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Informations générales

Événement : 82e congrès de l'Acfas

Type : Colloque

Section : Section 600 - Colloques multisectoriels

Description :

Entre-deux, lien, transmission, mise en partage – la médiation culturelle se présente comme une philosophie d’action cherchant à renouveler les relations entre art, culture et société. Mise sur pied par le Groupe de recherche sur la médiation culturelle, en partenariat avec le Centre interuniversitaire d’études sur les arts, les lettres et les traditions (CELAT), la Ville de Montréal et Culture pour tous, ce colloque interdisciplinaire propose de questionner les enjeux théoriques et pratiques de la médiation culturelle à partir de la notion de territoire.

Territoires géographiques. Dans les années 1970, les paradigmes du développement culturel et de l’aménagement du territoire ont propulsé la conception de la culture comme levier de développement territorial. Qu’en est-il aujourd’hui ? La médiation culturelle a-t-elle un rôle à jouer dans le développement culturel aux échelles locales, nationales et internationales ? S’articule-t-elle aux nouveaux paradigmes de l’Agenda 21 de la culture et des droits culturels promus par l’UNESCO ?

Territoires professionnels. Les zones d’intervention et les registres de pratiques de la médiation culturelle se superposent fréquemment avec ceux de l’animation socioculturelle, de l’éducation et des arts interdisciplinaires. L’ambition de transcender les frontières peut être perçue comme une innovation de la médiation culturelle ou comme un empiètement malvenu. Quels sont les points de contact, les interfaces et les frontières entre les territoires de la médiation culturelle et ceux des autres pratiques professionnelles?

Territoires critiques. La notion de territoire suscite une interrogation sur les limites théoriques de la médiation culturelle. Conceptualisation inachevée, simple levier de promotion de la fréquentation, instrumentalisation de l’art au service d’une « réparation » du social, outil d’intégration dans le moule culturel dominant, faible prise en compte des enjeux de l’éducation populaire, déconflictualisation des rapports sociaux – les angles d’attaque sont multiples. Quelles sont les utopies et idéologies qui sous-tendent la médiation culturelle et ses critiques? Ces limites peuvent-elles être dépassées pour repenser le lien entre culture, art et politique?

Ce colloque vise, d’une part à faire le point sur les expériences les plus innovantes de médiation culturelle, et d’autre part, à cerner les enjeux qu’elles suscitent. Il se tiendra les 14 et 15 mai 2014 à l’Acfas et sera précédé d’une journée d’échanges et de partage avec le milieu culturel et artistique québécois le 13 mai à la Société des arts technologiques (SAT) à Montréal.

Dates :
Responsables :

Programme

Communications orales

Accueil et mot de bienvenue


Communications orales

Territoires professionnels

Présidence : Louise Julien (UQAM - Université du Québec à Montréal)
  • La médiation culturelle face aux nouveaux paradigmes du développement culturel
    Marie-Christine Bordeaux (Université Stendhal Grenoble 3)

    Le développement relativement récent de la médiation culturelle dans sa triple dimension (pratique professionnelle, intensification de la circulation des représentations culturelles, élaboration conceptuelle) semble aujourd'hui confronté sinon à des limites, du moins à des défis majeurs. Vingt ans après l'ouvrage fondateur d'Elisabeth Caillet, À l'approche du musée. La médiation culturelle, quinze ans après l'appropriation de cette notion au Québec, il semble que le statut de la médiation stagne, aussi bien dans la société, dans les structures culturelles que dans la recherche. Assistons-nous à un essoufflement caractéristique des notions qui correspondent à des périodes relativement datées dans l'évolution de la société et dans la manière dont celle-ci nomme ses enjeux ? La médiation, en tant que pratique professionnelle, a-t-elle tenu son pari de repenser les missions et les modes de faire dans les institutions culturelles ? La recherche académique a-t-elle dépassé le stade d'une théorie de la pratique et d'un accompagnement réflexif des questionnements des acteurs et a-t-elle permis d'élaborer des modèles qui renouvellent l'analyse des phénomènes culturels ? Ces questions, qui sous-tendent les interrogations régulièrement posées au sujet de la médiation, restent d'actualité, mais sont aujourd'hui dépassées par un double mouvement : l'institutionnalisation de la médiation et les nouvelles façons de questionner la pertinence des politiques culturelles.

  • Des objets et des idées : exposition, interprétation et médiation en contexte muséal
    Raymond Montpetit (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    La collection d'objets occupe au musée une place centrale : longtemps la collection s'est déployée pour occuper tout l'espace d'exposition. Avec la séparation de l'espace muséal en espace réserve et espace d'exposition, l'exposition acquiert déjà une certaine autonomie : une sélection opère un tri en fonction d'un propos et de ses objectifs, et la muséographie assume un ancrage des choses montrées dans l'espace et dans le discours. Pour s'adresser à tous, l'espace expositionnel a recours à une variété de dispositifs dans une approche interprétative qui veut rejoindre chacun. L'interprétation, courant venu des États-Unis, s'est répandue au Québec dans les sites historiques et naturels et, par la suite, dans les musées.

    La conférence retrace ce mouvement qui conduit de l'exposition à l'interprétation et à la médiation, mouvement qui transforme l'exposition afin de prendre de plus en plus en compte les besoins des visiteurs, leur apport à la production de signification et leur appropriation personnelle.

  • Pause

Communications orales

Atelier 1 : pratiques muséales

Présidence : Louise Julien (UQAM - Université du Québec à Montréal)
  • Médiation culturelle au musée : essai de théorisation d'un champ d'intervention professionnelle en pleine émergence
    Maryse Paquin (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

    La médiation culturelle s'impose actuellement dans la société en visant à rapprocher les citoyens de l'art et de la culture. Le musée n'échappe pas à ce mouvement de démocratisation et de démocratie qui souffle depuis quelques décennies sur les institutions culturelles. Tant et si bien que l'organisme international ICOM définissait, dès 1994, la profession de médiateur culturel, dans « Les professions du musée ». Plus d'une décennie plus tard, l'organisme révise ses profils de formation et propose une nouvelle définition de la profession de « médiateur muséal » (ICOM, 2008). Parallèlement, les services d'éducation des musées québécois intègrent de plus en plus la médiation culturelle à leur registre de pratiques et les universités québécoises offrent dorénavant des programmes de formation allant de pair avec les exigences de professionnalisation du domaine. Mais qu'est-ce que la médiation muséale? En quoi se distingue-t-elle de la médiation culturelle? Quels en sont les fondements théoriques et conceptuels? Autant de questions auxquelles s'intéresse la présente communication, formulée en termes d'essai de théorisation. Cet essai s'avère crucial dans la mesure où le fait de mieux connaître et comprendre les fondements du domaine constitue la première étape vers la professionnalisation du « médiateur muséal », profession en pleine émergence, tant au Québec qu'ailleurs dans le monde.

  • Le musée et l'entrelacement de territoires : perception et représentations des visiteurs-enfants en visite dans les musées de sciences, dans le cadre des loisirs
    Thérèse Martin (Université Bordeaux Montaigne)

    C'est à l'échelle de l'exposition que nous saisissons la notion de territoire d'action de la médiation culturelle, selon A. Frémont (1976), à l'origine du concept d'espace vécu en géographie. Le musée dont la mission est principalement de communiquer et d'exposer les collections offre ainsi un accès à des territoires propres à la connaissance et au plaisir du public (procurés par le jeu ou la sensibilité esthétique).

    Dans le cadre des loisirs, comment les enfants abordent-ils ces territoires et composent avec ceux-ci, voire les articulent pour donner du sens à ce qu'ils perçoivent et vivent au cours de la visite ? La médiation culturelle est étudiée à travers les expériences de visite des enfants (de 7 à 11 ans), à travers ce qui se joue dans cet entre-deux, par l'intermédiaire des interactions des enfants avec les différents territoires, rendues visibles par les relations avec les objets, le lieu et l'institution et les interactions entre visiteurs. L'invention d'un dispositif méthodologique communicationnel a permis de mettre en évidence les modes d'appropriation de ces territoires. L'expérimentation a lieu dans deux expositions de sciences dont la médiation est sensible.

    À titre d'exemple, le territoire de la connaissance peut être délimité par le titre de l'exposition, son propos à travers la mise en scène, les notions abordées (en lien avec l'approche conceptuelle de l'exposition), et le territoire de l'esthétique par les qualités scénographiques de l'exposition.

  • Dîner

Communications orales

Atelier 2 : médiations numériques

Présidence : Marie Lavorel (UQAM - Université du Québec à Montréal)
  • Quand la médiation culturelle rejoint les médiations numérique et documentaire : quelles conséquences pour les professionnels des musées?
    Eva Sandri (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Les activités de la médiation culturelle tendent actuellement à investir les milieux numérique et documentaire. Comment cela se traduit-il du point de vue des professionnels des musées ?

    En s'intéressant à l'axe des territoires professionnels de la médiation, nous observons l'extension de la fonction de médiation à l'œuvre dans les musées qui intègrent une médiation numérique telles que les tablettes tactiles et les bases de données documentaires. L'observation de la réalisation de ces dispositifs permet de donner un aperçu des points de contact entre des secteurs professionnels différents : le service de la documentation, de la médiation, du multimédia et de la recherche. D'autres services du musée que celui des publics semblent alors dépositaires d'une fonction de médiation.

    Appréhendé à partir de l'anthropologie de projet, notre terrain d'étude est le Museon Arlaten, un musée d'ethnographie en rénovation, situé à Arles dans le sud de la France. Par une observation ethnographique visant à suivre de près la rénovation du musée, nous cherchons à comprendre la reconfiguration des pratiques professionnelles lorsque le service des publics s'ouvre aux compétences de la culture numérique.

    Il ressort de nos observations une reconfiguration du métier de médiateur culturel caractérisé par une nécessité de polyvalence, une présence dans tous les espaces du musée (physique et numérique, intra et extra-muros) ainsi qu'une collaboration accrue avec des services professionnels connexes.

  • Existe-t-il de nouveaux territoires pour la médiation culturelle ? Le Web et son impact sur l'ancrage territorial de pratiques participatives en contexte muséal
    Florence Andreacola (Université d'Avignon et des pays de Vaucluse)

    La muséographie participative, qui accompagne le développement de la « nouvelle muséologie » place au centre du projet muséal les publics de son territoire. Ces pratiques participatives rencontrent, depuis peu et avec le déploiement grandissant du Web, de nouveaux médias susceptibles de modifier, d'ajouter, de transfigurer ou de transformer ces pratiques de médiation qui jusqu'alors reposent sur un lien noué entre les habitants d'un territoire et leur musée. L'objet de cette communication est d'interroger la façon dont le nouveau territoire de la participation muséale se met en ligne ? S'agit-il de médiation numérique et si oui quels sont les potentiels, les enjeux et les verrous ? Pour tenter de répondre à cette question, nous nous baserons sur l'analyse d'observations participantes, d'observations directes en salle d'exposition et par des analyses des traces des pratiques des internautes qui activent les liens des musées. Inscrite dans une approche interdisciplinaire entre les sciences informatiques et les sciences de l'information et de la communication, cette recherche se base sur les données récoltées dans un musée de société français qui pratique la muséographie participative ainsi que par l'analyse des logs du site web du même musée.

  • « Les murs ont des voix » : parcourir l'histoire en morceaux d'un quartier populaire en transformation
    Emilie Da Lage (Université Lille)

    Il s'agira d'explorer les enjeux théoriques et politiques du développement des applications pour téléphone mobile de scénarisation de parcours urbains à partir d'une étude de cas : l'application« les murs ont des voix ».Ce dispositif propose une expérience littéraire et artistique par la géolocalisation d'extraits d'un texte littéraire écrit dans et à partir du quartier et de son histoire industrielle. Il est en même temps un dispositif de médiation culturelle d'un quartier populaire en cours de transformation urbaine.

    Nous centrerons notre communication sur l'analyse de la triple médiation, socio technique, poétique et sensible du territoire opérée par l'application (Kpodéhoum : 2010), ainsi que sur les médiations de l'œuvre littéraire elle-même.

    Dans cette perspective, nous considérons la visite comme une expérience, qui prend forme dans des univers de pratiques au sein desquels elle s'inscrit et qu'elle participe à transformer (Quéré : 1992). L'expérience est à la fois celle de la marche et de la flânerie, d'une œuvre littéraire et musicale, et une expérience de visite qui ouvre sur une appropriation sensible de l'histoire du quartier et de ses transformations. Nous tenterons de comprendre en quoi ce quartier populaire est à la fois resignifié et requalifié, mais aussi « mis à l'épreuve de la visite » (Stavo Debauge : 2003) dans l'expérience esthétique vécue.


Communications orales

Atelier 3 : ancrages territoriaux

  • Une ethnographie documentaire : comment avoir 20 ans en 2011 avec et sous le regard de l'artiste Wajdi Mouawad
    Chloé Colpé (UCL Mons)

    Dans le cadre de Mons 2015, année européenne de la culture, Wajdi Mouawad, artiste associé mettra en scène les 7 pièces de Sophocle. En parallèle, l'artiste a proposé à 50 adolescents originaires de Belgique (Namur et Mons), de France (Nantes et l'Ile de la Réunion) et de Montréal de l'accompagner de 2011 à 2015 autour d'un projet inédit posant les questions de la transmission et de l'émancipation : « comment apprendre à penser par soi-même ». Ces adolescents ont été sélectionnés pour leur curiosité, leur personnalité et leur engagement. Chaque été est ponctué par un voyage autour d'un thème correspondant à la ville de destination : apprendre à parler à Athènes (2011), à écrire à Lyon (2012), à compter à Auschwitz (2013), à parler à Dakar (2014), à penser (2015).

    Depuis 2011, une ethnographie documentaire étudie le groupe des 20 Belges afin de comprendre comment ce dispositif de médiation culturelle interroge les raisons d'être au monde, de construire son identité et formuler ses choix, de vivre et de rêver sa vie pour ces jeunes confrontés à la découverte et la rencontre. Cette « épreuve à soi-même », est analysée à travers l'observation et les entretiens individuels conduits deux fois par an. Un rendu universitaire intermédiaire prendra la forme d'une exposition en 2015. Cette restitution muséographiée sera vulgarisée à travers différents médiums : vidéo, photographie, objet, récit. L'exposition sera co-construite avec les acteurs du projet.

  • Paysages filmés par des adolescents en milieu rural et développement culturel territorial
    Anne Ardouin (UdeM - Université de Montréal)

    La communication développe, en filigrane, un des aspects du « développement culturel et de l'aménagement du territoire » et propose une lecture de ce que pourrait être la « conception de la culture » comme levier de développement territorial par l'inclusion du paysage. Le concept de médiation culturelle est ainsi jaugé par la considération de balises géographiques qui seraient éventuellement actualisées en contexte de réalisation artistique en milieu communautaire et éducatif, notamment. Ces notions ont été présentes au fil d'une recherche doctorale conduite en Montérégie et au Bas-Saint-Laurent, pour laquelle des élèves du secondaire ont été invités à explorer, caméra en main, les paysages de leur quotidien. L'activité leur aura permis de s'exprimer sur les liens qu'ils entretenaient avec leur milieu. Cela aura ainsi contribué à mettre à jour les caractéristiques géographiques, historiques et sociales auxquelles les adolescents sont sensibles. Les résultats révèlent plusieurs dimensions de lien à l'espace social et naturel par ces jeunes, tout en cherchant à définir cette interface qu'est le paysage pour ceux-ci. Ce faisant, la prise en compte des caractères physiques de l'espace permettrait la réalisation de projets culturels se développant sur la base d'un attribut paysager, lequel serait porteur d'imaginaires, mais aussi, probablement, d'éléments facilitant l'ancrage au territoire en contexte rural et autochtone, par exemple.

  • « La carte et le territoire » : la « place » de la médiation culturelle dans la vallée du Haut Saint-Laurent – enjeux d'une cartographie
    Martin Lussier (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Au cours de la dernière année, nous avons mené une recherche partenariale visant la production d'un portrait régional des pratiques de la médiation culturelle telle que vécue par ceux qui la font dans la Vallée-du-Haut-St-Laurent (VHSL), une région située à l'ouest de Montréal. Partant d'une volonté de comprendre et documenter les pratiques propres à ce territoire, cette recherche fait l'hypothèse qu'elles sont affectées par l'idée même de médiation, les attentes de décideurs et les débats qui l'entourent, ainsi que les discours qui la constituent. Centrée sur des entretiens avec les acteurs impliqués, la démarche méthodologique mise de l'avant dans cette recherche propose également aux participants de dessiner une carte de la médiation culturelle dans la VHSL. Le choix de cette technique repose sur la volonté de permettre aux participants eux-mêmes de cartographier leurs pratiques, ainsi que d'offrir une représentation visuelle de la médiation et de son rapport à la région. Cette communication propose de s'attarder aux enjeux méthodologiques d'une telle démarche. Prenant appui sur les cartes dessinées par les participants et de l'observation de leur production même, nous y suggérons que la carte est autant biographique et métaphorique que géographique et permet de comprendre la place singulière de la médiation culturelle dans la VHSL, entendue comme la rencontre d'une multiplicité de trajectoires, de relations sociales de coprésence, d'expériences et de significations.

  • Pause

Communications orales

Atelier 4 : l'artiste-médiateur

  • L'art de la médiation culturelle dans des contextes d'inventaire et de transmission de patrimoines culturels communautaires
    Olivier Bergeron-Martel (La Boîte Rouge vif), Carl Morasse (La Boîte rouge vif)

    Au sein du projet de recherche DCM et de La Boîte Rouge vif, nous sommes d'abord artistes, et trouvons une réelle satisfaction de création à exercer nos fonctions de médiateurs culturels. Pour nous, la distinction entre artiste et médiateur culturel n'existe pas : nous considérons la médiation comme une discipline artistique qui exige un nouvel élargissement de la définition de l'art.

    D'emblée, nous ne nous situons pas dans la médiation de l'art. Un peu plus près de la médiation par l'art, nous considérons surtout être dans l'art de la médiation. La formation en art nous a permis de développer un sens de la créativité, qui est une des expertises de l'artiste. Notre créativité est ici mise à profit comme habileté à trouver des solutions à des problèmes souvent d'ordre méthodologique pour l'atteinte de nos objectifs de médiation/transmission. L'artiste médiateur utilise la concertation, les dynamiques relationnelles et tous les moyens de transmission à sa disposition comme médiums et outils; ceci afin de favoriser la valorisation et l'expression de l'Autre, en vue de sa transmission. Intégrant une multitude de personnes dans ce processus créatif, cela implique le développement rapide de liens de confiance et l'application d'approches méthodologiques spécifiques. L'artiste médiateur trouve sa satisfaction dans ce travail de facilitateur en acceptant d'être « l'entre-deux, le lien, la courroie de transmission ». Son œuvre réside dans ce partage; la création, c'est la relation.

  • La présence de l'artiste et de son processus de création au sein de la médiation culturelle dans le cadre d'un projet réalisé dans un organisme de réinsertion socioprofessionnelle
    Stéphanie Verriest (Université Laval)

    Voici une recherche ciblée sur la présence et l'écoute en lien avec les concepts d'expérience et de perception au sein des pratiques exploratoires de la rencontre. Rencontre entre les participants dans le cadre d'une démarche de création; rencontre entre l'artiste et le public participatif qui devient lui-même créateur; rencontre entre l'art, l'éducation et l'intégration socioprofessionnelle; rencontre avec les nouvelles technologies. L'artiste s'infiltre dans un groupe inscrit dans une démarche de réinsertion socioprofessionnelle. Il observe et fait connaissance avec les participants et le programme de l'organisme. Il réfléchit sur sa démarche artistique, sur les objectifs du programme de l'organisme hôte et sur les motivations de chacun des membres du groupe. Il propose ensuite un projet de création qui s'intègre dans la démarche de réinsertion des participants et qui est en lien avec son propre travail de création. «Mouvances sonores» a été réalisé au Carrefour Jeunesse Emploi de Mont-Saint-Hilaire. C'est un projet d'expérimentation de la présence par la création sonore collective à partir des sons du corps (respirations, battements de cœur, percussions corporelles et chant) transformés à l'aide de capteurs de mouvement. Ce projet intègre la présentation du travail d'artistes en art sonore, de la production et de la transformation de sons, de la prise de vue photo et vidéo et du dessin au monotype.

  • L'œuvre relationnelle, au croisement de l'art et de la médiation : le cas de Rirkrit Tiravanija
    Isabelle Isabelle Riendeau (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Depuis les années 1990, on constate une présence accrue d'œuvres qui s'appuient sur les relations humaines et qui intègrent le visiteur dans processus créateur (Bourriaud). Ces œuvres processuelles, qui délaissent l'objet au profit d'une relation avec le visiteur (Bishop, Kester), partagent des enjeux avec la médiation culturelle, à tel point que les frontières entre ces disciplines se font ténues, voire poreuses.

    Certains théoriciens l'ont constaté ; d'autres l'ont critiqué (Lamoureux, Veillette, Trémeau, Bishop). Si des artistes s'opposent à ce maillage, d'autres explorent ces liens entre l'art et la médiation dans leurs œuvres. Les pratiques relationnelles permettraient-elles de poursuivre la réflexion sur l'art contemporain et la médiation, voire de transformer ces disciplines autrefois considérées comme inconciliables ?

    En faisant de la rencontre un enjeu majeur, l'œuvre relationnelle bouleverserait le rôle de l'artiste, du visiteur et du médiateur, de même que les stratégies de médiation au musée. Ces croisements disciplinaires et le recours à la médiation par des artistes nous permettraient-ils de repenser la diffusion et la réception des œuvres et d'envisager autrement la médiation muséale (Bal, Pfenninger, Ceva) ?

    Cette communication nous permettra de répondre à ces questions et de développer cette hypothèse en regard d'une exposition rétrospective de Rirkrit Tiravanija qui met habilement à profit cette relation entre l'art et la médiation.

  • La médiation culturelle comme outil de création artistique : professionnalisation du médiateur ou nouvelles pratiques artistiques ? Présentation de travaux actuels
    Marc Pronovost (B21)

    L'art est un moyen de communication. L'art pour l'art, classique et contemporain, a une valeur marchande fluctuante sur les marchés qui permet aux artistes de vivre de leur production. L'art créé en co-création ou dans des processus de médiation culturelle au Québec et ailleurs trouve difficilement sa place sur le marché de l'art professionnel. Cette proposition de communication s'intéresse à la production artistique d'artistes professionnels et reconnus travaillant avec des processus de revendication sociale, économique ou politique et intégrant des œuvres faites dans le cadre de la médiation culturelle à leur catalogue de réalisations. Nous retrouvons dans leur travail des recherches fines sur les structures sociales influençant l'approche, le processus ou les résultats. Pour certains, leurs œuvres ne devraient pas nécessairement se qualifier de médiation culturelle puisque le rendu artistique n'est pas toujours accessible au grand public et peut s'adresser aux connaisseurs ou à une certaine élite académique – parfois il est « trop populaire » puisqu'il intègre des campagnes de sensibilisation à grand déploiement. L'art sert alors à la fois à représenter et à répertorier, mais l'art rend toujours compte d'une certaine réalité. Leur art sert parfois des causes sociales, parfois des recherches académiques. Nous explorerons le travail d'artistes reconnaissant la touche de médiation culturelle qu'ils ajoutent à leur travail créatif.

  • Pause

Communications orales

Atelier 5 : culture et inclusion sociale

  • Micro et macro médiations culturelles pour la création de nouveaux orchestres symphoniques inspirés de l'El Sistema vénézuélien
    Alix Didier Sarrouy (Université Sorbonne-Nouvelle (Paris 3))

    C'est à partir de l'étude de programmes inspirés d'El Sistema – projet socioculturel créant depuis 39 ans des orchestres symphoniques dans des territoires défavorisés socio-économiquement au Venezuela –, que nous développerons une analyse sur deux niveaux de médiation culturelle : micro (entre des personnes) ; macro (entre des institutions).

    Les publics cibles de mon analyse sont les populations qui intègrent ces orchestres à Lisbonne (PT), à Salvador de Bahia (BR) et à Caracas (VZ). L'orchestre symphonique en milieu socio-économique défavorisé est un terrain d'étude privilégié au niveau des relations humaines. C'est une mini société réunissant différents sexes, âges, cultures, religions et niveaux sociaux. On peut y déconstruire les processus de médiation culturelle.

    « Médiation », signifiant l'ensemble des mécanismes implicites et explicites entrepris pour réaliser des actions qui aboutissent à des résultats jugés éloignés de certains publics, de certaines populations, ou de certaines institutions. « Culturelle », employée dans son sens anthropologique, le plus inclusif, afin de prendre en compte les traits particuliers des groupes sociaux, tout en mettant en évidence ceux qui leur sont transversaux.

    La sociologie et la philosophie pragmatistes serviront de base théorico-analytique, elles seront complétées par les sociologies de l'art, de la culture et de l'immigration. Nous analyserons la complexité des médiations dans/entre les trois territoires.

  • Enjeux et défis de la médiation culturelle sur les territoires de l'intervention sociale : l'expérience de Cultures du cœur en Estrie
    Kheira Belhadj-Ziane (UQO - Université du Québec en Outaouais)

    En Estrie, depuis 2009, divers organismes sociaux institutionnels et communautaires expérimentent une pratique d'intervention sociale novatrice en partenariat avec des structures culturelles de la région, fédérées autour d'un projet de médiation culturelle porté par l'association Cultures du cœur. Inspiré de son homologue français, ce projet vise à lutter contre l'exclusion sociale en favorisant l'accès à la culture des citoyens les plus démunis. Pour ce faire, l'association sollicite des responsables d'institutions culturelles de manière à ce qu'ils lui offrent des billets de sorties culturelles qu'elle met ensuite à disposition des organismes sociaux partenaires du projet. Des intervenants sociaux de ces organismes proposent alors ces sorties à leurs usagers dans le cadre d'une intervention sociale fondée sur une pratique de médiation culturelle. Quels enjeux et défis suppose l'intégration de la médiation culturelle dans le champ des pratiques de l'intervention sociale, compte tenu notamment de la diversité des contextes dans lesquels elle est mise en œuvre? Quelles sont les retombées de cette forme d'intervention sur la vie sociale de ses usagers? Nous tenterons d'apporter des éléments de réflexions à travers la présentation des principaux résultats préliminaires d'une recherche évaluative inspirée de l'approche réaliste (Pawson et Tilley, 1997), examinant le projet Cultures du cœur tel qu'il se déploie sur les différents territoires d'intervention sociale en Estrie.

  • Entre les territoires de l'art et du social : l'illustration d'une pratique de médiation culturelle à l'École nationale d'apprentissage par la marionnette
    Marcelle Dubé (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Ève LAMOUREUX (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    Dans cette communication, nous nous interrogerons sur la complexité de l'expertise et des registres d'intervention nécessaire au projet de l'ÉNAM. Située à Chicoutimi depuis 1990, cette dernière offre, à une cinquantaine de participant/e/s souffrant de divers problèmes de santé mentale, l'opportunité de cocréer un spectacle de marionnettes et d'autres activités artistiques. Grâce à des partenariats multiples (Commission scolaire, Agence de la santé et Emploi-Québec), elle entend agir sur le mieux-être des participant/e/s en combinant l'art, la santé, l'éducation et l'employabilité. Notre réflexion s'ancre dans une recherche évaluative participative menée depuis plus de 2 ans.

    Enracinée dans la conviction que l'art et la création collective détiennent le pouvoir de générer des impacts individuels et sociaux, l'« approche globale » adoptée par l'ÉNAM engendre un certain nombre de questions. Quel type d'équipe peut assurer la réalisation d'un tel projet ? Quelles expériences personnelles et professionnelles doit-on réunir ? Quelles places donner aux diverses philosophies d'intervention (art communautaire, art thérapie, intervention psychosociale propre à l'alternative en santé mentale) ? Comment assurer la cohérence dans l'équipe et le développement d'une expertise collective forgée dans l'action ? Enfin, comment justifier et faire comprendre cette approche auprès de milieux différents (art, éducation, santé et services sociaux, employabilité, milieu communautaire, etc.) ?

  • De la médiation artistique dans le champ du travail social au risque de l'esthétisation de la souffrance sociale
    Christophe Pittet (Haute Ecole fribourgeoise de travail social)

    Depuis le milieu des années nonante les pratiques artistiques et culturelles ont pris une place conséquente dans le champ de l'insertion sociale et professionnelle des individus à l'aide sociale en Suisse romande. Ces pratiques visent à lutter contre la disqualification sociale, à mobiliser des compétences et à redonner confiance, par des ateliers de théâtre, de peinture, d'écriture ou de sculpture, aux individus qui sont en marge de la production économique.

    S'il est indéniable que les projets artistiques participent à renforcer l'estime de soi et à rétablir des liens sociaux, nous nous interrogeons également sur leur instrumentalisation à des fins de déconflictualisation et de dépolitisation de la souffrance sociale en raison, entre autres, de leur dimension esthétique.

    À partir des résultats d'une recherche sociologique portant sur les usages des arts de la scène dans un programme d'insertion destiné aux jeunes adultes à l'aide sociale à Lausanne (Suisse), cette communication mettra en discussion les tensions possibles entre les politiques d'activation en matière d'insertion caractérisées par une volonté de normalisation des trajectoires et l'expression, par la création artistique, des ressources subjectives des jeunes adultes qui expriment un projet d'émancipation des cadres sociaux. Il s'agira également de mettre en perspective la fonction des pratiques artistiques à des fins économiques par une approche disciplinaire de la gestion des comportements.

  • Pause

Panel / Atelier

Conversation autour du livre La médiation culturelle : Le sens des mots et l'essence des pratiques

Présidence : Eve Lamoureux (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Communications orales

Méthodes de recherche participative

  • Les effets de la médiation culturelle : une approche réflexive et participative
    Louis Jacob (UQAM - Université du Québec à Montréal), Danièle RACINE (Ville de Montréal)

    Lors de cette présentation, nous abordons l'approche réflexive et participative qui a guidé le processus de réalisation de la recherche intitulée « Les effets de la médiation culturelle : participation, expression, changement ». Cette étude évaluative partenariale de l'UQAM et de la Ville de Montréal (Division de l'action culturelle et des partenariats) a permis d'analyser six projets de médiation culturelle entre 2010 et 2013. Elle a été soutenue dans le cadre de l'Entente sur le développement culturel de Montréal entre le ministère de la Culture et des Communications et la Ville de Montréal. Dans un premier temps, nous expliquerons les choix et les précautions méthodologiques qui ont présidé à l'étude. Nous soulèverons la question du partage des connaissances entre acteurs du milieu et chercheurs universitaires. Dans un deuxième temps, nous aborderons la complexité des enjeux normatifs de l'évaluation qui concernent l'engagement artistique, les objectifs communs poursuivis par les acteurs de la médiation, la participation culturelle et le développement social en général. Pour améliorer les pratiques et contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques culturelles, il ne faut pas nécessairement s'en tenir aux activités éprouvées, dont les succès sont incontestables. On doit aussi pouvoir se pencher sur des activités moins habituelles, parfois plus audacieuses, plus expérimentales ou plus risquées. N'est-ce pas ainsi après tout que les arts et la culture se développent?

  • Les politiques publiques au regard des droits culturels : une observation participative
    Patrice Meyer-Bisch (Université de Fribourg)

    « Analyse des politiques publiques au regard des droits culturels » telle est la recherche que notre Observatoire de la diversité et des droits culturels, en partenariat avec Réseau culture 21, mène sur mandat de plusieurs départements français depuis la fin 2012 (www.droitsculturels.org). Sous le nom de Paideia D*, cette observation participative initie un début de mouvement social. Il s'agit d'une recherche – action – observation – formation – élaboration dans le domaine des droits culturels, au cœur de l'ensemble des droits humains, selon l'approche thématisée dans la Déclaration de Fribourg. Observer une situation au regard des droits culturels, c'est déjà les mettre en œuvre. Observer ensemble avec méthode, c'est aussi chercher ensemble les valeurs à observer, c'est se former en s'informant mutuellement, préalable nécessaire à l'élaboration de nouvelles propositions de stratégies politiques.

    La méthode consiste dans la récolte de « cas d'école », comportant une fiche d'analyse au regard des droits culturels, des cartographies, et une proposition d'indicateurs de connexion. 110 cas d'école ont été analysés en 2013. La récolte continue en 2014 avec de nouveaux venus et l'analyse des cas déjà traités se développe avec de nouvelles questions. Cette triangulation des approches permet de développer une méthode, précise et adaptable, d'observation et de pilotage en reliant les situations concrètes, les indicateurs et les visualisations territoriales.

  • Pause

Communications orales

Territoires critiques : conférence introductive

  • Les territoires éthiques de la médiation artistique et culturelle
    Sylvie Lacerte (Magazine Spirale)

    Où en est la médiation culturelle en 2014? Beaucoup a été énoncé et mis en pratique dans les universités et le milieu culturel. Cette notion souvent galvaudée a vu les diffuseurs culturels lui imputer parfois des rôles de travail ou de ciment social, d'art thérapie. Des programmes de formation sont nés dans les trois cycles universitaires. L'ICOM a légitimé la médiation culturelle. Beaucoup d'agitation autour d'un métier qui a pu instrumentaliser l'art pour le rendre accessible au public sans qu'un lien véritable et durable ne soit créé entre culture et société. On fait participer le public à des exercices de savoir-faire plus que de savoir-penser. Si les objets symboliques du patrimoine matériel et immatériel ne sont pas tous des œuvres d'art, il n'en reste pas moins que l'art a souvent été évacué, comme la notion du conflit, au profit d'une culture nébuleuse véhiculée par des médiateurs craintifs d'un certain élitisme. L'art est producteur de sens. La médiation culturelle doit avoir comme philosophie éthique de léguer le sens des objets symboliques aux récepteurs afin qu'ils développent un esprit critique et agissent ensuite comme des passeurs. Il faut revoir les acceptions de la médiation et en examiner les zones d'ombre, dont l'une est le système d'éducation qui n'a jamais inclus dans ses cursus scolaires la fréquentation des arts de la maternelle à l'université. L'enjeu éthique est de former des êtres culturels et cultivés, réduisant l'écart entre l'élite et les autres.


Communications orales

Atelier 6 : territoires critiques – citoyenneté culturelle

  • Citoyenneté culturelle, participation et démocratie : champ culturel et politique
    Christian Poirier (INRS - Institut national de la recherche scientifique)

    Cette communication propose de discuter de la notion de citoyenneté culturelle afin de saisir, comprendre, questionner et analyser les relations entre les individus, les institutions culturelles et, plus globalement, le champ culturel. La citoyenneté culturelle se situe dans le prolongement de la démocratie culturelle en mettant l'accent sur le volet transversal (individu à individu) ainsi que sur les impacts élargis et différenciés, à la fois individuels et collectifs, des arts et de la culture. Elle met également au premier plan la dimension politique de la culture, notamment l'ouverture herméneutique à « autre que soi » ainsi que la création d'un espace dialogique. Ce faisant, la dimension conflictuelle du social, du politique et du culturel est prise de front.

  • Faire œuvre commune : l'artiste, le médiateur et le citoyen – sur l'action Nouveaux commanditaires de la Fondation de France
    Jean-Paul Fourmentraux (Université Lille)

    Depuis les années 1990, les politiques publiques et/ou privées visent à élargir le champ d'intervention des arts et à en accroître les retombées pour la société à travers une volonté de « démocratisation de la culture » : par un enrichissement de l'offre et une ouverture à des pratiques qui n'étaient pas jusqu'alors reconnues comme faisant parties des Beaux arts (danses urbaines, design, architecture, paysage, art culinaire…). Dans cette période où est menée une « politique des artistes » et de soutien aux auteurs, la Fondation de France propose de reconsidérer la « valeur d'usage » de l'art. Le programme d'action des « Nouveaux Commanditaires » invite des citoyens, confrontés à un problème de société ou de développement d'un territoire, à prendre l'initiative d'une commande à des artistes contemporains. Son originalité repose sur une conjonction nouvelle entre quatre acteurs : les citoyens commanditaires, le médiateur culturel de la Fondation de France et l'artiste, rejoints dans la phase de production de l'œuvre par des partenaires publics et privés. Ma communication proposera d'éclairer les mutations du travail de création et la métamorphose des œuvres promues par ce dispositif de soutien et de médiation artistique. Pour mieux définir et qualifier, ensuite le travail de médiation lui-même, qui n'est plus ici simple transmission d'une œuvre préexistante, mais davantage instauration d'une « œuvre commune » qui passe par des phases de conflit, de négociations, de compromis.

  • Dîner

Communications orales

Atelier 7 : territoires critiques – idéaux collectifs et participatifs

Présidence : Michèle Gellereau (Université Lille)
  • Interagir, collaborer, cocréer : les enjeux de la participation du public en médiation culturelle
    Nathalie Casemajor Loustau (UQO - Université du Québec en Outaouais), Eve LAMOUREUX (UQAM - Université du Québec à Montréal), Danièle RACINE (Ville de Montréal)

    En tant que stratégie d'action culturelle, la médiation culturelle valorise tout particulièrement les projets qui visent à inclure les publics dans une forme d'expression partagée. Les projets artistiques participatifs, assignant aux publics un rôle dit « actif », apparaissent comme des vecteurs privilégiés pour mettre en œuvre cette stratégie d'action. Mais quelles sont les conditions du partage cultivé dans de tels projets ? Comment varient-elles en fonction du type de participation du public proposée ? Et quelle est la place du dissensus et de la critique dans ces projets ?

    Du dispositif interactif à la cocréation d'une œuvre, en passant par la collaboration dans un cadre prédéterminé, nous avons identifié différents degrés de participation et enjeux rattachés. À partir de cette typologie nourrie d'exemples tirés de nos propres recherches et expériences professionnelles, nous analysons la manière dont certains projets questionnent les rapports hiérarchiques entre artistes professionnels et participants amateurs, mais aussi la façon dont ces projets peuvent être porteurs de revendications en se faisant le support d'un engagement citoyen, tandis que d'autres types de projets poussent à s'interroger sur l'instrumentalisation de la participation au service d'une pacification des conflits.

  • Analyse de médiations et d'actions d'art collectives dans l'espace public de la Suisse romande
    Barbara Waldis (HES-SO - Haute école spécialisée de Suisse occidentale)

    L'analyse de cinq projets de médiation culturelle et d'actions d'art collectives s'est faite à travers les notions de pouvoir symbolique de Bourdieu, de transformation et de participation de Freire. Elle a illustré que des actions critiques, mettant des êtres humains en lien avec d'autres et avec l'environnement, réussissent à changer, pour l'action en cours, les termes du pouvoir symbolique et permettent une participation politique, mais que le réinvestissement de l'espace public demeure un travail constant.

    Pour l'animation socioculturelle, deux questions se posent à partir de l'analyse de ces collaborations artistico-sociales: 1) La version institutionnalisée de l'animation socioculturelle n'est-elle pas en train d'administrer l'ordre public, d'utiliser l'art comme instrument de domestication ? 2) À partir de quand parle-t-on de réinvestissement de l'espace public si la plupart des projets fonctionnent selon le principe de « participation assistée »?

    Becker constate dans « les mondes de l'art » qu'une telle étude est une analyse de la société. Dans ce sens, il est frappant de constater combien, dans ces projets en Suisse Romande, la participation autonome a du mal à surgir. Mais cela concerne-t-il toutes les actions d'art collectives ou plus particulièrement celles gérées par l'animation socioculturelle ? L'analyse proposée permet de réfléchir à comment la question, politiquement nécessaire, sur le réinvestissement de l'espace public et la participation pourrait être posée.

  • Les médiateurs culturels et les modalités de croyance « en la victoire finale de la cause » : valeurs du travail, idéologie médiatrice et figures possibles de l'épreuve de la réalité
    Nathalie Montoya (Université Paris Diderot (Paris 7))

    À partir de nombreuses enquêtes réalisées auprès de médiateurs culturels en France, nous souhaiterions consacrer cette communication à « l'étude des modalités du croire » (Passeron, 1991) dans le développement des activités de médiation. Pour bien des analystes, les illusions qu'entretiennent les médiateurs sont d'ordre idéologique. Ainsi la nécessité de croire en la « victoire finale de la cause » tendrait à écarter les connaissances et les questionnements trop serrés qui risqueraient d'amoindrir « la dévotion aux tâches du jour ». Les enquêtes de terrains tendent pourtant à faire apparaître une réalité plus complexe que les paradigmes explicatifs mis en avant par Passeron. Entre le travail incessant de légitimation de ce qui peut être posé comme un « horizon d'action » (Wallon, 2010), et le renoncement désenchanté, nourri par l'usure du métier, à un idéal perçu comme irréalisable, les médiateurs mobilisent différents registres axiologiques qui soutiennent l'exercice de l'activité et déterminent en partie les formes de cette dernière. L'étude des modalités d'adhésion à l'activité et à ses finalités nous permettra d'élucider le processus de construction du « sens de l'action », ré accompli au quotidien à travers l'actualisation, d'un ensemble de rapports aux valeurs, de représentations du monde, et de figures possibles de l'épreuve de réalité.

  • Pause

Communications orales

Conférence de clôture

Présidence : Nathalie Casemajor Loustau (UQO - Université du Québec en Outaouais)
  • L'écart et l'entre-deux : dialogue de synthèse
    Guy Bellavance (INRS - Institut national de la recherche scientifique), Constanza Camelo (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

    Ce dialogue de synthèse reviendra sur certains éléments de l'axe « Territoires critiques » et posera un regard sur les tensions, les questions et les propositions que les pratiques de médiation culturelle génèrent. En s'appuyant sur leur champ d'action respectif, les invités pointeront quelques enjeux et défis que ces pratiques posent dans l'immédiat ainsi que pour le futur, interrogeant les façons de les orchestrer tant d'un point de vue conceptuel que dans leur incarnation au sein des territoires professionnels.