Informations générales
Événement : 88e Congrès de l'Acfas
Type : Domaine
Section : Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Description :Ce colloque présente des résultats de recherche et des avenues de réflexion sur différents enjeux liés aux finalités de la vie, aussi bien dans une perspective individuelle que collective. Une session est consacrée à l’étude, sous divers angles, des domaines de la subjectivité et de la prise de parole individuelles. Tant sur les plans du langage et des comportements éthiques que du rapport à l’art, à la décolonisation et à la mort, les communications abordent cette thématique à partir d’analyses de discours et d’enquêtes de terrain. Une seconde session aborde le domaine de la gouvernance ainsi que divers enjeux de société qui s’y rattachent, que ce soit en ce qui a trait aux institutions (justice, laïcité) ou aux avancées auxquelles il convient de réfléchir et qu’il faut encadrer, à l’instar de l’intelligence artificielle.
Dates :Programme
Toute la semaine
Enjeux de société et gouvernance
-
Communication orale
Action politique et faisabilité humaine de l'histoire chez Machiavel : le prince comme acteur ou auteur de l’histoire?William Champigny-Fortier (UdeS - Université de Sherbrooke)▶ Vidéo
La question de savoir si l’humanité est actrice dans le théâtre de l’histoire ou si elle peut revendiquer l’écriture de la pièce est associée à Hegel et à Marx. Pourtant, le concept de virtù de Machiavel peut lui donner des airs de précurseur. Bien qu’il ne soit pas question de l’humanité entière, la question demeure : le prince virtuose est-il acteur dans l’histoire ou est-il en mesure de revendiquer sa production ? L’hypothèse à vérifier est que Machiavel s’arrête au seuil de l’action historique sans le franchir, la virtù se limitant à l’action dans l’histoire. Les allures de production historique proviennent du contexte particulier d’urgence qui est la trame de fond explicite du philosophe florentin : l’équilibre y est si sensible que l’agir politique peut prendre des apparences de transformation de l’histoire comme si le prince en était l’auteur.
Pour la vérifier, il faudra bien définir les concepts de virtù et de fortuna ainsi que la relation qu’ils entretiennent. Ensuite, l’analyse nécessitera d’examiner la manière dont ils sont utilisés en se penchant sur le contraste entre le contexte de l’acte virtuose et la vision générale de l’histoire de Machiavel. La contribution académique de cette recherche concerne le raffinement de l’interprétation de l’œuvre du philosophe florentin, son concept de virtù et sa vision de l’histoire.
-
Communication orale
Éthique de l'intelligence artificielle: pourquoi l'éthique de l'information est nécessaire au développement d'une éthique de l'IA satisfaisante?Frédérick Bruneault (Cégep André-Laurendeau)▶ Vidéo
Le développement de l’intelligence artificielle (IA), tributaire du développement du numérique et des technologies de l’information et de la communication (TIC), bouleverse toutes les sphères de la société de l’information dans laquelle nous vivons. Les transports, l’emploi, l’économie, la santé, l’éducation, la sécurité publique, les médias d’information, la défense, etc.; aucun secteur d’activité n’est à l’abri des transformations radicales que provoque la croissance exponentielle de ces nouvelles technologies. Face à ces changements que plusieurs qualifient de révolution numérique, il apparaît essentiel de se demander quelles seront les conséquences de cette révolution et comment nous pouvons faire une utilisation responsable de l’IA. Bon nombre de questions éthiques quant aux utilisations spécifiques de l’IA sont discutées par plusieurs intervenants et intervenantes du milieu. Or, bien souvent les positions défendues dans ces débats s’appuient sur un arrière-plan en philosophie éthique qui demeure peu discuté. Partant de l’éthique de l’information développée par Luciano Floridi, je propose donc de réfléchir aux différentes approches théoriques des questions éthiques liées à l’IA, de mesurer la pertinence et les limites de chacune de ces approches et de proposer un modèle théorique qui puisse permettre de penser de manière satisfaisante nos obligations, compte tenu de l’ampleur des changements provoqués par l’IA (et les TIC) dans la société de l’information.
-
Communication orale
Qu'en est-il de la laïcité ouverte au Québec ?Isabelle Gallard (UQAR - Université du Québec à Rimouski)▶ Vidéo
Au cours des 10 dernières années, l’actualité a été riche en débats autour de la question de la laïcité au Québec. La laïcité dite ouverte, telle que décrite dans le rapport sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles (commission Bouchard-Taylor), m’a semblée porteuse d’une proposition originale pour gérer la diversité des croyances au sein d’une société pluraliste. Par l’étude d’un corpus bibliographique, j’analyse ce qui fonde le régime de laïcité ouverte comme une conception normative spécifique des relations entre État et religions dans le cadre de l’État québécois. J’en déduis que ce régime diffère des positions plus tranchées du débat actuel. D’une part, si les principes au fondement de la laïcité sont identiques pour les tenants de la laïcité ouverte comme pour ceux de la laïcité dite « stricte », leur hiérarchisation est différente : primauté de la neutralité pour les derniers, primauté du respect de la liberté de conscience et de l’égalité pour les premiers. D’autre part, ce qui se présente actuellement sous le terme de laïcité ouverte pourrait plutôt être considéré comme du pluralisme libéral en ce qu’il met l’accent uniquement sur la primauté des droits et libertés et en minimisant la reconnaissance de « la dimension spirituelle de l’existence » (Bouchard-Taylor, p. 141). Cette reconnaissance est cependant porteuse de dialogue et de recherche du consensus qui semblent prometteur sur le plan du vivre-ensemble.
-
Communication orale
Attachement, gestion des conflits et satisfaction conjugale des futurs couples parentaux : Le rôle protecteur de l’intimité.Audrey Brassard (Université de Sherbrooke), Anne-Laurence Gagné (Université de Sherbrooke), Anne-Sophie Gringras (Université de Sherbrooke), Marie-France Lafontaine (Université d'Ottawa), Isabelle Lessard (UdeS - Université de Sherbrooke), Katherine Péloquin (Université de Montréal)▶ Vidéo
La transition à la parentalité (TAP) apporte de grands défis d’adaptation pour les couples. Si l’arrivée d’un premier enfant est généralement positive, il est fréquent de voir une diminution de la satisfaction conjugale lors de cette période et une augmentation des conflits. La présente étude vise à examiner le rôle protecteur de l’intimité conjugale dans les liens dyadiques unissant l’attachement (anxiété, évitement), facteur clé dans la compréhension des relations lors de la TAP, et la gestion des conflits à la satisfaction conjugale chez les couples qui attendent la venue d’un premier enfant. Un échantillon de 100 couples a répondu individuellement à des questionnaires en ligne lors du 2e trimestre de grossesse. Des analyses de médiation et de modération dyadiques s’appuyant sur le Actor-Partner Interdependence model ont été réalisées. Les résultats révèlent que l’anxiété de la femme est liée positivement à son engagement dans les conflits tandis que l’anxiété de son partenaire est liée positivement à son engagement et celui de la femme. Il existe aussi un lien entre l’engagement de chaque partenaire et leur propre satisfaction conjugale, mais ce lien est modéré positivement par l’intimité de la femme. De plus, le lien entre le retrait des conflits de la femme et sa satisfaction est modéré positivement par son intimité. Ces résultats soulignent le rôle de l’attachement dans les dynamiques de conflits et le rôle protecteur de l’intimité chez la femme en période prénatale.
-
Communication orale
Comment intégrer la critique institutionnelle à l'altruisme efficace sans contrevenir à conception de l'efficacité?Keven Bisson (Université Laval)▶ Vidéo
L’aide internationale s’attaque aux problèmes de justice sociale les plus importants. Malheureusement, cette aide est généralement peu efficace. En réaction contre ce problème, l’altruisme efficace (AE) propose des solutions qui maximisent l’utilité de chaque dollar afin de faire la plus grande différence dans la vie du plus grand nombre de personnes.
En contradiction avec l’approche utilitariste prise par l’AE, les tenants de la critique institutionnelle (CI) affirment que l’AE pourrait être beaucoup plus efficace s’il s’attaquait à la racine du problème, les institutions, plutôt qu’aux symptômes, la souffrance individuelle.
La question qui guidera ma présentation sera: comment intégrer la CI à l’AE sans contrevenir à sa conception de l’utilité?
Pour répondre à cette question, je présenterai d’abord l’AE afin de faire ressortir les critères de leur conception de l’efficacité. Puis, je ferai de même pour la CI. Cela me permettra de faire une analyse comparative des deux conceptions de l’efficacité afin de faire ressortir les pistes de solutions possibles.
La solution novatrice que je propose est d’intégrer des aspects de la conception de l’efficacité de la CI à l’AE. Plus précisément, je propose que l’AE devrait soutenir les transferts de fonds déjà envoyés par les migrants économiques qui soutiennent financièrement leur famille. Je propose de soutenir ces migrants dont on ne parle jamais et qui font une grande différence pour ceux qui nous restent souvent invisibles.
-
Communication orale
Dans l’ombre des circonstances de la justiceYann Allard-Tremblay (Université McGill)▶ Vidéo
La philosophie politique occidentale prend généralement pour objet l’idée de justice. David Hume et John Rawls ont formulé de manière canonique l’idée que la justice est un concept dont la pertinence s’impose dans des circonstances particulières. Suivant ces penseurs, les circonstances de la justice sont comprises comme un contexte de rareté relative entre individus plus ou moins égaux ayant des passions et des intérêts conflictuels. Or, cette idée ne permet pas uniquement de situer le contexte du discours portant sur la justice, il limite également notre capacité à concevoir la justice autrement.
Afin de déconstruire cette idée, nous nous intéresserons à l’action de grâce de la Confédération Haudenosaunee. Ces mots qui viennent avant tous les autres visent à remercier le Créateur ainsi qu’à reconnaître nos relations avec les autres-qu’humains. Ils nient la perception occidentale de rareté pour plutôt mettre l’accent sur l’abondance. Conséquemment, nous proposons de réfléchir aux manières de concevoir la justice politique et sociale rendues possibles lorsque l’on débute avec ces circonstances autres. Nous argumentons, notamment, que la justice peut dès lors être pensée comme reposant sur des relations de dépendance et de responsabilités plutôt que comme cherchant à établir une distribution équitable et à garantir le tien et le mien. Ultimement, ceci permet de mettre la lumière sur des conceptions de la justice qui reposent dans l’ombre des circonstances de la justice.
Subjectivités et prises de parole
-
Communication orale
Langage et subjectivation : la fonction constitutive des représentations langagières dans le développement de la subjectivité humaine chez Ernst CassirerJanice Trinh (UdeM - Université de Montréal)▶ Vidéo
Les médiations symboliques créées par l'homme pénètrent la totalité de l’expérience qu'il fait du monde et l’ouvrent aux choses qu’il cherche à comprendre, dont les autres et soi-même. Dans cet exposé, nous allons nous pencher sur la forme symbolique du langage, auquel Ernst Cassirer consacre le premier tome de sa Philosophie des formes symboliques, et tâcherons de montrer que le sujet humain se constitue dans l’acte de parler, en s’identifiant au discours qu’il produit et à celui des autres, dans le dialogue, où il donne une signification aux choses qui l’entourent et à son propre vécu. Nous verrons que le monde symbolique de la culture, et plus particulièrement du langage, est le médium universel dans lequel se déploient les processus de formation de la subjectivité, et où s’opère la différenciation des sphères du moi et du non-moi, puisque le sujet se reconnaît dans le monde de formes que sa langue lui transmet, avec ses multiples expressions, représentations et schématisations, et se saisit constamment par son reflet dans ces dernières. C’est en vertu de cette relation constitutive avec le monde du langage et ses interlocuteurs que le sujet sait quelque chose de lui-même et se forme comme une personne à part entière.
-
Communication orale
Récit de vérité et promesse d’une mort transcendée : la filiation chrétienne du discours transhumanisteFrédéric Cassiani-Laurin (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)▶ Vidéo
Quelle est la source, dans notre imaginaire occidental, du fantasme d’immortalité qui motive le transhumanisme? Nous proposons que la quête de savoir, de contrôle, voire de puissance sans borne — et par corollaire d’immortalité — qui caractérise la technoscience est plus ancrée dans nos racines chrétiennes que nous le soupçonnons. En effet, la grande particularité de l’Évangile est de s’être imposé comme récit de vérité exhortant chacun à choisir entre l’adhésion totale à son message, qui mènerait à la vie éternelle, ou à subir la mort, posée comme châtiment. Le rapport à la mort, en Occident, est ainsi profondément marqué par sa matrice chrétienne.
Or le principe de vérité posé au coeur de l’Évangile ne s’est pas pour autant étiolé avec la sécularisation, il s’est plutôt déplacé vers le monde immanent, en investissant l’ambition humaine d’une puissance infinie. Ce principe de vérité s’est transféré, en outre, dans la technique et la science, notamment dans le transhumanisme qui, à la suite de la médecine, cherche à repousser au maximum l’échéance de la mort, voire à la vaincre complètement. Mais ce refus de la mort est aussi le refus de la limite, puisqu’elle s’impose comme rappel inéluctable des limites de notre savoir et de notre civilisation. Le transhumanisme se présenterait ainsi comme un espoir pour renouer avec une forme d'absolu dont le souvenir nous habite toujours. Ce mouvement serait-il devenu un discours de vérité promettant à ses adhérents la transcendance?
-
Communication orale
La pensée « décoloniale » de Frantz Fanon : Un regard sur l'évolution du statut social et national des femmes durant la décolonisation algérienne au XXe siècleBoris Lukic (UdeS - Université de Sherbrooke)▶ Vidéo
Notre communication porte sur la pensée du psychiatre martiniquais Frantz Fanon en lien avec la situation coloniale et « décoloniale » de l’Algérie entre 1954 et 1960. Nous étudions ici le portrait que Fanon dresse sur l’évolution du rôle social et du statut des Algériennes avant et pendant la guerre d’Algérie. Ce regard sur la marginalité est alors inédit parmi les penseurs anticoloniaux et nous soutenons que Fanon est véritablement le premier à prendre en considération l'histoire sociale des femmes dans le contexte des indépendances africaines. Notre problématique de référence gravite autour d'une réflexion précise. Nous nous questionnons à savoir comment Fanon analyse-t-il l’évolution du statut social et le rôle des Algériennes avant et durant la guerre d’Algérie?
Dans son portrait, il dénote une fissure causée par le conflit entre leur statut traditionnel et leur rôle de combattantes au sein de la lutte indépendantiste. Il perçoit que cet engagement crée un phénomène d'émancipation. C’est dans cette optique que nous analysons l'organisation et le fonctionnement du noyau familial algérien ainsi que la place des femmes dans cette société. Nous nous penchons ensuite sur leur rôle dans la lutte d’indépendance et nous verrons comment les réalités vécues par les combattantes diffèrent des propagandes révolutionnaires du FLN. Nous appuierons notre réflexion par le croisement des deux études de Fanon, soit L’An V de la révolution algérienne (1959) et Les damnés de la terre (1961).
-
Communication orale
Les métaphores du cancer chez des blogueuses atteintes d’un cancer du sein métastatique : quel sens donner au mourir ?Alexandra Guité Verret (UQAM - Université du Québec à Montréal), Mélanie Vachom (Université du Québec à Montréal)▶ Vidéo
Les métaphores sont omniprésentes dans le langage et structurent la réalité (Lakoff et Jonhson, 1995). En contexte de maladie, les métaphores utilisées par les patients nous informent sur leur expérience subjective. Si peu d’études empiriques s’attachent aux métaphores des patients (Hui et al, 2018), des écrits critiquent la métaphore guerrière qui domine les discours sur le cancer mais qui correspond mal au vécu des patients, surtout au vécu des patients atteints de cancer incurable qui ne peuvent plus s’identifier à l’image du combattant vainqueur (Hommerberg et al, 2020). La présente étude qualitative explore l’expérience du cancer incurable à partir des métaphores utilisées par des femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique et ayant raconté leur vécu sur un blog personnel. Le blog est un outil reconnu en études qualitatives, permettant de saisir l’expérience du cancer au-delà du cadre médical (Wilson et al, 2015). Selon des critères rigoureux, nous avons sélectionné quatre blogs tenus entre 2013 et 2020. Notre analyse phénoménologique-interprétative (Smith et Osborn, 2007) a permis de classer les métaphores des femmes en trois catégories d’expérience : le cancer est incurable est 1) une expérience de violence, 2) une recherche d’authenticité, et 3) une tentative de composer avec les paradoxes du temps. Être ouvert au langage des malades s’inscrit une communication soignant-patient efficace, laquelle est centrale pour la qualité des soins (Seccareccia et al, 2015).
-
Communication orale
Husserl et la phénoménologie de l'artDominic Roulx (UdeM - Université de Montréal)▶ Vidéo
À contre-courant de l’esthétique traditionnelle fondée sur les concepts de mimesis, d’expression et de jouissance, la pensée phénoménologique de l’art s’est employée à penser le mode d’être de l’œuvre d’art comme advenir de vérité (Heidegger, Gadamer) et comme puissance de refiguration du soi et de ses possibilités éthiques (Ricoeur). Nous proposons d’analyser originalement en quoi Husserl a contribué de manière ambigüe au bouleversement de la philosophie de l’art par la phénoménologie en nous penchant principalement sur une lettre que Husserl envoya à Hoffmansthal en 1907, texte inédit où il souligne la proximité qui unit l’attitude phénoménologique et l’attitude esthétique. En reliant esthétique et phénoménologie, Husserl pava la voie pour une nouvelle et subversive pensée phénoménologique de l’art qui allait découvrir la non-contradiction de l’imaginaire et du réel. Néanmoins, nous défendrons la thèse que son cadre conceptuel n’a pas su dégager l’esthétique philosophique de ce que Gadamer nomme « l’abstraction de la conscience esthétique » (Gadamer, 1960), qui consiste en le fait de concevoir l’œuvre d’art strictement comme un objet de jouissance subjective retiré du réel. Cette « abstraction », qui tient à la nature même de la réduction phénoménologique, isole l’art des champs épistémiques et éthiques, acheminant la phénoménologie de l’art vers l’abandon du cadre théorique husserlien en tant qu’elle aspire à rendre compte de la puissance ontologique et éthique de l’art.
-
Communication orale
La pensée de Hans Jonas: comment palier au vide éthique propre aux sociétés scientifiques modernes?Christophe Facal (UdeM - Université de Montréal)▶ Vidéo
Le « Principe Responsabilité » de Hans Jonas est un texte vaguement connu de tous, mais lu de très peu, entouré de confusions et critiques plus ou moins fondées. Nous nous proposons d’éclaircir ce texte et d’en présenter les thèses centrales pour montrer leur caractère novateur par rapport à la tradition philosophique et leur pertinence dans un contexte contemporain.
Nous porterons notre attention sur l’éthique technologique proposée par Jonas et montrerons la place cruciale qu’y le concept de responsabilité sociale. La problématique à laquelle nous nous attacherons est la suivante: dans une société technoscientifique comme la nôtre, quelle forme peut prendre une éthique politique?
Dans la modernité où l’étendue du pouvoir humain est constamment décuplé par des apports technologiques, les éthiques classiques travaillant dans l’immédiateté spatio-temporelle ne sont plus d’aucun secours. Il est donc impératif de développer une nouvelle éthique apte à penser le genre de problèmes que rencontre de plus en plus fréquemment l'humanité. Cette éthique « de la responsabilité » en sera une qui, grâce à un concept central chez Jonas, « l’heuristique de la peur », sera apte à guider les actes humains en prenant en compte, sur le mode d’un pari éthique, les possibilités éloignées d’une action. Cette proposition veut remettre sur le devant de la scène une pensée qui peut servir de guide en ces temps de pandémie où les défis éthiques de nature technoscientifique se multiplient.