Informations générales
Événement : 80e Congrès de l’Acfas
Type : Colloque
Section : Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Description :Le congrès de la SPQ vise à rassembler les chercheurs en philosophie autour d’un thème rassembleur qui sera pour 2012 : « La philosophie interlocutrice des sciences et des arts ». Le congrès vise à interroger et analyser les différents rapports qu’entretient la philosophie avec les arts d’un côté et les sciences de l’autre côté. Ces rapports sont multiples et ouvrent plusieurs avenues théoriques. Analyse du discours philosophique comme esthétique ou scientifique, importance ou nécessité du discours philosophique pour définir ce qu’est la science ou l’art, et importance ou nécessité de l’art et de la science pour produire un discours philosophique. Ces questions ont occupé les philosophes depuis ses origines, et les réponses offertes ont évolué de façons extrêmement intéressantes et pertinentes pour la compréhension de la philosophie, de ses objets d’analyse et de sa méthodologie à travers l’histoire et encore aujourd’hui.
Les chercheurs invités seront donc appelés à aborder le thème proposé de différentes façons. Le caractère équivoque du thème est nécessaire afin de mettre de l’avant un évènement rassembleur pour des chercheurs ayant des domaines de spécialisation divers en philosophie de l’histoire, en éthique, en philosophie des sciences et en philosophie de l’esprit, en philosophie esthétique et en philosophie de la littérature, etc. Quelques exemples de thèmes pouvant être abordés par les congressistes : L’influence et la place centrale qu’occupent les sciences cognitives et les sciences sociales dans les discours en philosophie de l’esprit, en éthique et en philosophie sociale et politique. La pertinence de soumettre la science ou l’art à des normes et à des critères éthiques. L’analyse philosophique comme discours scientifique ou comme discours esthétique.
Dates :Programme
La tragédie et nous – 1. Le théâtre et ses doubles
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Mot de bienvenue
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Les héroïnes tragiques, nos contemporainesLorraine Pintal (TNM)
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Pause
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« Ce que nous faisons est la plus belle tragédie » (Lois). Remarques directes et indirectes de Platon sur la tragédieBenoît Castelnérac (UdeS - Université de Sherbrooke)
Chez Platon, les remarques directes ou indirectes concernant la tragédie se comptent sur les doigts d'une main (Cratyle, Lois, Philèbe) tandis que le problème du dilemme entre des motifs psychologiques divergents est thématisé de manière centrale dans le livre IV de la République, dans un passage qui est souvent invoqué comme un moment pivot dans la psychologie et la morale platoniciennes. Le terme "tragique" ne conserve pourtant pas une connotation uniquement dramatique dans les dialogues de Platon, car il sert tantôt à qualifier le langage humain (Cratyle) ou le statut de la législation (Lois). Nous tenterons de donner une représentation de la tragédie philosophique chez Platon comme une situation de discordance entre l'intelligence et ses conditions historiques, politiques et éthiques d'existence.
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Discussion
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Le théâtre ou la pratique de la vérité. Une analyse philosophique de Médée de SénèqueNoémie Verhoef (UdeS - Université de Sherbrooke)
Les tragédies latines ont souvent été reléguées aux oubliettes sous prétexte qu'elles n'étaient qu'une pâle imitation de leurs équivalentes grecques. Pourtant, force est de constater que les pièces de Sénèque ont une efficacité théâtrale qui leur est propre. L'objet de cette présentation sera de montrer que les tragédies de Sénèque, lorsque remises en contexte romain et comprises comme étant des œuvres tant philosophiques que littéraires, sont un vecteur efficace de transmission de la connaissance, voire de la vérité dont elles sont porteuses. Pour illustrer notre propos, nous avons choisi d'analyser Médée, la tragédie de Sénèque jouissant de la meilleure réputation et ayant fait l'objet de nombreuses études.
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Discussion
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La tragédie de l'homme simpleJerome Brillaud (Vanderbilt University)
Nous nous proposons d'étudier deux adaptations du Philoctète de Sophocle : le Philoctète de François La Harpe donné à la Comédie-Française en 1783 et la pièce de Heiner Müller représentée en 1968 à Berlin Ouest, en 1977 en RDA puis en Bulgarie en 1983. L'intérêt de ces adaptations est double : d'une part le genre tragique y est malmené à en juger par les critiques souvent sévères de ces deux pièces, d'autre part le protagoniste est comme figé dans un éternel présent qui le rend insensible aux revers de fortune tout en lui découvrant la rugosité d'un réel sans double. Pour cette dernière raison, Philoctète prend les traits de l'homme simple peint par Vladimir Jankélévitch et Clément Rosset à sa suite. L'homme simple comme en état de grâce, absorberait mieux les coups du sort car il « se trouve tout naturellement accordé avec l'extemporanéité de l'urgence et tout naturellement constitué pour la lecture à vue du tragique quodditatif : ses initiatives impréparées sont donc en quelque sorte le fruit d'une « préparation instantanée », d'un recueillement indélibéré dans la plénitude du présent » (Vladimir Jankélévitch, Traité des vertus III). Voici donc la question à laquelle nous tenterons de répondre : y a-t-il une tragédie de l'homme simple ?
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Discussion
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Dîner
Valeurs et société – 1
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Une défense de l'égoïsme psychologiqueSebastien Laliberté (Université Laval)
La doctrine de l'égoïsme psychologique est presque universellement rejetée par les philosophes. Je crois qu'un tel rejet est dû en grande partie à des confusions conceptuelles. Je tenterai de démontrer que l'égoïsme et l'altruisme sont compatibles en précisant ce qu'est l'égoïsme et en distinguant deux versions de l'altruisme, l'une forte et l'une faible. Je conclus que l'égoïsme psychologique est compatible avec la version faible de l'altruisme et que cette version est d'ailleurs la plus plausible.
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Discussion
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Jurgen Habermas et Jonas ont-ils toujours leur place en éthique d'entreprise?Yolande Francois (Université de Lyon)
Ces deux auteurs ont été largement mobilisés en France par les Sciences de Gestion. Dans le cadre de notre recherche, nous les avons plus particulièrement étudiés et notamment sur leur applicabilité actuelle et efficiente dans cette discipline. Ce papier se propose de retracer les grandes lignes de notre recherche qui a fait par ailleurs l'objet de la publication d'un ouvrage sur le thème de la gouvernance éthique des entreprises ou miroir de la morale.
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Discussion
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Dîner
La tragédie et nous – 2. Humain et inhumain
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Cruauté tragique et efficacité théâtraleAlexis Richard (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Et si le théâtre et le social partageaient la même nature dans un sens non métaphorique? La mise en parallèle de la tragédie grecque, dans ce qu'elle emprunte au discours religieux, et du théâtre de la cruauté d'Antonin Artaud permet tout au moins d'opérer un singulier renversement de perspective. La notion de théâtre qu'elle dégage, aux antipodes de l'image d'un divertissement à consommer, prend les allures d'un grave et périlleux travail de construction culturelle qui engloberait jusqu'aux institutions sociales les plus durables. Alors que ce parallèle révèle ce qui se présente dès lors comme une « efficacité » à la fois esthétique et politique du théâtre, apparemment perdue, le sérieux culturel de l'humanité est percé pour laisser entrevoir ce qu'il doit au simulé et au superficiel.
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Discussion
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Dépression et tragédie meurtrière : que reste-t-il du concept d'imputabilité devant l'acte monstrueux?Christian Saint-Germain (UQAM - Université du Québec à Montréal)
L'incertitude qui vient de l'évaluation psychiatrique en droit tient d'abord au fait qu'elle s'adresse le plus souvent à des jurés, dont la formation en regard des concepts psychiatriques demeure le plus souvent modeste. Comment peut-on imaginer que puisse s'effectuer le départage entre des explications psychiatriques sans que ne soit d'abord clarifiée la valeur des termes tels que : volontaire, involontaire, intentionnel ou non intentionnel en droit et en psychiatrie? Récemment certains procès au Québec ont su rappeler au grand public les incohérences de la discipline juridique lorsque celle-ci oppose la parole d'experts des « choses de l'esprit » et laissent intervenir cette « légalité occulte » dans l'exercice de son discernement. À telle enseigne, que l'innocence paraît plus facilement concevable pour un jury lorsque l'acte reproché dépasse l'entendement quant à son mobile immédiat; et cela malgré le fait que son auteur puisse être particulièrement intelligent. Or, dans l'histoire du droit pénal l'intervention de la psychiatrie coïncide pour Michel Foucault avec ce présupposé même : « (…) Les psychiatres ont, avec beaucoup d'entêtement, cherché à prendre place dans les mécanismes pénaux. Ils ont revendiqué leur droit d'intervention [autour du fait] qu'il y avait des folies qui ne se manifestaient que dans des crimes énormes, et nulle part ailleurs ». Or, pouvons-nous encore prendre le point de vue de la psychiatrie au sérieux?
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Discussion
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Pause
Valeurs et société – 2
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L'héritage jonassien et la question de la justice intergénérationnelleChristian Alain Djoko Kamgain (Université Laval)
Au cours de cette communication, il s'agira d'examiner tant les apports, les insuffisances que les absents des travaux jonasiens sur la justice intergénérationnelle. Il est précisément question de démontrer avec Jonas contre Jonas que la reconfiguration paradigmatique de la responsabilité que ce dernier opère, rend plausible et viable l'hypothèse des droits futurs. Cette possibilité constitue une des stratégies argumentatives les plus à même de justifier les obligations des générations présentes en faveur des générations à venir.
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Discussion
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Le cours de philosophie ou le spectacle des idéesChiara Cavalli (UQAM - Université du Québec à Montréal)
L'intention qui anime ce projet de thèse est celle de comprendre la nature et les modalités d'apparition de l'étonnement pour alimenter une réflexion sur les fondements de l'enseignement de la philosophie au collégial. L'hypothèse accompagnant cette intention avance qu'à l'origine de l'apprentissage du philosopher se trouve l'étonnement car, en amenant à vivre et à ressentir les questions philosophiques, il permet d'en dévoiler le sens. Or, comment peut-on s'étonner dans un cours de philosophie? En commençant par les œuvres d'art.
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Discussion
La tragédie et nous – 3. L'éthique comme réponse au tragique
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La tragédie comme aboutissement du parcours herméneutique de Paul RicœurJean-François Méthot (Collège universitaire dominicain)
Le thème de la tragédie occupe une place importante dans l'œuvre de Paul Ricœur. Mais, avec le recul, cet intérêt pour la tragédie semble l'aboutissement d'une démarche entreprise dès L'homme faillible (1960) et surtout La symbolique du mal (1960), et qui allait trouver sa forme définitive dans Temps et récit (1983-1985). En effet, au début de son parcours philosophique, Ricœur se donnait le pari de comprendre l'action humaine, c'était là son programme de recherche phénoménologique entrepris des Le volontaire et l'involontaire (1950). Nous voudrions défendre ici que Ricœur a trouvé dans le traitement aristotélicien de la tragédie le modèle général de la poétique qu'il envisageait au tout début de son parcours. Pour Ricœur, un travail herméneutique opéré à partir de la tragédie nous permet de mieux comprendre au moins deux aspects fondamentaux de l'expérience humaine : l'action et la temporalité.
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Discussion
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L'éthique face au tragique chez Emmanuel LévinasRichard Linteau (UdeS - Université de Sherbrooke)
La notion de tragique occupe une place centrale dans l'œuvre de Lévinas. Non pas qu'il ait fait de la tragédie une thématique récurrente, mais plutôt parce qu'elle est directement liée à l'être lui-même. Le tragique caractérise toute existence et seul le primat de l'éthique permettra de donner un sens au non-sens de la souffrance. Ainsi, la notion de responsabilité pour autrui sera la réponse de Lévinas à la tragédie ontologique. Et si on ajoute à cela l'idée que l'éthique se veut un «jamais plus» face à l'horreur de la Shoah, on aura une meilleure idée de l'importance que joue la notion de tragique dans l'œuvre d'un Lévinas pour qui «toute civilisation qui accepte l'être, le désespoir tragique qu'il comporte et les crimes qu'il justifie, mérite le nom de barbare».
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Discussion
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Les expériences du tragique dans le cadre de la médecine fœtale : la perspective des professionnels de la santéAdeline Broussin Ducos (UdeS - Université de Sherbrooke)
L'essor et le développement des techniques et technologies du diagnostic prénatal confrontent aujourd'hui les professionnels de la médecine fœtale à des situations dramatiques. Il en est ainsi parce que le diagnostic prénatal d'anomalie chromosomique irréversible est désormais possible voire obligatoire selon les pays, et qu'il en découle l'évaluation et la détermination d'un choix de "moindre mal" aussi nécessaire que douloureux. Aussi, nous tacherons ici de déterminer en quoi ces expériences sont précisément dotées d'une dimension tragique et en quoi cette dimension tragique peut jouer un rôle éthique au niveau existentiel dans la perspective de ces professionnels.
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Discussion
La tragédie et nous – 4. La tragédie et le motif du pouvoir
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Conflit tragique, guerres civiles et philosophie politique au 16e siècleLouise Frappier (Université d’Ottawa)
À la Renaissance, la redécouverte de la tragédie par les humanistes réactive sa fonction politique. Pour les théoriciens de la période, témoins et commentateurs des crises politiques, la tragédie, en mettant en scène la chute des « princes » et en traitant des malheurs de l'état, tire en effet son utilité de ce qu'elle est un genre poétique au service de l'instruction des puissants. La conception du genre tragique au XVIe siècle et les conditions historiques de son émergence appellent ainsi une interrogation sur ses rapports avec le politique. Les dramaturges se sont en effet appliqués à établir de nombreux parallèles entre le genre tragique et l'actualité. Ils ont cherché dans la Bible, dans l'histoire antique et dans les fables mythologiques des situations analogues à celles qui se déploient sur la scène du monde. Les guerres civiles qui ont marqué la seconde moitié du XVIe siècle n'ont pas seulement manifesté l'ampleur des divisions religieuses ; elles ont aussi révélé la gravité de la crise de l'autorité royale. La tragédie française, dès ses débuts, offre ainsi un miroir au souverain et expose, sous ses yeux, les devoirs associés à sa fonction et les périls de sa condition. Dans cette communication, il s'agira donc de montrer que le théâtre de la seconde moitié du XVIe siècle, au sein des formes codifiées de la tragédie et en dialogue avec la pensée politique de la période, problématise les enjeux relatifs à l'exercice du pouvoir et à la moralité du chef de l'État.
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Discussion
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L'action et la tragédie dans L'esprit du christianisme et son destin de HegelMartin Thibodeau
Au cours des deux dernières décennies, plusieurs commentateurs se sont intéressés aux différentes interprétations de la tragédie grecque proposées par Hegel. Certes, ces commentateurs étaient motivés par des objectifs passablement différents et leurs analyses de ce que l'on peut appeler la théorie hégélienne de la tragédie se sont développés à partir de perspectives diverses et parfois même divergentes. Toutefois, il n'en reste pas moins qu'au delà de ces différences et divergences, ils partagent un point de vue commun, à savoir que la tragédie a contribué de façon significative à façonner plusieurs éléments fondamentaux de la philosophie de Hegel. Nous poursuivrons dans cette voie et nous nous intéresserons plus particulièrement à l'élément éthico-politique. Aussi nous emploierons-nous à défendre la thèse selon laquelle Hegel a réinterprété et reformulé pour les fins de sa théorie de l'agir éthique et politique certains éléments qui appartiennent en propre à la tragédie grecque. Pour ce faire, nous nous appuierons sur un écrit de jeunesse de Hegel, soit L'esprit du christianisme et son destin.
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Discussion
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Tragédie et révolution chez Arendt et JaspersSophie Cloutier (USP - Université Saint-Paul)
À l'heure du Printemps arabe et du mouvement des indignés, il est intéressant de relire l'Essai sur la révolution de Hannah Arendt en s'attardant sur le lien entre la révolution et la tragédie. Elle qualifiait la révolution d'événement tragique, mais qui ne devait pas nous laisser sans espoir pour autant – un espoir certes tragique. Elle remarquait que les révolutions étaient trop souvent défaites, mais qu'il ne fallait pas s'arrêter à cette défaite historique pour apprécier l'ampleur de ces événements. Le mot de Caton, qu'Arendt prévoyait citer au début de son Juger, « La cause victorieuse plaît aux dieux, mais la cause vaincue plaît à Caton », ouvre une piste de réflexion sur la manière de juger la révolution. La difficulté c'est qu'Arendt n'a jamais fait de traitement systématique de la tragédie, seulement quelques références éparses et énigmatiques dans son œuvre. C'est pourquoi la lecture croisée avec Tragedy is not enough de Karl Jaspers nous permettra de mieux comprendre pourquoi la cause vaincue des révolutions devrait nous plaire et quel est cet espoir tragique qui se dégage des révolutions. Il apparaîtra que, tout comme le spectacle des tragédies, le spectacle de la révolution procure une catharsis qui a un effet purificateur sur la faculté de juger. La révolution met en scène ce « savoir tragique » que Jaspers associait à la tragédie.
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Discussion
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Pause
Déjeuner de la SPQ – Plénière 1
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La fin de la philosophie de la culture: de Ernst Cassirer à Raymond KlibanskyGeorges Leroux (UQAM - Université du Québec à Montréal)
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Dîner
La tragédie et nous – 5. La tragédie comme apprentissage moral
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Le tragique chez Nietzsche : la nécessité de la métamorphose de soiMathieu Fortin (Collégial du Séminaire de Sherbrooke)
L'idée du tragique se trouverait non seulement omniprésente dans l'œuvre de Nietzsche, mais elle permettrait aussi de clarifier et de mesurer la portée de plusieurs des thèmes les plus fondamentaux de sa pensée. Par exemple, en ce qui concerne l'immoralisme, le pluralisme qu'implique l'idée du tragique amène à voir en quoi Nietzsche ne souhaite pas l'anéantissement de la morale, bien au contraire. Une morale présuppose toujours un type, un type est définit par Nietzsche par la domination d'une organisation instinctuelle. La morale ou, plus exactement, les morales, sont en cela une condition essentielle à la vie, puisqu'elles font la promotion de tel ou tel instinct qui veut s'imposer. Nous montrerons donc que, selon Nietzsche, « le progrès vers un type défini comme idéal soit la seule et unique forme de but dont soit capable l'humanité constitue un problème de 1er ordre, un problème tragique par excellence ». Ainsi, la vision dynamique de la morale que promeut le tragique serait plutôt le reflet de la nécessité du renouvellement des types, afin que se perpétue l'exploration des manières d'être. Nous conclurons en soulignant l'importance accordée par Nietzsche à l'héritage de ce qui a précédé, de sorte que le principe ultime de la philosophie nietzschéenne, celui de la métamorphose de soi, présuppose l'accumulation, en soi-même, de diverses perspectives.
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Discussion
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La souffrance au centre du tragique chez NietzscheMarie-Andrée Ricard (Université Laval)
Il pourrait sembler que le tragique n'a plus de place dans un monde comme le nôtre, qui se veut entièrement rationalisé, égalitaire, et émancipé de toute croyance en l'intervention d'un destin, dont l'Histoire représenta certes le dernier avatar. Même en art, la création de tragédies est tarie depuis longtemps. Nietzsche soutient cependant le contraire. Par-delà son engouement de jeunesse pour la tragédie attique et la consolation « métaphysique » que son vécu livrait directement, selon lequel vivre procure une joie inextinguible en dépit du caractère terrible – non rationnel et non moral, bref non-humain – de la vie, Nietzsche continuera en effet d'affirmer que nous avons besoin d'une sagesse tragique, voire qu'une nouvelle ère tragique doit impérativement venir au jour. Je tenterai ici de montrer que ce qu'il entend finalement par tragique repose sur la prise de conscience d'un problème moral ou « physiologique » insoluble malgré, et justement en partie aussi, à cause des promesses de bonheur offertes, mais non tenues, par la modernité. Ce problème fondamental est celui de la souffrance. La philosophie est tragique pour Nietzsche dans la mesure où sa tâche primordiale consiste à déterminer comment nous devons vivre, c'est-à-dire, plus précisément, comment nous devons nous comporter vis-à-vis d'une souffrance endémique et à laquelle les traditions métaphysique et judéo-chrétienne qui nous déterminent encore nous ont habitués à ôter toute innocence.
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Discussion
La philosophie face aux autres formes du discours – 1
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De la catastrophe au chaos. Éléments pour un nouveau paradigme historiqueNicolas Piqué (Université de Grenoble)
Posons que le régime proprement historique de temporalité se caractérise par la reconnaissance de la singularité des époques et de la discontinuité, à l'inverse du régime traditionnel, qui postule le dépassement de la temporalité dans un principe explicatif anhistorique unifiant (Providence, développement de l'Esprit, lois de l'histoire). Il s'agira de retracer la généalogie de ce régime en analysant les usages de la notion de catastrophe, avant d'en analyser les conséquences ontologiques dans une pensée du chaos.
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Discussion
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Le Récit gadamérien du Wissenwollen. Une histoire du rapport entre philosophie et scienceDany Rodier (Université de Fribourg)
Le propos de cette étude est d'éclairer certains défis auxquels la philosophie contemporaine est confrontée à la lu-mière d'une relecture de l'histoire occidentale guidée par le concept gadamérien de Wissenwollen (vouloir-savoir). Gadamer veut montrer, en prolongeant le travail accompli dans Vérité et méthode, que la philosophie n'a pas à rougir des questions qui lui sont essentielles, mais qu'elle est appelée à assumer pleinement sa contribution positive comme pensée métaphysique.
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Discussion
La tragédie et nous – 6. Dans le théâtre du monde
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Tragédie, comédie et terreur chez HegelJeffrey Reid (Université d’Ottawa)
Dans sa Phénoménologie de l'esprit Hegel nous présente la tragédie grecque comme une expression fondamentale de la différence qui se joue au sein de vie éthique de la Cité, différence qui est l'expression d'un conflit, on pourrait dire, entre les mondes privé et public. La fin de la tragédie grecque comporte l'effondrement de cette expression réelle, théâtrale et civique de la différence. En effet, la différence tragique s'étouffe d'elle-même par la mise-en-scène d'une réconciliation abstraite, sans médiation véritable, imposée par le destin étranger. La dissolution de la tragédie donne lieu à l'indifférence de la comédie où tout s'équivaut et l'essor du monde romain où tout est possible. Or chez Hegel, l'indifférence comique s'apparente logiquement à la condition qu'il décrit dans la Terreur révolutionnaire: un monde où toutes les instances différentielles et particulières du vivre-ensemble sont balayées en faveur d'un individualisme absolu, d'une mer de sable où n'importe qui peut s'ériger en chef. Ainsi l'indifférence comique s'avère aussi bien terrible, tout comme le monde romain de pain et de cirques est riche en despotes bouffons et sanguinaires tels que Néron, Caligula et Commodus. Est-ce qu'on ne pourrait pas déduire, dans notre monde contemporain avec son vacillement complice et télégénique entre la comédie et la terreur, l'absence d'une différence véritable, celle de type tragique?
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Discussion
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Tragédie et mise en scène du climat politiqueDominic Desroches (Collège Ahuntsic)
Dans cette communication, nous rattacherons la naissance de la tragédie et la fabrication actuelle des climats politiques. Nous montrerons que les comportements humains présupposent toujours une ambiance, qu'ils s'interprètent dans une atmosphère préalable et que les humains, des anthropotechniques, sont des « designers » d'atmosphères sociale, éthique et politique. Cette thèse audacieuse, qui développe les intuitions de Peter Sloterdijk, a des répercussions majeures : d'un côté, notre agir est une réponse à un climat qui nous englobe déjà, tandis que de l'autre, nous fabriquons et participons en partie ce climat, que l'on pense par exemple à la vie partagée dans la ville ou à la mise en place de régime politique, notamment la démocratie. Nous agissons nous-mêmes sur l'ambiance, mais toujours moins qu'elle agit déjà sur nous. L'homme est donc un animal « pathétique », un être tributaire du temps qui passe et du temps qu'il fait et il arrive toujours deuxième dans un monde qui le devance. Mais il n'en demeure pas moins capable, par l'invention du langage et du développement technique, de mettre en scène ses actions. S'il est un designer, il n'est pas capable, toutefois, de prévoir et de juguler les effets de son action à long terme, voilà pourquoi, du point de vue de la mise en scène, la problématique des changements climatiques nous renvoie directement à la tragédie grecque classique.
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Discussion
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Faire face aux désastres : les tragédies dans l'espace public contemporainAndré Duhamel (UdeS - Université de Sherbrooke)
Les tragédies, traditionnellement, représentaient publiquement des actions et événements de nature publique et remplissaient de la sorte un rôle politique. Qu'en est-il aujourd'hui, alors qu'on proclame parfois la mort de la tragédie sur la scène, mais qu'on affirme en même temps la persistance du tragique dans le théâtre du monde ? En contexte contemporain, les medias constituent une scène privilégiée de la représentation tragique ; accomplissent-ils un rôle similaire à celui autrefois dévolu aux tragédies ? Nous tenterons de montrer, en nous basant sur des études en éthique des médias, qu'une réponse positive peut être apportée à cette question. Certes, les médias écrits et électroniques réduisent le plus souvent les événements et les actions tragiques à leur aspect spectaculaire et pathétique, produisant un choc qui ne s'inscrit guère dans une mémoire. Mais ces mêmes médias peuvent aussi critiquer la mise en scène de ces événements et actions (par le pouvoir, par exemple, dans le cas des guerres ou du terrorisme), ou discuter de leurs représentations dans diverses formes artistiques (tel le cinéma : voir Polytechnique, Incendies). Ils peuvent ainsi contribuer au travail des affects et du deuil, initier la transformation de soi ou du monde, et finalement instruire, à l'instar de la catharsis thématisée par Aristote.
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Discussion
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Synthèse
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Mot de clôture
Épistémologie et philosophie des sciences – 1
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Le problème des lois en biologie face à l'exigence prédictive de l'explication scientifiqueGuillaume Bard (UdeM - Université de Montréal)
Selon une perspective poppérienne, la philosophie permet d'interroger la valeur épistémologique de l'explication scientifique : une explication n'aurait de valeur que si on a « pris le risque » de la soumettre aux conditions susceptibles de la falsifier. J'examinerai comment la notion de prédiction intervient au sein des modèles explicatifs, et ce, dans le cadre d'un débat propre à la philosophie de la biologie, à savoir celui concernant la possibilité qu'existent des lois en biologie.
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Discussion
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La notion de modèle en philosophie des sciences
Nous voulons faire valoir le caractère central de la notion de modèle en philosophie des sciences. Nous aborderons d'abord la question du rapport qu'entretiennent les notions de modèle et de théorie. Nous présentons de façon critique et informelle les différentes voies que l'analyse épistémologique a adoptées afin de caractériser les modèles associés aux théories scientifiques, et nous en discutons les enjeux. Enfin, et à titre d'exemple, nous exposons comment le débat sur la question du réalisme scientifique s'articule sur la notion de modèle.
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Discussion
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Dîner
Pourquoi rit-on? – 1
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Mot de bienvenue
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Humour et analogieAdam Westra (UdeM - Université de Montréal)
Lorsque nous sommes confrontés à une analogie véritablement géniale — c'est-à-dire inattendue, audacieuse, mais d'autant plus apte — notre réaction caractéristique consiste à rire :
un « Ha! » subit de reconnaissance et d'appréciation. Inversement, si l'on peut, comme le suggère Max Black, comparer une mauvaise analogie à une blague ratée, on constate en revanche que les pires analogies (comme celles rassemblées par le Washington Post, il y quelques années, à l'occasion d'un concours) manifestent souvent un caractère ridicule, de sorte qu'elles suscitent un esclaffement — d'une toute autre sorte, cette fois — chez toute personne qui les entend ou les lit. Cette communication se propose d'examiner, à la lumière de ces phénomènes et fort certaines idées de Kant, Freud et Douglas Hofstadter, les liens insoupçonnés et instructifs entre analogie et humour. -
Discussion
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Le rire comme « triomphe de l'intuition sur la pensée ». La théorie schopenhauerienne du ridiculeFilippo Palumbo (UQAM - Université du Québec à Montréal)
« Le rire est un privilège et un signe caractéristique de l'homme », signale Schopenhauer dans le chapitre VIII des Suppléments au Monde comme volonté et représentation. Mais de quoi est-ce que l'homme rit, au juste, lorsque le sentiment du ridicule s'éveille en lui et l'emporte ? Selon Schopenhauer, il rit toujours d'une seule et même chose : la raison, ou mieux, l'incapacité de la raison à « descendre jusqu'à la diversité infinie et à la variété de nuances de la représentation intuitive ». Ce qui réjouit l'homme — et « le pousse à s'abandonner à la secousse nerveuse du rire » — c'est donc, à chaque nouvelle fois, le fait de voir prendre en défaut la raison. Mais par qui (ou par quoi) la raison est-elle prise en défaut ? La réponse de Schopenhauer est précise : par l'intuition elle-même. Au fil de ma présentation, je montrerai alors que la doctrine schopenhauerienne du ridicule théorise le phénomène du rire comme le triomphe permanent de la connaissance intuitive sur la connaissance conceptuelle.
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Discussion
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Friedrich Nietzsche. Que nul n'entre ici s'il ne sait rire de lui-mêmeStéphane Roy-Desrosiers (UdeM - Université de Montréal)
Lorsque Friedrich Nietzsche entreprend entre 1886-87 une grande relecture de ses œuvres, celui-ci écrit dans son célèbre Essai d'autocritique de La Naissance de la tragédie : « Vous devriez apprendre à rire, (…). Ainsi, peut-être qu'un jour, en riant, vous enverrez au diable toute cette consolation métaphysique – à commencer par la métaphysique elle-même ! » Rétrospectivement, ce qu'il perçoit et se reproche entre autres dans cette « œuvre de débutant », c'est notamment cet « esprit sérieux » si intimement lié au développement et à l'épanouissement de la pensée métaphysique. En septembre 1888, on remarque dans sa préface du Crépuscule des idoles, et quelques mois seulement avant qu'il ne s'effondre dans les rues de Turin, qu'il s'investie pleinement à « secouer ce sérieux qui s'est mis à trop nous peser ». Suivant ainsi cette hypothèse selon laquelle seul un « esprit sérieux » a pu cautionner dans l'histoire de la pensée les plus grands dérapages vers la métaphysique, –nommément le christianisme ou bien G. W. F. Hegel– nous présenterons comment, à rebours, la philosophie nietzschéenne souligne à l'encontre de « l'esprit sérieux » présent dans la pensée métaphysique et idéaliste l'importance de la dérision et de l'autodérision.
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Discussion
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Dîner
Épistémologie et philosophie des sciences – 2
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La permanence de la question du réalisme dans la pensée d'Hilary PutnamPierre-Yves Rochefort (UdeM - Université de Montréal)
On dit souvent qu'Hilary Putnam a changé d'avis au début des années 1980 concernant la question du réalisme. Il s'agit de montrer que, non seulement il n'a jamais véritablement endossé le réalisme métaphysique, mais que l'on retrouve déjà, dans ses travaux antérieurs au réalisme interne, la présence d'une forme de réalisme qui s'apparente tellement à ce dernier qu'il semble justifié de parler d'une certaine permanence dans sa pensée envers la question du réalisme.
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Discussion
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La sémantique de Kripke et le paradoxe de PriorClayton Peterson (UdeM - Université de Montréal)
Ce texte se veut essentiellement une critique de l'utilisation de la sémantique de Kripke (1963) pour la formalisation du discours normatif. Après avoir brièvement presenté cette sémantique, deux arguments sont avancés afin de montrer qu'elle ne permet pas de rendre compte des conditions de verité des propositions normatives. Finalement, le rôle de la sémantique des mondes possibles dans l'émergence du paradoxe de Prior (1954) est mis en lumière et une piste de solution y est proposée.
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Discussion
Pourquoi rit-on? – 2
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Ainsi le rieur serait insensible. Un examen du rire jaune chez Henri Bergson et Charles PennequinPierre-Alexandre Fradet (Université Laval)
D'après une idée véhiculée par Bergson, l'insensibilité accompagne le rire : « le comique ne p[eut] produire son ébranlement qu'à la condition de tomber sur une surface d'âme bien calme, bien unie. L'indifférence est son milieu naturel. Le rire n'a pas de plus grand ennemi que l'émotion. » (Le rire. Essai sur la signification du comique). Comment doit-on recevoir cette idée ? Est-ce là l'expression d'une condition nécessaire du rire, ou bien encore une remarque qui fait signe vers un trait accessoire – encore que fréquent – de la comédie ? À travers une étude des multiples formes que prend le rire chez Bergson et un examen du rire que suscite une poésie tragi-comique, celle de Charles Pennequin, je tâcherai de défendre la seconde option. Le résultat de cette défense ne sera pas négatif : il conduira à élargir l'essence du rire en tenant compte du phénomène du rire jaune.
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Discussion
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Wittgenstein et la drôlerie du non-sens philosophiqueVincent Grondin (UdeM - Université de Montréal)
Dans un aphorisme pour le moins étonnant des Fiches, Wittgenstein fait l'observation suivante à propos de la nature du discours philosophique : « En philosophie, il est significatif que telle ou telle phrase, en plus de ne pas avoir de sens, soit drôle. » (Ludwig Wittgenstein, 1970, Zettel, Berkeley et Los Angeles, University of California Press, §328). Dans le cadre de ma présentation, je me propose de montrer qu'un tel passage permet de jeter un éclairage stimulant sur un aspect de la méthode thérapeutique de Wittgenstein trop souvent laissé de côté dans la littérature consacrée au sujet (Peter Hacker, Cora Diamond, etc.). En clair, il s'agira de montrer que Wittgenstein critique tout d'abord l'esprit de profondeur et de sérieux qui, la plupart du temps, oblitère la drôlerie et l'absurdité du discours philosophique. En partant de l'hypothèse selon laquelle le comique découle d'une inadéquation entre une expression et le contexte dans lequel on l'utilise, ce parcours me permettra d'établir que la première étape de la cure wittgensteinienne consiste à prendre conscience du non-sens des énoncés philosophiques et d'en rire.
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Discussion
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Mot de clôture
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Pause
Assemblée générale – Réception – Annonce des prix étudiants
La philosophie face aux autres formes du discours – 2
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Philosophie, arts, sciences : pour un dialogue exigeantAlexandre Declos (École normale supérieure de Lyon)
Nous verrons que la question du rapport entre philosophie, arts, et sciences, est un problème à la fois classique et éminemment actuel. Selon Goodman, une analyse logique des systèmes symboliques permet de ressaisir cette problématique d'un œil neuf. On peut en effet alors déterminer ce qui rassemble et ce qui différencie chaque domaine. C'est donc une conception exigeante du dialogue que nous défendons ici, et par laquelle se dévoile un large champ de recherche.
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Discussion
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La philosophie comme projet communBrian Monast (Université Laval)
À la science, l'objet, à la philosophie, le sujet: voilà une thèse qui découle d'un dualisme épistémique arrêté reposant sur la théorie du double aspect et assignant à la philosophie un rôle et un champ lui étant propres. Après avoir caractérisé le dualisme sur lequel s'appuie cette conception d'un projet philosophique, je tenterai de mettre en lumière la tâche qu'implique ce projet et de montrer comment ce dernier peut se penser comme projet commun.
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Discussion
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Dîner
Une philosophie politique de l'entreprise? – 1
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La philosophie politique de l'entreprise ou Que perd-on à laisser tomber l'éthique des affaires?David Robichaud (Université d’Ottawa)
À quelle question devrait-on répondre en priorité : De quelle façon devraient se comporter les individus à l'intérieur des entreprises, ou comment motiver ces individus à se comporter de certaines façons que nous jugeons collectivement adéquates ? La philosophie morale vise à identifier comment (et pourquoi) nous devrions nous comporter. Cette branche de la philosophie est fondamentalement importante pour nous expliquer nos intuitions morales et pour nous éclairer lorsque ces mêmes intuitions sont confuses. Or les cas particuliers ayant suscité l'intérêt des chercheurs en éthique de affaires ne portent pas, pour la majorité, sur des situations où il était difficile de déterminer la bonne conduite à adopter. Ce qu'il est urgent de développer, ce ne sont pas des théories en éthique des affaires qui visent à moraliser les « pommes pourries » mais plutôt des modèles institutionnels qui assureront que, même entre les mains de pommes pourries, les institutions produiront des résultats efficients et optimaux. Ce que nous proposons c'est d'accorder davantage d'importance à la seconde question posée d'entrée de jeu. Nous défendrons la thèse que nous devons cesser de travailler à raffiner nos condamnations morales dans le domaine des affaires et nous concentrer à limiter le nombre de cas auxquels nous appliquerons ces condamnations morales.
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Discussion
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L'entreprise et la question de la légitimité politiqueAntoine Verret-Hamelin (Université Laval)
En remplissant sa fonction économique, une compagnie réalise ou inhibe des droits individuels, comme ceux rattachés à l'emploi et au juste salaire, ou au droit à un environnement décent pour les communautés locales. Comme il s'agit de droits, leur régulation relève du domaine politique et doit être sécurisée par une instance démocratiquement légitime : l'État. Cette approche politique est évidemment challengée par la mondialisation, étant donné la limitation nationale des systèmes politiques et légaux. C'est une des raisons qui pousse certains auteurs à défendre la démocratisation des entreprises, mais cette avenue n'est pas sans problèmes. Plutôt que de faire de l'entreprise le seul garant des droits individuels qui lui sont rattachés, je défendrai l'idée d'une démocratisation et d'un renforcement des mécanismes de régulation internationaux, tels que le UN Global Compact, les ONG, les normes ISO, etc. La plupart de ces mécanismes n'ont pas une légitimité démocratique traditionnelle, c'est-à-dire par voie de vote et de représentation. Mais si l'on adopte une définition délibérative de la légitimité démocratique, il devient possible et souhaitable de démocratiser ces institutions transnationales. Sur ce point, je prendrai en exemple la norme ISO 26 000 relative à la RSE, qui fait figure de pionnière si l'on observe son processus d'élaboration.
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Discussion
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Le principe de rivalité contenue et un programme triple pour l'éthique des affairesDominic Martin (Centre for ethics - University of Toronto)
Une entreprise peut-elle se comporter aux dépens d'autres agents économiques? Même si on répond oui à cette question, il faut imposer deux limites à cette permission. Il faut distinguer les interactions des agents économiques dans les marchés économiques de leurs interactions avec des agents à l'extérieur du marché. Il faut aussi les distinguer de leurs interactions à l'intérieur d'une entreprise. Superposées l'une à l'autre, ces deux distinctions créent une tripartition des obligations morales des agents économiques. Les comportements adversatifs sont seulement permis dans le contexte correspondant aux interactions dans le marché (le premier cas). La moralité applicable dans le deuxième contexte doit être développée à partir d'une théorie du rôle politique des entreprises. La moralité applicable dans le troisième contexte dépend de la nature des entreprises et de leur rôle dans un marché.
Après avoir identifié quelques problèmes reliés à une formulation de la moralité dépendant du contexte d'interaction d'un individu, je développerai cette tripartition de la moralité des agents économiques. Je montrerai ensuite comment elle peut mener à une meilleure formulation des obligations morales des agents économiques par rapport au modèle de la primauté des propriétaires et à la théorie des parties prenantes. -
Discussion
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Dîner
Philosophie, arts, sciences au 18e siècle – 1
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Monades physiques, épigenèse et préformation chez MaupertuisMaurício Ramos (USP - Université de São Paulo)
Maupertuis a élaboré un ensemble d'hypothèses sur la génération des corps organisés qui ont exprimé d'une façon originale les difficultés liées à la compréhension des phénomènes organiques et vitales dans la philosophie moderne de la nature. L'une des plus importantes a été la manière dont il a pris position quant aux notions d'épigenèse et de préformation. Dans mon exposée, je discuterai principalement de ces positions à partir de l'idée de monadologie physique. Mon itinéraire plus descriptif commencera avec ce que l'auteur appelle le Système des anciens. Par la suite, je parlerai de l'application des affinités chimiques dans la compréhension de la génération organique, surtout du caractère téléologique de cette application. Je finirai avec la proposition de Maupertuis d'établir des unités organiques par l'attribution de propriétés psychiques aux parties séminales. En faisant cela, je crois que l'auteur donne clairement à ces parties une forme monadologique physique. Ainsi, comme discussion finale, j'expliquerai quels sont les effets théoriques de ce rapport à la philosophie naturelle leibnizienne sur la caractérisation de la théorie de la génération de Maupertuis comme épigénèse ou préformation.
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Discussion
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Needham et l'analyse physiologique entre science et philosophieFrançois Duchesneau (UdeM - Université de Montréal)
Observateur des zoophytes et des infusoires, collaborateur majeur de Buffon à l'époque où celui-ci développait sa théorie de la génération, promoteur de l'épigenèse contre le préformationnisme, John Turberville Needham (1713-1781) mena une carrière officielle de philosophe des Lumières. Pour nous aujourd'hui, les recherches empiriques exemplaires qu'il a réalisées paraissent indissociables d'un cadre théorique qui en justifie a posteriori les inférences et en généralise la portée. Or Needham lui-même nous conviait, surtout dans ses premiers travaux, à une dissociation stricte du volet empirique par rapport à toute hypothèse. Suivant la méthodologie qu'il professait, celle de l'histoire naturelle alors dominante, son programme de recherche sur les vivants élémentaires devait se développer de façon strictement inductive. À l'évidence, son œuvre est de structure plus complexe que ne
peuvent le laisser entendre ces déclarations d'allégeance méthodologique. Dans les Nouvelles observations microscopiques (1750), il prolonge l'exposé de ses observations par des développements épistémologiques et métaphysiques que les contemporains et la postérité ont souvent considérés comme de ténébreuses spéculations. On s'est ainsi souvent
employé à départager les contributions positives aux sciences naturelles qu'on lui devrait en raison de ses observations, des explications philosophiques et « fictives » dont il les aurait coiffées... -
Discussion
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Lambert et la méthode géométrique dans les savoirs empiriquesChristian Leduc (UdeM - Université de Montréal)
Lambert est l'un des premiers théoriciens de la connaissance à tenter d'appliquer la méthode géométrique dans le domaine des sciences empiriques. Dans le Neues Organon de 1764, il entend montrer la fécondité des critères d'analyse et de synthèse dans l'organisation et la découverte de vérités a posteriori. Contrairement à l'usage qu'on en fait dans les sciences formelles, le recours aux méthodes analytique et synthétique à partir de notions et propositions empiriques ne s'effectue toutefois pas dans un processus de déduction exhaustif. L'un des principaux aspects de cette doctrine est de faire intervenir des hypothèses physiques pour intégrer les connaissances a posteriori au sein de la méthode de la découverte. Dans la présente communication, je souhaite examiner la manière dont Lambert ajuste les instruments de la méthode géométrique au contexte des savoirs empiriques. Il s'agira d'expliquer comment il envisage la complémentarité des outils d'analyse et de synthèse afin de pallier l'incomplétude des propositions empiriques.
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Discussion
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Pause
Une philosophie politique de l'entreprise ? – 2
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Design institutionnel des entreprises et justice socialeThomas Ferretti (UCL - Université catholique de Louvain)
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Discussion
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L'entreprise ne doit pas jouer de rôle politiqueLouis Dugal (Université Laval)
La transnationalisation des entreprises est un phénomène qui a considérablement affaibli le pouvoir d'intervention des gouvernements à travers le temps. La balance du pouvoir semble aujourd'hui pencher du côté des entreprises qui ont la liberté de se délocaliser lorsqu'elles le jugent nécessaire. Cela a pour conséquence que les États doivent inévitablement négocier avec les gestionnaires d'entreprises afin d'assurer la pérennité des économies nationales. Comment les gouvernements peuvent-ils assurer aux individus que leurs besoins de justice sociale et de consommation seront comblés? En cherchant à faire respecter les lois, mais dans un contexte de mondialisation, cette tâche est bien plus complexe qu'à l'échelle nationale.Dans un premier temps, je présenterai en quoi, le concept de responsabilité sociale des entreprises est incapable de répondre aux besoins du citoyen. Ensuite, j'exposerai une argumentation justifiant pourquoi l'entreprise, comme on la connaît aujourd'hui, ne devrait pas jouer de rôle politique. Finalement, j'explorerai la nécessité de développer de nouvelles normes internationales qui seraient imposées à toutes les entreprises sans égard à leur nationalité.
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Discussion
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Comment politiser l'entreprise commerciale? Le cas de la démocratie économique
En conservant l'intuition de base consistant à dire qu'il est souhaitable de penser l'entreprise comme un objet politique, je m'attarderai aux types de conclusions normatives que nous pouvons légitimement en tirer. Je le ferai notamment en me penchant sur le cas de la démocratie d'entreprise. Je m'attarderai pour ce faire à deux stratégies de justifications de celle-ci. La première vise à comprendre l'entreprise comme une communauté politique à part entière (analogue à la ville par exemple), caractérisée par des rapports de force, de luttes de pouvoir et structures hiérarchiques exigeant une justification démocratique. La deuxième consiste à considérer l'entreprise comme faisant partie de ce que les rawsliens et post-rawsliens appellent la « structure de base de la société ».Je procéderai finalement à une analyse de certaines critiques adressées à l'égard de la démocratie d'entreprise. Je tenterai en fait de montrer qu'au-delà des enjeux d'efficience, le scepticisme à l'égard de la démocratisation des organisations commerciales est motivé par une double posture: une posture dite « associative », qui consiste à affirmer la place centrale à la liberté d'association entre individus; et ensuite une posture dite « antiperfectionniste », qui consiste à mettre l'accent sur l'idée selon laquelle l'État n'a pas à se doter d'une conception substantielle du bien, ce que les associations peuvent légitimement faire en se fixant des objectifs et buts substantiels à poursuivre.
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Discussion
Philosophie, arts, sciences au 18e siècle – 2
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Herder, l'irritabilité et la physiologie de son tempsNigel Desouza (Université d’Ottawa)
Johann Gottfried Herder (1744-1803) développa une théorie de la relation âme-corps unique au dix-huitième siècle. Celle-ci rejette le point de départ de la plupart des théories de l'époque, c'est-à-dire qu'il s'agirait de la relation entre deux substances différentes. Herder croyait plutôt que l'âme et le corps se réduisent tous les deux au même élément constitutif : la force (Kraft). L'interaction entre les deux ne présentait alors aucun problème. Selon sa théorie, l'âme se construirait un corps à travers les forces d'attraction et de répulsion. L'âme se répandrait dans le corps et dirigerait son mouvement et son développement. La preuve s'en trouve dans l'irritabilité des muscles, à propos de laquelle Herder s'inspire des travaux d'Albrecht von Haller. La présente communication entend montrer comment Herder a intégré l'irritabilité et d'autres concepts physiologiques aux fondements de sa théorie de la relation âme-corps.
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Discussion
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Fictions de pensée : origine de l'expérience esthétique et genèse de l'art dans Plastik de HerderDaniel Dumouchel (UdeM - Université de Montréal)
Comme la plupart des œuvres philosophiques de Herder, Sculpture : quelques observations sur la forme et sur la figure à partir du rêve créateur de Pygmalion (paru en 1778) présente des difficultés d'interprétation redoutables. Nous tenterons d'abord de montrer comment Herder, à l'occasion d'une réflexion sur la sculpture et sur la beauté, réinterprète l'expérience de pensée qu'est le « Problème de Molyneux » et la fiction philosophique de la statue animée (développée essentiellement par Condillac dans le Traité des sensations) dans le but de
produire une théorie générale de l'expérience esthétique. Cette théorie repose sur la valeur de chacun des sens dans la genèse de la perception. Cela permettra, dans un deuxième temps, de voir comment Herder rabat ce modèle de l'origine de l'expérience subjective sur l'histoire pour penser la genèse conjecturale de l'art. -
Discussion
Travaux de jeunes chercheurs en philosophie moderne – 1. Le 17e siècle, les Lumières écossaises et les Lumières françaises
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Mot de bienvenue
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Pour une relecture du scepticisme moderne : le scepticisme académicien de Simon FoucherJoël Boudreault (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)
Simon Foucher, philosophe méconnu du XVIIème siècle, s'est fait défenseur du scepticisme académicien, à une époque où le cartésianisme atteignait ses sommets. En plus de sa correspondance avec Leibniz, il critiqua fortement le système de Malebranche dès la première publication de La Recherche de la Vérité. Nous tenterons de voir, dans cet exposé, l'influence réelle que Foucher eut à cette époque. Nous étudierons l'importance de sa démarche sceptique, de même que l'authenticité de sa philosophie envers la Nouvelle Académie.
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Discussion
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Ressentir le beau à travers l'autre : David Hume et la sympathie esthétiqueMarie-Hélène Audy (UdeM - Université de Montréal)
Selon David Hume, il y a deux façons de saisir la beauté des choses. Si certaines sortes de beautés sont perçues de manière directe et immédiate par celui qui les contemple, la plupart du temps cependant le beau est ressenti de manière indirecte. Lorsque c'est le cas, la sympathie, un concept développé par Hume dans sa théorie sur les passions, joue un rôle non négligeable. Nous indiquerons d'abord en quoi consiste la distinction entre la beauté perçue de manière directe et la beauté perçue de manière indirecte. Nous verrons ensuite la nature du rôle joué par la sympathie dans la perception de la beauté, et nous traiterons de l'importance de l'utilité lors de ce type de jugement esthétique.
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Discussion
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La vertu chez le baron d'HolbachGabriel Monette (UdeM - Université de Montréal)
Le matérialisme du baron d'Holbach est surtout reconnu pour être le fondement de son athéisme radical. Cependant, il est aussi le fondement d'une philosophie morale et politique qui s'inscrit à mi-chemin entre la théorie de la vertu classique et ce qui deviendra plus tard l'utilitarisme. Pour saisir la portée de la conception matérialiste du baron, il convient donc d'explorer plus en profondeur la conception de la vertu et du bonheur, deux concepts qui se touchent pour générer la morale matérialiste et athée du baron.
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Discussion
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Dîner
Philosophie allemande – 1
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La notion de sublime dans les Lettres sur le dogmatisme et le criticisme de SchellingManuel Roy (Cégep Marie-Victorin)
Schelling, dans les Lettres sur le dogmatisme et le criticisme évalue les systèmes philosophiques sur la base de considérations esthétiques. On a vu là une marque de l'originalité du jeune penseur. Je soutiens pour ma part que Schelling se contente ici de souligner les conclusions de Kant et Fichte, qui découvrent dans le sentiment du sublime la représentation synthétique de la nature et de la liberté.
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Discussion
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Heidegger, lecteur de Hegel : la négativité en litigeOlivier Huot-Beaulieu (Cégep Édouard-Montpetit)
Tout au long de sa carrière philosophique, Heidegger s'est livré à une constante explication avec Hegel, faisant de lui l'antagoniste par excellence de son projet d'un dépassement de la métaphysique. Bien que le thème du négatif l'ait sans cesse préoccupé, il a néanmoins toujours rejeté catégoriquement la méthode dialectique de son prédécesseur. Il s'agira pour nous d'exposer comment leur différend s'est articulé autour du problème du statut ontologique et de l'origine de la négativité.
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Discussion
Philosophie allemande – 2
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L'éthique phénoménologique chez HusserlMarie-Hélène Desmeules (Université Laval)
L'éthique husserlienne tient compte de la particularité de l'esprit par rapport à la nature et met de l'avant le rôle de la réflexion, le primat de la raison et l'importance d'agir, pour l'ego personnel, selon l'ensemble de sa vie. Il est cependant plus difficile de penser, chez Husserl, la singularité d'un acte éthique – qu'il renvoie constamment à un but général valant pour l'ensemble de la vie – et la source des normes phénoménologiques.
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Discussion
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La genèse des existentiaux dans la vie animale chez le jeune HeideggerChristiane Bailey (UdeM - Université de Montréal)
L'interprétation phénoménologique de la philosophied'Aristote auquelle s'est consacré le jeune Heidegger révèleque, contrairement à ce qu'il affirme dans Être et temps,les animaux participent bien du mode d'être du Dasein. Pourle montrer, nous retracerons comment les structures existentiales(affection, compréhension et être-avec par le langage) ont étéélaborées sur la base des capacités propres à la vie animale quesont l'affection, la perception, la discrimination, la mobilité etle désir.
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Discussion
Travaux de jeunes chercheurs en philosophie moderne – 2. Les Lumières allemandes : Kant
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La typique dans la Critique de la raison pratique : le jugement moral rendu possible par une procédure analogiqueAdam Westra (UdeM - Université de Montréal)
Comment juger si une action particulière est bonne ou mauvaise ? Dans le chapitre de la Critique de la raison pratique intitulé « De la typique du jugement pratique pur », Kant propose une épreuve (Probe) pour trancher la question. Elle consiste à prendre une loi de la nature comme « type » (modèle) de la loi morale : on se demande, pour chaque action concrète, si l'on peut vouloir que la maxime correspondante devienne une loi de la nature qui dicterait la conduite de tout un chacun. Pour ma part, je ferai ressortir le rôle indispensable de l'analogie dans le fonctionnement de cette expérience de pensée kantienne.
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Discussion
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La Critique de la faculté de juger de Kant et l'épistémologie des sciences humainesDoyon François (UdeM - Université de Montréal)
Ma communication portera sur l'influence de la Critique de la faculté de juger de Kant sur l'épistémologie des sciences humaines. Avant Kant, il était possible de concevoir la portée cognitive du jugement de goût. Mais depuis Kant, le jugement de goût n'est plus considéré comme un jugement de connaissance. Devenant purement esthétique, le jugement de goût n'a plus aucune prétention à la vérité, ce qui confère aux sciences de la nature le monopole de la vérité. Je me propose de montrer que la fondation kantienne de l'esthétique a poussé les sciences humaines à prendre appui sur la méthode des sciences de la nature.
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Discussion
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Synthèse