Informations générales
Événement : 83e Congrès de l'Acfas
Type : Domaine
Section : Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Description :Tirant parti de la diversité et de la richesse des études sur les langues et le langage, ce domaine de recherche présente des communications liées aux champs de la linguistique (phonétique, syntaxe, pragmatique, etc.), à l’apprentissage des langues ainsi qu’aux pathologies de langage.
Dates :- Marie Labelle (À déterminer)
- E. Allyn Smith (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Programme
Analyses discursives et pragmatique
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Le discours dans la méthodologie de la recherche : réflexion épistémique et proposition d’un outil d’analyse contextualiséJudith Patouma (Université Sainte-Anne)
Notre proposition a pour but de présenter un outil d’analyse de discours élaboré entre 2008 et 2011 et testé par la chercheure lors d’enquêtes et d’analyses menées pour sa thèse de Doctorat. Le présent outil est une grille d’analyse discursive dans laquelle nous faisons la distinction entre le phénotexte (le texte dans sa manifestation matérielle) comportant des traits issus de la situation d'énonciation orale d'origine que nous noterons, et le génotexte, composé des structures productrices du texte. Nous en donnons ici les principes essentiels, appliqués au champ du conflit structurant, analysé dans les rapports des couples multiculturels à La Réunion. Épistémologiquement, l’approche adoptée pose une axiologie et des positions sociosubjectives souvent potentialisées (Lupasco), qu’un contexte vient mobiliser dans des stratégies discursives variées appliquées au matériau linguistique (champs et réseaux lexicosémantiques, actes langagiers…) en fonction d’une visée pragmatique. Le modèle privilégie ainsi une perspective dynamique, créative, émergente au fil du discours (Varela), que l’analyse se propose de décrire. Notre objectif, dans cet article, outre que de présenter un outil original vise la dimension épistémologique et méthodologique, mais nous fournirons aussi des résultats de cette recherche en montrant des exemples d’analyse textuelle à travers l’application de notre outil.
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De l’autorité de Bongo : sur et sous-énonciation dans le discours politique gabonaisDidier Ndoba Makaya (UL - Université de Lorraine)
Notre proposition de communication a pour objet le discours politique gabonais. Il ressort de l’observation de ce dernier une forte prégnance de Bongo, mettant en lumière une relation particulièrement asymétrique entre les énonciateurs de ces discours et le Président gabonais. Cette présence ostentatoire du Chef gabonais dans le discours interpelle. S’agirait-il d’un cas d’effacement des politiques gabonais face à ce que nous qualifierons d’une « haute autorité énonciative » ? L’effacement énonciatif, dorénavant (EE), se définit principalement par une absence plus ou moins « claire » de source énonciative. La question de la neutralité énonciative au sens d’un énonciateur ²universel² [Vion, 2001 :334] qui chercherait à effacer les marques d’une quelconque subjectivité se pose. A partir d’une approche énonciative et argumentative émanant de l'analyse du discours, nous souhaitons examiner les différents procédés linguistiques qui permettent de soutenir un effacement énonciatif opérable dans les discours politiques gabonais. Notre démarche nous mènera préalablement à expliciter le phénomène d’EE avant d’être conduit par la suite à voir en quoi celui-ci peut être corrélé aux discours politiques gabonais, notamment, à travers le discours rapporté. Nous ferons la démonstration, in fine, que l'EE participe d’une énonciation supérieure, c’est-à-dire d’un hyperénonciateur tel que l’entend notamment Maingueneau [2004].
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Conflictualité discursive et enjeux sociopolitiques entre acteurs institutionnels : le cas Deepwater HorizonAmira Heni (Université Laval)
Notre recherche menée en communication publique est née d’une interrogation sur le rôle du langage dans les pratiques sociopolitiques. Saisir le phénomène langagier dans un contexte de lutte, de discorde et d’antagonisme a à l’origine nourri et orienté notre réflexion. L’échange langagier se saisit comme une situation d’interlocution où l’on négocie sa position d’autorité et œuvre à imposer ses contraintes. L’intérêt de notre recherche est de contribuer à éclairer la thématique portant sur le fonctionnement langagier dans une procédure d’exercice du pouvoir. L’appréhension de l’activité langagière menée par des acteurs motivés par l’imposition de leurs versions de faits et de leurs cadrages des enjeux débattus nous réfère au rapport dialectique entre pouvoir et langage.
Notre étude relève d’une analyse exploratoire fondée sur une étude de cas. Nous prenons comme un cas d'étude la crise écologique provoquée par British Petroleum au large du Golfe de Mexique. Deux populations-cibles de discours constituent notre corpus: le discours du gouvernement américain (discours d’Obama) et le discours représentant l’avis officiel de BP (communiqués de presse de BP), datant du 20 avril 2010 jusqu’au 19 septembre 2010. Nous avons utilisé la grille d’analyse élaborée par Windisch (1987) pour mettre en exergue le fonctionnement interne d’un discours conflictuel envisagé comme un vecteur du pouvoir. Nous avons utilisé deux méthodes d'analyse de données (analyse de discours et analyse de contenu).
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L’imposture au service de la justice : les stratégies discursives de l’agent provocateurAnnie Houle (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)
Le potentiel d’altération de l’identité que présente le cyberespace est à la source de bien des délits d’imposture, qu’ils soient mineurs, comme la prise contrôle du compte Facebook d’un ami pour faire une blague; ou majeurs, comme le leurre d’enfant par un adulte se faisant lui-même passer pour une enfant. Cependant, endosser une identité qui n’est pas nôtre sur internet peut aussi permettre de résoudre ou de prévenir certains crimes.
Nous nous sommes intéressée à l’identification des stratégies discursives utilisées par des agents provocateurs (AP) pour se faire passer pour des adolescents et, ainsi, débusquer des cyberpédoprédateurs (CPP).
Pour ce faire, nous avons fait une analyse de conversations tirées du site pervertedjustice.com et prenant part entre des AP et des CPP avérés. Les stratégies de (re)construction de l’identité linguistique créée par les AP ont été identifiées par le biais des composantes sociopragmatique et interactionnelle et ont permis de dresser les grandes lignes de la représentation que se fait l’adulte du discours adolescent.
Cette analyse s’inscrit dans une démarche doctorale plus large qui, nous l’espérons, contribuera à élaborer un cadre d’analyse pour l’identification des CPP se faisant passer pour des (pré)adolescents sur les réseaux sociaux, collaborera à l’amélioration des techniques d’hameçonnage utilisées par les AP pour attirer les CPP et concourra à l’amélioration des programmes de prévention offerts aux (pré)adolescents.
Apprentissage des langues
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Oser faire des jumelages interculturels dans une classe de langueNicole CARIGNAN, Marie-Cécile Guillot (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Le Québec accueille annuellement environ 50 000 immigrants d’origines diverses, dont la moitié est allophone (Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, 2011). Ces allophones doivent atteindre un niveau de français suffisant leur permettant de s’intégrer au marché de l’emploi ou de poursuivre des études. L’Université du Québec à Montréal offre un programme de français langue seconde. Afin de faciliter l’intégration des immigrants, d’une part, et l’élargissement des compétences interculturelles de futurs professionnels, d’autre part, sont organisées des activités (appelées « jumelage interculturels ») entre de nouveaux arrivants étudiant le français langue seconde et des étudiants des programmes d’éducation, de carriérologie, de psychologie ou de travail social. Bien au-delà du jumelage linguistique (activité plus répandue), le jumelage interculturel permet l’échange entre porteurs de culture. Comment s’inscrit cette activité dans le cadre des cours de FLS? Quelle démarche est préconisée? Depuis plus de 10 ans, il est question de la perspective actionnelle et de didactique des langues-cultures. Après avoir fait un survol du cadre conceptuel dans lequel s’inscrit le jumelage (objectifs, approche préconisée, compétences de communication interculturelle), sera présenté le déroulement d’une activité réalisée dans le cadre d’un cours de communication écrite en FLS pour terminer avec la présentation des résultats d’un sondage effectué dans ce même cours.
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Défis et conquêtes d’étudiants franco-ontariens en journalisme au service de l’enseignement et apprentissage du français langue seconde au CanadaLaura Ambrosio (Université d’Ottawa), Movassat PARVIN
L’apprentissage des habiletés réceptives d’une langue seconde est largement influencé par l’authenticité, l’intérêt, la pertinence, et l’adaptabilité de documents choisis, en ligne ou existant sur un support plus traditionnel. L’exploitation adéquate de ces outils est aussi tributaire de l’emploi privilégié ou non qu’en font les didacticiens et praticiens en enseignement, en fonction de leurs intentions de représentations socioculturelles et identitaires.
La réflexion que nous proposons sert au questionnement associé à la conceptualisation et la réalisation de matériel pédagogique, à partir d’un outil didactique et projet pilote publié en 2012. Une entente interinstitutionnelle a permis à 18 étudiants finalistes en journalisme de contribuer à l’élaboration d’un recueil d’activités destiné à l’apprentissage du français langue seconde (FLS). Les activités pédagogiques proposées servent de continuum entre la langue parlée par des francophones de la communauté et les répertoires linguistiques traditionnels utilisés dans les pratiques d’enseignement du FLS. Cette initiative est un exemple de la vitalité, de la vigueur et de la richesse des communautés francophones en situation minoritaire, tout en étant en lien avec les visées pédagogiques du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) ainsi qu’en témoigne l’accueil enthousiaste que lui ont réservé une cinquantaine d’enseignants de FLS au Canada, en France, en Belgique, au Mexique et aux États-Unis.
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Le développement de la compétence orale en espagnol et en français langue étrangère à travers l’approche neurolinguistique (ANL) en contexte universitaireAyarid Guillén, Djaouida Hamdani Kadri, Jessica Payeras (UQAM - Université du Québec à Montréal)
L'ANL a été conçue au Canada par Claude Germain et Joan Netten dans le contexte de l’influence grandissante des neurosciences dans le domaine de l’éducation. Elle repose principalement sur les recherches de Michel Paradis (2004, 2009), de Nick Ellis (2008) et de Norman Segalowitz (2010).
L’ANL s’appuie sur l’idée de développer de manière indépendante, en salle de classe, les deux composantes de toutecommunicationeffective : i) unecompétenceimplicite, ou l’habileté à utiliser spontanément, à l’oral, une L2/LE; ii) le savoir explicite, ou la conscientisation de la façon dont une langue fonctionne, les règles degrammaireet levocabulaire. Cette dimension de l’approche est basée sur les recherches de Paradis (2009) et de Nick Ellis (2008). En effet, les recherches de Paradis font une nette distinction entre le savoir explicite, ou grammaire externe, qui est le savoir conscient au sujet d’une L2/LÉ, qui relève de la mémoire déclarative, et la compétence implicite, qui relève de la mémoire procédurale.
Nous aimerions présenter ici les résultats de l’application de l’ANL dans des classes d’ELE et FLE à l’Université du Québec à Montreal en 2014 et 2015. Nous présentons un exemple d’unité pédagogique en ELE et en FLE, des analyses de productions orales, notamment au niveau de la fluidité acquise. Nous nous proposons également de discuter des difficultés rencontrées en classe et dans la préparation des unités didactiques et des stratégies mises en place pour les surmonter.
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Construction d’un test diagnostique, d’un tutoriel et d’un didacticiel en orthographe françaiseMarie-Hélène Hébert (TÉLUQ - Université du Québec), André Jacques, Martine LÉVESQUE, Pierre PARADIS
Depuis 2008, la réussite du Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFÉE) est une condition de poursuite des études dans tous les programmes de formation à l’enseignement des universités québécoises francophones. Ce test a pour but « de s’assurer de la qualité de la langue écrite utilisée par les candidats et les candidates à l’enseignement » (CÉFRANC, 2008). Chaque année, un grand nombre de futurs maîtres ne sont pas en mesure de réussir cet examen leur ouvrant les portes de la profession d’enseignant. La situation est plutôt inquiétante (Beaudoin, 2013 ; Carpentier et Leroux, 2013). C’est dans ce contexte que les fautes de français écrit de plus de 600 futurs maîtres ont été colligées dans leurs travaux. Ces erreurs ont été analysées et classées d’après les grandes catégories d'erreurs en orthographe grammaticale et d’usage. Partant de ce corpus, nous avons construit un test diagnostique et un tutoriel informatisés permettant à l'usager d’identifier ses lacunes, d’en comprendre les causes par la consultation de capsules de français et de consolider ses apprentissages par des exercices ciblés. L’objet de la communication est d’exposer le processus qui a conduit à la construction de ces outils, ainsi que leur contribution souhaitée au développement des compétences en français écrit des futurs maîtres. Une attention particulière est portée aux qualités du test diagnostique qui a été administré à ce stade à plus d’une centaine de futurs maîtres.
Phonétique, acoustique et troubles de l'apprentissage
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Description acoustique et articulatoire de l’affrication et du relâchement en français québécoisThomas GRANGER, Lucie MÉNARD, Droit Oubli (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Parmi les caractéristiques phonétiques distinctives du français québécois, l’affrication de /t d/ et le relâchement de /i y u/ sont reconnus comme étant déterminants pour la reconnaissance de l’accent québécois. Si plusieurs études descriptives ont relevé les différences acoustiques entre chacune des réalisations de ces phonèmes, aucune étude articulatoire n’a été menée jusqu’à maintenant et les connaissances actuelles ne permettent pas d’expliquer les facteurs qui influencent leurs réalisations.
Notre étude a pour but de décrire, par des mesures acoustiques et articulatoires, les différentes réalisations des sons alvéolaires dans les contextes d’application obligatoire des règles de l’affrication de /t d/ et du relâchement de /i y u/ en français québécois. Quarante locuteurs (québécois, algériens, français, haïtiens) ont été enregistrés à l’aide d’un articulographe AG500. Le corpus est constitué d’une phrase porteuse contenant un logatome d’une syllabe de type /C1V/ ou /C1VC2/ où C1=/ t d s z /, V=/i, y, e, ø/ et C2=/b/. Par accord inter-juges, un degré d’origine québécoise perçue est attribué à chaque production. L’analyse acoustique et articulatoire des productions, jumelée à l’origine perçue, permet de décrire les différentes réalisations et de dégager les stratégies articulatoires reliées à la perception de l’accent québécois. Cette étude fournit, pour la première fois, une description acoustique et articulatoire de deux marqueurs phonétiques du français québécois.
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Les effets acoustiques et articulatoires de la forme juvénile de la dystrophie myotonique de type 1 (DM1) sur les voyelles et les consonnes du françaisMarie Bellavance-Courtemanche (UQAM - Université du Québec à Montréal), Thomas GRANGER, Lucie MÉNARD, Lucile RAPIN, Paméla TRUDEAU-FISETTE, Christine TURGEON
La production de la parole requiert la participation de plusieurs muscles, qu’ils soient impliqués dans les déplacements de la langue ou encore qu’ils permettent de projeter ou d’étirer les lèvres. Or une maladie comme la DM1 entraîne une faiblesse musculaire ainsi qu’une difficulté à relâcher les muscles après contraction. Quels sont les effets de cette condition sur la production de phonèmes? Notre objectif est d’étudier les effets acoustiques et articulatoires de ce déficit sur la production de parole en français.
Trois jeunes atteintes de DM1 ainsi que trois contrôles appariées en âge ont participé à une tâche de production lors de laquelle elles devaient prononcer, en condition neutre, rapide et hyperarticulée, des syllabes ouvertes intégrées à une phrase porteuse. Les productions étaient captées à l’aide d’un système synchrone alliant microphone, optotrak et échographe afin d’enregistrer les mouvements des articulateurs visibles et non visibles.
Les valeurs formantiques des voyelles, ainsi que les mesures de courbure et d’asymétrie de la langue, de même que de projection et d’étirement des lèvres, ont été étudiées. L’analyse préliminaire révèle que les trapèzes acoustiques des sujets DM1 sont moins contrastés que ceux des contrôles, et que les sujets DM1 n’utilisent pas les articulateurs d’une manière aussi optimale que les contrôles. Finalement, les DM1 montrent moins de différentiation acoustique et articulatoire entre chacune des conditions que leurs pairs contrôles.
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Étude des corrélats acoustiques de l’accent d’emphase contrastive chez des enfants atteints d’un trouble du spectre autistiqueMarie BELLAVANCE-COURTEMANCHE, Lucie MÉNARD, Lucile Rapin (UQAM - Université du Québec à Montréal), Paméla TRUDEAU-FISETTE
L’accent d’emphase contrastive permet d’exprimer les états affectif et intentionnel du locuteur en intensifiant la prépondérance d’un constituent linguistique. Les enfants atteints de trouble du spectre autistique (TSA) montrent des difficultés de production de ce marqueur, ce qui diminue leur communication avec autrui.
Cette étude a pour but d’identifier les corrélats acoustiques de l’accentuation chez des enfants atteints de TSA et chez des enfants à développement typique (TYP).
Neuf enfants TSA et huit enfants TYP ont participé à l’étude. Les enfants devaient produire des phrases simples de type « c’est une chaise» en condition normale et en condition accentuée. 96 productions comprenant les voyelles /i y u a/ ont été enregistrées à l’aide d’un système de suivi des mouvements labiaux et linguaux, synchrone avec le signal acoustique. Pour cette présentation, les valeurs de fréquence fondamentale, d’intensité et de durée des voyelles seront présentées.
Les résultats préliminaires montrent qu’en condition accentuée, l’intensité et la durée des voyelles augmentent. De plus, les TYP amplifiaient ces caractéristiques entre les deux conditions, contrairement aux participants TSA.
Ces résultats suggèrent que l’intensité et la durée sont des corrélats acoustiques pertinents pour l’étude de l’accentuation contrastive d’une part, et que les TSA ont tendance à moins utiliser ces marqueurs d’autre part. Une discussion approfondie suivra après l’analyse de la cohorte entière.
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Compensations à la perturbation de la rétroaction auditive : une étude comparative entre locuteurs voyants et non voyantsMarie Bellavance-Courtemanche, Thomas GRANGER, Lucie MÉNARD, Lucile RAPIN, Christine TURGEON, Paméla Trudeau-Fisette (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Il est établi que la production de la parole est étroitement reliée à la perception audio-visuelle de celle-ci. Chez des aveugles congénitaux, la privation visuelle entraîne une réduction des mouvements labiaux lors de la production de voyelles. En guise de compensation, ces personnes accordent-elles plus d’importance à la perception auditive que leurs pairs voyants? L’objectif de l’étude est d’évaluer, via le paradigme de perturbation sensorielle, le poids de la vision dans la production vocalique.
Des enregistrements acoustiques et articulatoires (EMA) de 10 voyants et de 10 aveugles congénitaux ont été effectués. Des répétitions de la voyelle /ø/ en condition normale ont d’abord été produites. Ensuite, en condition perturbée, une version altérée de leur propre parole leur était transmise via un casque d’écoute, en temps réel. La production entendue différait donc de celle produite. Ainsi, pour compenser, le sujet devait adapter sa prononciation. L’adaptation sera d'autant plus grande que le poids de la perception auditive est important pour lui.
Les résultats préliminaires montrent que les sujets aveugles accordent un poids plus important à la rétroaction auditive que leurs pairs voyants en compensant différemment à la perturbation provoquée. Cette étude permet d’observer le rôle de la vision sur la perception et la production de la parole et de confirmer l’hypothèse selon laquelle la vision occupe une place majeure dans l'implémentation phonétique des cibles phonologiques.
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L’épellation digitale dans le discours interprété en LSQ : description de phénomènes phonologiquesJean-Michel Frenette (UQAM - Université du Québec à Montréal), Edith Savard
Dans les langues des signes, les locuteurs peuvent produire des mots empruntés aux langues orales par épellation digitale lorsque le signe correspondant est inconnu ou inexistant. Le rapport à l’épellation, documenté pour la LSQ, est différent d’une langue à une autre, et distingue deux types d’épellation, soit lexicale ou compensatoire (Dubuisson et al., 1999 ; Battison, 1978). Ce dernier type, contextuel, se trouve plus particulièrement dans le discours interprété où l’accès lexical est plus difficile. La présente étude propose une analyse de 146 mots épelés par des interprètes experts (n=7) et débutants (n=4) issus de deux types de contexte discursif (un récit d’expérience personnelle et une discussion scientifique). Plus précisément, nous analysons la distance phonologique (élision, assimilation et remplacement) entre la forme canonique et la forme produite. Nous montrerons que les variables « type de discours » et « degré d’expertise » ont une incidence sur la distribution statistique et la forme des épellations décrites.
Session d'affiches
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Annotation des erreurs dans un corpus en langue arabeWajdi Zaghouani (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Nous présentons le projet QALB (Qatar Arabic Language Bank) qui porte sur la création d’un corpus en langue arabe de 2 millions de mots annotés manuellement avec les erreurs et leurs corrections (orthographe, syntaxe, grammaire, ponctuation et l’usage des dialectes). Le deuxième volet de ce projet porte sur la création d’un système de correction automatique des erreurs pour la langue arabe.
Afin de couvrir une plus grande variété de textes, le corpus couvre trois sources : commentaires sur des articles en ligne par des lecteurs du site Aljazeera.net, des travaux d’étudiants natifs arabophones, des travaux d’apprenants de l’arabe ainsi qu’un ensemble de textes de Wikipédia traduits automatiquement de l’anglais vers l’arabe.
L’annotation manuelle d’un corpus de 2 millions de mots présente plusieurs défis. Tout d'abord, nous avons rédigé un manuel d’annotation d’une centaine de pages afin de guider l’équipe d’annotateurs dans leur tâche et pour les aider à produire une annotation consistante. Ensuite, plusieurs séances de formation ont été nécessaires pour former l’équipe d’annotateurs.Afin de s’assurer de la qualité de l’annotation durant ce projet, des mesures d’accords inter-annotateurs sont prises régulièrement d’une manière aléatoire. L’accord moyen inter-annotateurs est de l’ordre de 95%, ce qui prouve que les guides d’annotation ont été bien appliqués par les annotateurs durant ce projet.
Lexicologie, syntaxe et variations linguistiques
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Mouvement syntaxique du verbe : les impératives en françaisCatherine Fleurent (UdeM - Université de Montréal)
Cette communication fait état de différences syntaxiques entre les impératives et les interrogatives avec inversion concernant la position du verbe, des clitiques et de la particule ne. Je propose que ces deux constructions diffèrent 1) quant à l'élément déplacé et 2) quant au point d'arrivée du mouvement.
En impérative, le verbe précède les clitiques (Fais-le!; *Le fais!). Rooryck (1992) et Zeijlstra (2006) ont proposé que le verbe impératif monte à C (une projection plus haute que T), une analyse similaire au mouvement à C en interrogative (Rizzi 1991). De fait, les deux constructions sont exclues en enchâssée (*Je veux que fais-le; *Je me demande si viendras-tu.). Toutefois, cette analyse n'explique pas le fait que le verbe précède les clitiques en impérative (*Le fais!), mais les suit en interrogative (*Fais-le tu?):
Depuis Rizzi (1997, 2001), on admet que le noeud C est scindé en différentes projections, soit FORCE (TOP*) INT (TOP*) FOC (TOP*) FIN TP. Je propose qu'en interrogative, la tête T (contenant verbe et clitiques) est déplacée sous INT, alors que le verbe impératif se déplace seul sous ForceIMP (Koopman 2007). Cette analyse rend compte des contrastes observés en contexte de négation. La négation bloque le mouvement du verbe dans les impératives (Ne le fais pas! *Fais ne le pas!; v. Rivero et Terzi 1995), mais non le mouvement de T (Ne le fais-tu pas?). En français québécois (Zeijlstra 2006), le mouvement du verbe résulte de l'absence de ne (Fais-le pas!).
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Variétés linguistiques dans les films doublés au Québec : surprise dans le mode d’emploiLuc Ostiguy (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières), Kristin Reinke (Université Laval), Caroline ÉMOND
Le doublage est une pratique culturelle commentée avec beaucoup d’émotions par les cinéphiles. Pour un grand nombre de films, le Québec offre son propre doublage. En effet, les Québécois disent vouloir se reconnaître dans la langue des films doublés et beaucoup critiquent les doublages réalisés en France. On serait donc porté à croire que le doublage est effectué dans tous les registres du français québécois afin de tenir compte de ceux qui sont présents dans la version originale. L'Union des Artistes (UDA) considère cependant qu’il doit être fait dans un français dit « international » ce qui, selon plusieurs, donne lieu à un français artificiel.
L’objectif de notre communication est de dégager les principales différences linguistiques entre la version québécoise Grossesse surprise et la version française En cloque. Mode d’emploi du film américain Knocked-up et d’identifier ce qui caractérise la langue du doublage québécois. Nous présentons une analyse prosodique qui permet d’approfondir une étude précédente qui portait sur les stratégies de traduction dans la version québécoise et la version française. Les résultats permettent de jeter un nouvel éclairage sur le mélange de variétés observées dans le doublage québécois. En effet, ce qui permet l’identification du doublage comme étant québécois est attribuable surtout à certains éléments lexicaux et prosodiques qui ont préséance sur les éléments liés à la prononciation et à la morphosyntaxe.
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Approches de quelques stratégies d’écriture électronique des jeunes en FranceFabien Lienard (Université du Havre)
Des travaux en psycholinguistique et en didactique (Hayes et Flower, 1980 ; Fayol et Schneuwly, 1987) attestent que le sujet engagé dans un processus d’écriture se trouve automatiquement en situation de surcharge cognitive. Cela s’explique en partie par la complexité du processus en question organisé autour de trois modules : les modules de planification, de mise en texte et de révision. Ce dernier module paraît être celui que les scripteurs, dans certaines situations d’écriture électronique (soumise à contraintes fortes), sont susceptibles de « négliger » (Bernicot et Volckaert, 2014).
Nous tenterons, dans cette présentation, de produire un état des lieux des usages des Technologies de l’Information et de la Communication en France en nous concentrant sur les usages développés par les jeunes et leurs pratiques scripturales sous-jacentes. Cet état des lieux et les analyses qui en découleront nous permettront de mieux appréhender les stratégies communicationnelles et les stratégies d’écriture. Celles-ci nous amèneront sans doute à discuter de la norme et de la variation linguistique/orthographique en nous interrogeant de nouveau sur l’intérêt d’une approche sociopragmatique (Liénard, 2013) pour étudier les littératies numériques… et pour continuer de travailler à une matrice de l’écriture électronique