Informations générales
Événement : 84e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Description :Les rites religieux et les passages liés au cycle de la vie, dont la concordance caractérisait les sociétés traditionnelles, n’ont plus nécessairement lieu dans nos sociétés hypermodernes. Les baptêmes, les mariages et les rites funéraires religieux persistent. Toutefois, d’autres formes rituelles, qui prétendent souligner les passages de la vie individuelle ou sociale, apparaissent dans le paysage contemporain. Comment se structurent les identités dans l’actualité? Quel rôle la ritualité y joue-t-elle?
L’étude des rites de passage accompagne le développement des sciences humaines et sociales dès les intuitions fondatrices de Van Gennep jusqu’à la liminalité de Victor Turner, la théorisation de l’individualisation par David Le Breton et, plus récemment, la critique rituelle de Ronald Grimes de même que le constat de la transformation et de l’émergence de nouveaux rites de passage par Martine Roberge. Entretemps, des approches interdisciplinaires se sont développées unissant notamment des chercheurs de différents domaines tels que théologie et psychologie, histoire et philosophie, anthropologie et neurosciences, linguistique et arts. En parallèle, les conditions et le contexte de la recherche se sont élargis et ont favorisé la globalisation médiatique et économique, si bien qu’un regard multi ou interculturaliste s’impose.
Le colloque « Les rites de passage aujourd’hui : enjeux et perspectives » prétend rouvrir et relancer le débat par l’entremise de l’analyse critique des approches et des méthodologies des études rituelles, ainsi que de la description ethnographique des rites de passage — autant classiques que nouveaux, religieux que profanes.
Dates :Programme
Séparations
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Mot de bienvenue
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« Rites de passage » : schéma heuristique ou truisme? Un questionnement socio-anthropologique et un discernement théologiqueÂngelo Cardita (Université Laval)
L'idée du passage rituel avec ses trois moments caractéristiques a marqué profondément le développement des études rituelles. Celles-ci s'appuient sur le dépassement du « truisme » dénoncé au début par Marcel Mauss, mais devenu « schéma heuristique » à la suite de ses reprises réitérées. Notre hypothèse à cet égard est reliée au paradoxe suivant : si l'idée du passage rituel n'est en fait qu'un truisme – tout connaît un début, un déroulement et une fin – alors, les approches aux rites par les sciences humaines et sociales ne possèdent pas la dimension critique de la raison scientifique et ne sont qu'expressions du sens commun; toutefois si l'idée du passage rituel fournit un véritable « schéma heuristique » consolidé à l'intérieur du même domaine scientifique qui l'avait considéré banal, alors ou bien 1) le schéma du passage rituel apporte un aspect méthodologique important en mesure de corriger et de relancer les savoirs socio-anthropologiques ou bien 2) ceux-ci fonctionnent malgré un petit défaut interne, ou encore 3) ils ne configurent pas un véritable système épistémologique, mais très simplement un produit idéologique. En même temps, selon Van Gennep, le sacré est la réalité qu'il faut traverser pour compléter les passages et ceux-ci ne sont que des nouvelles prises de position à l'égard du sacré autant sur le plan personnel que sur le plan social. Il faut donc arriver à un discernement théologique de notre questionnement.
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Des rites de passage au sein de la recherche en comptabilité?Christine Gilbert (York University)
La comptabilité possède une image parfois rigide et cadrée, avec ses débits et ses crédits, et on lui reconnaît qu'une fonction restreinte au sein des sociétés. Pourtant, la comptabilité est un concept beaucoup plus large de reddition de comptes. Au courant des trente dernières années, la perspective sociologique en recherche comptable démontre la multiplicité de ses rôles, ainsi que sa présence et engagement dans les endroits les plus inattendus des sociétés. La perspective historique en recherche comptable démontre d'ailleurs ses tout premiers usages et accorde à la comptabilité d'être la première forme d'écriture que l'homme ait inventée. Au sein de cette communication, je voudrais d'abord introduire ce champ de recherche qui me permettra ensuite de mieux situer le contexte dans lequel s'inscrivent les trois études que je présenterai. Celles-ci ont emprunté les notions du rite de passage afin de l'appliquer aux recherches comptables. Deux thèmes seront ici abordés, soit les études doctorales positionnées comme rite de passage, ainsi que le rite de passage à titre de directeur au sein d'une firme comptable. Je voudrais ainsi mettre en valeur certaines observations relativement à l'utilisation des concepts du rite de passage et engager l'auditoire sur leur perception de telles études. En résumé, l'objectif de cette communication est de présenter de quelle manière la notion de rite de passage est appliquée dans une discipline où l'on ne l'aurait jamais soupçonné.
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Pause
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Négocier sa fête de passage à la retraite : intentions, attentes et compromisCatherine Arseneault (Université Laval)
Prendre la décision de se retirer du marché du travail constitue une étape importante dans la vie d'une personne. À cette étape, le futur retraité se retrouve tout autant au terme de sa carrière, qu'au seuil d'une période nouvelle de sa vie. Comment alors souligner ce passage ? Faut-il seulement le souligner? Au Québec, plusieurs usages rituels plus ou moins formels accompagnent les départs à la retraite et les réactions en regard à ces festivités s'avèrent toutes aussi diverses que les manières de partir. En s'appuyant sur un travail de terrain ethnologique, cette présentation se penche sur un exemple de ritualisation manifeste aux départs à la retraite : celui de l'hommage personnalisé appelé le bien cuit. S'attarder sur les jeux de négociations et des prescriptions qui se déploient lors de l'organisation de telles fêtes, lors de création d'un bien cuit, permet non seulement d'éclairer l'enjeu personnel de cette transition pour le futur retraité, mais également les rapports qu'il entretient, se représente et entrevoit avec son réseau de connaissances au seuil de son départ.
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Ombres et lumières du rite de passage dans une nouvelle de CortázarMaria Taboza (Université Laval)
Dans « L'autre ciel », une nouvelle de Julio Cortázar, le narrateur-protagoniste rentre dans une galerie à Buenos Aires des années 1940 et sort dans une galerie de Paris au XIXe siècle. Profitant de ce lieu secret de passage dans la ville, il vit une histoire d'amour et de terreur. Le franchissement de frontière entre le passé et le futur, l'ici et l'ailleurs, met le personnage entre deux mondes de telle manière qu'il reste dans la « marge » du processus rituel. Pourrait-il se produire une agrégation à la fin de l'histoire? Dans cette communication, on interrogera deux aspects de la ritualité présente dans cette nouvelle. Le premier est la configuration du rite de passage dans l'espace de la ville moderne où la fragmentation de l'expérience ainsi que le sentiment d'isolement semblent défavoriser et, en même temps, réclamer la ritualisation des passages. Le deuxième traite de l'incidence de l'ombre et de la lumière dans le rite de mort dont le personnage témoigne, à partir de la discussion de Walter Benjamin sur les fantômes de la ville moderne.
Dîner
Marges
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La « démagification » : pistes pour repenser la ritualisation avec Max WeberRodrigo Pena (Université Laval)
Dans cette communication, on se concentrera sur la notion de « démagification », esquissée par Max Weber dans le contexte de sa sociologie des religions. Notre objectif sera celui de restituer la richesse conceptuelle d'une telle notion, ainsi que d'éclairer la portée du discours sur le « désenchantement du monde » pour la question rituelle. On montrera ainsi l'importance de cette conceptualisation pour la compréhension de la ritualisation dans son aspect social. Bien que Max Weber ne développe pas une sociologie du rite à proprement parler, sa conception des liens unissant conduites religieuses à l'action sociale peut jeter une lumière nouvelle sur cet enjeu. Dans ses écrits, Max Weber relativise l'univocité apparente de la raison occidentale tout en mettant en évidence des processus de rationalisation à l'œuvre dans les grandes religions mondiales. Par ce biais, on peut contourner l'antinomie qui oppose le traditionnel au moderne et accepter la présence de la même dynamique dans les rites autant religieux que profanes. Ceci ouvrira des pistes pour repenser la ritualisation dans les sociétés contemporaines avec Max Weber.
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L'enterrement de vie de garçon : un rituel de passage qui connaît des « ratés »Denise Lamontagne (Université de Moncton)
Nous connaissons tous des histoires d'horreur liées à la cruauté de certains rituels d'enterrement de vie de garçon qui se présentent essentiellement comme un rituel de passage entre l'état de célibat et celui de nouveau marié au sein des sociétés traditionnelles. Si ce rituel de passage bénéficiait d'une forte légitimité sociale au sein de la société traditionnelle, sa transformation, voire sa lente disparition au sein de la société moderne nous invite à explorer ce qui réside réellement au fondement de ce « passage ». C'est à partir d'une enquête ethno-historique que nous tenterons d'explorer les fondements des rituels d'enterrement de vie de garçon dont les récits sont répertoriés au sein des archives orales du Centre d'études acadiennes de l'Université de Moncton. Nous tenterons d'identifier la spécificité acadienne de ces rituels de passage à partir d'une analyse du contexte plus global dans lequel ils s'inscrivent à l'aide d'une approche ethno-historique qui demande à être mise en perspective par la mythanalyse.
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Pause
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Fabriquer des rites de passage : ethnographie d'une communauté de « créatifs culturels » au QuébecIsabelle Kostecki (UdeM - Université de Montréal)
Certains chercheurs s'étant penchés sur la ritualité de la contemporanéité séculière préfèrent la notion de recyclage à celle d'innovation pour penser l'évolution des rites de passage en contexte occidental. La créativité rituelle serait contrainte par la prégnance des modèles rituels traditionnels ainsi que par une standardisation inhérente à la logique de marchandisation du rituel. Les rites à la carte proposés par certaines firmes événementielles ou funéraires finissent par se ressembler. Ils n'attestent pas des possibilités que l'on aurait pu présager dans un contexte permettant de mobiliser et composer librement avec des ressources symboliques transmises ou exogènes. Toutefois, il existe des communautés de personnes plus marginales qui font preuve d'inventivité en expérimentant avec le dispositif rituel qu'ils considèrent une technique d'épanouissement du soi. Les individus fréquentant ces groupes spirituels s'investissent dans des démarches créatives, voire artistiques, pour offrir des rites de passage à leurs réseaux personnels respectifs. Une étude ethnographique menée au Québec auprès d'une communauté de ces « créatifs culturels », permet de cerner les caractéristiques de rites de passage inédits préparés et conduits au cours d'un rassemblement ainsi que les normes, valeurs et principes structurant leur méthode d'innovation rituelle.
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L'anthropologie africaine de la naissance : vers une herméneutique de l'unité vitale à partir de la dimension rituelleGabriel Gaston Tata (Pontificia Università Urbaniana)
Dans cette communication, le principe herméneutique privilégié est la quête de la vie dans son unité, laquelle est conçue par les africains comme valeur « archétypale », appelée à être maintenue grâce aux relations personnelles et communautaires. En Afrique, l'évènement-naissance constitue un rite communautaire d'accueil, d'initiation et d'intégration avec un schéma actanciel diversifié de personnages. En effet, si la venue d'un enfant au monde est un événement très important, c'est parce qu'il vient renforcer l'unité de vie de la communauté. Les relations de solidarité s'inscrivent dans la logique de la continuité de la vie. C'est à la lumière d'une telle continuité que peuvent s'expliquer les attitudes pédagogiques des adultes à l'égard de l'enfant, ainsi que les motivations psychologiques qui sous-tendent les cérémonies rituelles de la dation de nom et de l'initiation. Des tels systèmes « éducatifs » cherchent à unifier et renforcer le « moi » individuel tout en aidant l'individu à se situer dans le monde social ainsi que dans l'univers cosmique. La famille, le groupe de la classe d'âge et la société intègrent ou initient le jeune, non seulement à entrer dans le secret des codes communautaires, mais surtout à commencer à vivre dans l'esprit de la communion participative, c'est-à-dire à renforcer la vie communautaire. Ainsi parler du maintien de la vie implique les liens de solidarité, constitutive et morale, dans un double mouvement d'horizontalité et de verticalité.
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Le cinéma de fiction, sujet d'intérêt pour les études rituelles : le cas des rites de passageBértold Salas Murillo (UCR - Universidad de Costa Rica)
Cette activité couvre une dizaine de sujets de la fiction cinématographique américaine qui présentent un intérêt pour les chercheurs s'intéressant aux rites, notamment aux rites de passage. Nous nous pencherons sur les sujets suivants :
1. Le passage à une autre étape : les films sur le « coming of age »;
2. Les fiançailles et le mariage (…et le « remariage ») dans la comédie romantique;
3. Le passage à une autre étape : les histoires de vieillesse et de mort;
4. Le passage interculturel : la ritualité dans la rencontre de l'Autre;
5. Les rites dans les films de mœurs;
6. La mise en abyme et la ritualité de la création;
7. Les rites de passage dans le genre western;
8. Les rites de passage dans le « voyage du héros » dans le cinéma fantastique;
9. Le passage au sacré et au surnaturel : le cinéma religieux, fantastique et d'horreur;
10. La violence rituelle dans le cinéma d'action.
Nous essaierons de reconnaître des constantes pour chaque sujet, en citant au moins trois films comme exemples. Puisque le cinéma est une entreprise collective qui a eu et a encore un grand impact dans les sociétés occidentales, et ce, dès le début XXe siècle, nous pouvons admettre que ces représentations constituent un échantillon pertinent témoignant des discours sociaux à propos des rites liés au cycle de la vie.
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Discussion
Consécrations
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Les « rites de passage » de Van Gennep à Ronald Grimes : auteurs et perspectivesAuguste Ifèdoun Agai (Université Laval)
« Rites de passage » est un concept de bonne fortune dans le contexte des études socio-anthropologiques. Depuis son « invention » par Van Gennep en 1909, le concept a connu une évolution. Il a été traduit de mille manières dans le temps et l'espace en subissant plusieurs interprétations; il a été aussi abordé selon plusieurs perspectives tant complémentaires que différentielles. Il s'agira dans cet exposé de jeter un regard sur l'actualité des « rites de passage », depuis les travaux de Van Gennep (1909) jusqu'à Ronald Grimes (2014) et comment cela se perçoit de nos jours. Je partirai de l'ouvrage de Van Gennep sur les « rites de passage » pour voir ensuite comment, dans le contexte de l'histoire comparée des religions, Mircea Eliade parle plutôt de rites d'initiation. Ensuite, je discuterai des perspectives psychanalytiques de Theodor Reik et de Bruno Bettelheim, ouvertes notamment à la suite de Freud. La considération de l'étude des « rites de passage » faite par Max Gluckman à partir de l'ouvrage de Van Gennep, nous ouvrira à la perspective de Victor Turner. Après avoir vu les limites que Pierre Bourdieu met à la notion de « rite de passage », nous verrons enfin que les études rituelles de Ronald Grimes nous proposent une véritable « réinvention » autant de la notion de rite de passage que de l'approche méthodologique à cette sorte de ritualité, toujours en mouvement.
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Devenir l'autre, redevenir soi-même : le rapport entre la violence sacrificielle et le passage rituel dans le théâtre de Sarah KaneBeatrice Lapadat (Université Laval)
Purifiés de Sarah Kane a constitué un véritable point tournant dans l'histoire du théâtre contemporain, en utilisant la violence physique et la visceralité en tant que retour à l'organicité originaire du théâtre. La mise en scène d'Andrei Serban a été fortement controversée à cause de l'emploi choquant de la mutilation et de l'horreur sur scène.
En analysant l'œuvre de l'auteure anglaise tel que filtrée par le metteur en scène roumain, on se pose les questions suivantes par rapport aux rites de passage : Dans quelle mesure pourrait-on comprendre les manifestations de la violence sur scène, par l'intermédiaire du corps de l'acteur, en tant que rite de passage? Quels seraient les moyens dramaturgiques susceptibles d'accomplir le rite de passage? Afin de répondre à ces questions, on s'appuiera sur les outils théoriques fournis par Victor Turner et par René Girard.
L'objectif de la communication est d'analyser la pertinence de l'utilisation de la violence physique sur scène par rapport à la possibilité de l'atteinte du rite de passage. Quant à la méthodologie, on utilisera une approche sémio-pragmatique qui permettra l'approfondissement du concept du corps performatif en tant que signe à la fois complexe et ambigu.
En conclusion, dans cette communication on soulève une interrogation critique qui ouvre vers la possibilité d'atteindre une forme de rite de passage ayant comme point de départ une expérience théâtrale particulièrement intense autant physiquement que psychologiquement.
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Pause
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Le baptême chrétien à la lumière du passage matérielÉder Beling (Faculdades EST)
Dans cette communication, on mettra deux hypothèses à l'épreuve. Notre première hypothèse se base sur le fait que l'intentionnalité fondamentale du baptême chrétien est celle d'agréger un nouveau membre à la communauté ecclésiale. Or, à la lumière de l'intuition de base de Van Gennep au sujet du rapport existant entre les passages rituels et les passages matériels, le rituel du baptême chrétien doit avoir été élaboré à partir de la dimension spatiale et celle-ci doit y avoir laissé ses marques. Notre deuxième hypothèse est la suivante : les nouvelles conditions socio-culturelles apparues au Moyen-Âge ont provoqué le rétrécissement du passage matériel au sein du rituel du baptême à cause de la disparition de la différence sociale entre « l'intérieur » et « l'extérieur » ou entre « nous » et les « autres ». En effet, dans une situation d'hégémonie religieuse, la société dans son ensemble redevient sacrée. Ainsi, disparait aussi le besoin de ritualisation du passage du « paganisme » à la « foi ». En conclusion, on essayera de montrer la pertinence de notre approche historique et rituelle pour les enjeux de l'actualité.
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Photobooth et trash the dress : nouvelles séquences rituelles ou quand le mariage se renouvelleMartine Roberge (Université Laval)
S'il est un rite de passage qui a traversé les époques et qui perdure dans les sociétés de l'hypermodernité, c'est bien le rituel du mariage. Qu'est-ce qui explique cette aussi grande résistance alors que d'autres rites de passage sont nettement en déclin? À cet égard, plusieurs chercheurs ont souligné la plasticité du rituel, ses nombreuses transformations et adaptations pour être en phase avec les aspirations des individus qui s'y investissent. Le mariage semble à ce point flexible qu'il aurait la possibilité de se réinventer continuellement. Mais avec quelle inventivité ce rite se renouvelle-t-il? Si la personnalisation constitue un trait constant des ritualisations du mariage contemporain, offrant ainsi de multiples occasions d'« interpréter » le rituel, sa signification demeure-t-elle inchangée? L'examen de deux nouvelles séquences rituelles, des séances de photographies photobooth et trash the dress, qui prennent place depuis peu dans les ritualisations du mariage nous permet de nous interroger sur la créativité rituelle de certains comportements inédits et leur attachement à des valeurs symboliques renouvelées. Mises en scène et singulièrement orchestrées, ces séances photographiques proposent de nouvelles formes de ritualisation aux divers acteurs du rite, marié-e-s comme invité-e-s, où la performativité et la théâtralité sont centrales.
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À l'école des ritesDavid Harvengt (Université Laval)
Christoph Wulf l'a montré: les rites sont omniprésents à l'école. Ils scandent le rythme scolaire (annuel, hebdomadaire et quotidien), ils aménagent l'espace et organisent les relations entre les différents acteurs du monde scolaire. Mais qu'en est-il des rites de passage ? L'école est-elle un lieu de rites de passages ? Il y en a-t-il et si oui, quels sont-ils et quels sont leurs fonctions ? Dans les faits, on penser les rites de passages scolaires à deux échelles : micro et macro. En effet, nous pouvons envisager ces rites dans une perspective quotidienne, avec l'arrivée des élèves, leur entrée dans la classe, la sortie des classes, etc. Sont-ce vraiment des rites de passages ? Nous pourrons y réfléchir. Nous pouvons également envisager l'école comme temps liminaire, pour reprendre le concept cher à Van Gennep et Turner, qui serait un temps où l'enfant se construit pour devenir Homme. Là encore, la question demeure : peut-on réellement envisager l'école comme rite de passage aussi large ? Rien n'est moins sûr. Néanmoins, elle est le lieu, pour les enfants et les adolescents d'apprentissages importants et allant bien au-delà de l'aspect académique, notamment dans la relation à l'autre et à soi, une dimension qui est somme toute au cœur de bien des rituels. La présente communication se veut donc une première réflexion, un premier débroussaillage autour de l'école et des rites de passages et des questions que cette mise en lien suscite.
Dîner
Réagrégations
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Comment devenir clown… pour toujours?Claudia Funchal Valente De Souza (Université Laval)
Il y a deux voies possibles pour devenir un clown. Les deux voies sont des chemins initiatiques dans lesquels l'artiste « découvre » son propre clown, originel et unique. Dans les deux voies, la présence d'un maître est essentielle. C'est lui qui guide les initiés à travers le rite de passage – « la naissance du clown ». La première voie est appelée traditionnelle, parce qu'elle privilégie l'imitation des modèles consacrés. La deuxième voie, qu'on appellera moderne, privilégie l'individuation de l'artiste. Pour construire l'aspect traditionnel de son clown, l'acteur doit se référer à un langage gestuel qui a été créé au cours du temps, de façon empirique et collective. D'autre part, l'aspect subjectif de son clown est lié à la recherche de la connaissance profonde de soi. Dans cette communication nous allons parler de l'expérience de la création d'un clown dans un contexte initiatique, car « devenir » un clown signifie l'obtention d'un statut social et symbolique, soit dans une société contemporaine, soit dans une société traditionnelle.
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Les chemins initiatiques des backpackersDenis Jeffrey (Université Laval)
Les voyages initiatiques ont toujours eu la cote chez les jeunes générations. Toutefois, avec la seconde modernité, qui correspond aux années 1950-1960, une part importante de la jeunesse, libérée de l'autorité parentale, rêve d'Orient. Des mouvements jeunes très importants, qui s'apparentent à la jeunesse allemande des années 1915-1930, voient le jour dans les pays anglo-saxons. L'époque est à la découverte. On recommence à lire les romans initiatiques de Hermann Hesse et la musique devient psychédélique. Plusieurs jeunes s'intéressent à la spiritualité orientale. Katmandou et Goa deviennent des destinations privilégiées parmi les jeunes Backs Packers. Plus de 50 ans plus tard, les centres d'attraction des jeunes se déplacent vers l'Asie du sud-est. On vient en Thaïlande et au Laos pour les sports extrêmes, mais aussi pour la consommation de drogues festives pendant les nights partys. À l'instar de la jeunesse des années 1960, les Backs Packers cherchent à vivre une aventure qui va les transformer. Dans une perspective socio-anthropologique, leur récit témoigne d'une quête initiatique par laquelle ils apprennent à se connaître. En fait, le passage par une autre culture leur délivre une image plus juste de leur identité, de leurs valeurs et de leurs convictions. À partir du terrain en Asie du Sud-Est réalisé entre janvier et avril 2016, nous allons présenter quelques idées pour comprendre les nouvelles quêtes initiatiques des Backs Packers contemporains.
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Virtualités, proximités, étrangetés : rites de passage et socialités contemporainesGéraldine Mossière (UdeM - Université de Montréal)
L'accent contemporain porté sur les subjectivités s'est traduit par un regain d'intérêt pour les rites de passage opérés dans l'intimité du soi, en vue de la renaissance du sujet (revitalisation des quêtes de vision traditionnelles). Ces ritualisations d'un retour au soi éludent cependant d'autres formes de passage qui se réalisent dans l'immanence d'un monde pluriel, saturé de contacts avec la diversité culturelle. Deux terrains ethnographiques menés auprès de jeunes convertis et de franco-québécois babyboomers indiquent que c'est la découverte d'une altérité toujours plus accessible qui catalyse le passage d'une étape de vie à l'autre, via le déplacement d'un registre de (non)croyances à un autre. Si le cas des convertis est plus symptomatique, le parcours biographique des franco-québécois montre également le rôle central d'un voyage à l'étranger, d'une rencontre avec un voisin, d'un échange Internet avec un croyant dans le changement de l'univers de sens de l'individu et de là, la mutation de sa situation sociale, attribuée ou revendiquée. En décrivant des trajectoires d'individus et les termes de leur socialité avec l'altérité religieuse, nous examinons les séquences, codifications et modèles rituels qui président à ce déplacement du sens et permettent le passage social. Ainsi, certains rites de passage contemporains se construisent autour de représentations d'une altérité à la fois proche et exotique, fruit d'un monde où les diversités s'entremêlent et s'alimentent.
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Les rites d'allaitement en HaïtiObrillant Damus (UniQ - Université Quisqueya)
Cette communication vise à étudier les rituels d'allaitement en Haïti dans une perspective multidisciplinaire. Il s'agit de dégager les représentations, les valeurs, les symboles et les croyances qui sous-tendent la pratique de l'allaitement maternel dans les communautés rurales. L'allaitement s'apparente à un rite de passage classique dont le vécu et les significations varient d'une femme allaitante à une autre. Ainsi, dans quelle mesure la théorie van gennepienne des rites de passage peut-elle contribuer à notre compréhension du phénomène d'allaitement ? Les données que nous avons recueillies auprès d'une vingtaine de femmes appartenant à des communautés rurales différentes nous permettent d'avancer que les rites d'allaitement se caractérisent par trois phases emblématiques : la séparation, la marge et l'agrégation. Certaines accouchées se séparent de leur bébé pour se préparer à l'allaitement. Ensuite, durant l'allaitement, de nombreuses femmes s'interdisent non seulement de participer à certaines activités sociales, culturelles et économiques, mais aussi de faire l'amour avec leur mari. Finalement, on constate la reprise de la sexualité et de certaines activités sociales, culturelles et économiques après le sevrage.
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De l'individu au collectif : une analyse des rites de passage dans Pierre écarlateSepideh Shokri Poori (Université Laval)
À la suite des études d'Arnold Van Gennep et de Victor Turner sur les rites de passage, nous savons maintenant leurs rôles essentiels dans la construction de l'identité individuelle. Ainsi, les rites de passage sont ceux qui accompagnent les changements de lieu, d'état, d'occupation, de situation sociale et d'âge. Cependant, l'on constate que la façon d'envisager le rituel se déplace et en s'éloignant du fonctionnalisme, elle axe davantage sur les enjeux de rites. Grace à cette orientation anthropologique, nous voyons aujourd'hui dans le rituel une performance, un « jeu » ou un « acte performatif » au sens d'Austin. Les rites de passage, de nos jours et contrairement à leurs fonctions classiques, ne visent pas à modifier les statuts d'un individu, mais plutôt à effectuer un travail sur les représentations collectives. Pour mieux définir ce point de vue, nous étudions Pierre écarlate, un spectacle musical iranien s'inspirant de l'épopée du Shahnamé, à la fois épique et tragique, qui met accent sur un passage collectif : celui de l'émotion d'une jeune génération à l'égard de ses antécédents. Au cœur de cette performance rituelle se trouvent les rites de passage mis en scène à l'occasion de la naissance, de la puberté et de la mort, ainsi qu'un espace et un temps liminaux qui permettent de dramatiser un phénomène social et d'effectuer un travail réflexif et engagé.
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Discussion
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Mot de clôture