Informations générales
Événement : 80e Congrès de l’Acfas
Type : Colloque
Section : Section 400 - Sciences sociales
Description :Les travaux sur les trajectoires des jeunes victimes de maltraitance indiquent que la maltraitance durant l’enfance est un facteur de risque important pour l’adoption de comportements délinquants à l’adolescence. Certains travaux soulignent cependant que la maltraitance n’est pas une condition suffisante pour l’adoption de conduites délinquantes ultérieures. Le lien entre violence subie et violence agie est donc complexe. Plusieurs études prospectives ou rétrospectives se sont attardées à l’étude des facteurs médiateurs de ce lien. À cet égard, les travaux sur le placement des enfants comme médiateur des liens entre maltraitance et comportements délinquants sont équivoques en raison de différences entre les études, notamment quant à la définition de la maltraitance, la nature de la prise en charge ou du placement (p. ex., type, durée, stabilité), la nature prospective ou rétrospective des données, l’âge et le genre des enfants. Par ailleurs, peu de travaux s’attardent aux implications de ces travaux pour le développement d’une intervention pertinente pour ces jeunes. L’objectif du colloque vise donc à comprendre la cooccurrence des problèmes de violence agie et subie chez les jeunes pris en charge dans les centres jeunesse. Bien qu’ils soient référés en vertu de la LPJ ou de la LSJPA, les jeunes qui reçoivent des services en centre jeunesse présentent des trajectoires développementales où se côtoient les problèmes de violence subie et de violence agie. Ce colloque adopte une perspective différentielle selon l’âge et le genre des enfants et a pour objectif de : 1) présenter un portrait de ces jeunes qui vivent des situations concurrentes ou différées de violence subie ou agie en lien avec les services reçus et la récurrence des signalements; 2) présenter l’efficacité différentielle des interventions auprès de jeunes présentant des problématiques comportementales complexes en se centrant sur certaines variables modératrices de l’efficacité des interventions.
Date :- Sylvie Normandeau (UdeM - Université de Montréal)
- Marie-Andrée Poirier (UdeM - Université de Montréal)
Programme
Accueil et conférence d'ouverture
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Mot de bienvenue
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Quelques défis à relever pour qui a connu la violence
Tant en psychopathologie qu'en criminologie développementales, plusieurs modèles ont été proposés pour rendre compte du passage de la position d'enfant agressé à celle d'agresseur. En se référant à l'apprentissage social, on a d'abord pu considérer que l'enfant observe les comportements agressifs, puis les reprend à son compte s'il estime qu'ils conduisent à des résultats favorables. Dans le cadre de la théorie de l'attachement, on a pu concevoir plutôt que le lien entre violence subie et violence agie implique un attachement insécurisé, le plus souvent désorganisé. Récemment, les tenants de la neurobiologie ont préconisé un modèle biosocial selon lequel c'est une version du gène codantla MAO-qui favorise la manifestation de comportements violents chez les sujets, par ailleurs maltraités. Quant à Fonagy, il a soutenu que l'impact de la violence subie dépend en partie des capacités de mentalisation et du fonctionnement réflexif de l'enfant. Après avoir fait ce rappel, nous tenterons d'aborder la question sous un nouvel angle, en formulant quelques-uns des principaux défis ou tâches que doit relever l'enfant ou l'adolescent qui a subi la violence. Il s'agira de la nécessité de se représenter mentalement : l'événement, sa participation à l'événement, sa responsabilité, les dommages qu'il a subis, ainsi que les normes et valeurs qui ont été bafouées mais qu'il faut néanmoins restaurer. Nous proposerons que chacun de ces défis peut, en cas d'impasse, mener à l'hétéro agression.
La cooccurrence des problématiques de violence agie et subie
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Mot de bienvenue
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Le passage à la LSJPA après une intervention en LPJ : portrait du phénomène et facteurs associésSonia Hélie (CIUSSS-Centre-Sud de l'Ile-de-Montréal), Catherine LAURIER (CJM – IU - Centre jeunesse de Montréal - Institut universitaire)
Après une intervention des services de protection de la jeunesse (LPJ), quelle est la probabilité que l'enfant, devenu adolescent, soit suivi en centre jeunesse pour ses agirs délinquants selonla Loisur le système de justice pénale pour adolescents (LSJPA)? Il n'existe actuellement aucun portrait fiable de ce phénomène à l'échelle du Québec. Les résultats sont tirés d'une étude de cohorte provinciale dont le but est d'estimer le risque de récurrence de la maltraitance et de mieux comprendre les facteurs qui influencent le passage de la maltraitance à la délinquance et ce, exclusivement à partir des données clinico-administratives des 16 CJ du Québec. La cohorte à l'étude est constituée de tous les jeunes dont le dossier a été fermé entre 2005 et 2009 après une première prise en charge en protection de la jeunesse et qui atteignent l'âge de 12 ans avant la fin de l'étude. Les résultats permettent d'estimer le risque d'application de mesures ou sanctions LSJPA sur une période de cinq années et les facteurs associés à la prédiction de cet événement.
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Facteurs personnels et sociofamiliaux les plus fortement associés à la présence de troubles de comportement chez les enfants négligésMichèle DÉRY (UdeS - Université de Sherbrooke), Robert Pauzé (Université Laval), Jean TOUPIN (UdeS - Université de Sherbrooke)
La conférence vise d'une part à identifier parmi une gamme de facteurs personnels, incluant le genre des enfants, et sociofamiliaux, ceux qui sont les plus fortement associés à la présence de problèmes de comportement chez les enfants âgés de 4-5 ans , 6-8 ans, 9-11 ans et 12-14 ans qui ont été référés à l'application des mesures des centre jeunesse pour négligence. D'autre part, des informations sur les services dont ont bénéficié ces enfants seront également présentées. Ces données sont tirées de l'étude de Pauzé et al. (2004) portant sur un échantillon de 756 jeunes référés à l'application des mesures des Centre jeunesse. L'objectif de cette étude visait à documenter le portrait des jeunes âgés de 0 à 17 ans référés à la prise en charge des Centres jeunesse du Québec, leur parcours dans les services et leur évolution dans le temps.
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Pause
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Mot de bienvenue
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Polyvictimisation des jeunes, agressivité et délinquance, liens et trajectoires multiplesClaire CHAMBERLAND (UdeM - Université de Montréal), Delphine COLLIN-VÉZINA (Université McGill), Marie-Eve Clément (UQO - Université du Québec en Outaouais), Katie Cyr (UdeM - Université de Montréal), Geneviève LESSARD (Université Laval)
Les auteurs documentent les diverses formes de violence auxquelles les jeunes québécois sont exposés en explorant les liens entre la polyvictimisation vécue, les symptômes d'agressivité des jeunes (2-17 ans) et la délinquance des adolescents (12-17 ans). Une comparaison de la violence subie par les jeunes pris en charge à l'application des mesures (n = 220) par trois centres jeunesse du Québec avec celle des jeunes de la population générale québécoise (n = 2 800) révèle que les jeunes en centre jeunesse sont fortement polyvictimisés. À la lumière des impacts de la polyvictimisation sur l'adaptation sociale des jeunes, une intervention concertée impliquant divers intervenants du milieu apparaît nécessaire afin d'intervenir et de réduire les risques de re-victimisation dans les diverses sphères de la vie des jeunes en centre jeunesse.
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Les mauvais traitements durant l'enfance chez des adolescents agresseurs sexuels : nature, ampleur et influence sur le profil psychosocial des adolescentsDenis LAFORTUNE (UdeM - Université de Montréal), Jean PROULX (UdeM - Université de Montréal), Anne-Marie TOUGAS (UdeS - Université de Sherbrooke), Marc Tourigny (UdeS - Université de Sherbrooke)
Les adolescents agresseurs sexuels (AAS) représentent une bonne proportion de l'ensemble des agresseurs sexuels. Parmi les caractéristiques des AAS, de plus en plus d'études suggèrent que ces jeunes sont nombreux à avoir vécu des mauvais traitements dans leur enfance. Une méta-analyse récente montre que les mauvais traitements dans l'enfance des AAS sont un phénomène très fréquent (Seto et Lalumière, 2010). Par exemple, 21 études sur 31 rapportent des taux de victimisation sexuelle dans l'enfance de 33% et plus. De même, 11 études sur 20 rapportent qu'entre 40% et 100% des AAS ont vécu des abus physiques. L'objectif de la présentation est de déterminer l'ampleur et la nature des mauvais traitements vécus dans l'enfance par les adolescents agresseurs sexuels. Dans un deuxième temps, nous examinerons si les diverses formes de mauvais traitements influencent le profil psychosocial des AAS.
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Les mauvais traitements psychologiques envers les enfants au Québec : situations dépistées et services reçus suite à l'entrée en vigueur de la nouvelle LPJSonia HÉLIE (CJM – IU - Centre jeunesse de Montréal - Institut universitaire), Chantal LAVERGNE (CJM – IU - Centre jeunesse de Montréal - Institut universitaire), Jacques MOREAU (UdeM - Université de Montréal), Claire Malo (CJM – IU - Centre jeunesse de Montréal - Institut universitaire)
Depuis juillet 2007, la loi québécoise sur la protection de la jeunesse inclut le concept de mauvais traitements psychologiques à l'endroit des enfants comme motif recevable de signalement. Financée par le CRSH (programme 2010-2013), une étude pan-québécoise est en cours qui trace pour la première fois un portrait de cette problématique dans le système de protection. Dans cette présentation, nous rappellerons d'abord le contexte et l'ensemble des volets prévus dans l'étude globale, avant de présenter certaines données tirées des banques administratives et dénominalisées recueillies auprès des 16 CJ québécois. De façon plus précise, nous aborderons l'incidence des mauvais traitements psychologiques, certaines caractéristiques des enfants et des familles concernées, mais aussi le type de mesures et de services offerts aux familles aux prises avec cette problématique, lorsqu'elle se présente seule ou en cooccurrence avec d'autres formes de maltraitance, notamment avec les troubles de comportements. La discussion portera sur les implications de ces résultats pour l'avancement des connaissances comme pour la pratique en protection.
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Dîner
L'intervention auprès de jeunes lorsqu'il y a cooccurrence des problématiques
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Mot de bienvenue
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L'effet différentiel des antécédents de victimisation sexuelle ou physique sur le traitement des difficultés de comportement des adolescentes hébergées en centre jeunesse, Geneviève PAQUETTE (UdeS - Université de Sherbrooke), Marc TOURIGNY (UdeS - Université de Sherbrooke)
Le besoin d'adapter les programmes d'intervention aux particularités des adolescentes prises en charge par la justice est vivement prôné, notamment en raison de la forte cooccurrence entre les difficultés de comportement et les antécédents d'agression sexuelle ou physique (Hipwell et Loeber, 2006; Paquette et a., 2006). La communication évalue si les effets d'un programme d'intervention cognitif-comportemental sur les difficultés de comportement d'adolescentes hébergées en Centre jeunesse varient selon que ces dernières aient ou non à leur actif un signalement fondé pour des motifs d'agressions sexuelles ou physiques. L'étude est menée au moyen d'un devis quasi expérimental. Les adolescentes ont répondu à des questionnaires à leur arrivée à l'unité d'hébergement, de même que 3, 6, 12 et 18 mois après. Les difficultés de comportement évaluées sont rapportées aux cinq temps de mesure. Les données sur les antécédents d'agression subies proviennent des dossiers officiels informatisés qui recensent tous les signalements fondés pour ce motif depuis la naissance en vertu de la LPJ. Les résultats auront des retombées cliniques importantes. Dans une optique de développer des interventions différentielles adaptées aux besoins spécifiques des adolescentes en difficulté, il importe de vérifier si le programme d'intervention a des effets similaires sur les difficultés de comportement des adolescentes, que celles-ci aient ou non été victimes d'agressions sexuelles et/ou physiques.
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La violence agie et la violence subie interfèrent-elles avec l'établissement d'une alliance entre une adolescente et son éducatrice désignée?Marie-Hélène Ayotte (UdeS - Université de Sherbrooke), Nadine Lanctôt (UdeS - Université de Sherbrooke), Sophie TREMBLAY-HÉBERT (UdeS - Université de Sherbrooke)
Dans le domaine des pratiques probantes, il est de plus en plus reconnu que deux questions centrales doivent être abordées. Il importe en effet d'évaluer des programmes d'intervention, mais aussi les processus d'intervention qui les entourent (Cameron & King Keenan, 2010). Il ne s'agit donc pas uniquement d'évaluer « ce qui fonctionne », mais aussi de mieux comprendre « ce qui fait qu'une intervention fonctionne ». Lambert et Barley (2001) estiment qu'au-delà de l'impact que peut avoir un programme donné (environ 15% de la variance expliquée), la qualité de la relation thérapeutique exerce une influence considérable, expliquant environ 30% des changements en cours de traitement. Plus spécifiquement, des méta-analyses rapportent des effets robustes, bien que modérés, de l'alliance entre un jeune et son intervenant (Karver, Handelsman & Bickman, 2006). La présente communication vise à vérifier si la violence agie et la violence subie interfèrent avec l'établissement d'une alliance entre les adolescentes hébergées en Centre jeunesse et leurs éducateurs et éducatrices. Les données sur les antécédents d'agression subies proviennent de la plateforme informationnelle pour le bien-être de l'enfant (PIBE) alors que l'alliance thérapeutique a été évaluée au moyen d'un questionnaire rempli 3 mois après le début du placement de l'adolescente. L'alliance est évaluée à la fois selon les perceptions des adolescentes et celles de leurs éducateurs ou éducatrices désignés.
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Pause
Conférence de clôture
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Mot de bienvenue
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La coocurrence des problématiques comportementales et les défis de l'interventionDelphine Collin-Vézina (Université McGill)
La conférence de clôture a pour objectif de mettre en lumière les grands constats qui émanent des différentes allocutions du présent colloque, en lien, d'une part, avec les profils de co-occurrence des problématiques vécues par les jeunes pris en charge par les services de la protection de la jeunesse et, d'autre part, en termes des différentes avenues d'intervention privilégiées pour répondre aux besoins criants de cette population. La présentatrice étayera ses propos par des exemples concrets provenant de sa propre expérience de chercheure œuvrant dans le milieu de la protection de la jeunesse. L'accent sera porté sur les défis que posent la mise en œuvre d'interventions basées sur les données probantes auprès de cette clientèle et des pistes de solutions pour y parvenir.
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Discussion
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Mot de clôture