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Informations générales

Événement : 84e Congrès de l'Acfas

Type : Colloque

Section : Section 500 - Éducation

Description :

Notre époque est marquée par une pluralité et par une complémentarité dans les formes de socialisation, dans la culture, dans l’éducation, dans le langage et dans la manière d’être au monde (Abdallah-Pretceille, 1999). Passeuses de langues et de cultures, la littérature en général et la littérature de jeunesse en particulier se font l’écho de ces enjeux de société.

En 1994 était publié L’image de l’autre. Une étude des romans de jeunesse parus au Québec de 1980 à 1990. Postulant que toute production romanesque témoigne « du contexte historique, idéologique, politique, moral et social dans lequel il s’inscrit », la chercheuse québécoise Suzanne Pouliot y mettait en relief la contribution de la littérature de jeunesse aux relations interethniques dans une société pluraliste. Sa conclusion était que les personnages, qu’ils soient Amérindiens, Inuits ou d’origine européenne, africaine ou asiatique, n’occupaient pas encore l’avant-scène romanesque, même à l’occasion, et gravitaient plutôt autour de personnages principaux d’origine québécoise. Vingt ans plus tard, alors que les migrations s’intensifient sur toute la planète, donc ici comme ailleurs, quel constat pouvons-nous établir à ce sujet dans les œuvres destinées à la jeunesse?

En élargissant la perspective, quelle place accorde-t-on à l’Autre dans les œuvres pour enfants et adolescents, et parues depuis le bilan fait par Pouliot (1994)? Dans quelle mesure les représentations socioculturelles qui en sont faites échappent-elles aux clichés? Quel rôle leur attribue-t-on dans les récits de fiction offerts aux jeunes lecteurs? Jusqu’à quel point ces personnages venus d’un autre pays sont-ils accueillis ou rejetés, intégrés ou marginalisés, objets de confiance ou de suspicion?

La littérature de jeunesse étant un moyen privilégié de rencontrer l’Autre, ce colloque interdisciplinaire (littérature, didactique, sociologie de la littérature) poursuit deux objectifs : 1) étudier les multiples visages de l’Étranger dans différentes œuvres de littérature de jeunesse francophones; 2) examiner comment sont abordées ou comment aborder et traiter ces questions en classe de français et dans les autres disciplines du préscolaire à la fin du secondaire, afin que le travail critique et analytique sur l’œuvre permette à chacun de se sensibiliser à la différence. En ce sens, voici les principaux axes retenus pour les communications :

– analyse d’œuvres d’auteurs francophones pour la jeunesse, mettant en scène des personnages étrangers;

– analyse d’albums ou de romans pour la jeunesse du 21e siècle qui traitent de cette problématique;

– réception d’une œuvre mettant en scène un personnage étranger de la part de lecteurs, de critiques, d’enseignants, de bibliothécaires, etc.;

– pistes didactiques plurielles ou comptes rendus d’expériences menées en classe sur le sujet;

– pratiques d’enseignement du préscolaire, du primaire ou du secondaire réalisées à partir d’œuvres mettant en scène des personnages étrangers.

Date :
Responsables :

Programme

Communications orales

Mot de bienvenue et conférence d'ouverture

  • Mot de bienvenue au colloque Représentations de l'Étranger en littérature de jeunesse francophone et dans son enseignement
    Martin Lépine (UdeS - Université de Sherbrooke), Monique Noël (UdeM - Université de Montréal)

    En 1994 était publié L'image de l'Autre. Une étude des romans de jeunesse parus au Québec de 1980 à 1990. Postulant que toute production romanesque témoigne « du contexte historique, idéologique, politique, moral et social dans lequel il s'inscrit », la chercheuse québécoise, Suzanne Pouliot, y mettait en relief la contribution de la littérature de jeunesse aux relations interethniques dans une société pluraliste. Sa conclusion était que les personnages, qu'ils soient Amérindiens, Inuits ou d'origine européenne, africaine ou asiatique, n'occupaient pas encore l'avant-scène romanesque, même à l'occasion, et gravitaient plutôt autour de personnages principaux d'origine québécoise. Vingt ans plus tard, alors que les migrations s'intensifient sur toute la planète, donc ici comme ailleurs, quel constat pouvons-nous établir à ce sujet dans les œuvres destinées à la jeunesse? Pour apporter des éléments de réponse à cette question complexe, le présent colloque poursuit deux objectifs : 1) étudier les multiples visages de l'étranger à travers, notamment, les couples familiarité-étrangeté, rapprochement-éloignement, attraction-répulsion présents dans la littérature de jeunesse francophone; 2) examiner comment aborder et traiter ces questions en classe de français et dans les autres disciplines du préscolaire à la fin du secondaire, afin que le travail critique et analytique sur l'œuvre permette à chacun de se sensibiliser à la différence et de trouver sa place dans la société.

  • Panorama de quelques représentations de l'Étranger en littérature de jeunesse francophone et leurs retombées dans l'enseignement
    Suzanne Pouliot (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Étant donné que la littérature est issue d'une société et de ses cultures, dans son acceptation anthropologique et sociologique, la littérature pour la jeunesse offre-t-elle un espace privilégié de « lectures » de l'altérité? Peut-on considérer cette littérature francophone, production de l'imaginaire, comme étant médiatrice dans la rencontre avec l'autre? Pour répondre à ces questions, vingt ans après la publication de L'Image de l'Autre, nous nous proposons de brosser un bref panorama des représentations de l'Étranger, en nous référant à une introduction signée par Aline Gohard-Radenkovic (2004), parue dans un numéro de la revue Le Français dans le monde. En regard de la littérature générale, l'auteure distingue, dans le champ des sciences sociales, quatre courants qui, à leur façon, proposent une lecture du monde, soit : l'anthropologie culturelle (Tzevan Todorov, 1986 et 1991), l'anthropologie politique (Edward W. Saïd, 1980 et 2000), l'approche sociologique (Pierre Bourdieu, 1992) et l'approche ethnologique (Louis Porcher, 1987). Pour notre propos, nous emprunterons les catégories mentionnées pour dégager les représentations de l'Étranger énoncées dans les descripteurs de mini-romans et de romans, dans deux revues : Lurelu et Les Libraires. Nous verrons si l'enseignement obligatoire, lieu de transmission de valeurs citoyennes, prend en compte les représentations de l'Étranger identifiées pour favoriser le vivre-ensemble en classe et ailleurs.

  • Pause

Communications orales

Bloc 1 : Exemples de représentations de l'Étranger dans des œuvres littéraires pour la jeunesse (Partie 1)

  • Juliette et ses autres représentations de l'Étranger dans une série de récits de voyage pour la jeunesse
    Johanne Prud'homme (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    Depuis les années 1980, la littérature québécoise destinée à un jeune public a fait la place belle à la figure de l'étranger (Pouliot, 1994). Tributaire d'une histoire que sa qualité de voyageur laisse supposer riche de trames inédites et d'images exotiques, ce personnage venu d'ailleurs constitue souvent, dans les œuvres qui le mettent en scène, le lieu d'ancrage d'un parcours de la découverte que vient manifester la rencontre entre cet étranger et un jeune personnage québécois. Dans le cadre de la présente communication, nous aborderons la question par l'autre côté de la lorgnette. Qu'arrive-t-il, nous demanderons-nous, lorsque c'est le personnage québécois qui, se déplaçant dans l'espace, devient l'étranger? Nous explorerons la question en examinant une récente et très populaire série publiée chez Hurtubise, une maison d'édition dont l'intérêt pour les autres cultures n'est plus à démontrer (Sorin, 2003). Adoptant la forme du récit de voyage, la série Juliette de Rose-Line Brasset (Juliette à […] : 2014 : New York, Barcelone; 2015 : la Havane, Amsterdam; 2016 : Paris) nous permettra d'envisager cette question depuis le regard d'une adolescente québécoise. Considérant à la fois l'espace et l'entourage d'origine de Juliette (ses amis avec qui elle reste en contact) comme ceux d'arrivée de son périple, nous tenterons de voir ce qui advient de la représentation de l'Autre dans la perspective de la reconfiguration du rapport entre le même et l'étranger qu'induit le voyage.

  • Processus de reconnaissance mutuelle et apprivoisement dans la série des Justine de Cécile Gagnon
    Monique Noël (UdeM - Université de Montréal)

    Cette communication vise à examiner comment l'auteure, Cécile Gagnon, à travers cinq mini-romans, met en scène Justine, jeune Montréalaise, qui fait l'expérience de l'altérité avec Sofia, petite-fille de Pavel. D'abord considéré comme immigrant clandestin et arrivé seul à Montréal, celui-ci lui confie son chien avant d'être renvoyé dans son pays d'origine, la Serbie. Finalement, il s'agissait d'une erreur des services d'immigration : accepté comme réfugié, Pavel fera enfin venir sa famille à Montréal. L'analyse de la série nous permettra d'en dégager les lignes de force. Si les relations interculturelles oscillent entre attraction et répulsion, rapprochement et éloignement, familiarité et étrangeté, il n'en demeure pas moins que, d'un roman à l'autre, se construit ici le processus de reconnaissance mutuelle et d'acceptation de l'altérité. Notre présentation comprendra quatre parties. Dans un premier temps, nous expliciterons certains couples de concepts utiles comme littérature et socio-réalisme, étranger et immigré, identité et altérité; par la suite, nous décrirons les représentations socioculturelles attribuées aux personnages de la série romanesque à l'étude; puis, nous examinerons le processus d'apprivoisement de l'hétérogénéité; enfin, nous formulerons des pistes didactiques à propos de la réception de cette œuvre destinée aux enfants de neuf ans et plus.


Assemblée générale

Dîner


Communications orales

Bloc 1 : Exemples de représentations de l'Étranger dans des œuvres littéraires pour la jeunesse (Partie 2)

  • Religion et littérature pour la jeunesse : là où le voile est encore tiré
    Julie Bergeron-Proulx (UdeM - Université de Montréal)

    À travers nos lectures de textes récents issus de la littérature pour la jeunesse francophone, il nous est apparu que, globalement, la figure de l'étranger est désormais devenue le catalyseur d'un message de tolérance, d'ouverture et d'acceptation. Tant dans l'album que dans le roman, de manière générale, on condamne les préjugés, on pourfend les idées préconçues, on vante le principe de la liberté de choix. Or, il nous semble que, s'il est un domaine qui reste le plus souvent fermé à ce discours d'ouverture, c'est sans contredit la religion, et plus spécifiquement le port du voile. Dans les rares ouvrages de fictions pour la jeunesse où l'on aborde cette thématique, on constate que, généralement, la femme ou la fille voilée est et reste présentée comme soumise à une autorité masculine oppressante qui lui retire toute liberté. Le plus souvent, cette personne finira par s'apercevoir de l'état de soumission dans lequel elle vivait et décidera de retirer son voile pour finalement se conformer à la vision occidentale du voile. Ici, la liberté ne peut consister qu'à retirer le voile, pas à décider de le porter. Par conséquent, nous proposons dans cette communication, la présentation et l'analyse de différents textes abordant cette thématique sensible. Pour ce faire, nous explorerons, entre autres, Burquette de Francis Desharnais, Samiha et les fantômes de Clémentine Beauvais, Un foulard pour Djelila d'Amélie Cantin et Houari pote beur et le voile de Yasmina d'Arthur Falaïeff.

  • Pause

Communications orales

Bloc 2 : Présence de l'Étranger dans des corpus d'œuvres littéraires et des pratiques d'enseignement en lecture et appréciation

  • Les personnages dans la littérature de jeunesse québécoise, représentatifs de la diversité culturelle actuelle?
    Rachel Deroy-Ringuette (UdeM - Université de Montréal)

    Dans les années 1990, Pouliot (1994) soulignait que, malgré un nombre plus important de personnages issus des communautés culturelles dans la littérature de jeunesse québécoise, ceux-ci « n'occupent pas encore l'avant-scène romanesque. […] ils gravitent par ailleurs avec plus ou moins d'intensité autour des personnages principaux, leur servent souvent de faire-valoir […] soit à titre de personnages secondaires, soit encore comme figurants » (p.148). Ce constat semble toujours d'actualité puisque, tel que le relèvent Courchesne et DeRoy-Ringuette (2015), la production éditoriale québécoise récente propose très peu de personnages principaux issus des communautés culturelles, et ce, malgré le fait que le Québec accueille, bon an mal an, environ 50 000 nouveaux arrivants (MIDI, 2015). Ainsi, nous présenterons des résultats d'un portrait de la pluriethnicité dans la littérature de jeunesse québécoise, pour les 0 à 12 ans, en utilisant la sélection annuelle de Communication-Jeunesse (2014-2015) comme échantillon de convenance. Nous démontrerons, à l'aide d'exemples, la place qu'occupent les minorités ethniques dans l'actuelle littérature québécoise pour la jeunesse.

  • Enquête sur la lecture et appréciation des œuvres littéraires à l'école primaire : quelle place pour l'Étranger dans les œuvres sélectionnées par les enseignants québécois?
    Martin Lépine (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Selon un sondage du ministère de l'Éducation du Québec, la compétence « Apprécier des œuvres littéraires » était, au milieu des années 2000, la compétence la moins travaillée en classe de français au primaire. Certains chercheurs soulignent d'ailleurs le peu de données, au Québec, qui permettent de connaitre la place de la littérature à l'école et les pratiques des enseignants à partir des œuvres littéraires. Afin de réaliser un état des lieux à ce sujet, nous avons mis en place, dans le cadre de travaux de doctorat, une recherche qualitative/interprétative de type enquête. Un échantillon de 518 enseignants du primaire ont répondu à un questionnaire auto-administré sur leurs pratiques d'enseignement de la lecture/appréciation des œuvres littéraires et sur leurs conceptions à ce propos. Les données recueillies nous permettent de mieux documenter et de comparer, pour chacun des trois cycles, les pratiques déclarées des enseignants quant à la littérature et aux usages qu'ils disent faire des œuvres littéraires. Quelles sont donc les principales œuvres utilisées par les enseignants du primaire québécois? Quelle est la place qu'occupent l'Étranger, l'Autre dans ce corpus? Les principaux résultats montrent d'abord une certaine unité dans les formes et les genres littéraires utilisés au primaire; ensuite, une grande variété d'œuvres et d'auteurs/illustrateurs étudiés; enfin, une mince place pour l'Étranger ou pour l'Autre dans ce corpus.


Communications orales

Mot de clôture

  • Mot de clôture du colloque Représentations de l'Étranger en littérature de jeunesse francophone et dans son enseignement
    Martin Lépine (UdeS - Université de Sherbrooke), Monique Noël (UdeM - Université de Montréal), Suzanne POULIOT (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Nous avons constaté dans le cadre de ce colloque que notre époque est marquée par une pluralité et par une complémentarité dans les formes de socialisation, dans la culture, dans l'éducation, dans le langage et dans la manière d'être au monde (Abdallah-Pretceille, 1999). Passeuses de langues et de cultures, la littérature en général et la littérature de jeunesse en particulier se font l'écho de ces enjeux de société. Vingt ans après la publication du livre L'Image de l'Autre, quel constat pouvons-nous établir au sujet des représentations de l'Étranger dans la littérature de jeunesse et dans son enseignement? En élargissant la perspective, l'Autre étant entendu aussi bien comme l'étranger du dehors que l'étranger du dedans (Moisan et Hildebrand, 2002), quelle place lui accorde-t-on dans les albums et les romans destinés aux enfants et aux adolescents, et parus depuis le bilan fait par Pouliot (1994)? Quelle charge affective peuvent susciter des manières de vivre, des coutumes et des croyances différentes? Dans quelle mesure les représentations socioculturelles qui en sont faites échappent-elles aux clichés? Comment sont donc représentés les personnages étrangers? Quelles caractéristiques et quel rôle leur attribue-t-on dans les récits de fiction offerts aux jeunes lecteurs? Jusqu'à quel point ces personnages venus d'un autre pays sont-ils accueillis ou rejetés, intégrés ou marginalisés, objets de confiance ou de suspicion? Autant de questions que ce colloque aura permis d'aborder.