Informations générales
Événement : 85e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Section 400 - Sciences sociales
Description :Le présent colloque s’intéresse à la trajectoire des enfants placés ou adoptés en contexte de protection de la jeunesse et aux rôles des adultes qui les entourent. Les systèmes de protection de la jeunesse s’appuient sur un principe fondamental : tous les efforts doivent être consentis pour permettre aux enfants de demeurer dans leur milieu familial. Toutefois, au Québec comme ailleurs dans le monde, un nombre important d’enfants ne grandissent pas dans leur famille d’origine en raison de situations qui compromettent leur sécurité ou leur développement. Au 31 mars 2016, près de 9 300 enfants étaient placés en milieu substitut pour leur protection. Cette situation est encore plus criante chez les enfants autochtones qui sont surreprésentés au sein des services de protection de la jeunesse et dans les milieux de vie substituts. Certaines situations de placement seront de courte durée et permettront le retour de l’enfant dans son milieu familial; d’autres s’inscriront dans des projets permanents et mèneront au placement jusqu’à la majorité ou encore à l’adoption de l’enfant. Ce colloque a pour objectif de partager les résultats des travaux les plus récents sur : 1) les enjeux de la stabilité des enfants placés et adoptés; et 2) l’expérience de la parentalité dans des contextes spécifiques peu connus. Dans la première partie du colloque, les différents conférenciers présenteront, à partir de méthodologies de recherche diversifiées, le portrait des trajectoires de placement des enfants, la stabilité des placements à long terme ainsi que les particularités du placement auprès de familles d’accueil de proximité au Québec. La seconde partie du colloque abordera de façon spécifique la réalité de l’adoption en contexte de protection de la jeunesse en offrant un point de vue scientifique riche et novateur sur la réalité des mères biologiques et des parents adoptants, l’ouverture des contacts post-adoption ainsi que la spécificité de l’adoption coutumière autochtone.
Date :- Marie-Andrée Poirier (UdeM - Université de Montréal)
- Sonia Hélie (CJM – IU - Centre jeunesse de Montréal - Institut universitaire)
Programme
Les enjeux de la stabilité des enfants placés et adoptés en contexte de protection de la jeunesse
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Communication orale
Les trajectoires de placement des enfants en protection de la jeunesse au QuébecMartin Chabot (Centre de recherche sur l'enfance et la famille, Université McGill), Tonino Esposito (UdeM - Université de Montréal), Nico Trocmé (École de travail social, Université McGill)
Le secteur des services de protection de l'enfance est l’un de ceux qui croissent le plus rapidement au Canada. En dépit des milliards investis, nous en savons encore très peu sur le bien-être des enfants et des familles qui bénéficient de ces services et encore moins sur leurs effets à long terme. Pour les fins de la présentation, des analyses provenant de quatre études longitudinales sur les trajectoires de placements seront abordées, avec une attention particulière sur les effets de la pauvreté sur ces trajectoires.
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Communication orale
La stabilité des enfants placés en milieu substitut jusqu’à l’atteinte de la majoritéSonia Hélie (CIUSSS-Centre-Sud de l'Ile-de-Montréal), Marie-Andrée Poirier (École de travail social, Université de Montréal)
Le placement à majorité est souvent perçu comme une option assurant la permanence des enfants placés pour qui un retour en milieu familial n'est pas possible et qui ne sont pas admissibles à l'adoption. Or, une étude de cohorte récente (Hélie, Poirier & Turcotte, 2015) indique que le placement à majorité n'est pas une garantie de stabilité, puisque dans certains groupes d'âge, jusqu'à 37% des enfants placés à majorité sont ultérieurement déplacés dans un autre milieu substitut. Une analyse secondaire de données issues de cette étude (N=1190) sera réalisée afin d'identifier les sous-groupes d'enfants les plus touchés par cette instabilité.
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Communication orale
Le placement auprès de famille d’accueil de proximité : des portraits familiaux différents, des difficultés bien distinctesAmilie Dorval (UdeM - Université de Montréal), Josianne Lamothe (École de criminologie, Université de Montréal)
Le placement auprès de familles d’accueil de proximité (FAP) est souvent comparé au placement en famille d’accueil régulière (FA). De ces comparaisons, il ressort des différences sur le profil des enfants et celui des adultes qui les accueillent. Or, ce genre de comparaison ne tient pas compte des différents contextes familiaux des placements en FAP. La présentation vise à dresser les profils familiaux observés dans une étude en cours à l’institut universitaire-jeunes en difficultés portant sur 162 enfants âgés entre 0 et 12 ans qui ont été placés pour une première fois chez une personne significative en vertu de la LPJ. Le projet utilise les données issues du dossier de l’enfant et de questionnaires téléphoniques auprès d’intervenants. Une analyse de classe latente a révélé trois profils de familles distinctes : les familles caractérisées par des difficultés parentales, des difficultés familiales et des difficultés relationnelles. Regroupant 18,5% de l’échantillon, le profil difficultés relationnelles se distingue en présentant des taux élevés de trouble de l’attachement suspecté ou confirmé chez l’enfant (97%) et de fortes proportions de mères victimes d’abus durant leur enfance (83%). Les intervenants identifient que les placements de ce profil sont plus à risque de devenir permanent dans 96% des cas. Ces résultats suggèrent que les situations de placement en FAP ne sont pas si homogènes mais présenteraient des sous-groupes distincts avec des profils de besoins différents.
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Communication orale
Indices de la trajectoire de placement : enjeux méthodologiquesKarine Poitras (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)
Au Québec, les études sur la stabilité des placements en milieux substituts ont principalement été réalisées à partir de données clinico-administratives. Ces études permettent de dresser un portrait complet des différents indicateurs de stabilité et d’explorer certains facteurs individuels et familiaux qui y sont associés. Toutefois, ces recherches se sont principalement intéressées aux indicateurs de trajectoires pris individuellement; révélant ainsi une disparité qui suggère que des trajectoires-types de placement pourraient exister. D'ailleurs, dans les dernières années, plusieurs travaux ont démontré la pertinence d'examiner ces trajectoires-types afin de mieux saisir l’expérience vécue par l’enfant (Usher, Randolph, & Gogan, 1999). Dans un effort supplémentaire pour capturer la complexité des trajectoires de placement, les études plus récentes ont ajouté les caractéristiques temporelles à leur définition de la trajectoire-type (Havlicek, 2010 ; Kim, Pears, & Fisher, 2012). Au cours de la présentation, nous proposons de faire état des travaux de recherche dans ce domaine, présenter le concept de trajectoire-type et discuter des avenues de recherche.
Pause midi
L’expérience de la parentalité dans des contextes spécifiques peu connus
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Communication orale
Toujours mère! Expérience de mères ayant vécu l’adoption d’un enfant en contexte de protection de la jeunesseCarole Côté (Centre d'expertise sur la maltraitance - CRE-JED- Installation CJM-IU; Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal), Marie-Andrée Poirier (UdeM - Université de Montréal)
En contexte de protection de la jeunesse, le processus d’intervention social et juridique menant à l’adoption de l’enfant constitue une épreuve extrêmement difficile pour les parents d’origine (Jackson, 2000, Smeeton et coll., 2010). Malgré ce constat, on observe que la réalité des parents qui vivent cette expérience est méconnue. Dans le cadre de cette communication nous proposons de discuter des résultats d’une recherche dont l’objectif est de documenter l’expérience de mères dont l'enfant a été adopté suite à l'intervention de la protection de la jeunesse. Les mères (N=7) ont participé à deux entrevues individuelles dans lesquelles elles ont abordé leur histoire, leur rôle de mère et leur expérience avec les services de la protection de la jeunesse. Ces mères semblent partager une histoire d’enfance et de maternité teintée par de très grandes difficultés et des expériences traumatiques. Toutefois, l’analyse de leur discours révèle des profils différents en ce qui a trait à leur expérience du processus d’adoption, des services et de l’aide reçue. Cette recherche a permis de lever le voile sur une réalité méconnue et d'identifier des pistes intéressantes pour améliorer l’accompagnement de ces mères pendant et après le processus de protection de la jeunesse.
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Communication orale
L’adoption en contexte de protection de la jeunesse : typologie des familles adoptives impliquées dans le programme Banque-mixte selon leur degré d’ouverture à la famille d’origine de l’enfantDoris Chateauneuf (Institut universitaire du Centre jeunesse de Québec), Béatrice Decaluwe (UdeM - Université de Montréal), Geneviève Pagé (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Au Québec, la majorité des enfants adoptés localement le sont en contexte de protection de la jeunesse. Lorsqu'un enfant est jugé à haut risque d'abandon, des parents acceptent d’être famille d’accueil pour lui sans garantie qu’il pourra être adopté. Durant cette période, des contacts réguliers sont souvent maintenus avec un ou des membres de la famille d’origine. Ce contexte d’incertitude quant à la permanence du projet adoptif influence l’attitude d’ouverture des parents adoptifs à l’égard de la famille d’origine. À partir d’entretiens semi-dirigés réalisés auprès de 16 familles adoptives et 32 intervenants dans trois Centre Jeunesse au Québec (Outaouais, Montréal, Québec), cette étude vise à dresser un portrait de l’attitude d’ouverture des familles d’accueil à vocation adoptive dans les premiers mois suivant l’arrivée de l’enfant. Trois profils différents ont été identifiés (ouverture forcée/attitude fermée; ouverture limitée/attitude passive; ouverture affirmée/attitude proactive). Les principales caractéristiques de ces différents profils permettent de rendre compte des tensions existantes entre les différents acteurs impliqués auprès de l’enfant (parents d'origine, parents adoptifs, intervenants). Les implications quant aux besoins d’accompagnement des familles d’accueil à vocation adoptive seront discutées.
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Communication orale
Débats et enjeux autour de la question des contacts post-adoption pour les enfants en protection de l’enfance : les points de vue des familles d’accueil et des intervenantsDoris Chateauneuf (Institut universitaire du centre jeunesse de Québec, CIUSSS- Capitale nationale), Béatrice Decaluwe (UdeM - Université de Montréal), Geneviève Pagé (Département de travail social, Université du Québec en Outaouais)
Les études actuelles sur l’adoption ouverte discutent peu des enjeux du maintien des contacts pour les enfants adoptés via les services de protection de l’enfance. Pourtant, les profils des enfants et des parents d’origine, ainsi que la qualité des contacts post adoption varient considérablement selon le contexte dans lequel se déroule le processus d’adoption . À partir d’entretiens réalisés auprès de 48 acteurs du milieu de la protection de l’enfance (32 intervenants sociaux et 16 familles d’accueil à vocation adoptive), cette présentation se penche spécifiquement sur les dimensions et les conditions qui, aux yeux des participants, doivent être considérées pour envisager le maintien des contacts entre l’enfant adopté et sa famille d’origine. Les résultats montrent que des défis et dilemmes particuliers accompagnent l’adoption ouverte dans les situations où les enfants placés sont issus de familles maltraitantes prises en charge par les services sociaux.
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Communication orale
Connaître et reconnaître l’adoption coutumière à travers le récit d’Innus d’Uashat mak Mani-UtenamChristiane Guay (UQO - Université du Québec en Outaouais)
La question de la reconnaissance de l’adoption coutumière chez les peuples autochtones soulève actuellement des controverses importantes et fait l’objet d’une résistance marquée de la part des organismes non autochtones de services sociaux, du moins au Québec. Une des raisons principales de cet état de fait est la méconnaissance des pratiques concrètes des peuples autochtones concernés, ainsi que la perception voulant que l’absence d’encadrement étatique de telles pratiques soit contraire à l’intérêt des enfants. En rendant compte d’une expérience de recherche au sein de la communauté innue d’Uashat mak Mani-Utenam, nous tenterons de démontrer en quoi la pratique d’adoption coutumière Ne kubaniem ou Ne kubanishkuem (littéralement : prendre soin d’un garçon ou d’une fille) est non seulement conforme à l’intérêt de l’enfant, mais qu’une telle pratique participe également des facteurs de protection culturels. Enracinée dans une sociologie compréhensive et fondée sur une perspective constructiviste, cette recherche explore, par le biais d’une approche biographique, le récit de parents innus ayant adopté ou ayant été adoptés selon la tradition. Un tel regard, porté de l’intérieur, permet d’éclairer et de valoriser une pratique culturelle singulière et donne des clés de compréhension permettant à ceux et celles qui travaillent auprès des enfants et des familles autochtones de mieux exploiter les forces inhérentes à cette pratique. Enfin, cette recherche ouvre la voie à une plus grande reconnaissance des traditions juridiques innues par le système de protection de la jeunesse.