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Informations générales

Événement : 82e congrès de l'Acfas

Type : Colloque

Section : Section 600 - Colloques multisectoriels

Description :

Ce colloque vise une réflexion interdisciplinaire sur les rapports complexes qui s’établissent entre violence et société. Bien qu’elle puisse parfois procéder d’un acte physique individuel, la violence, de par sa nature même, s’avère un phénomène éminemment social. Qu’elle se manifeste de façon concrète, par des sévices exercés sur soi-même ou infligés à autrui, ou de façon plus abstraite, par des formes de surveillance et de punition sanctionnées par l’État, la violence se cristallise souvent autour de rapports sociaux marqués par la tension. Or, l’analyse de ces mêmes rapports révèle, d’une part, les différentes manifestations de la violence, et d’autre part, comment la violence se conceptualise et parvient à s’ériger en système. Une telle analyse soulève inévitablement des questions auxquelles ce colloque se donne comme objectif de répondre : pourquoi la violence s’établit-elle dans certaines situations comme la norme? Quelles sont les conditions sociales qui favorisent l’exercice de la violence? Comment les groupes sociaux justifient-ils dans certains cas l’usage de la violence? Qu’est-ce qui distingue la violence du Mal? Quelles sont les répercussions de notre constante confrontation à la violence sur la sphère socioculturelle? Assiste-t-on à sa banalisation? Les multiples représentations de la violence sur nos écrans, en littérature, dans les arts visuels sont-elles le reflet fidèle de la réalité ou plutôt une volonté d’exorciser un mal ontologique, de « dire une faille » comme l’avançait Paul Ricœur?

À partir d’une perspective interdisciplinaire – historique, sociologique, philosophique, artistique, littéraire, cinématographique, théologique, etc. –, ce colloque abordera, entre autres, les thèmes suivants :

– violence entre les groupes et construction de l’identité

– violence et concepts du Mal

– violence en tant que stratégie de résistance

– violence étatique et construction de la nation

– crime et châtiment

– représentations socioculturelles de la violence.

Date :
Responsables :

Programme

Communications orales

Spectacles de la violence : terrorisme, aliénation et émancipation

  • Une violence éminemment sexuée : la fabrique des « femmes terroristes »
    Fanny Bugnon (Université de Bordeaux)

    Parmi les déclinaisons de la violence, le terrorisme s'inscrit résolument comme l'une des plus marquantes de l'ère contemporaine. Depuis 50 ans, l'implication de femmes dans les rangs des organisations violentes constitue l'un des traits singuliers du phénomène terroriste. Au-delà de la transgression des normes pénales, le phénomène se démarque des normes de genre et concentre, à ce titre, une part importante de la médiatisation. Il s'agit ici d'analyser les enjeux travaillés par les représentations en mots et en images du terrorisme et les effets socio-culturels de l'émergence d'une catégorie médiatique spécifique aux démocraties occidentales : celle des « femmes terroristes ». En analyse du discours social, cette communication s'appuie sur l'étude de la médiatisation de deux organisations violentes actives durant les décennies 1970-1990 (Fraction Armée rouge en Allemagne et Action directe en France). Indépendamment des spécificités nationales, ces deux groupes permettent de saisir plus largement la dimension sexuée du terrorisme et les enjeux normatifs de la médiatisation du terrorisme au féminin, en lien avec les transformations sociales du second XXe siècle dans les démocraties occidentales.

    À partir d'un corpus de presse française balayant le spectre éditorial (quotidiens d'information populaires et « de référence », magazines), il s'agit de penser les enjeux de la fabrique médiatique de cette catégorie éminemment contemporaine que sont les « femmes terroristes ».


  • La glorification de la violence dans le hip-hop : catharsis et/ou mimesis?
    Kristopher Poulin-Thibault (University of Toronto)

    La question n'est pas nouvelle : sommes-nous portés à émuler les comportements négatifs présents dans la culture que nous consommons, ou alors cette dernière nous permet-elle de « purifier » des comportements latents en nous? Les arts provoquent-ils chez leurs consommateurs une catharsis ou une mimesis? Bien que posée fréquemment, la problématique est d'autant plus primordiale et capture d'autant plus le zeitgeist de l'ère actuelle lorsqu'il s'agit du hip-hop. Souvent qualifiée de violente, misogyne, homophobe et comme faisant la promotion des crimes de tous genres, la culture hip-hop ne manque pas de susciter la controverse. Toutefois, le hip-hop est le seul mode d'expression convenable à une strate de la population marginalisée, aliénée de la société. Depuis une ou deux décennies, le hip-hop s'est également infiltré dans la culture populaire. Cette présentation aura pour but de fournir une analyse approfondie et nuancée du hip-hop, tout en ciblant et décortiquant ses effets négatifs et positifs dans la société. Nous nous y prendrons d'abord d'une approche artistique et littéraire en étudiant quelques œuvres hip-hop majeures. Puis, nous adopterons une approche sociologique et psychologique pour analyser de quelles façons, positives comme négatives, le hip-hop se manifeste dans la vie de ceux qui le consomment. Bref, notre but sera de témoigner comment la culture hip-hop catalyse la violence dans la société, et comment elle l'atténue.

  • De la violence à l'émancipation féminine dans Buffy the Vampire Slayer
    Marie-Ève Tremblay-Cléroux (UQAM - Université du Québec à Montréal)

    L'intérêt envers Buffy the Vampire Slayer dépasse la fascination pour la représentation d'une jeune fille superhéroïne (Buffy Summers) dans sa réappropriation d'une puissance et de savoirs traditionnellement masculins. La violence des combats entre Buffy et ses opposants illustre bien la dureté, les obstacles, la douleur de la vie contemporaine, sans tomber dans une monstration spectaculaire. Puisque la série dévoile différents aspects propres à la féminité contemporaine, tels que l'infantilisation, la discrimination, les violences physiques et sexuelles, la marchandisation du corps ou la réification, et qu'elle expose le processus d'émancipation de l'héroïne face aux autorités patriarcales auxquelles elle est confrontée, Buffy the Vampire Slayer a bouleversé plusieurs codes de la télésérie américaine.

    Quelle vision des femmes et de l'émancipation féminine est déployée dans la série? Quels obstacles freinent le personnage principal dans sa libération et quelles stratégies employait-elle pour y parvenir? Quel usage l'héroïne fait-elle de la violence et quelle forme d'éthique est mise de l'avant? La perspective féministe matérialiste, qui permet de lire l'univers de Buffy comme le reflet violent d'une société inégalitaire, sexiste et patriarcale, offre une réflexion intéressante à ces questions. Pour ce faire, une étude du personnage de Buffy dans sa lutte pour la réappropriation de son corps et le contrôle de ses pouvoirs sera réalisée.


Communications orales

Collectivité et violence : négation de l'autre, affirmation de soi

  • De Conte d'amour à Claustria : les multiples visages du cas Fritzl
    Sophie Boyer (Bishop’s University)
  • Violence collective et conversion religieuse dans Le journal de Knud Rasmussen (2006) de Zacharias Kunuk
    Karine Bertrand (UdeM - Université de Montréal)

    Dans l'ouvrage Portrait du colonisé, Portrait du colonisateur, Albert Memmi déclare que la carence la plus grave subie par le colonisé « est d'être placé hors de l'histoire et hors de la cité » (1957, p.111). Qui plus est, cette mutilation sociale et historique s'accompagne généralement d'une négation et d'une reconstruction de l'image du colonisé à partir de critères eurocentristes, où ce dernier n'a d'alternative que d'accepter l'assimilation par peur de voir son image pétrifiée par une mémoire devant survivre hors du temps. À cet égard, les Inuit du Nunavut ont été les victimes d'une conquête physique de leur territoire, mais aussi d'une occupation de leur esprit. En outre, cette colonisation s'est produite à travers une conversion religieuse qui risquait d'emporter dans son sillage les dernières traces d'un mode de vie gouverné par le chamanisme.

    Parmi les moyens utilisés pour raviver la flamme vacillante de l'âme inuit, le cinéma s'avère un outil favorisant la prise de parole collective ainsi qu'une réécriture de l'histoire. À travers l'analyse du long-métrage Le journal de Knud Rasmussen de Zacharias Kunuk, nous souhaitons mettre en évidence ce point de vue inuit qui métamorphose le récit violent de la conversion en opportunité de guérison, faisant de l'Inuk un acteur impliqué dans le processus de transformation ayant modifié le cours de son destin.

  • La mobilisation radicale « angryphone » au Québec : communautarisme, peurs linguistiques et instrumentalisation de l'ethnicité
    Philippe Martine (UdeM - Université de Montréal)

    L'attentat du Métropolis perpétré par Richard Bain le 4 septembre 2012 peut-il être associé à une trame explicative qui viendrait expliquer la mobilisation des groupes radicaux anglophones dans le sillage de la victoire électorale du PQ? Je fais ici référence à la multiplication des actions appartenant aux différents registres de la contentious politics depuis l'élection du 4 septembre dernier, comme la création de groupes de pression, l'organisation de manifestations, mais aussi l'amplification des discours haineux sur les médias sociaux, les appels au boycottage et à la désobéissance civile, et les appels à la bombe. Conséquemment, les enjeux identitaires constituent-ils un moteur important, voire un accélérateur, à la mobilisation radicale? Mon hypothèse générale consiste à affirmer que les violences récentes sont le résultat d'une réaction communautariste des éléments les plus radicaux de la communauté anglophone contre ce qu'ils jugent être une menace à leur identité collective, et plus fondamentalement, à leur survivance en tant que groupe constitué et reconnu. De plus, j'avance l'idée que la résurgence de la mobilisation identitaire des angryphones peut s'expliquer par l'instrumentalisation de l'ethnicité par des entrepreneurs identitaires anglophones locaux ou communautaires, ou de low-level elites selon la typologie proposée par Stuart Kaufman.


Communications orales

(In)justice et violence

  • La violence faite aux enfants par un système de justice axé sur la prédation judiciaire
    Olivier Mesly (UQO - Université du Québec en Outaouais)

    La théorie du modèle consolidé de prédation stipule que les personnes de quelque acabit que ce soit adoptent ou une position de prédateur ou une position de proie, ou alors un mélange des deux. Tous connaissent le rôle des prédateurs financiers qui font la manchette soit aux États-Unis (Madoff) soit au Canada (Vincent Lacroix). Cependant, la prédation peut aussi avoir lieu dans les Cours de la famille. Notre étude en marketing neurobiologique montre que le cerveau est organisé selon les deux positions de prédateur et de proie, et applique ce concept dans les Cours de la famille ou plus souvent qu'autrement les juges et avocats pénalisent les enfants à coup de jugements arbitraires dans le seul but apparent de soutirer le maximum du parent qui n'a pas la garde, agissant ainsi en prédateur typique.

  • Les femmes marocaines entre violence politique et violence symbolique
    Osire Glacier (Bishop’s University)

    En prenant pour cas le Maroc, cette présentation soutient que le rôle joué par les constructions sociales et politiques de la féminité et la masculinité renforce l'autoritarisme, tout en échappant à sa définition classique. Ceci tend à occulter le fait que les femmes en sont les doubles victimes : victimes, en tant que citoyennes, de la violence politique telle que définie par la politologue Hannah Arendt (au même titre que les hommes) ; et victimes de la violence symbolique telle que définie par le sociologue Pierre Bourdieu en tant que groupe subordonné aux hommes. Pour ce faire, cette étude compare les constructions de la féminité et de la masculinité dans certains textes de lois aux récits littéraires pertinents livrés par les Marocaines contemporaines, et parfois aux témoignages livrés par des détenu-es politiques dans la littérature carcérale. Aussi, elle établit un parallélisme multipartite entre 1) la prison politique et l'assignation à résidence familiale pour les femmes, 2) la surveillance panoptique des citoyens dans la sphère publique et la surveillance des mouvements des femmes dans la sphère privée, 3) la torture et la violence domestique réservées aux dissident-es et aux rebelles, 4) et enfin les rapports hiérarchiques entre gouvernés et élites dirigeantes et les rapports inégalitaires entre les femmes et les hommes, qui culminent respectivement par le refus du droit des gouvernés à l'autodétermination et le déni du droit des femmes à l'autonomie personnelle.

  • Les personnes intersexuées : confrontées à la violence sociale/médicale et défi pour la protection juridique
    Simone Emmert (UdeS - Université de Sherbrooke)

    Les corps intersexués sont médicalisés comme des états pathologiques parce qu'ils ne correspondent pas à la norme établie par le modèle binaire. Les «personnes intersexuées» sont décrites par le fait que leur statut n'est pas lié au genre, mais est associé à leur conformation biologique qui n'est ni exclusivement mâle ni exclusivement femelle, mais est typique des deux à la fois. Une opération de chirurgie plastique est recommandée aux jeunes enfants dans le but de garantir leur aspect génital à ce que l'on attend généralement du genre qui leur est assigné. En 2013, le Rapporteur Spécial sur la torture a publié son rapport en relation avec la Convention contre la torture. Il a constaté que les traitements médicaux non-justifiés causant des graves souffrances sont considérés comme torture. La conceptualisation des abus comme torture dans l'environnement hospitalier est un phénomène récent. Il a écrit que le droit à la santé détermine les obligations des États membres dans la législation en interdisant certaines thérapies comme des chirurgies correctrices chez des enfants mineurs sans leur consentement. Comme le Canada est un État membre de la CAT, il pourrait appliquer les recommandations en interdisant de telles chirurgies. C'est aussi possible, de reconnaître le droit de l'autodétermination comme droit personnel absolu dans ce sens où un consentement ne peut pas être donné par nulle autre personne que la personne possédante ce droit, sous-entendu, même pas par les parents.

  • Torture, loi et infirmité dans l'Espagne moderne
    Cristian Berco (Bishop’s University)