Informations générales
Événement : 84e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Section 600 - Colloques multisectoriels
Description :Les évolutions de l’emploi et du travail suscitent de nouvelles questions, notamment en ce qui concerne la santé des travailleurs et des travailleuses. En effet, le souhait des organisations d’être performantes sur le plan économique les amène à des décisions qui nuisent, au final, à la santé de ceux et celles qui y travaillent. Par ailleurs, de nombreux travaux montrent l’importance de l’organisation du travail dans le développement de troubles de santé psychologique (TSP) et de troubles musculo-squelettiques (TMS). Ces problèmes touchant les salariés constituent des risques complexes par la multiplicité des agents qui les causent, et se pose la question des modèles que nous avons pour intervenir efficacement en prévention.
Comprendre le contexte dans lequel les entreprises œuvrent devient très important pour adapter les interventions et réussir à agir en prévention. Quels modèles, quels outils sont disponibles pour bien analyser ce contexte? Comment les intervenants mènent-ils leurs actions de prévention? Est-il possible, comme le prétend l’ergonomie, de tenir les enjeux de performances et de santé? Et quelle formation les intervenants doivent-ils détenir pour faire face à ces défis?
Agir de manière durable en prévention suppose de mobiliser des acteurs aux préoccupations différentes. Comment créer une discussion favorable à la prévention entre des services qui poursuivent des objectifs différents? Comment réaliser une « prévention intégrée » au sein d’une entreprise? Comment les acteurs syndicaux jouent-ils leur rôle en matière de prévention? Quant aux superviseurs, au cœur des tensions entre performances et santé, que sait-on de leurs possibilités d’agir en prévention? La formation en milieu de travail est un outil de prévention intéressant, mais comment les activités de formation traitent-elles la question de l’efficacité au travail?
Les interventions à l’échelle d’un milieu de travail suscitent des questions plus larges, qui appellent un renouvellement des concepts et des démarches d’intervention. Les formes précaires de travail telles que le travail saisonnier remettent en question la façon de prendre en compte l’organisation temporelle du travail. De quelles façons les modèles productifs comme le lean peuvent-ils être compatibles avec la santé au travail? Les interventions de prévention font-elles l’impasse sur les dilemmes éthiques vécus au travail? Comment tenir compte du genre dans les interventions?
Autant de questions qui seront abordées dans le cadre de ce colloque réunissant chercheurs, enseignants et étudiants, et praticiens.
Dates :Programme
Comprendre le contexte pour mieux intervenir
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Mot de bienvenue
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Comment le contexte des entreprises influence-t-il le choix des changements à implanter dans le cadre d'une intervention ergonomique participative?Valérie Albert (UQAM - Université du Québec à Montréal), Henriette BILODEAU (UQAM - Université du Québec à Montréal), Fabien COUTAREL (Université de Clermont-Ferrand), Nicole VÉZINA (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Pour identifier des changements pertinents et faisables à réaliser dans le cadre d'une intervention ergonomique, l'intervenant recueille, entre autres, diverses données sur le contexte de l'entreprise et adapte ses actions en fonction de ces données. Or, au plan scientifique, les évaluations d'interventions ergonomiques visent à contrôler le contexte, plutôt que de le décrire. Par conséquent, il existe très peu d'information sur les facteurs précis de contexte des entreprises qui influencent les actions de l'intervenant et le choix des changements. Une évaluation réaliste (étude de cas multiple; n=4) a été réalisée en deux temps (T1 : suivant l'analyse de la demande; T2 : suivant le choix des changements) auprès d'ergonomes émergents (T1 et T2) et d'acteurs-clés des entreprises recevant l'intervention (travailleurs, superviseurs, haute direction, etc.; T2 seulement). Nos résultats indiquent que l'analyse de la demande est une étape-clé pour documenter les facteurs de contexte qui auront un impact sur le choix des changements. Dans notre étude, il s'agit : 1) d'une obligation légale de modifier une situation de travail ciblée suivant un accident de travail grave ou une évaluation de la santé publique, 2) des projets de changement déjà prévus dans l'entreprise; 3) des restrictions financières importantes limitant l'étendue ou la nature des changements possibles. Des pistes pour structurer la collecte des données de contexte lors de l'analyse de la demande seront abordées.
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Prévention de l'exposition aux pesticides chez les producteurs de pommes : documenter le contexte pour comprendre les pratiquesDanièle Champoux (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail), Caroline JOLLY, (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail), Tuduri LUDOVIC (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail)
Au Québec, l'agriculture n'est pas un secteur prioritaire, et les interventions en santé et sécurité du travail (SST) sont rares. L'ambiguïté persistante quant aux effets des pesticides sur la santé pourrait influer sur les pratiques des producteurs de pommes.
Des données variées : enquête par questionnaire, recension de littérature, entrevues, observations, ont servi à décrire le contexte et les pratiques d'utilisation des pesticides et des équipements de protection individuels (EPI).
L'élimination ou la substitution des pesticides à la source intéressent les producteurs, mais l'efficacité demeure globalement un critère de choix des pesticides plus important que les risques pour l'environnement et la santé.
Les EPI sont de fait nécessaires, mais les producteurs n'en font pas une utilisation systématique et rigoureuse. Des difficultés importantes sont liées à la désignation des EPI requis selon les expositions, à l'information concernant leur utilisation, à leur disponibilité, à l'adaptation au travail et au confort des EPI.
Les résultats suggèrent que la recherche et l'intervention en SST doivent adopter des pistes complémentaires et prendre appui sur le partenariat avec le milieu agricole pour améliorer la sécurité et accroître l'acceptabilité sociale des recommandations. Le développement d'EPI tenant compte des conditions réelles de travail, la normalisation et la désignation claire des EPI sur les étiquettes des produits phytosanitaires, apparaissent aussi essentiels
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Contexte et niveau d'intégration des différents types de prévention dans les entreprises : première version d'un outil de recueil de donnéesPatricia Bélanger (UQAM - Université du Québec à Montréal), Bénédicte CALVET (UQAM - Université du Québec à Montréal), Marie José DURAND (UdeS - Université de Sherbrooke), Simon FOURNIER (UQAM - Université du Québec à Montréal), Elise LEDOUX (UQAM - Université du Québec à Montréal), Iuliana NASTASIA (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail), Hélène SULTAN-TAIËB (UQAM - Université du Québec à Montréal), Nicole VÉZINA (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Dans le cadre d'un projet visant à favoriser l'intégration de la prévention primaire (agir à la conception), secondaire (diminuer les contraintes et contribuer au maintien au travail) et tertiaire (faciliter le retour au travail), nous avons eu pour objectif de développer un outil qui permette de faire le portrait d'une entreprise à différents niveaux.
Cet outil comprend deux volets. Le premier correspond à une liste de caractéristiques de l'entreprise classées en différentes catégories alors que le deuxième croise les différents acteurs de l'entreprise avec les types d'actions de prévention menées dans l'établissement. L'utilisation de cet outil facilite la description du contexte de l'entreprise utile à l'intervention, mais surtout il permet de décrire le niveau d'implication des différents acteurs dans les actions de prévention.
Un premier essai de cet outil utilisé dans le cadre de huit interventions menées pas des étudiants de la maîtrise professionnelle en ergonomie de l'UQAM, permet de faire différents constats dont les difficultés à obtenir des informations sur les caractéristiques des entreprises concernant les aspects économiques et la gestion des retours au travail. Les résultats permettent de travailler à une deuxième version de cet outil et sur les modalités de son utilisation.
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Pause
Adapter son intervention au contexte
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L'ergonomie dans le milieu maritime : un contexte d'intervention particulier pour une future ergonomeGeneviève Dubois (UQAM - Université du Québec à Montréal)
L'ergonomie est peu connue dans le domaine maritime, et vice-versa. Or, pour mener une intervention ergonomique selon les règles de l'art, des adaptations ont dû être faites.
L'objectif est de présenter les facteurs de contexte qui ont influencé une intervention menée par une future ergonome réalisant le stage final menant au grade de maîtrise en ergonomie dans une entreprise de transport maritime de marchandises en vrac. La principale difficulté fût d'accéder aux navires pour réaliser les observations qui sont au cœur de l'intervention. En effet, l'éloignement physique entre le siège social ayant formulé la demande d'intervention et les navires eux-mêmes représentait un premier obstacle. La chaîne d'acteurs à contacter pour organiser les observations sur le navire a dû être construite. De plus, l'horaire et le trajet des navires constamment changeants en raison des conditions climatiques, des matières transportées et des horaires de travail des marins devant respecter le code maritime, complexifie l'accès. L'ergonomie étant peu connue dans ce domaine, des explications ont dû être fournies à différents acteurs pour faire valoir la pertinence d'une présence prolongée sur le navire pour bien cerner les problèmes et leurs déterminants. C'est dans ce contexte que la future ergonome a dû faire sa place, construire sa crédibilité auprès des différents acteurs et régler les problèmes de logistique et ce, avant même de pouvoir effectuer des observations à bord du navire.
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Les interventions visant la prévention des TMS et le bruit par les équipes de santé au travail, une étude comparative entre un risque « complexe » et un risque « classique »Marie BELLEMARE (Université Laval), Sandrine CAROLY (PACTE, Université de Grenoble), Daniel Prud'homme (Université Laval)
Problématique : Les équipes de santé au travail (ÉSAT) interviennent dans des entreprises du Québec afin d'élaborer des programmes de santé spécifiques à un établissement (PSSE), mais plus globalement afin de réaliser de la prévention durable dans ces mêmes entreprises. Pour ce faire, leurs pratiques doivent être adaptées à l'objet même de l'intervention, c'est-à-dire aux risques spécifiques qu'ils cherchent à prévenir. Dans cette communication, nous comparerons les interventions des ÉSAT sur le bruit et sur les TMS. Méthodologie : Pour réaliser cette étude, nous avons effectué 65 entrevues semi-dirigées avec différents intervenants œuvrant dans des ÉSAT au niveau local, principalement des infirmières, des techniciens en hygiène industrielle et des médecins. Résultats : Les interventions sur les TMS font partie de l'offre de services des ÉSAT depuis 2008. Selon les régions, plusieurs modèles d'interventions ont été développés et il existe d'importantes différences dans les façons de faire. De plus, ce ne sont pas toutes les régions qui ont accès à un ergonome afin de les épauler dans leur intervention lorsque certaines problématiques se posent. En ce qui concerne le bruit, nous constatons une plus grande harmonisation dans la façon d'intervenir d'une région à l'autre. Discussion : Deux facteurs expliquent cette plus grande harmonisation dans les interventions sur le bruit : des normes d'exposition établies et partagées ainsi que la formalisation des pratiques.
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Analyse des situations de travail dans une démarche de prévention des risques professionnels : proposition d'une méthodologie d'apprentissage à destination des acteursChristophe MERLOT (CREG-UPPA (France)), Véronique Pilnière (ESTIA)
En France, l'appropriation des démarches de prévention des risques professionnels dans les organisations pose question. Ainsi, nous observons des organisations qui amorcent une dynamique lorsqu'elles sont accompagnées, mais celle-ci retombe après le départ de l'accompagnateur. Les organisations soulignent souvent le fait que ces démarches sont trop lourdes à dérouler dans le temps. Pour nous, ces retours interrogent les modalités d'accompagnement qui sont mises en œuvre.
Partant de ce constat, dans le cadre d'une recherche-action, nous avons expérimenté de nouvelles modalités concrètes d'accompagnement, de type formation-action-projet, dans deux organisations : une entreprise de production de piment et une maison de retraite.
La formation-action-projet menée dans chacune de ces organisations repose sur une démarche et une méthodologie communes.
La démarche reprend les cinq étapes classiques de prévention des risques. Nous avons accordé un soin tout particulier à la phase de préparation, souvent sous-estimée, afin de favoriser l'adhésion des acteurs, surtout la direction, au travers de la construction d'un référentiel commun.
La méthodologie se centre sur les situations de travail. Il s'agit de favoriser l'apprentissage des acteurs au recueil et à l'analyse des situations de travail.
En conclusion, nous discuterons de l'effet de ces modalités d'apprentissage sur l'appropriation de la démarche de prévention des risques constatée au sein de ces deux organisations.
Dîner
Intervenir pour améliorer la santé et les performances
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Projet d'amélioration d'un poste de travail de sablage dans une entreprise québécoise spécialisée dans la fabrication de comptoirs et de portes thermoplastiquesNathalie Cardinal (UQAM - Université du Québec à Montréal)
L'intervention a lieu dans une entreprise, située sur la rive-sud de Montréal, spécialisée dans la fabrication de comptoirs de stratifié et de portes thermoplastiques.
Une demande d'intervention ergonomique a été formulée à la suite d'un dépassement des normes de poussière de bois signalé par le Centre intégré de santé et services sociaux de la Montérégie-Est (CISSS) à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) sur le poste de sablage dans le département des portes thermoplastiques. Le signalement a été émis en raison d'un taux de poussières de bois anormalement élevé. De plus, des risques potentiels de troubles musculo-squelettiques (TMS) ont été repéré sur ce même poste.
Suite à une collecte de données comprenant plusieurs entretiens formels et informels ainsi que des observations et verbalisations au poste avec les travailleuses, il est ressorti que certaines opérations engendrent des contraintes physiques afin de conserver la qualité du produit.
Afin de réduire ces contraintes et les risques associés à plusieurs opérations, une équipe projet a été formée favorisant l'engagement des gestionnaires liés au département et l'implication des employés dans le processus d'amélioration du poste.
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Modélisation de la relation des diagnostics ergonomique et d'éthique organisationnelle : une hypothèse de travailClaudia Borges S. Paraizo (Fundação Oswaldo Cruz (FIOCRUZ) / Universidade Federal do Rio de Janeiro)
Considérant la nécessité d'organiser les espaces de façon à mieux servir le travailleur, de sorte que ses compétences se manifestent sans préjudice pour sa santé ni pour la société à laquelle il appartient, la préoccupation à l'endroit de l'environnement de travail s'avère nécessaire. Des réflexions portant, par exemple, sur les facteurs qui influencent le manque d'engagement du travailleur envers sa collectivité, et par conséquent sa société, semblent également essentielles dans un environnement de travail. Cela conduit à envisager la pertinence de questions associées à l'éthique.
Nous soutenons que, s'il est possible de parvenir à un diagnostic éthique sans la présence d'un diagnostic ergonomique, le contraire s'avère souffrir d'une insuffisance. Des questions de dysfonctionnement peuvent en effet survenir au sein de la complexité du travail; par exemple, les situations embarrassantes pour les travailleurs, le manque d'engagement envers la communauté et le manque d'opportunités pour le développement des capacités fonctionnelles des travailleurs. Nous défendons l'hypothèse de la pertinence de s'intéresser à ces dysfonctionnements à partir des points de vue de l'ergonomie et de l'éthique organisationnelle.
C'est pourquoi nous proposerons une modélisation de la relation des diagnostics ergonomique et d'éthique organisationnelle, de façon à ce que le second soit vu comme complément du premier et que l'on puisse, de cette perspective, enrichir la lecture ergonomique.
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Intervention en ergonomie dans le domaine de la restauration d'œuvres d'art de peinture et textileJasmin Vallée Marcotte (Université Laval)
Mandat : Réaliser une intervention ergonomique auprès de restaurateurs d'art pour comprendre l'activité de travail dans ses dimensions physiques, cognitives et sociales et identifier les déterminants des travaux sur table et chevalet dans des ateliers de peinture et textile. Méthode : 17 observations, analysées avec les grilles QEC et RULA, et 36 entretiens, ayant permis d'évaluer les dimensions sociale et cognitive du travail, ont été réalisés avec les restaurateurs. Diagnostic : Travailler au chevalet et sur table requiert d'élever les bras, pencher la tête et le tronc et rester en position statique, amenant des risques de TMS. Les outils, l'absence de supports corporels, l'œuvre et son support déterminent la posture. Le travail cognitif est élevé dû à l'observation des œuvres pour en planifier la logistique de travail et la restauration. Les évaluations inadéquates des œuvres engendrent des imprévus durant la restauration, générant du stress psychologique. La composante sociale du travail s'exprime par l'entraide entre collègues et le partage de l'espace restreint. Pistes de transformation proposées : Des appuis au tronc, à la tête et aux bras éviteraient de supporter entièrement le poids du corps durant les opérations au chevalet et sur table. Évaluer adéquatement les œuvres et communiquer les stratégies de travail réduiraient les imprévus. Conclusion : L'implantation de solutions nécessitera la participation des restaurateurs, qui connaissent leurs contraintes de travail.
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Pause
Tenir les enjeux de performances et de santé dans les interventions : quelle formation pour les ergonomes?
Cocktail offert par l'Association professionnelle des ergonomes du Québec (APEQ)
Des acteurs à mobiliser pour mieux intervenir en prévention
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Leviers et obstacles à l'action syndicale locale en santé et sécurité du travail : le point de vue d'acteurs nationaux d'une centrale syndicale québécoiseSarah Pier Dubois-Ouellet (Université Laval), Baril-Gingras GENEVIÈVE (Université Laval)
Les études démontrent le rôle positif des syndicats en prévention. Cependant, certains sont plus actifs que d'autres lorsque confrontés aux mêmes risques. L'étude cherche à comprendre pourquoi et comment les syndicats locaux agissent sur les conditions de travail et d'emploi influençant la santé.
Le cadre conceptuel intègre les concepts de ressources de pouvoir et de capacités stratégiques syndicales de Lévesque et Murray (2010). Les résultats présentés concernent la première phase de l'étude, reposant sur des entrevues individuelles avec 11 acteurs nationaux (syndicalisation, formation, négociation, défense et prévention), dans une des deux centrales participantes.
On note des disparités de ressources organisationnelles dédiées à la prévention. Les syndicats locaux actifs en prévention recourent à un répertoire d'actions varié dépassant les comités de SST. Les ressources narratives développées par la formation et l'insertion dans des réseaux sont utiles pour élaborer un argumentaire face à l'employeur. L'action visant les conditions affectant la santé permet une proximité avec les membres et comporte un fort potentiel mobilisateur. Cela repose sur l'aptitude à cadrer, arbitrer et articuler la santé parmi les enjeux syndicaux et sur la répartition des énergies entre défense et prévention.
L'étude permet de cerner des pistes d'actions, telle que la formation visant une meilleure intégration aux divers champs d'action et à la structure syndicale. Des études de cas suivront.
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Les conditions favorisant l'intégration sécuritaire au métier dans le secteur minier québécoisSylvie BEAUGRAND (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail), Pierre-Sébastien FOURNIER (Université Laval), Caroline JETTÉ (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail), Elise Ledoux (UQAM - Université du Québec à Montréal), Sylvie OUELLET (UQAM - Université du Québec à Montréal)
"Apprendre à opérer au sein d'une équipe de travail et à résoudre des problèmes, dans un environnement dynamique présentant des dangers afin d'atteindre les objectifs de production, être sécuritaire pour soi et les autres et contribuer à la culture SST".
Tel est le défi à relever par les opérateurs nouvellement embauchés dans un site minier. Préoccupée par cette question, l'Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur minier (APSM) a formulé une demande à un groupe de chercheurs ergonomes pour documenter les conditions favorisant une intégration sécuritaire et compétente des nouveaux travailleurs. Le processus d'intégration des nouveaux travailleurs a été étudié dans cinq mines différentes. Dès son entrée à la mine, le nouveau travailleur est plongé dans une culture d'entreprise où la SST constitue une préoccupation majeure notamment par le souci de faire preuve de diligence raisonnable (réf. loi C-21). Selon le site minier, l'apprentissage du métier peut prendre plusieurs formes : du compagnonnage structuré, réalisé dans un contexte facilitant, à un jumelage déterminé le matin même, dans un contexte moins favorable. Les résultats de cette étude montrent que les dispositifs élaborés pour soutenir l'intégration des nouveaux ne peuvent se limiter à mieux structurer la formation. Ils concernent l'ensemble de l'organisation des opérations minières et des conditions mises en place pour opérer.
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Pause
Le rôle des superviseurs entre performances et santé
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Identification des stratégies utilisées par les supérieurs immédiats pour soutenir les employés qui effectuent un travail émotionnellement exigeantAndrew Freeman (Université Laval), Nathalie JAUVIN (RIPOST), Emma PELLETIER-BOSSHARD (CIUSSS Capitale-Nationale)
Les personnes qui exercent un travail émotionnellement exigeant présentent un risque accru de développer des problématiques de santé psychologique liées au travail. Face à cela, le soutien du supérieur immédiat s'avère un élément important. Cette recherche vise à identifier les stratégies utilisées par les supérieurs immédiats pour soutenir ces travailleurs. Dans cette étude qualitative prenant appui sur l'analyse ergonomique de l'activité de travail, 4 entrevues de groupe auxquelles ont participé 11 supérieurs immédiats œuvrant dans un centre jeunesse québécois ont été réalisées. Sept catégories de stratégies de soutien ont été dégagées. Ces stratégies peuvent également être classifiées selon deux axes inspirés du type d'actions posées : soit l'axe de proximité (soutien direct ou indirect) et l'axe temporel (cibles d'action à plus court terme ou à plus long terme). De plus, un ensemble de facteurs organisationnels, collectifs et individuels qui influencent le choix des stratégies a été dégagé; certains de ces facteurs semblent agir soit comme facilitateurs ou comme entraves face au soutien que peuvent apporter les supérieurs à leurs employés, influant ainsi sur les stratégies utilisées. Ces résultats contribuent au développement des connaissances sur les stratégies déployées par les supérieurs immédiats pour soutenir les employés et mettent également en exergue l'importance des facteurs contextuels qui exercent une influence sur l'adoption de ces stratégies de soutien.
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Le modèle de la situation de travail centré sur l'efficacité de la personne : une proposition théorique pour analyser l'activitéThouraya Kallel (Université Laval), Sylvie MONREUIL (Université Laval), Anabelle VIAU-GUAY (Université Laval)
Le modèle de la situation de travail en ergonomie, introduit initialement par Leplat et Cuny en 1977, a été l'objet de plusieurs contributions en France (Guérin et al. 2001) et au Québec (Vézina, 2001). Malgré tout, il continue à être critiqué notamment au plan théorique, sur la définition des concepts qu'il mobilise, et sur son potentiel pour décrire de façon systématique la variabilité dans l'activité des acteurs et dans leur engagement dans la réalisation de la tâche. Des ergonomes avouent qu' « il est parfois difficile de bien comprendre par quel biais un déterminant peut affecter cette entité que constituent la personne et son activité » (St-Vincent et al. 2011 :44).
Notre modèle de la situation du travail centré sur l'efficacité est une tentative de plus pour faire évoluer ce modèle. La contribution théorique est de lui intégrer des concepts clés de la théorie sociale-cognitive de Bandura (1986 ; 1997), en l'occurrence le concept d'efficacité personnelle. Cela permet de mieux désigner les facteurs personnels et organisationnels qui s'incarnent dans l'activité cognitive à l'origine de la disposition à s'engager dans une tâche difficile exigeant des efforts et de la persévérance. La disposition à s'engager dans une tâche liée à la santé et à la sécurité au travail sera illustrée à titre d'exemple. Vu son potentiel d'être utilisé pour analyser l'activité dans plusieurs domaines, nous pensons que notre modèle mérite d'être présenté et discuté.
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Comment les superviseurs agissent-ils pour améliorer l'environnement psychosocial du travail? Risques visés, leviers et obstaclesShirley Chabot (Université Laval), Baril-Gingras GENEVIÈVE (Université Laval)
Le but de l'étude est de comprendre comment les superviseurs agissent pour améliorer l'environnement psychosocial (EPS) de leurs subordonnés et quels sont les leviers et obstacles à leur action.
Les données ont été recueillies lors de 4 entretiens collectifs auprès de 21 participants (cadres supérieurs, superviseurs, personnes ressources) dans une grande et une petite municipalité, impliquées dans la démarche Entreprise en santé (EES). À la suite d'une formation sur l'EPS, les superviseurs se sont engagés à implanter au moins une action visant à l'améliorer. Trois mois plus tard, l'entretien portait sur les actions entreprises ou non, les leviers ou obstacles rencontrés.
Un répertoire de 33 types d'actions a été obtenu, permettant de comprendre comment les superviseurs opérationnalisent les principes de prévention. La latitude décisionnelle est le RPS sur lequel le plus de participants ont rapporté au moins une action. En tout, 23 leviers ainsi que 34 obstacles ont été rapportés et l'utilisation de la marge de manœuvre par les superviseurs est ressortie comme un moyen important de pallier leur manque de latitude décisionnelle formelle.
Le climat organisationnel, l'organisation du travail, les ressources et les contraintes étant différents dans les deux organisations, les superviseurs rencontrent des leviers et obstacles, et ont la possibilité d'entreprendre des actions qui varient selon l'organisation. Les interventions devraient ainsi être adaptées au contexte organisationnel.
Dîner
Des questions soulevées par l'intervention en milieu de travail
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L'organisation temporelle du travail : la comprendre pour développer des actions favorisant la santé et la productivité en contexte de travail saisonnierMarie-Eve Major (UdeS - Université de Sherbrooke), Nicole VÉZINA (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Les diverses formes du travail dites « atypiques » en raison de leurs modalités du temps reposent sur une organisation temporelle du travail qui n'est pas sans conséquence sur le travail et sur la santé des travailleurs et des travailleuses. Comprendre la dimension temporelle du travail s'avère incontournable pour développer des actions et des interventions qui permettront de favoriser la santé et la productivité au travail.
Cette présentation s'intéressera à la compréhension de l'organisation temporelle du travail en ciblant l'une des formes du travail atypique et reconnue au sein du groupe « emploi temporaire » qui est celle du travail saisonnier. Cette présentation aura pour objectifs de dresser un portrait de la dimension temporelle du travail saisonnier et d'en dégager des indicateurs pouvant contribuer à sa mesure et à son analyse. Une étude ergonomique a été réalisée auprès de 16 travailleuses saisonnières pendant deux années consécutives par l'entremise de divers entretiens, d'observations de l'activité, de la production et de l'organisation du travail, ainsi que des analyses de documents des entreprises.
La comparaison entre les résultats de l'analyse du travail et les données de production a permis de mettre en évidence l'importance de développer et d'utiliser des indicateurs plus précis de l'organisation temporelle du travail pour en décrire la réalité, et en particulier lorsqu'on s'intéresse aux effets sur la santé.
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La mobilisation des concepts de travail d'organisation et d'organisation capacitante pour aborder les liens travail-santé-performances : un développement au cubeSébastien Bruère (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail)
À partir de l'exemple de la cartographie de flux de valeur, un outil de gestion central du lean management, cette communication vise à montrer comment un processus d'analyse de la performance peut permettre ou non la mise en place d'une organisation favorable à la santé. Bien qu'elle se base sur des données de terrain recueillies au moyen d'entretiens individuels et collectifs auprès de 12 entreprises de France et du Québec, des secteurs industriels et de santé, cette communication vise avant tout à mettre en débat au sein de la communauté des préventionnistes et des chercheurs un modèle théorique inspiré de l'ergonomie constructive. Ce modèle aborde l'organisation comme un processus multi-niveaux composé d'actions et de décisions. Il conduit également à comparer l'organisation issue des transformations avec les critères du concept d'organisation capacitante ayant particulièrement une influence sur les ressources et les facteurs permettant un développement des stratégies d'action des opérateurs (développement de niveau 1). La communication ouvrira sur les hypothèses de méthodologies d'intervention nouvelle que cette approche nécessite pour permettre un développement du travail d'organisation des décideurs et des gestionnaires pour créer un environnement favorisant un développement des opérateurs (développement au carré). Elle invitera également les participants à s'interroger sur le développement de l'activité des ergonomes que cela pourrait engendrer (développement au cube).
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Les apports insoupçonnés de la démarche ergonomique participative dans la gestion des risques liés au travail durant la grossesseAnne-Renée Gravel (TÉLUQ - Université du Québec), Jessica RIEL (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Il est reconnu que l'intégration d'une démarche ergonomique participative en prévention et gestion de la santé et sécurité du travail améliore la performance organisationnelle et le mieux-être au travail. Pourtant, un seul établissement, parmi 10 centres hospitaliers étudiés, utilise cette démarche dans la gestion des risques liés au travail durant la grossesse. Elle implique la gestionnaire formée à la démarche ergonomique, la représentante syndicale, les travailleuses enceintes et leurs collègues de travail. Cette communication s'appuie sur une recherche qualitative basée sur 47 récits d'expérience des actrices impliquées dans la gestion des risques durant la grossesse (infirmières enceintes, représentante syndicale et gestionnaire pour chaque établissement). Nos résultats montrent que l'intégration d'une démarche ergonomique facilite la recherche de solutions pour éliminer les situations de travail à risque durant la grossesse. Ces solutions qui demandent de modifier l'organisation du travail et d'ajuster l'équipement améliorent les conditions de travail de la travailleuse enceinte, mais également celles de l'ensemble des infirmières. L'autre apport de la démarche ergonomique réside dans le fait que les actrices impliquées dans la recherche de solutions sont progressivement sensibilisées aux effets de genre. Ceux-ci se manifestent notamment par la résistance des employeurs à faire les modifications nécessaires pour accommoder la travailleuse enceinte.
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Pause
Intégrer santé et performance dans la formation en milieu de travail
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Savoir-faire des techniciens ambulanciers paramédicaux observés en situation réelle de travail. Bonification des formations de déplacements sécuritaires des bénéficiairesMarie BELLEMARE (Université Laval), Philippe CORBEIL (Université Laval), Sandrine HEGG-DELOYE (Université Laval), Dominique Larouche (Université Laval), Jérôme PRAIRIE (Université Laval)
Les techniciens ambulanciers-paramédicaux (TAP) ont une prévalence élevée de troubles musculo-squelettiques (TMS). Le déplacement des bénéficiaires serait un des facteurs de risque de TMS, surtout lorsque leur corps serait soulevé par les TAP (assistance totale). Les formations du déplacement sécuritaire des bénéficiaires pour TAP sembleraient peu applicables en situations réelles. Le but de cette étude est d'évaluer si les savoir-faire (S-F) réalisés par les TAP en situations réelles pourraient améliorer les formations. Les objectifs sont d'associer aux S- F, des règles d'action (des buts) souhaitables à atteindre pour protéger la santé des TAP. Identifier les repères et indices qui ont influencé ces actions. Guider les TAP vers des actions sécuritaires selon le contexte. Jusqu'à 533 interventions préhospitalières ont été filmées (175 quarts, 101 TAP). Au total, 125 présentaient au moins un déplacement en assistance totale direct (civière aux côtés du bénéficiaire). Deux situations caractéristiques ont servi de repère pour identifier 11 règles d'action : déplacer le bénéficiaireà partir du sol, p. ex. : « diminuer le temps de charge en déposant le bénéficiaire le plus tôt possible sur la civière », ouà partir d'une surface plusélevée, p. ex. : « se rapprocher du bénéficiaire en déposant un genou sur la civière ». Ces S-F, développés par les TAP en situations réelles pourraient bonifier les formations.
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Efficacité de l'utilisation des tablettes électroniques comme supports d'auto-apprentissage dans un programme de formation en santé et sécurité du travail (SST) en milieu de travailCheikh Faye (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Alexandre TREMBLAY (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Le besoin de réduire les charges de formation, dans un cadre global de maîtrise des coûts, a entraîné l'exploration de nouvelles avenues de diffusion des formations continues en SST au sein d'une grande industrie de la région de Saguenay. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'expérimentation d'un module d'auto-apprentissage sur la procédure de travail sous énergie (PTSE) à l'aide de tablettes électroniques. La PTSE est une procédure qui régit les interventions lorsque l'énergie ne peut être totalement verrouillée. La formation PTSE est, donc, centrée sur l'acquisition et l'application de connaissances procédurales. Sa mise en place répond à la nécessité de prévenir les accidents du travail lors des travaux en présence d'énergie.
Notre intervention avait, entre autres objectifs, celui d'évaluer l'efficacité de l'auto-apprentissage à l'aide des tablettes électroniques. Elle a conduit à comparer les résultats obtenus auprès de deux groupes de travailleurs formés au même contenu (PTSE) : auto-apprentissage à l'aide des tablettes électroniques (n=15) et apprentissage dans les conditions normales, c'est-à-dire en présentielle avec un formateur (n=12).
Les résultats obtenus montrent un gain en temps et une plus grande flexibilité avec l'auto-apprentissage à l'aide de tablettes électroniques. Ils amènent, aussi, un certain nombre d'interrogations notamment sur les limites de la généralisation de cette approche innovante eu égard aux types et durées de formation en SST.
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En quoi une intervention de formation présente-t-elle les potentialités pour arrimer travail, santé et performance?Denys Denis (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail), Maud GONELLA (IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail)
Une étude menée dans une grande entreprise du secteur aéronautique auprès d'une population d'assembleurs s'est intéressée aux questions de rotation de postes dans une perspective de prévention des troubles musculosquelettiques. Outre la considération des facteurs de risque, une dimension du projet a consisté à documenter les apprentissages requis à chacun des postes considérés. Nous avons été à même de constater de quelle manière l'attention portée aux aspects de formation permettait d'interpeller et de mettre en relation diverses conditions du travail des assembleurs et d'apprécier leurs impacts dans une perspective d'apprentissage. En a découlé le concept de « tension pédagogique au travail », définit ici comme le décalage existant entre les réalités productives et l'activité d'apprentissage des assembleurs. La conférence propose une réflexion sur l'intérêt et le potentiel que recèlent des interventions axées sur la formation pour traiter de façon simultanée les caractéristiques du travail, la santé des travailleurs et travailleuses et la performance attendue par l'organisation. Nous avançons qu'une intervention de formation au métier en milieu de travail – et le matériau qu'elle permet de générer – est une occasion privilégiée de débattre des enjeux essentiels du travail, incluant la dimension santé dans les liens qu'elle entretient avec la performance.
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Mot de clôture