef dans la compréhension de l’effervescence des rationalités sociopolitiques contemporaines ? C’est à cette question que notre communication tentera d’apporter une réflexion.

  • Communication orale
    L’eau en tant que chose d'usage commun ou comme source de conflits : les racines modernes de l'éthique de l'eau chez Griotus et Rousseau
    Evaldo Becker (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    S’il est vrai que l’éthique environnementale en tant que champ spécifique de l’éthique appliquée est née au XXe siècle comme le remarque Marie-Hélène Parizeau dans l’entrée Éthique Appliquée du Dictionnaire d’éthique et de philosophie moral (CANTO-SPERBER, 1996); il est vrai aussi que la pensée sur les rapports entre l’homme et la nature a été un sujet d’investigation chez plusieurs philosophes pendant la Modernité. On considère que l’éthique de l’eau contemporaine puise ses racines dans la réflexion moderne des penseurs comme Grotius et Rousseau. Déjà dans son livre Mare Liberum l’auteur hollandais critique les tentatives de la part du gouvernement de l’Espagne de privatiser l’eau de la mère et dans le Droit de la guerre et de la paix il revient au même sujet et examine l’eau en tant que chose d’usage commun. Rousseau dans son Essai sur l’origine des langues examine le rôle fondamental de l’eau dans la socialisation humaine et aussi dans l’émergence de conflits sociaux. Après ça, dans son Projet de Constitution pour la Corse il examine la nécessité d’établir une « exacte police sur les forêts » en réglant les coupes et la reproduction et ne laissant pas les maitres des eaux et forêts tout détruire. Le but de cette présentation est donc d’examiner les racines modernes de l’éthique de l’eau chez Grotius et Rousseau.

Communications orales

Aux marges de la narration (Partie 1)

Salle : Salle virtuelle A — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    L’inénarrable musique
    Jean-Marc Narbonne (Université Laval)

    Dans son traité 9 (VI, 9), Plotin faisait remarquer que nous ne parlons pas de l’Un lui-même, que nous ne disons pas ce qu’il est en soi, mais que nous parlons à propos de l’Un et comme autour de lui. Ne pourrait-on pas dire la même chose de la musique, que nous discourons à propos de la musique, mais que nous ne disons ni ce qu’elle est, ni ce qui nous unit à elle. Se pourrait-il qu’Aristote ait des choses précieuses à nous dire sur ces deux aspects de la musique, sa nature idoine d’une part, son rapport intrinsèque à ce que nous sommes d’autre part, des choses laissées plus ou moins dans l’ombre ? C’est ce que nous entreprendrons de démontrer par une étude de certains passages de la Poétique consacrés à la musique, que nous comparerons d’une part avec l’exposé aristotélicien sur le sujet dans les Politiques, d’autre part avec quelques développements tirés de ses Problemata. Le cœur de l’exposé va consister en une lecture commentée sur la base d’une traduction inédite, de Politiques, VIII, 5, 1339 b 42-1340 b 19 (environ 3 pages de grec). En insistant sur certaines idiosyncrasies du texte, nous tenterons ensuite de montrer de quelle manière ce dernier prend ses distances par rapport aux aperçus qui se lisent dans la Poétique, mais qu’il trouve une sorte de confirmation dans les Problemata. Enfin, nous jetterons un regard sur l’écho lointain de cet enseignement, ou plutôt de cette intuition, chez Schopenhauer et chez Nietzsche.

  • Communication orale
    Le consentement hors des marges de la narration
    Marie-Hélène Desmeules (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Au cours des dernières années, la narration et le consentement sont devenus deux des formes paradigmatiques à partir desquelles nous pensons le caractère éthique de nos interactions, notamment en matières médicale et sexuelle. Pourtant, d’importantes ruptures subsistent entre ces deux formes. L’insistance actuelle sur le consentement de chacun tend en effet à réduire la question éthique à la seule présence d’un « accord » donné librement. Il participe ce faisant d’abord à une forme de déresponsabilisation éthique – si autrui a librement dit « oui », nous n’avons pas d’autres questions éthiques à nous poser, ni à porter la responsabilité des conséquences de cette action. Il contribue également à une fragmentation éthique : ce qui importe, lorsque le consentement prime, c’est l’accord donné à une action ponctuelle, comprise comme une unité discrète et discontinue. Nous croyons cependant que la narration nous autorise à critiquer cette déresponsabilisation et cette fragmentation pratiques. Tant par ses jeux d’échelles que par son unité téléologique, la narration nous donne une perspective éthique qui déborde la perspective réductrice du consentement. D’un autre côté, comme l’a montré Ricœur, la narration, en raison de la clôture du texte, tend à faire cercle avec elle-même. Nous conclurons donc en montrant que le consentement (et son absence) reste tout de même nécessaire, ne serait-ce que pour déjouer les récits et les attentes narratives que l’on tend à se faire sur autrui.

  • Communication orale
    Le récit impossible? Jacques Rancière, Éric Vuillard et l’histoire des « sans-histoires »
    Geoffroy Mannet (Université Paris 8-Saint-Denis)

    Dans le volet esthétique de son œuvre, le philosophe Jacques Rancière développe une critique politique de la théorie aristotélicienne du récit. Selon lui, si la Poétique d’Aristote forme « la matrice stable de la rationalité fictionnelle classique en Occident » (Les Bords de la fiction, p. 8), c’est à la condition d’exclure du domaine de la fiction, réservé à la mimèsis des hommes qui agissent, celui de la chronique ou de l’histoire, réservé aux hommes qui produisent. La matrice classique du récit occidental reposerait ainsi sur un partage du sensible dans lequel deux mondes séparés hiérarchiquement, le monde de la praxis et le monde de la poièsis, mériteraient ou non d’être narrés et rendus visibles par la fiction. Quels sujets, quelles paroles et quelles vies sont dignes d’être racontés par la fiction? Tel serait le problème à la fois esthétique et politique posé à la fiction occidentale par Aristote. Le but de notre communication sera exploratoire. Il consistera à relire le projet littéraire du romancier contemporain Éric Vuillard à l’aune de la dichotomie rancièrienne entre la fiction classique aristotélicienne et la fiction moderne non-aristotélicienne. Aristote et sa postérité voulaient raconter l’histoire de ceux qui ont une histoire; l’auteur de L’Ordre du jour et de Tristesse de la terre veut raconter l’histoire de ceux qui n’en ont pas. Que signifie raconter l’histoire des sans-histoires? Tel est le problème que nous traiterons à partir de Rancière et Vuillard.


Communications orales

La philosophie de la médecine : quels enjeux après le « tournant épistémologique »? (Partie 1)

Salle : Salle virtuelle C — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Vers une conception holistique et fonctionnaliste de la pathologie
    Antoine C. Dussault (Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie)

    Cette présentation portera sur une dimension centrale du débat entre naturalisme et normativisme en philosophie de la médecine : la question de savoir si la pathologie doit être définie (entièrement ou partiellement) en relation avec le concept prudentiel de préjudice, ou exclusivement en relation avec les notions biologiques de dysfonction et/ou anormalité. Je défendrai le second point de vue, mais soutiendrai, en m'appuyant sur certaines remarques de Wakefield (2014) et Kingma (2017) sur les défis auxquels font face les conceptions fonctionnalistes strictes de la pathologie, qu’une conception fonctionnaliste de la pathologie devrait se focaliser sur les dysfonctions survenant au niveau des organismes pris comme des touts, plutôt que sur les dysfonctions survenant au niveau de leurs parties (comme le font la théorie biostatistique de Boorse et la théorie du désordre comme dysfonction préjudiciable de Wakefield). Je donnerai un aperçu de ce à quoi ressemblerait une telle conception, et la situerai par rapport au concept de maladie [illness] de Boorse (qu'il oppose à la pathologie) et à la conception dispositionnelle récemment proposée par Werkhoven (2018).

  • Communication orale
    La HDA permet-elle d’écarter l’argument antipsychiatrique de type szaszien?
    Maxime F.-Giguère (Université Laval)

    L’un des objectifs de l’analyse de la dysfonction préjudiciable (HDA) est d’écarter l’argument antipsychiatrique de type szaszien (Wakefield, 2021). Or, la persistence de problèmes non-résolus liés à la clause factuelle tels que la critique du mismatch, réaffirmés dans Defining Mental Disorder : Jerome Wakefield and His Critics (2021), montre que cet objectif n’est pas atteint. Si la clause factuelle de la HDA ne peut pas délimiter clairement les troubles mentaux des situations dévaluées, alors elle n’écarte pas l’argument de type szaszien. Dans cette présentation, je soutiens qu’une avenue inexplorée par Wakefield pourrait lui permettre d’écarter ce type d’argument. Je montrerai que l’argument de type szaszien s’appuie sur une analogie entre troubles mentaux et somatiques et que deux types de réponses, correspondant aux deux volets de l’analogie, y sont possibles. Je soutiendrai que les réponses à l’argument szaszien portant sur la composante somatique de l’analogie ont été plus déterminantes d’un point de vue historique : Wakefield devrait en ce sens employer ce type de réponse s’il désire écarter l’argument szaszien. Je conclurai la présentation en illustrant comment une réponse somatique permettrait d’écarter l’argument du mismatch reconduisant vers l’argument szaszien.

  • Communication orale
    L’influence de l’expertise des personnes autistes sur la science
    Sarah Arnaud (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    La conception actuelle de l'autisme en tant que catégorie psychiatrique soulève la question de l’influence des personnes autistes sur son façonnement et de son importance comparativement au rôle de la science. Hacking soutien la thèse provocatrice selon laquelle le ratio science / activisme dans le façonnement de l'autisme est de 1:99. Selon lui, la définition et la compréhension actuelles de l'autisme proviennent des personnes «personnellement liées à une personne autiste (p-c-a) » plutôt que de la science. Kendler rejette une telle vision, suggérant au contraire que notre compréhension de l'autisme est le résultat d'un travail scientifique approfondi, notamment à travers les acquis de la recherche en génétique. Je considère que leur désaccord est basé sur une fausse dichotomie et sur le fait que la catégorie de « p-c-a » soit problématique en termes d’agentivité épistémique. Je souhaite montrer que la perspective des personnes autistes devrait être considérée comme nécessaire à l’étude scientifique de l’autisme.

  • Communication orale
    Une alternative à la conception du trouble mental des Research Domain Criteria
    Simon Goyer (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    En 2009, le National Institute of Mental Health (NIMH), le principal institut public responsable de la recherche sur les désordres mentaux aux États-Unis, a mis sur pied les Research Domain Criteria (RDoC), un cadre de recherche. En menant des études empiriques dans ce dernier, le NIMH espère améliorer notre compréhension des troubles mentaux et contribuer au développement de traitements nouveaux et efficaces. Les RDoC sont-ils une structure conceptuelle adéquate pour encadrer la recherche en psychiatrie ? Ma thèse est que non parce que la conception du trouble mental inhérente aux RDoC selon laquelle les troubles mentaux sont essentiellement des troubles du cerveau représentables avec des construits dimensionnels psychobiologiques quantitativement mesurables ne capture pas adéquatement ce que sont les troubles mentaux. En effet, il y a de bonnes raisons de penser que les troubles mentaux ne sont pas essentiellement des troubles du cerveau et que certaines de leurs propriétés sont mieux capturées par des concepts non quantifiables. C’est pourquoi je propose de remplacer la conception du trouble mental des RDoC par la conception selon laquelle les troubles mentaux sont des dysfonctions énactives (DE), laquelle ne rencontre pas les problèmes des RDoC. Pour cette raison, je pense que la DE pourra nous aider plus que la conception du trouble mental des RDoC à comprendre, soigner et faire baisser la prévalence des troubles mentaux.


Communications orales

Communications libres : philosophie française

Salle : Salle virtuelle B — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Emil Cioran et l’aspiration au détachement
    Alexandra Guité (UdeM - Université de Montréal)

    La souffrance psychique de Cioran est perceptible dans presque chaque ligne qu’il cisèle. Une possible guérison ou du moins l’apaisement de son immense douleur pourrait-elle être l’une des aspiration de son entreprise littéraire et philosophique? C‘est cette quête d’un certain salut qui le fait explorer, entre autres, la pensée indienne, dont le bouddhisme. Une entreprise qui n’est pas sans rappeler la notion antique de la philosophie comme thérapie de l’âme développée par Pierre Hadot. Dans la présente communication, nous révélerons les liens mais aussi les distances conceptuelles entre la pensée dite orientale et les aspirations de détachement de Cioran. Quoique cette approche philosophique et spirituelle l’accompagne et parfois même le berce, il ne pourra la faire sienne complètement. La pensée ‘orientale’ lui offrira ainsi un refuge mais il ne pourra en faire une demeure permanente. Cette tension est constante et emblématique de la pensée de Cioran. Un détachement qui est à la fois souhaitable et impossible. Nous verrons ces points de rapprochements tout en cernant les distances que Cioran place entre lui et la sagesse du détachement. En marges de la philosophie occidentale, nous aborderons la philosophie indienne. En marges du canon de la philosophie, nous plongerons dans l’œuvre d’un penseur à la voix plus dissonante.

  • Communication orale
    Retracer l’invisible et l’inaudible de la Grammatologie
    Xavier Brière (Université Toulouse - Jean Jaurès)

    L’objectif de cet exposé est de réactualiser la philosophie du jeune Derrida à travers les trois thèmes de la visibilité, de l’audibilité et de l’historicité. À cette fin, on considère le cours Histoire et Vérité, dispensé en 1964, comme un fondement théorique important à De la Grammatologie. La proto-déconstruction de la séparation illégitime de l’histoire et de la vérité semble en effet préparer le terrain à la déconstruction de la séparation illégitime du visible et de l’audible de l’écriture. Au cœur de ces déconstructions, les effets paradoxaux de l’histoire qui doit s’écrire pour être vraie feront ressortir le concept central de trace. Ce même concept questionne en retour l’idée d’origine historique et onto-phénoménologique. Le mouvement de différenciation qui en ressort distingue le visible de l’invisible et l’audible de l’inaudible en se retirant au système de l’archi-écriture, qui ne se laisse pas comprendre dans une logique historiciste.

  • Communication orale
    Qui suis-je ? Les situations de perte d’identité personnelle chez László Tengelyi
    Cassandre Bois (Université Laval)

    « Qui suis-je ? » constitue la question de l’identité personnelle, posée au « je ». Le plus souvent, cette question surgit lorsque ce qu’elle appelle fait défaut. C’est dans les situations de perte d’identité personnelle que cette question émerge, alors même qu’elle laisse place au silence. Cette absence de réponse ne traduit pas pour autant une néantisation réelle de l’identité personnelle. L’expérience montre que, dans certaines crises identitaires, une forme d’identité personnelle persiste malgré le sentiment de perte de soi. Or, les conceptions de l’identité personnelle proposées par la tradition et répertoriées par Paul Ricœur, en termes de mêmeté et d’ipséité, ne semblent pas rendre compte de ce paradoxe caractéristique des situations de crise identitaire. La première suppose la perception et la seconde l’institution du langage, alors même que le type d’identité nous intéressant échappe aux yeux et aux mots. Nous proposons d’explorer la pensée du phénoménologue hongrois László Tengelyi qui part de la conception ricœurienne de l’identité narrative tout en la dépassant. En revisitant le champ phénoménologique, Tengelyi en vient à dégager deux types d’identité narrative, l’institution de soi et la formation de soi, capables de rendre compte des situations de crise identitaire : lorsque l’institution de soi est fragilisée, l’identité personnelle se trouve portée par la formation de soi qui, muette et invisible, se meut dans les nuits d’identité personnelle.


Communications orales

Lieux de rencontres entre philosophie et fiction (Partie 1)

Salle : Salle virtuelle D — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Esquisse de typologie des usages philosophiques de la fiction
    Mitia Rioux-Beaulne (Université d’Ottawa)

    Dans cette communication, je propose une typologie des usages de la fiction en vertu des fins qu’elle sert, m’appuyant sur la démarche de trois auteurs des Lumières françaises (Fontenelle, Rousseau et Diderot). Suivant un premier registre, qu’on appellera « sceptique », la fiction conteste la légitimité du savoir discursif en mettant en scène sa faillite. Dans un deuxième registre, plus « heuristique », la fiction est instrumentalisée dans le cadre de l’élaboration d’un savoir théorique qui constitue, lui, le point d’arrivée du travail discursif à l’œuvre. Un troisième registre, plus proprement philosophique – c’est la thèse que je défendrai ici –, tient la fiction elle-même comme lieu d’instauration d’un certain type de savoir.

  • Communication orale
    Les raisons de la fiction : l’impasse du réel
    Maud Brunet-Fontaine (Université d’Ottawa)

    Au tournant du 19e siècle, Germaine de Staël soutient qu’« on ôte à l’analyse sa profondeur, au roman son intérêt en les réunissant ensemble. » Il se développera à l’époque l’idée d’une séparation nécessaire entre philosophie et littérature qui pourrait bénéficier aux deux champs. L’esthétique de la littérature y trouverait une plus grande force et la philosophie plus de profondeur et de clarté. Or, au siècle d’avant, le mariage entre philosophie et belles lettres est fréquent et fécond. Vouloir en provoquer le divorce relève d’une mécompréhension des motifs résolument philosophiques sur lesquels repose l’usage de la fiction narrative. Notre communication cherchera à montrer la cohérence philosophique du recours à une expression qui passe par le narratif et le fictionnel. Ce sont les raisons de la fiction que nous chercherons à esquisser. Nous nous intéresserons à Condillac, à Rousseau et à Diderot, pour défendre que le recours à la fiction relève entre autres d’une certaine compréhension du réel comme socle insuffisant pour y faire reposer toute la quête du vrai.

  • Communication orale
    Récits historiques et conceptualisation en philosophie politique : étude du cas de la constitution du discours interculturaliste au Québec
    Jérôme Gosselin-Tapp (Université d’Ottawa)

    Cette communication vise à illustrer la fécondité d’une reconstruction de la trajectoire historique de l’interculturalisme au Québec pour dégager la portée philosophique de cette notion. Il s’agit d’une méthode résolument fictionnelle en ce qu’elle implique une reconstitution de l’émergence d’un concept à des fins heuristiques. Mon approche consiste plus précisément à proposer une lecture particulière de l’apparition du discours interculturaliste au Québec. Cette approche montre comment un certain récit national et politique, dont les origines remontent à la commission Laurendeau-Dunton, aura influencé l’élaboration du cadre normatif qu’est l’interculturalisme. Cet exercice de reconstruction me permet ultimement de mieux distinguer l’interculturalisme du multiculturalisme, en répondant, du même coup, aux critiques qui remettent en question cette distinction conceptuelle.


Communications orales

Conférence plénière de la Société de philosophie du Québec (ANNULÉE)

Salle : En ligne — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Les oubliés et les disparus de la philosophie ancienne
    Louis-André Dorion (UdeM - Université de Montréal)

    Il est tout à fait légitime de se demander si nous, Modernes, avons relégué dans un injuste oubli certains philosophes grecs et, si oui, pour quelles raisons ils ont été frappés d’oubli. Mais la réponse à cette question exige au préalable que l’on rappelle que le processus d’oubli était déjà à l’œuvre dans l’Antiquité même et que ses conséquences étaient alors beaucoup plus dramatiques qu’elles ne le sont aujourd’hui, puisque les différents mécanismes d’oubli entraînaient rien de moins, à terme, que la disparition pure et simple des œuvres elles-mêmes et l’oubli concomitant de leurs auteurs. Il ne faut pas non plus négliger, dans l’inventaire des raisons qui expliquent la victoire sur l’oubli, le rôle considérable joué par le support institutionnel, c’est-à-dire que les écoles philosophiques ont grandement contribué à la transmission et, partant, à la préservation des œuvres des philosophes appartenant à ces écoles. Après avoir rappelé et analysé les principales causes d’oubli qui ont sévi dès l’Antiquité, je me demanderai si, parmi les philosophes grecs qui ont survécu aux premiers mécanismes de l’oubli et qui sont parvenus jusqu’à nous, il y en a qui sont injustement relégués aux marges de notre mémoire et de l’enseignement institutionnel de la philosophie.


Communications orales

Communications libres : philosophie analytique

Salle : Salle virtuelle C — Bâtiment : En ligne
Présidence : Arnaud Petit
  • Communication orale
    L’éléphant dans la pièce – ou rendre visible l’invisible
    Patrice Philie (Université d’Ottawa)

    Le thème du congrès invite à une réflexion sur la nature de la philosophie. Dans cet esprit, j’ai pour objectif ici de rendre visible un invisible de la philosophie analytique contemporaine. Cela me permettra de mettre en lumière ce que je crois être un « scandale » de la philosophie contemporaine. Il me semble, en tout cas dans la région philosophique qui est la mienne, que nous avons « oublié » la question de la bonne vie, de la formation du caractère, de l’éducation au sens de Bildung. Je vais tenter de circonscrire ce problème et de souligner son importance.

  • Communication orale
    Pourquoi le réalisme scientifique est incompatible avec une approche radicalement non épistémique de la vérité ?
    Pierre-Yves Rochefort (Cégep de l'Outaouais)

    Dans cette communication, je vais remettre en question la thèse répandue selon laquelle un réaliste scientifique cohérent devrait adopter une approche non épistémique de la vérité. Pour ce faire, je vais m’appuyer sur un des arguments bien connus, bien que souvent mal interprétés, d’Hilary Putnam contre le réalisme métaphysique. Mon argumentation permettra de mettre en évidence un fait qui a été largement inaperçu par les lecteurs de Putnam, c’est-à-dire qu’au lieu de constituer une remise en question du réalisme scientifique, la critique putnamienne du réalisme métaphysique constitue un argument en sa faveur.


Communications orales

Recherches en philosophie de l’économie (Partie 3)

Salle : Salle virtuelle D — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Les risques de la diversification des données probantes : une perspective bayésienne
    Olivier Grenier (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    L'activité scientifique aujourd'hui fait face à un problème qu'on n'aurait pas osé prédire : l'abondance et la variété des éléments probants disponibles font obstacle à l'accord entre scientifiques sur des conclusions générales. Les méthodologistes et les philosophes des sciences offrent des solutions à ce problème. Pour les partisans des revues systématiques, une procédure d'agrégation doit avoir des critères stricts d'inclusion pour ce qui doit être considéré comme un élément probant. Pour plusieurs philosophes des sciences, c'est la stratégie inverse qui doit être privilégiée : il faut diversifier plutôt que restreindre l'ensemble d'éléments probants pris en compte. Nous explorons les risques épistémiques d'une diversification des éléments probants avec un modèle bayésien d'inférence scientifique. Nous modélisons formellement trois inquiétudes relatives à la diversification des éléments probants qui sont habituellement exprimées informellement : 1) le désaccord sur la pertinence et la fiabilité de certains types d'éléments probants, 2) des éléments probants discordants, et 3) le biais de confirmation. Nous déterminons dans quelle mesure, à l'intérieur des limites de notre modèle, ces inquiétudes sont légitimes. Cette contribution permet aussi de clarifier certaines propositions relatives à l'utilisation de réseaux bayésiens pour aider à l'agrégation de données largement diversifiées.

  • Communication orale
    Corriger une erreur capitale : vers une nouvelle économie politique de la taxation du capital
    Peter Dietsch (UdeM - Université de Montréal)

    Je soutiens que les taxes devraient être sensibles à la force de la prétention normative du revenu qu’elles ciblent. Lorsqu’il s’agit du rendement sur le capital, la force de la prétention dépend de la durée et de la pertinence sociale de l'investissement. Les pratiques fiscales actuelles n'incorporent pas ces considérations. Afin de corriger cette omission, je propose un taux de taxation sur certains types de revenu du capital qui sont en rapport inverse à la période d’investissement. Un tel régime serait plus juste. Il améliorerait aussi l’efficacité et la stabilité en dirigeant le capital vers des investissements à long terme et davantage pertinents socialement.

  • Communication orale
    Caractéristiques d’autorégulation épistémique pour les systèmes sociaux : application du cadre conceptuel au cas de la Banque du Canada
    Jérémie Dion (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Les systèmes socioépistémiques (SSE) sont des arrangements d’institutions, de pratiques sociales, de procédures et d’infrastructures qui influencent les patrons d’interaction entre des individus, menant ceux-ci à former des attitudes propositionnelles de croyances (Goldman, 2010). La notion de SSE est utile à la représentation et l’étude d’organisations expertes situées au cœur des politiques publiques contemporaines, par exemple les banques centrales, les think tanks, les centres de recherche nationaux et les agences de financement. L’article se veut une contribution à la philosophie de l’expertise (voir par exemple Goldman 2001; Matheson 2005; Martini 2014; Collin et Weinel 2011) en proposant une méthode permettant au profane d’ajuster rationnellement le niveau de confiance à accorder à un SSE. Le cadre conceptuel permet d’analyser ce que nous appelons le degré « d’autorégulation épistémique » d’un SSE – c’est-à-dire sa capacité à réguler ses propres pratiques épistémiques afin d’atteindre la vérité et éviter l’erreur. Une application du cadre au cas de la Banque du Canada (BdC) sera présentée. En intégrant des recommandations issues de l’histoire et philosophie des sciences (Chang 2012; Kitcher 2001;2011), de la sociologie (Callon 1984) et du champ STS (Gingras 2014; Larrivière et Sugimoto 2018), nous isolons deux caractéristiques bénéfiques qui devraient être identifiées au sein d’un SSE, qui n’ont que partiellement été observées dans le cas de la BdC.


Communications orales

Vérités parallèles et politique

Salle : Salle virtuelle B — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Le candidat populiste et l’adepte de la rectitude politique. Rhétorique contre rhétorique
    France Giroux (Cégep Montmorency)

    L’attrait de la rhétorique du candidat populiste serait-il de prendre en compte des griefs d’une frange silencieuse de la société qui valent la peine d’être débattus mais dont on refuse la perception quand ils s’expriment dans nos sociétés conformistes empreintes de « rectitude politique » ? Faut-il désormais réévaluer la place d’idées considérées comme suspectes quand les figures de proue des partis populistes, qui ferraillent contre ce dogmatisme contemporain qu’est le bien-penser convenu, évitent toutefois les dérapages explicitement xénophobes et racistes dont l’effet serait de les marginaliser ? Ou devrait-on, au contraire, demander : les candidats populistes détournent-ils la démocratie de ses visées ? N’est-ce pas ce que font d’une autre manière, très différente certes, les défenseurs du politically correct ? Et que dire de l’avatar de cette bienpensance, la culture du bannissement (cancel culture) ? Quelles réflexions inquiètes suscite la tendance du bienpensant à croire que changer les mots équivaut à changer les choses ? Les rhétoriques respectives de l’adepte de la rectitude politique et du candidat populiste empêchent-elles la réalisation du politique (J.-W. Müller, P. Mouterde, D. Brunelle, M. Bock-Côté) ? L’examen de la parole de l’un et de l’autre montre-t-il les signes d’une déréliction de la démocratie ?

  • Communication orale
    Les « vérités parallèles » et la science en temps de pandémie
    Jocelyne Saint-Arnaud (UdeM - Université de Montréal)

    La méthode d’expérimentation scientifique reconnue (analyse de laboratoire, expérimentation sur des modèles animaux, essais randomisés à l’aveugle en trois phases), les normes de transmission des connaissances et les normes en éthique de la recherche sont mises à mal en temps de pandémie. Sous la pression de l’urgence d’agir, des écarts se produisent sur toute la chaîne qui devrait mener à des médicaments et à des vaccins efficaces et sécuritaires. Ces écarts sont manifestes dans des exemples précis : essais de type challenge qui soumettent les participants à des risques importants pour leur santé et même pour leur vie, autorisations en urgence de médicaments et de vaccins qui doivent être retirés par la suite, prépublications sur le web et publications dans des revues de renom qui ne respectent pas les normes scientifiques, ni les règles d’évaluation reconnues. Ces écarts jettent le doute sur le bien-fondé de la méthode scientifique et sur les résultats des expérimentations en créant ce qu’on pourrait appeler des « vérités parallèles ».

  • Communication orale
    Le référendum de 1995 : le silence subséquent a-t-il un sens?
    Sébastien Mussi (Collège de Maisonneuve)

    À partir de l'hypothèse du silence autour du référendum de 1995, je me questionne sur cette date comme faisant événement dans la vie politique, sociale et identitaire du Québec. En effet, ce silence ne constitue-t-il pas 1995 comme un non-événement ? Ne fait-on pas alors « comme si » rien n'était arrivé? Comment expliquer que les intellectuels en général ne semblent pas s’intéresser à l’après-référendum? Comment comprendre ce silence autour du sens de 1995? Y aurait-il des vérités parallèles qui coexisteraient en filigrane de ce silence?

  • Communication orale
    Le populisme et les vérités parallèles : une perspective historique
    Andre Mineau (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

    Depuis les débuts de l’époque contemporaine, le concept de peuple a été un enjeu autant de la réflexion philosophique que des sciences humaines émergentes. D’une part, à l’aube de la maturité politique du peuple, on a cherché à en cerner l’idéalité désormais lancée dans l’histoire, à la manière de Jean-Jacques Rousseau. D’autre part, les sciences anthropologiques ont dépouillé le concept de ses prétentions transcendantales a priori, pour l’ancrer dans la réalité des différences ethniques et en faire l’assise des consciences nationales en émergence. Dans ce contexte, le fascisme en Allemagne s’est appuyé sur la genèse de vérités parallèles qui ont eu pour effet de brouiller les référents d’idéalité et de réalité. Dans le cadre de la présente communication, il s’agira d’étudier la teneur sémantique de ces prétendues vérités. Autrement dit, on cherchera à savoir comment le populisme de type fasciste comprenait, décrivait et politisait la notion de peuple. On établira ensuite le rapport avec le peuple des populismes d’aujourd’hui.


Communications orales

Aux marges de la narration (Partie 2)

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  • Communication orale
    Discontinuités dans le récit de soi : Christopher Isherwood narrateur de sa sexualité et de ses exils
    Dominic Morin (École normale supérieure (Paris))

    Au travers de son œuvre essentiellement autobiographique et autofictionnelle, le romancier anglais Christopher Isherwood (1904-1986) nous propose une réflexion sur la fragmentation et la discontinuité des récits de soi pour les subjectivités qui vivent l’exil et la marginalisation. Homosexuel d’abord discret, ses romans tracent différents portraits de ses déplacements consécutifs en Europe dans les années 30, puis de son exil définitif aux États-Unis au moment de l’éclosion de la guerre. Par des récits déconnectés et différentes versions de lui-même comme protagonistes, son œuvre nous révèle les limites de la narration à rendre compte des vies fragmentées. D’un côté, il est forcé de dissimuler sa vie affective avant son coming out des années 60. En conséquence, le protagoniste de ses romans est asexué et déconnecté, la critique en dit un « sexless nitwit ». D’un autre côté, incapable de faire correspondre les différents fragments de sa vie, il s’avoue incapable d’en faire un récit unifié et continue. Par notre étude de ses romans et carnets, nous chercherons donc à montrer comment les différentes fragmentations de la vie de l’auteur empêchent d’en faire un récit à soi unifié, et comment ces limites narratives peuvent être des limites à l’introspection de l’auteur lui-même. En déjouant les catégories cardinales de la théorie narrative (auteur, continuité, unicité, etc.), les récits fragmentés d'Isherwood donnent à voir les vies autrement invisibles à la théorie narrative.

  • Communication orale
    Les héros tragiques modernes : des révolutionnaires aux exilés
    Sophie Cloutier (USP - Université Saint-Paul)

    Bien qu’Hannah Arendt n’ait jamais fait de traitement systématique de la tragédie, ce thème apparaît en filigrane dans l’ensemble de son œuvre. Nous voulons ainsi montrer, d’une part, qu’à travers ces références éparses à la tragédie, Arendt invite à un récit des marges : il faut raconter les causes perdues pour qu’elles ne tombent pas dans l’oubli, un récit qui devrait aussi opérer une catharsis. D’autre part, nous voulons explorer ce legs d’Arendt dans la pensée d’Étienne Tassin. En effet, Tassin fait des exilés et des migrants des héros tragiques modernes. C’est dans les marges des espaces institutionnalisés, dans les camps de réfugiés, que Tassin redécouvre ce qu’Arendt décrivait comme le trésor de l’action politique. Par le récit de ses séjours dans la jungle de Calais, Tassin veut témoigner de la liberté d’action des nouveaux configurateurs de monde. À ces yeux, les exilés sont des exemples paradigmatiques du courage d’Achille et dévoilent une grandeur que n’aurait sans doute pas reconnue Aristote. Il nous semble que la notion de tragique (et de tragédie), telle que déployée par Arendt et Tassin, est à la fois en rupture et en continuité avec Aristote et dans cette relecture, le tragique se présente comme un concept opératoire fructueux pour identifier les lieux (nouveaux) de la liberté politique et du souci pour le monde commun.

  • Communication orale
    Le régime tragique de la vérité dans la procédure de détermination du statut de réfugié au Canada
    Thibault Tranchant (Cégep Édouard-Montpetit)

    Pour être reconnu comme réfugié au Canada, un demandeur d’asile doit prouver devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) que sa situation correspond aux définitions du réfugié ou de la personne à protéger incluses dans les articles 96 et 97 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. L’élément principal de preuve retenu à cette fin est le récit que les demandeurs font des conditions et des causes de leur exil. Ainsi, la tâche des décideurs est de juger de sa crédibilité (cohérence, constance, plausibilité).Cependant, la recherche empirique sur la procédure de détermination du statut de réfugié (ci-après « PDR ») a montré qu’il existe des tensions entre la logique juridique d’examen de la preuve et les pratiques narratives des demandeurs dans ce contexte administratif et juridique (biais épistémiques, etc.). Je souhaite proposer un schème général d’intelligibilité de cette recherche empirique en formulant l’hypothèse selon laquelle la PDR est saturée par un imaginaire tragique. En m’appuyant en particulier sur la Poétique d’Aristote, je chercherai à faire émerger ses effets sur la structure attendue du récit et à expliciter les biais épistémiques qu’il occasionne. En contrepoint, je m’interrogerai sur les conditions d’une autre forme d’administration de la preuve pour la reconnaissance du statut de réfugié, plus respectueuse des capacités narratives et du contexte singulier des demandeurs d’asile.

Communications orales

Visibiliser les savoirs marginalisés au collégial : enjeux, limites, perspectives et présentation du projet Atopos

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  • Communication orale
    Présentation du projet et des panélistes
    Benoit D’Amours (Cégep de Lévis-Lazon), Sophie Savard-Laroche (Cégep Garneau)

    Les deux instigateurs du projet résumeront brièvement les raisons justifiant le lancement du Projet atopos et les principales étapes de réalisation de celui-ci. Nous y discuterons du matériel pédagogique présentement disponible pour les professeur.es et les questions de justice épistémique.

  • Communication orale
    Les perspectives féministes
    Laurie Gagnon-Bouchard (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    Mon apport au projet Atopos vise à exposer les raisons pour lesquelles il est essentiel que les perspectives féministes soient enseignées dans le cursus du cours de philosophie 2 sur l’être humain au collégial. Pour répondre à cette question, je mobilise tant les apports théoriques du point de vue situé que les théories féministes en épistémologie qui ont exposé que la façon de définir l’être humain supposément de manière objective et universelle est finalement le vécu typique des hommes blancs et qu’elle ne reflétait donc pas la réalité de tous les êtres humains, notamment les femmes, les personnes racisées, les autochtones, etc. Par ailleurs, en m’appuyant sur les théories écoféministes, je propose que la conception des philosophes modernes de l’être humain ait d’autant plus produit des problèmes contemporains comme la crise écologique et un rapport de domination à la nature. En effet, l’opposition classique entre nature et culture et la dévalorisation de la nature au profit de la culture a amené les personnes voulant être considérées en tant que sujet à se distancier du monde naturel. Cette distanciation a construit une profonde aliénation face à notre fondement naturel et au monde auquel nous appartenons.

  • Communication orale
    Les perspectives africaines et afrodescendentes
    Delphine Abadie (Université Cheikh Anta Diop)

    Il s’agira de faire un retour réflexif sur les défis épistémiques, les opérations de sélection et d’exclusion qui ont concouru à l’élaboration du module sur les pensées africaines et afrodescendantes de l’être humain. Les trajectoires philosophiques complexes issues de l’expérience d’être une personne africaine ou afrodescendante sont habituellement qualifiées d’africana et définies par certaines déterminations sur lesquelles nous reviendrons. L’inclusion de nouveaux savoirs et la décolonisation des savoirs n’étant pas de simples synonymes, il s’agira ultimement de s’interroger sur la im/possibilité de décoloniser la philosophie à l’intérieur des termes qui l’ont constituée historiquement.

  • Communication orale
    Les contes africains et la philosophie
    Marie-Eveline Belinga (Collège Universitaire Dominicain (Institut de Pastorale))

    En tant que femme noire francophone d’origine africaine qui vit et réfléchit sa pratique de la philosophe dans un espace nord-américain, il était important pour moi de me joindre au projet Atopos. Dans le cadre d’un court exposé encadré, j’ai présenté le cheminement intellectuel qui m’a conduite à me réapproprier mon héritage philosophique africain à travers la transmission orale. J’ai souhaité illustrer mon propos en mettant en lumière le potentiel philosophique émancipateur et décolonial d’un conte intitulé: « Le Roi et le Fou, Conte peul » rapporté par le penseur Amadou Hampâté Bâ. La structure de ce conte et les thèmes mis en valeur dans les dialogues, donnent un aperçu des possibilités d’exploration éthique, politique et sociale contenues dans cette tradition éducative. Partager un conte philosophique d’Afrique de l’Ouest avec des étudiant.e.s du cégep est une invitation concrète à s’interroger en tant qu’enseignant.e.s sur la diversité des œuvres de philosophie dans la francophonie. Cela peut également nous encourager en tant que personnes citoyennes à (re)découvrir des méthodes réflexives ancestrales qui ont contribué à l’éducation philosophique des êtres humains sur divers continents.

  • Communication orale
    Les perspectives antispécistes
    Valéry Valery.giroux@umontreal.ca (UdeM - Université de Montréal)

    Un des angles-morts du cours de l’Être humain est évidemment le caractère spéciste de plusieurs perspectives de l’être humain. Il serait ainsi intéressant de se demander si le pouvoir que nous exerçons sur les autres animaux est-il légitime et justifié? C’est cette difficile question que soulève la philosophie antispéciste. Est-il moralement justifiable de faire souffrir un individu sensible, de le priver de sa liberté et de le tuer parce qu’il n’appartient pas à mon espèce ou n’a pas les capacités intellectuelles typiquement associées à l’espèce humaine ? Les antispécistes soutiennent que tout individu mérite une égale considération morale peu importe son groupe biologique ou social et peu importe ses capacités ou incapacités cognitives. L’ancrage des droits fondamentaux dans la subjectivité vulnérable (plutôt que dans la rationalité ou l’appartenance à l’espèce humaine) a de profondes conséquences sur les relations que nous entretenons avec les animaux qui partagent la planète avec nous.

  • Communication orale
    Les perspectives post-(dé)coloniales
    Nawel Hamidi (USP - Université Saint-Paul)

    Ma contribution au projet atopos a été de de proposer une réflexion sur les conceptions philosophiques de l’être humain dans le cadre interdisciplinaire des études post-(dé)coloniales. L’un des objectifs était de situer l’expérience humaine des personnes ayant vécu les dimensions épistémiques et systémiques du colonialisme tout en abordant l’angle clinique des différents traumatismes intergénérationnels perpétrés par la violence coloniale. Le colonialisme a souvent été défini par ceux-là mêmes qui le perpétraient négligeant la perspective de ceux qui furent ou sont toujours profondément affectés par ce projet d’appropriation des territoires et d’atteinte aux droits humains. Finalement, je discuterai des conceptions philosophies de l’être humain en lien avec le cadre des études post-(dé)coloniales. Je proposerai une réflexion sur les conséquences des formes de colonialités qui subsistent et leurs effets sur les ontologies des personnes et des groupes ainsi que sur l’environnement. J’aborderai l’idée de tyrannies intérieures pour comprendre les effets de la colonialité et réfléchirai sur la pratique d’une maïeutique permettant de nouvelles formes de libérations et un renouvèlement de ses relations avec les êtres-vivants.


Communications orales

La philosophie de la médecine : quels enjeux après le « tournant épistémologique »? (Partie 2)

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  • Communication orale
    L’opacité des algorithmes en médecine est-elle un problème ?
    Juliette Ferry-Danini (University of Toronto)

    Les concepts d' « opacité » et de « transparence » appliqués aux algorithmes partent généralement de l’idée que l'opacité dans l'intelligence artificielle (IA) est quelque chose à éviter et qu'inversement la transparence est un objectif à atteindre. Cependant, le concept de transparence demeure ambiguë. On pourrait d'abord le définir de manière épistémique : un algorithme serait dit transparent lorsqu’on peut comprendre comment il fonctionne et que nous pouvons l'expliquer. Dans le cas des algorithmes décisionnels en médecine, la principale préoccupation concerne la manière dont les professionnels de santé sont en mesure de justifier un diagnostic sans pour autant pouvoir expliquer comment ils l'ont obtenu et pourquoi. Toutefois, on pourrait faire valoir qu'une telle opacité épistémique est déjà constitutive de la médecine fondée sur les preuves, où les mécanismes sont souvent inconnus. Pour autant, les concepts de « transparence » ou d' « opacité » ont au moins une deuxième signification qui va au-delà de la question de l'explicabilité. L'objectif de cet exposé sera donc double : premièrement, dresser la carte des différentes significations des concepts de « transparence » et d’« opacité » d’une part dans l'éthique de l'IA et d’autre part dans la philosophie de la médecine et la bioéthique. Deuxièmement, mon objectif sera d'ouvrir la voie pour comprendre si et dans quel sens (éthique et/ou épistémologique) l'opacité doit être évitée en médecine et dans le cadre de l’IA

  • Communication orale
    Le RDoC : dix ans plus tard
    Luc Faucher (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    En 2009, le National Institute of Mental Health (NIMH) annonçait la mise sur pied d’un cadre pour la recherche sur les troubles psychiatriques, le Research Domain Criteria (RDoC), qui avait pour mission de pallier aux insuffisances des outils taxonomiques actuels (ex.: le DSM et l’ICD) et d’établir un lien plus étroit avec la recherche fondamentale. Si le projet a été accueilli avec un enthousiasme par les concepteurs du DSM, les philosophes et les psychologues ont rapidement critiqué le caractère réductionniste de celui-ci. Quelques dix ans plus tard, il est temps d’examiner ce qu’il est advenu de ce cadre, comment il prétend répondre aux doléances exprimées par les philosophes et les psychologues, principalement dans ce que l’on pourrait nommer « le cadre écologique » du NIHM, c’est-à-dire à la fois dans le contexte plus large du NIH qui met l’accent sur la recherche translationnelle, mais aussi dans le contexte plus étroit du NIMH, de son nouveau plan stratégique (2020) et des nouveaux projets qu’il sponsorise, comme le « Brain Initiative » (2014). On mettra ainsi en évidence les récentes décisions prises pour assurer la flexibilité du cadre de recherche ainsi que les recommandations faites au sujet des gènes identifiés comme jouant un rôle dans l’étiopathologie de certains symptômes. On se posera aussi la question de savoir si la conception des symptômes proposé par le RDoC est adéquate pour ses fins et si le Brain Initiative n’est pas en train de phagocyter le RDoC .

  • Communication orale
    Les critiques des approches normativistes: une critique
    Anne-Marie Gagné-Julien (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    En philosophie de la médecine, un débat de longue date a opposé le normativisme au naturalisme sur la question de la définition de la santé et de la maladie. Selon le naturalisme, il est possible de définir ces concepts en se référant à des normes biologiques (au moins en partie), alors que selon le constructivisme, cette définition repose sur des valeurs. Cette conception de la santé et de la pathologie apparaît attrayante pour deux raisons principales : la mise en évidence des valeurs qui influencent nos conceptions médicales de ces concepts, et la critique des ambitions naturalistes de fournir une définition indépendante des valeurs. Cependant, trois critiques sont généralement adressées au normativisme : la distinction manquée entre des conditions ou comportements dévalorisés et de réelles maladies, l’incapacité des normativistes à exclure du domaine médical la simple déviance sociale, et l’absence d’argument montrant que des jugements évaluatifs empêchent une connaissance objective de la santé et de la maladie.

  • Communication orale
    Philosophie ‘dans’ la biologie et la médecine
    Mael Lemoine (Université de Bordeaux)

    La philosophie des sciences biologiques et médicales produit généralement un discours sur les sciences biologiques et médicales. Toutefois, un nombre significatif de philosophes ont franchi le pas de tenter de contribuer aux sciences biologiques et médicales elles-mêmes. Est-ce toujours de la philosophie ? La thèse que je développerai est que ces praticiens de la « philosophie dans la biologie et la médecine » se distinguent non par une oeuvre philosophique et une oeuvre scientifique parallèles, mais par une utilisation de la philosophie comme outil pour faire avancer la solution à un problème scientifique. En m’appuyant sur les données d’une enquête bibliométrique d’envergure sur le sujet, et sur l’analyse de quelques exemples en philosophie de la médecine et en philosophie de la biologie, j’esquisserai un tableau de cette tendance de la philosophie contemporaine - ses acteurs, ses réalisations, ses thématiques et ses méthodes. Je conclurai par un plaidoyer en faveur d’une philosophie dans la médecine qui prenne le meilleur de la philosophie dans la biologie en exemple.


Communications orales

Lieux de rencontres entre philosophie et fiction (Partie 2)

Salle : Salle virtuelle D — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    Le danger de la fiction comme source d’intuitions morales dans les débats en bioéthique
    Guido Calderini (Université d’Ottawa)

    La tendance plus conservatrice en matière d’augmentation biotechnologique est souvent accusée d’esquiver les accusations d’inconsistance en faisant appel à « la sagesse du dégout ». Par exemple, Francis Fukuyama (2002) défend en longueur le rôle du roman Brave New World d’Aldous Huxley comme source d’intuitions morales importantes qui vont au-delà d’une analyse conceptuelle. Cette position a été fortement critiquée par plusieurs auteurs, mais lors de cette table ronde je me baserai sur l’analyse qu’en fait Mark Walker (2013), qui montre que les travaux de fiction n’éclairent pas, mais plutôt obscurcissent le débat en abusant d’un sentiment mal placé et en présentant plusieurs éléments simultanément, ce qui a comme conséquence de rendre certaines procédures biotechnologiques « coupables par association ». En ce sens, la fiction serait antithétique à la philosophie, car elle amalgame les concepts tandis que la philosophie essayerait de les séparer pour mieux comprendre leur rôle.

  • Communication orale
    Le romancier dans la cité : le rôle de la fiction en éthique de l’environnement
    Alexis Ouellet-Simard (Université d’Ottawa)

    Dans le cadre de cette présentation, je montrerai tout d’abord l’importance capitale qu’ont eu les récits fictionnels dans le développement de certaines éthiques environnementales, notamment l’écocentrisme et l’écoféminisme. Par la suite, je défendrai l’idée selon laquelle les récits fictionnels sont encore aujourd’hui des véhicules privilégiés pour nous aider à conceptualiser les enjeux environnementaux et à continuer à faire évoluer les éthiques qui y sont associées. À cet égard, la fiction pourra dévoiler des faits cruciaux qui peuvent sembler invisibles à première vue, telle la « violence lente » (Nixon, 2013) associée à la dégradation de l’environnement. Cette prise de conscience, favorisée par le recours à la fiction, est nécessaire pour amorcer et alimenter les raisonnements moraux et les actions qui visent à répondre adéquatement aux enjeux environnementaux.

  • Communication orale
    Pourquoi les philosophes ont un devoir de se raconter des histoires
    David Robichaud (Université d’Ottawa)

    Les dernières années ont été marquées par une montée en popularité de ce que l’on nomme maintenant les « fausses nouvelles », par l’avènement de la « post-vérité ». De plus en plus de gens se désintéressent de la vérité et des théories scientifiques, mais aussi de la moralité et de la légitimité politique. Comment réagir face à cette situation? Je propose dans cette conférence de ne pas négliger les récits qui accompagnent nos théories morales et politiques. En faisant référence à plusieurs auteurs de l’histoire de la philosophie, mais aussi à divers travaux en sciences sociales, notamment ceux de Daniel Kahneman (2011) et de Nassim Nicholas Taleb (2007) portant sur les biais cognitifs, je tenterai de défendre l’idée qu’un retour à la fiction est non seulement souhaitable mais nécessaire pour convaincre du caractère raisonnable d’une position de philosophie morale ou politique.


Communications orales

Recherches en philosophie de l’économie (Partie 4)

Salle : Salle virtuelle B — Bâtiment : En ligne
  • Communication orale
    De l'aversion à l'iniquité à la définition de la science: une étude de cas d'une controverse en économie comportementale
    Alexandre Truc (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Suite au succès de l'approche comportementale de Kahneman et Tversky dans les années 1980, l'économie comportementale s'est transformée. Une nouvelle génération a émergé, et la majorité des économistes reconnaissent maintenant l'approche comportementale comme légitime. Cette situation amène certains à considérer que l'économie comportementale est désormais "mainstream", et qu'une synthèse avec l'approche néoclassique doit être développée. Pourtant, malgré cette demande pour une réconciliation, une partie de cette nouvelle génération d'économistes comportementaux se trouve en conflit avec les approches plus traditionnelles de l'économie. Le présent papier est une étude de cas d’une controverse autour des préférences sociales pour comprendre comment les interactions entre économistes comportementaux et économistes traditionnelles se sont transformées pour devenir plus conflictuelles, indiquant une fragmentation plus profonde entre deux traditions en économie.

  • Communication orale
    La diversité des formes organisationnelles : un enjeu d’éthique économique?
    Dominic Martin (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Les entreprises et autres organisations privées du marché peuvent prendre des formes diverses en fonction de leur structure de propriété, leur mode de gouvernance, le degré de participation des employés dans la gouvernance, leurs valeurs et plusieurs autres caractéristiques. Pourtant, un type d’organisation est prédominant dans la majorité des économies capitalistes avancées : la société par actions. C’est-à-dire une forme d’entreprise où les détenteurs des capitaux propres sont les propriétaires, où les gestionnaires ont une obligation fiduciaire d’augmenter la valeur de la firme pour les actionnaires et où les employés ont peu d’influence sur les processus de gouvernance. Dans cette présentation, je m’interrogerai sur le manque de diversité organisationnelle dans le marché et ses implications pour la justice sociale. Par exemple, serait-il souhaitable d’augmenter la part des coopératives de travailleurs ou des entreprises hybrides dans le marché, de manière à mieux distribuer le capital et les revenus associés à l’activité économique, et à éviter certaines formes d’injustice commise à l’égard des travailleurs? Selon le point de vue prévalent en économie de la firme et dans le mouvement droit et économie, la société par actions est prédominante parce qu’elle est plus efficiente en réduisant les coûts de contrats entre les différents groupes constitutifs de la firme. Je montrerai notamment pourquoi on ne peut pas s’en remettre à cet argument.

  • Communication orale
    La séparation des exigences, de Pareto à la cohérence formelle
    Marc-Kevin Daoust (Harvard University)

    Au cours des deux dernières décennies, de nombreux philosophes ont soulevé des objections sérieuses contre la normativité de la cohérence formelle. Pour eux, les agents ne sont pas tenus d'être cohérents. Ils affirment que, si nous nous concentrons exclusivement sur la cohérence (par exemple, en ignorant comment les agents doivent répondre à leurs raisons, ou comment ils doivent raisonner, etc.), nous ne pouvons pas conclure que la cohérence est normative. Par exemple, des agents cohérents peuvent être dans l'erreur, ou grandement déraisonnable. Pour ces philosophes, ce qui compte, c'est d'avoir raison ou d'être raisonnable, et le reste a peu d'importance. Je soutiens que cette façon d'aborder la normativité des exigences de cohérence soulève des problèmes. Il n'y a sans doute rien à dire en faveur des exigences de cohérence lorsque nous les analysons séparément des autres exigences. Or, ces exigences peuvent être attrayantes une fois que nous comprenons comment elles interagissent avec d'autres normes. En d'autres termes, il ne faut pas les analyser séparément des autres normes. Mon raisonnement s'inspire d'arguments et de critiques entourant l'optimalité de Pareto.


Panel / Atelier

Assemblée générale de la Société de philosophie du Québec

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Communications libres : éthique et politique

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  • Communication orale
    Care et réfugié.es : vers une analyse critique du régime d’asile
    Erika Olivaux (UdeM - Université de Montréal)

    Les philosophes de l’asile s’intéressent majoritairement à l’éthique de l’admission, qui s’attarde à nos obligations d’accueil envers les réfugié.es. Or, celle-ci passe trop souvent sous silence de nombreux enjeux vécus par les réfugié.es, qui vivent en majorité dans des camps et qui ne seront pas accueilli.es dans des pays occidentaux. Ma communication mobilisera l’éthique du care afin de rendre visibles ces enjeux centraux lorsqu’il est question des crises de réfugié.es, en dépassant certains écueils normatifs et épistémologiques de la théorie libérale. Je montrerai que l’éthique du care, grâce à la notion de responsabilité relationnelle, nous permet d’établir une responsabilité robuste face aux besoins de tous.tes les réfugié.es, tout en évitant le piège du paternalisme. En effet, un bon care donne une voix à celui qui le reçoit, qui est en position privilégiée pour en évaluer la qualité. Il est donc nécessaire d’inclure les perspectives des réfugié.es dans nos enquêtes philosophiques sur le régime d’asile. Finalement, je proposerai qu’en mettant en évidence la dimension politique du travail de care humanitaire, l’éthique du care invite à dépasser l’éthique de l’admission pour effectuer une analyse critique du régime d’asile dans son ensemble.

  • Communication orale
    Le pouvoir des anonymes (Hegel, Ricœur, Havel)
    Jean-François Rioux (Université McGill)

    Dans cette présentation, je défend qu’il existe une forme d’anonymat qui possède une valeur intrinsèque dans la réalisation de la liberté politique. Premièrement, j’expliquerai que le concept hégélien de Sittlichkeit met la liberté et l’institution en relation si étroite qu’il ne laisse aucune place à l’anonymat dans la réalisation de la liberté politique. Deuxièmement, je montrerai que Ricœur accepte la synthèse de la liberté et de l’institution tout en évaluant les conséquences positives de l’anonymat sur le plan de la réalisation de la liberté politique. Toutefois, comme chacun des concepts d’anonymat qu’il développe est ou bien descriptif ou bien négatif, son évaluation ne devient jamais proprement positive. Troisièmement, je tirerai de l’expérience de dissident de Václav Havel un autre concept d’anonymat, essentiel celui-là à la réalisation de la liberté politique : l’anonymat du domaine prépolitique.

  • Communication orale
    Allen Buchanan et la catégorisation des minorités nationales
    Xavier Garneau (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    La présentation que je propose porte sur la réforme du droit international d’Allen Buchanan. Plus précisément, sur la caractérisation qu’il fait des minorités nationales en relation aux peuples autochtones et aux groupes qu’il nomme les « groupes culturels englobants ». Bien que la théorie de Buchanan se présente initialement comme étant une amélioration du système normatif supranational en matière de résolution des conflits intraétatiques, elle demeure conservatrice par rapport au traitement des peuples autochtones et des minorités nationales. En d’autres mots, bien qu’il reconnaisse un droit à l’autodétermination aux peuples autochtones en tant que forme de réparation pour les injustices passées qu’ils ont subies et les effets se faisant encore ressentir, un tel droit n’est pas accordé aux minorités nationales. Le but de la présentation sera d’offrir une argumentation critiquant la manière dont Buchanan caractérise les minorités nationales. La présentation sera divisée en deux parties distinctes. Premièrement, un résumé concis des conditions que Buchanan reconnait comme pouvant justifier un droit à l’autonomie interne aux groupes minoritaires sera fait. Deuxièmement, j’examinerai la manière dont ce philosophe caractérise les minorités nationales en relation avec les peuples autochtones et les « groupes culturels englobants », tout en présentant des arguments soulignant de quelle manière cette approche est erroné.


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Communications libres : philosophie et citoyenneté

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  • Communication orale
    « L’éducation émancipatrice : comment enseigner la liberté? »
    Arthur-Friso Héon (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Cette communication poursuit deux objectifs. Elle doit premièrement présenter un « paradoxe » en philosophie de l’éducation, soulignant la difficulté d’enseigner la liberté, en somme de libérer grâce aux méthodes contraignantes de la scolarisation. Bien que classique, cette difficulté ne nous paraît pas suffisamment prise en compte par les théories libérales contemporaines, où la visée émancipatrice se voit souvent contredite par des cursus scolaires forts cherchant, au nom de l’intérêt commun, à imposer la transmission de connaissances, compétences ou valeurs prédéterminées. Dans un second temps, cette communication doit brièvement présenter une solution possible à ce « paradoxe », à savoir un modèle d’éducation non-curriculaire, qui ne prédétermine pas ses fins, contenus et méthode, mais laisse aux élèves la possibilité de poursuivre des objectifs propres en fonction de conceptions personnelles de la vie bonne.

  • Communication orale
    La rhétorique critique comme partie prenante du travail philosophique
    Alain Létourneau (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Suite à un retour réflexif sur un enseignement des questions rhétoriques à des classes d’éducation permanente en éthique appliquée, et ce depuis une vingtaine d’années, il est maintenant temps de tirer les conséquences philosophiques de cette réflexion. Après avoir précisé quelle conception de la rhétorique est retenue et avoir rappelé ce qui constitue le cœur de l’analyse argumentative, la présentation montrera qu’il s’agit d’aspect complémentaires et indispensables, bien que devant adopter une pédagogique particulière.

  • Communication orale
    Intelligence artificielle et innovations technologiques juridiques : quelles sont les nouvelles formes de visibilité et d’invisibilité de la norme légale?
    Frédérick Bruneault (Cégep André-Laurendeau)

    Le développement des technologies de l’information et de la communication et l’utilisation de l’intelligence artificielle a modifié le cycle de la conception, de la production, de la transmission, de la réception et de l’archivage de l’information. L’administration de la justice compte parmi les sphères de la vie quotidienne soumises aux pressions exercées par ces innovations. Le décentrement du lieu du procès et les nouvelles modalités de pratique juridique font foi de ces changements importants. Nous proposons donc de réfléchir à ces nouvelles incarnations de la justice, aux promesses et aux limites qu’elles portent, et ce afin de mettre en lumière les implications philosophiques de ces innovations quant à la connaissance et l’essence même de la norme légale. Nous examinerons les nouvelles formes de visibilité et d’invisibilité de la norme légale qu’induisent les technologiques de l’IA dans le monde juridique.


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Études sur l’essai Sur des vers de Virgile (III, V) de Montaigne

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  • Communication orale
    La confession de Montaigne
    Gabriel Côté (Université Laval)

    C’est par l’annonce explicite d’une confession, et donc par ce qui peut être lu comme la revendication d’une certaine transparence, que s’ouvre le chapitre « Sur des vers de Virgile ». En prenant « l’extrême congé des jeux du monde », Montaigne se livrerait à son lecteur « tout entier et tout nud ». Or, l’objet de la confession rend cette transparence extrêmement problématique : Montaigne déclare être d’une « condition singeresse et imitatrice », et s’échapper à lui-même dès qu’il fait l’effort de se saisir. Cela n’est pas sans soulever d’importantes questions quant à la possibilité de tenir un discours vrai : comment, en effet, avoir une prise sur ce qui nécessairement nous échappe? Et comment savoir si ce qu’on tient est bel et bien ce qu’on croit tenir? En un mot, la confession de Montaigne semble rendre la vérité inaccessible, et sa recherche vaine et inutile, plutôt que d’en faciliter l’accès. Or, nous voudrions suggérer que ce n’est que la véridicité des discours prétendant à une saisie directe et définitive de leur objet qui est récusée, et que la confession, tant qu’elle n’est ni simplement une autocritique, ni simplement une excuse, rend en fait possible la mise en œuvre d’un autre rapport à la vérité.

  • Communication orale
    La gravité et la frivolité comme fil conducteur de « sur des vers de Virgile »
    Marc-Antoine Beauséjour (Cégep de Sainte-Foy)

    Au début de « Sur des vers de Virgile », Montaigne excuse la frivolité de son sujet par le fait qu’il sied, à son âge, de s’éloigner des sujets « gravent et qui grèvent ». À un esprit alourdi d’un corps pesant convient la folie modérée. Ainsi commence-t-il plaisamment son essai : la maîtrise de soi demande que l’on se méfie de l’excès de sagesse, la prudence recommande que l’on évite que l’on s’« aggrave de prudence ». Toutefois, les réflexions sur les discours et les conduites relatifs à la passion amoureuse n’esquivent pas ces sujets « onéreux » que sont le vice et la mort, jusqu’au dédain pour l’existence humaine que trahirait le rapport honteux à la sexualité. En prenant le fil conducteur de la gravité et de la frivolité, nous pouvons voir une unité dans cet essai qui a la réputation d’être éclaté. On y voit l’élaboration d’une réflexion autour d’une sagesse qui passe par le relâchement, d’une vertu dans laquelle on ne se perd pas. Cela s’illustre dans la recherche d’une conduite qui vise moins le louable que l’excusable et dans une justification immanente de la valeur de la vie humaine.

  • Communication orale
    Le mariage et l’amour : dialogue entre l’adhésion et la liberté philosophique.
    Sophie Williamson (Université Laval)
  • Communication orale
    La différence sexuelle dans « Sur des vers de Virgile »
    Philip Knee (Université Laval)

    La volonté de penser aujourd’hui le rapport entre les sexes dans un horizon d’indifférenciation, parfois au moyen de la catégorie du genre, peut conduire à brouiller davantage un sujet déjà compliqué. À partir de quelques lectures récentes de l’essai III, 5, qui privilégient ses formules sur la ressemblance des sexes, ou qui passent sous silence la question de la différence, on réfléchira sur le risque de négliger ainsi ce qui forme le cœur de la tentative de Montaigne d’écrire sur l’érotisme.