Informations générales
Événement : 80e Congrès de l’Acfas
Type : Colloque
Section : Section 500 - Éducation
Description :Ce colloque portera sur la notion de rituel dans différentes institutions scolaires. En effet, le terme de rituel est présent dans des institutions différentes (maternelle, école primaire, secondaire, classe spécialisée, université, école de la « deuxième chance »…) et correspond à des acceptions variées (temps collectifs, règles de vie, cérémonies…).
Ce colloque réunira des spécialistes de sciences humaines et aura plusieurs objectifs :
- Le premier objectif sera, pour les participants, de partager leurs cadres théoriques de référence et d’engager des collaborations interdisciplinaires. Le terme de rituel est en effet utilisé dans de nombreuses acceptions.
- Le deuxième objectif sera de recenser les catégories de rituels et de débattre de leurs fonctions à un niveau scolaire donné
- Le troisième objectif visera l’approfondissement des aspects méthodologiques d’observation utilisés par les différents participants. Le caractère interdisciplinaire du terme rituel renvoie en effet à des observables différents (interactions langagières, posture corporelle, lois et règles, instruments partagés…).
Dates :- Marie-Paule Vannier (IUFM - Institut Universitaire de Formation des Maitres de Nantes)
- Maryvonne Merri (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Programme
Présentations et introduction au débat
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Mot de bienvenue
Session 1
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À quoi pensent les enseignants quand on leur parle de rituels ?Maryvonne MERRI (UQAM - Université du Québec à Montréal), Marie-Paule Vannier (IUFM - Institut Universitaire de Formation des Maitres de Nantes)
Partant du constat que bon nombre de professeurs des écoles spécialisés déclarent mettre en œuvre des rituels dans leurs classes, nous avons conduit un premier travail exploratoire auprès d'un groupe de stagiaires en cours de spécialisation (Merri & Vannier, à paraître). Il s'agissait pourles professionnelsde présenter les critères permettant, selon eux, de reconnaître un rituel puis, dans un second temps, de préciser les fonctions qu'ils leur attribuaient.
Depuis, la question de la nature et des usages des rituels scolaires est au cœur d'une réflexion que nous menons dans le cadre d'une recherche collaborative réunissant deux enseignants de maternelle, un enseignant spécialisé et deux chercheurs[1]. Ensemble, nous avons choisi d'élargir notre champ d'investigation en lançant une enquête large auprès d'enseignants appartenant à des institutions variées et exerçant à différents niveaux de scolarisation. Nous présenterons la méthodologie d'élaboration du questionnaire à choix multiple avant de faire part des premiers résultats obtenus selon un double point de vue : quelles sont les principales classes de situation représentatives des rituels selon les différents niveaux et institutions scolaires ? et quels objectifs les enseignants poursuivent-ils en les mettant en œuvre selon leur contexte d'exercice ?
[1]Recherche menée dans le département de la Sarthe. IUFM Le Mans et CREN Université de Nantes
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Définir les rituels à l'école maternelle : un paradoxe institutionnel, pédagogique et scientifiqueSophie Briquet-Duhazé (ESPE - Académie de Rouen)
Le mot « rituels » est utilisé quotidiennement par les professeurs des écoles maternelles françaises, à destination d'un public varié : élèves de toutes les sections, ATSEM (dame de service), parents, collègues.
Chaque enseignant sait, dans sa gestion de classe, ce que recouvre ce mot. D'un point de vue spatial, un moment de regroupement de tous les élèves de la classe ; d'un point de vue temporel, des activités successives courtes comme le calendrier, le temps qu'il fait, les présents et les absents… Le terme « rituels » désigne donc les règles, les habitudes qui organisent la vie de la classe. Ils sont répétés journellement avec un objectif général qui est celui de la conquête de l'autonomie. Ces rituels sont établis en fonction de plusieurs paramètres : l'espace et le temps, des compétences et des objectifs précis, un matériel à manipuler. Leur répétition s'appuie sur des activités, des mises en situation très riches, variées et évolutives où chaque élève contribue à la construction du groupe. À l'école maternelle, les rituels favorisent les apprentissages mais servent aussi à régler les comportements.
Justifier la définition des rituels semble alors inopportun.
Cependant, le paradoxe se situe dans le lien qui devrait exister entre l'usage massif de ce terme et des activités qui lui correspondent à l'école maternelle et sa quasi inexistence dans la documentation qu'elle soit officielle, pédagogique ou scientifique.
Notre proposition se propose de questionner ce paradoxe.
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Pause
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Les rituels scolaires : doxa, concept pragmatique ou concept scientifique?René Amigues (IUFM - Institut Universitaire de Formation des Maîtres d'Aix-Marseille)
Cette communication s'organisera selon quatre parties. Une première retracera rapidement les raisons qui m'ont amenées à mettre en avant la notion de « rituels scolaires » à l'école maternelle et de préciser ses rapports avec la doxa pédagogique. Une deuxième partie envisagera les « rituels scolaires » depuis les rapports concept pragmatique/concept scientifique pour tenter d'en fixer un statut épistémologique dans une recherche fondamentale de terrain. Une troisième partie présentera les fonctions que jouent les rituels scolaires dans un apprentissage par enseignement. On envisagera en particulier les rapports artefacts/rituels du point de vue de l'activité des professeurs et du point de vue de l'activité des élèves. Enfin, dans une quatrième partie on discutera de l'inscription institutionnelle des rituels scolaires : spécifique à l'éducation pré-scolaire ou à la forme scolaire et aux transformations qu'elle connaît actuellement?
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Dîner
Session 2
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Les fonctions du rituel scolaire selon différentes sciences humaines et socialesMyriam Bertrand (UQAM - Université du Québec à Montréal), Maryvonne MERRI (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Les rituels scolaires abondent à la maternelle et semblent revêtir une importance capitale pour l'entrée des enfants à l'école puisqu'ils sont utilisés non seulement au Québec mais également ailleurs dans le monde, notamment en Europe. Différentes sciences humaines et sociales telles que la sociologie, la psychologie de l'apprentissage et la psycholinguistique se sont intéressées à ces moments particuliers de la journée que représentent les rituels. Chacune de ces sciences a toutefois limité son étude des fonctions des rituels à sa propre discipline. Cet article vise alors, par une revue de littérature, à unifier les connaissances en soulevant les différentes fonctions que chacune des sciences humaines et sociales a attribuées aux rituels présents à la maternelle. Cette unification des connaissances permettra non seulement de mettre en lumière le morcellement des connaissances présent dans la littérature mais également de soulever l'aspect multifonctionnel des rituels scolaires.
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Qu'apprend-on à l'école maternelle? Méthodologie d'accès aux représentations de l'activité scolaire des enfants de 5-6 ansMaryvonne MERRI (UQAM - Université du Québec à Montréal), Marielle Purdy (UQAM - Université du Québec à Montréal)
C'est lors de l'entrée à l'école maternelle que les enfants adoptent leur nouveau rôle d'élève et construisent pour la première fois un rapport à l'école et au savoir à travers, en particulier, des rituels. De plus, le programme de formation scolaire québécois privilégie un apprentissage actif, où l'enfant est considéré comme un acteur de ses apprentissages et de son développement (Ministère de l'Éducation du Québec, 2006). On prétend donc que les représentations enfantines de l'activité scolaire jouent un rôle tout aussi important que les activités elles-mêmes dans les apprentissages scolaires (Schunk, 1992). Cependant, les chercheurs se limitent, le plus souvent, au point de vue de l'adulte (enseignant, parent), ou encore aux populations d'élèves plus âgées, voir d'école primaire et secondaire. Cette contribution propose donc une méthodologie originale d'accès aux représentations de l'activité scolaire menée et requise dans des rituels de début de journée. C'est en employant une méthode d'entretien semi-structuré et un matériel de support tactile-visuel (maquette Playmobil) que nous tentons d'accéder aux représentations de l'activité scolaire des enfants d'une classe de maternelle du Québec.
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Pause
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Ritualisations scolaires et synchronisationDenis Jeffrey (Université Laval)
Gebauer et Wulf montrent que les élèves apprennent par les ritualisations scolaires à contrôler leurs expressions corporelles, à intérioriser les valeurs de l'école, etc. Toutes les activités scolaires (accueil du matin, séquences d'activités d'enseignement, communications avec les élèves, déplacements dans la classe et hors de la classe, prises de parole) sont fortement ritualisées. Nous nous intéressons ici à la ritualisation des temps scolaires. L'enfant entre dans le temps scolaire par des ritualisations. Il doit assumer le passage de la temporalité hors de l'école à la temporalité dans l'école. Les ritualisations du temps sont essentielles pour habituer les élèves au rythme temporel de la classe. Ainsi, les ritualisations organisent les séquences entre le début et la fin de la classe, les horaires de la journée, les récréations, les pauses, les transitions entre activités, etc. Les ritualisations du temps sont porteuses de sens pour les élèves, car elles engagent un système d'ordre, des marques de durée, des limites, etc. À côté de la synchronisation que les ritualisations instaurent, on doit considérer les conduites de désynchronisation (retard, lenteur, perte de temps, procrastination). La désynchronisation consiste à se dissocier des ritualisations temporelles instituées pour résister aux contraintes liées au temps. Nous allons ici discuter des ritualisations des temps scolaires en lien avec la synchronisation et la désynchronisation.
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L'être élève : les rituels scolaires à l'école primaireDavid Harvengt (Université Laval)
La vie scolaire est pleine de rituels, petits et grands. Cela est vrai à tous les niveaux scolaires, autant primaire, secondaire que postsecondaire. Les rituels scolaires plus connus, tels que les bals de finissants ou les initiations universitaires au Québec, sont davantage associés aux cycles plus avancés. Pourtant, les rituels sont aussi très présents au primaire quoique peut-être moins spectaculaires qu'un bal ou une initiation. Nous allons nous intéresser à ces rituels du primaire en nous inspirant d'une école primaire de Québec que nous connaissons. Ces rituels du primaire sont le plus souvent de petits rites répétitifs, mais pourtant marqueur de sens. Les rituels au primaire imprègnent la vie scolaire. La rentrée à l'automne et la fin des classes sont marqués rituellement. Chaque matin et chaque fin de journée le sont également. La discipline s'inscrit aussi sous forme rituelle, les anniversaires, les bons coups, etc. Ce sont de petits rituels répétitifs marqueurs symboliques qui aident les enfants à jouer leur rôle d'élèves. Wulf et Gebauer ont, d'ailleurs, montré l'importance des rituels dans la construction de l'identité de l'élève. Nous allons donc discuter de l'importance de ces rituels scolaires au primaire au Québec comme facteur contributif à l'identité des élèves.
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Synthèse
Session 3
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Des rituels à l'école avec des élèves autistes? Formes, fonctions et place du sujetDelphine Odier-Guedj (UQAM - Université du Québec à Montréal)
La recherche dont je parlerai fait suite à 5 années d'observations de type ethnographique dans les classes d'élèves ayant un trouble envahissant du développement au Québec dans la grande région de Montréal. J'aborderai ici la question de la place des rituels et de leurs fonctions dans deux formes d'enseignement (classe TEACCH vs classes interactionnelles) à partir du discours de deux enseignantes ayant vécu ce changement de pratiques. Je m'intéresserai aux sens que donnent les enseignantes à ces rituels à tous les niveaux discutés dans cet atelier : espace de séparation entre école et maison, gestion du temps et des règles d'échange, pratique symbolique qui « accompagne les étapes de la formation de l'individu scolarisé (Blanc : 1986,p.409), appropriations des savoirs scolaires (Garcion-Vautor : 2003; Marchive : 2007), régulation du groupe pour éviter les débordements et enfin cadre étayant pour « faire exister l'individu dans sa singularité » (Hatchuel : 2005, p.96). Si les rituels attribuent des places et des rôles aux élèves et à l'enseignant, cet exemple montrera de façon prégnante à quels points ceux-ci peuvent être abusivement étroits.
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Les rituels : des espaces de marge pour construire sa placeFrançoise Hatchuel (Université Paris Ouest Nanterre La Défense (Paris 10)), Maryline NOGUEIRA-FASSE (nnnn)
A travers plusieurs recherches menées en milieu scolaire, nous montrerons en quoi les rituels, et sous quelles conditions, peuvent contribuer à accompagner les sujets dans la construction d'une place possible pour eux. Dans un premier temps, nous distinguerons plusieurs types de rituels (rites de passage, rites d'interaction, rites religieux) en considérant que leurs points communs résident d'une part dans leurs effets performatifs, d'autre part dans le fait que leur fonction principale semble être d'accompagner les sujets dans leur confrontation à l'inconnu, qu'il s'agisse d'aborder un nouveau statut, de rencontrer un « autrui » dont on ne sait rien ou de se relier au surnaturel. Nous montrerons ensuite comment certains de ces rituels (ou des formes collectives qui s'en approchent, et nous verrons en quoi) peuvent être opérant pour le sujet dans une institution scolaire. Dans une démarche qui croise anthropologie et approche clinique d'orientation psychanalytique, nous analyserons plus particulièrement la façon dont les rituels peuvent permettre à l'école d'assurer une fonction symbolique que nous qualifions d'« anthropologisation ». Pour ce faire, nous montrerons ce qui, d'un point de vue psychique et anthropologique, contribue ou inhibe la construction d'une place, et le rôle particulier, d'une part de la phase dite « de marge », d'autre part des processus de marquage.
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Pause
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Les rituels en question dans la relation éducative : rupture des liens, maintien du lien, instauration de nouveaux liensChristiane Montandon (UPEC - Université Paris-Est Créteil (Paris 12))
Poser la question des rituels revient à reconnaître, dans la société des individus qui est la nôtre, un déficit de rituels au point que Martine Segalen a pu parler d'un phénomène de déritualisations contemporaines. Ce déclin des rituels, tant des rituels de contact, des rituels de passage ou des rites de séparation, signe la fin d'une conception statique de cet ancrage des conduites individuelles sur un institué social. Telle est en effet la fonction du rituel, comme disposition collective mobilisée par un groupe ou une communauté pour gérer ses interactions entre ses membres et son contact avec d'autres groupes. Avec la nécessité d'un incessant renouvellement des règles d'interaction de l'agir social émerge un nouveau paradigme, celui d'une conception dynamique d'une ritualisation où les processus créateurs des acteurs sociaux suscitent et mobilisent de nouvelles formes du vivre ensemble à l'école.
Ce changement de posture épistémologique quitte la dimension purement institutionnalisée et formalisée des rituels pour aborder les micro processus informels qui sous tendent la mise en place progressive de ces savoirs incorporés, constitutifs des attitudes mentales et physiques des élèves.
Ceci signifie d'une part, en référence à Wulf, de redonner au corps et au contrôle de la motricité toute leur importance dans la gestion des relations au sein de la classe. Cela implique d'autre part d'étudier les conditions nécessaires à l'instauration de tels rituels performatifs.
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Dîner