Informations générales
Événement : 80e Congrès de l’Acfas
Type : Colloque
Section : Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Description :L’historicité des modes d’appréhension et de gestion des problèmes sociaux aux 19e et 20e siècles, au cœur des intérêts de recherche du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS), a surtout été explorée, depuis plus d’une décennie, sous l’angle des institutions à caractère coercitif. Principalement ancrées sur le territoire montréalais, les recherches historiques développées au sein du CHRS ont par la suite porté sur de nouvelles questions dépassant largement le cadre des institutions d’enfermement de types pénal.
Dans cette perspective, la réponse collective aux défis majeurs posés par les inégalités sociales, génératrices de pauvreté, de maladie, de déviance, a permis à notre équipe d’investir sous de nouveaux angles le vaste champ de la prise en charge d’autrui.
Cette approche plus large des institutions permet alors de s’intéresser à une pluralité de modèles d’organisation sociale tant publics que privés. Elle pousse aussi à s’interroger sur la coexistence possible de plusieurs concepts associés à la question de la prise en charge. Comment en effet concilier le recours à la punition, à la sanction voire au rejet tout en prônant la charité, le service, la solidarité, l’amitié, la responsabilité, la bienveillance ?
Les expériences et les parcours des individus et des groupes définis comme « à risque » et aux prises avec différents modèles de prise en charge au cours des 19e et 20e siècles permettent de poser un regard nouveau sur le « poids » des institutions et sur les réactions possibles des plus vulnérables face au modèle qui leur était imposé.
Dates :- Marie-Claude Thifault (Université d’Ottawa)
- Martin Desmeules (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Véronique Strimelle (Université d’Ottawa)
Programme
Regards croisés sur la prise en charge des filles « difficiles » et des filles en danger
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Mot de bienvenue
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Les filles « incorrigibles » placées au Bon-Pasteur de Montréal (1912-1950) : discours et pratiquesVéronique Strimelle (Université d’Ottawa)
Cette communication portera sur les filles
jugées incorrigibles qui ont été enfermées au Bon Pasteur par suite d'une
décision de la Cour des jeunes délinquants à Montréal entre 1912 et 1949. Tout
en essayant de voir qui étaient ces filles et ce qui les conduisait devant le
tribunal puis en institution, je veux plus spécifiquement m'attarder sur les
critères conduisant à la qualification d'incorrigible et sur l'utilisation
qui en a été faite particulièrement par les familles pour motiver l'enfermement
de leurs filles « difficiles ».Je décrirai ensuite
les formes d'intervention privilégiées dans les institutions du Bon Pasteur par
rapport à ces filles pour enfin m'interroger plus globalement sur la pertinence
du modèle institutionnel et sa permanence dans le champ de la gestion du social
au Québec. -
De la coercition aux soins? Les établissements du Bon-Pasteur en France et en Allemagne entre la première moitié du 19e et la seconde moitié du 20e siècleCatherine Maurer (Université de Strasbourg)
En
Europe comme au Québec, l'intérêt de l'historiographie pour les institutions
dites du Bon Pasteur est encore très récent. A partir d'exemples choisis dans
plusieurs villes de France et d'Allemagne, il s'agira d'examiner les
caractéristiques d'un éventuel « modèle » bon-pastorien, de la
création des premiers établissements aux mutations de l'après Seconde Guerre
mondiale. On s'intéressera ainsi aux méthodes éducatives et aux modalités d'encadrement
des filles mises en pratique dans ces lieux clos de dimension souvent
imposante. On s'interrogera aussi sur le type de vie en société qu'ils
proposent et sur les modes de régulation interne qu'ils font intervenir. Enfin,
on observera à quelles populations ils s'adressent et par quels acteurs ces
populations sont prises en charge. Toutes ces réflexions seront menées dans une
perspective diachronique et comparative. Dans l'espace d'un siècle est-il en
effet possible de déceler une évolution des données analysées, en particulier
des méthodes éducatives et d'encadrement ? Peut-on mettre en évidence, à
partir de ce cas d'espèces, le passage d'une institution
« totalitaire » à l'institutionnalisation du care, du « soin mutuel » ? Et les évolutions se présentent-elles
de la même manière dans les différents établissements et les pays ou bien
existe-t-il des spécificités locales ou nationales ? Sans que l'ambition
de synthèse ne soit sacrifiée, une attention particulière sera accordée à
l'établissement de Strasbourg, encore très mal connu -
Filles et justice : l'ambivalence de la prise en charge institutionnelle des cas-problèmes (Belgique, 1920-1965)Veerle Massin (UQAM - Université du Québec à Montréal)
La communication
proposée touche à la prise en charge institutionnelle des filles de justice
dans la société belge entre les années 1920 et 1960. L'institution est ici comprise aussi bien comme lieu d'enfermement-hébergement que comme système de régulation impliquant une multitude d'acteurs (filles,
familles, directions, administration, experts, travailleurs sociaux) et de
phénomènes (politique, discours, pratiques, quotidien, flux de population).
Notre recherche porte sur un établissement multifonctionnel réservé aux
« cas délicats » de la Protection de l'enfance en Belgique :
filles vénériennes, filles difficiles, filles-mères. Dans cet établissement de
« fin de parcours », la tension entre les logiques répressive et
protectionnelle est portée à son maximum. La gestion de l'indiscipline a une
incidence majeure sur la mise en place des services socio-médicaux, notamment à
travers l'hyper-sexualisation des cas-problèmes. Nous passerons en revue
l'importante ambivalence des pratiques à travers trois thématiques ciblées où
les évolutions chronologiques seront privilégiées : les politiques et
pratiques de soins, de rééducation et d'expertise et leurs implications sur les
parcours des jeunes filles.La communication
se clôturera sur une réflexion plus théorique à propos de la possibilité donnée
au chercheur de mettre le doigt sur les facultés d'« agir » des
mineures au sein de l'institution d'une part, sur les
« sensibilités » exprimées et visibles des acteurs d'autre part. -
Pause
De la jeunesse délinquante à la vieillesse nécessiteuse, quelle place pour les institutions?
-
« À la mesure et à l'heure de chacun ». Une institution pour jeunes délinquants à l'ère de la désinstitutionalisationLouise Bienvenue (UdeS - Université de Sherbrooke)
Je propose de m'intéresser à certaines pratiques de
traitement institutionnel qui ont survécu à l'ère de la désinstitutionalisation
au Québec. Au cours des décennies 1950 à 1970, on assiste à une véritable fronde
à l'endroit des méthodes institutionnelles de prise en charge des populations
fragilisées. L'avenir est au traitement au sein de la communauté et ce sont, en
priorité, les personnes souffrant de maladies mentales et les jeunes en
difficulté qu'on veut « libérer » des murs institutionnels. Or entre
l'idéal d'émancipation et une réalité forcément plus prosaïque, se trouve un
contingent d'individus — des « cas difficiles » — qui répondent mal
aux nouvelles mesures et avec lesquels il faut bien faire quelque chose. Parmi
ceux-ci, des jeunes délinquants récidivistes pour qui les méthodes de probation
et le placement familial se sont avérés inefficaces, sont accueillis à
Boscoville, un centre résidentiel pour garçons délinquants situé en Banlieue
Nord-Est de Montréal. Le centre, qui voit le jour en 1954, défend la nécessité
du traitement institutionnel et cherche à en montrer la pertinence à partir
d'arguments scientifiques. À Boscoville, l'équipe pionnière soutient que c'est
par des traitements « à la mesure et à l'heure de chacun » que la
restructuration de la personnalité endommagée du délinquant s'avère possible. On
souhaite ainsi redonner toute sa place à l'individu, trop souvent négligé au sein
des anciennes institutions telles que les écoles de réforme. -
L'institution comme trajectoire : la transition de pauvre marginal à patient à MontréalJanice Harvey (Collège Dawson)
Au cours d'un siècle, de nombreuses institutions
pour personnes âgées indigentes, qu'il s'agisse d'hospices, de maisons de
retraite ou d'hôpitaux sont passées de lieu de coercition à celui de soins.
Cette communication s'intéresse à l'exemple du Montreal Protestant House of Industry and Refuge pour examiner, de 1863 à 1976, ce processus de
transformation et les exigences que cela impliquait.S'appuyant
sur le cadre analytique de Mary Douglas, cette communication examine comment
les personnes pauvres et âgées étaient identifiées parmi celles à risque pour
l'ordre social et par conséquent marginalisés en tant que « l'autre » objet
d'exclusion. La première transition vers des «soins» est survenue en 1885
lorsque les personnes âgées ont été transférées dans une maison de campagne. Lentement,
de nouveaux services mieux adaptés aux besoins des personnes âgées se sont
développés : une maison de convalescence en 1894, une maison des incurables en
1916, une infirmerie en 1929, une deuxième en 1950. Ces institutions ont ajouté
à leur personnel en place, à partir de 1950, des ergothérapeutes et des
éducateurs en loisirs. Pendant ce temps, le refuge en ville ferma et la ferme
fut vendue. Les changements de noms de ces institutions en 1953, puis en 1976
soulignent la nature vocationnelle changeante de ces lieux et leur transition
en institution de soins prolongés. -
Des enfants tristes à l'enfance exceptionnelle : quels enfants pour quelles institutions?Julien Prud'homme (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)
L'histoire de la prise en charge
des enfants « à problèmes » est souvent racontée sous l'angle d'une
histoire de la régulation sociale, dont les lieux clés sont les institutions
chargées de protéger les orphelins ou d'encadrer la délinquance. Parce que ces organismes délaissent, dans les
années 1960 et 1970, leurs visées originelles d'hébergement au profit de
services axés sur le placement familial, cette histoire conclut à un
desserrement du contrôle institutionnel sur les enfants.Ce cadrage omet le fait que la
Révolution tranquille voit aussi la construction de nouvelles institutions
d'hébergement, présentées cette fois comme des établissements de santé. Après
1964, les « centres d'accueil » et les « centres d'entraînement
à la vie » se multiplient pour accueillir la clientèle, en principe
nouvelle, des enfants dits exceptionnels, c'est-à-dire handicapés de diverses
manières. Le flou des catégories, qu'il
s'agisse des soi-disant « orphelins » des années 1950 ou des
« exceptionnels » des années 1960, laisse cependant croire qu'il
s'agit, en partie, des mêmes populations d'enfants. Cela suggère que l'on assiste moins à la
dissolution de l'encadrement institutionnel qu'à son transfert, de la
protection de l'enfance vers la santé. En s'attardant à l'essor d'intervenants
laïcs liés à l'éducation spécialisée, on verra que la charge des enfants à
problèmes demeure, de 1950 à 1990, entre les mêmes mains qui, elles, ont voulu
se trouver de nouvelles vocations. -
Dîner
Entre besoin de contrôle et souci de soin : les institutions psychiatriques aux 19e-20e siècles
-
Une école à l'hôpital psychiatrique : le Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) de l'hôpital Sainte-Anne puis Centre hospitalier de Charlevoix, 1964-1975Lucia Ferretti (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)
En 1964, l'Hôpital Sainte-Anne de Baie-Saint-Paul met sur pied un Centre médico-psycho-pédagogique pour la réadaptation des jeunes hospitalisés présentant des incapacités intellectuelles, même sévères. Le CMPP couronne trois-quarts de siècle de réflexion et de pratiques menées en milieu institutionnel, principalement par des pionniers européens. L'accent y est mis sur le développement de l'intelligence et sur l'acquisition de comportements fonctionnels. Au Québec, ce Centre est alors, et de loin, la structure de réadaptation la plus complète. Nous ferons d'abord connaître l'ampleur et la variété des ressources de réadaptation qui y ont été disponibles.
Le CMPP éclate au début des années 1970 sous la pression de trois facteurs : la volonté de l'État de confier désormais l'éducation et la réadaptation des enfants « exceptionnels » à des structures extrahospitalières; la définition de nouveaux objectifs pour l'éducation spécialisée en déficience intellectuelle, inspirés de pratiques américaines et tournés vers l'adaptation sociale; et la diffusion rapide de l'idéologie de la normalisation. En deuxième partie, nous analyserons l'impact de ces processus sur les activités du Centre.
Ce sera aussi l'occasion de montrer que se préparent alors les conditions idéologiques et matérielles qui encouragent l'intégration des jeunes vivant avec une déficience intellectuelle dans la communauté même si, pour un temps, des structures et des services spécialisés continuent d'exister pour eux. -
Violence des institutions, institution de la violenceDavid Niget (UCL - Université catholique de Louvain)
La Belgique
apparaît, au XXe siècle, comme le laboratoire d'une prise en charge
institutionnelle de la jeunesse « irrégulière » renouvelée au contact de
l'expertise médicale, pédagogique, et psychologique sur l'enfance qui se développe
alors, redéfinissant les contours des populations à risque. Les
institutions d' « observation » deviennent rapidement un outil régulateur du
système de protection de la jeunesse sous mandat judiciaire, traçant ainsi
leurs trajectoires institutionnelles en articulant protection de l'enfance et «
défense sociale ». On s'intéressera d'abord au fonctionnement de ce système, à
sa rationalité scientifique, qui a permis de reconduire un dispositif
institutionnel qui apparaissait, à la fin du XIXe siècle, comme arbitraire et
inutile. En outre, nous poserons la question, centrale s'agissant de la
définition même d'une institution, de la violence qu'elle exerce et qu'elle
institue à travers l'exercice du pouvoir, en repartant des hypothèses
wébériennes de la définition du rôle de l'Etat comme usage exclusif de la
violence légitime. Nous nous interrogerons néanmoins sur les modalités de
résistance ou de subversion des nouveaux dispositifs institutionnels de disciplinarisation
que mettent en oeuvre les jeunes, plus particulièrement le cas des jeunes
filles. Au final, c'est peut être le concept de gouvernementalité initié par
Foucault qui rend le mieux compte des modalités nouvelles qui régissent
l'exercice du pouvoir dans les institutions au XXe siècle -
La volonté de soigner. Le nursing psychiatrique à Saint-Jean-de-Dieu, 1957-1962Marie-Claude Thifault (Université d’Ottawa)
L'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu,
propriété de la communauté religieuse des Sœurs de la Providence, retient
particulièrement l'attention lors de la révolution psychiatrique québécoise et
la Réforme Bédard en 1962. Le rapport déposé par cette importante commission
d'étude des hôpitaux psychiatriques insiste fortement sur le fait que la
volonté des propriétaires de faire reconnaître leur institution asilaire comme
étant un hôpital impliquerait, normalement, une préoccupation du traitement des
malades. Et un problème de toute importance à Saint-Jean-de-Dieu, selon les
enquêteurs, est son personnel professionnel. En fait, les défauts de
Saint-Jean-de-Dieu reposent, à bien des niveaux, semble-t-il, sur
l'incompétence de ses propriétaires et de leur rôle antithérapeutique.Cette communication examine les
activités thérapeutiques, en particulier celles du nursing, entre 1957 et 1962, soit les cinq années
précédant l'application des recommandations du Rapport Bédard. Nous voulons
évaluer la structure organisationnelle du nursing
et de l'occupation thérapeutique à Saint-Jean-de-Dieu, ainsi que leurs
visées à la fois de réadaptation et de réinsertion sociale. Cette analyse
permettra de révéler l'atmosphère thérapeutique que les Sœurs de la Providence
ont tenté de faire régner dans leur hôpital, malgré l'incontestable manque de
ressources pécuniaires, et de nuancer les propos colligés dans le Rapport Bédard
concernant l'institution psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu. -
Pause
Punir ou soigner? Le traitement des « intraitables » d'hier à aujourd'hui
-
La folie criminelle : les parcours des personnes transférées entre les prisons de Montréal et l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, 1925-1950Isabelle Perreault (CREDP - Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne)
Avec les efforts soutenus des Docteurs
Derome et Villeneuve dans les années 1900-10, la psychiatrie légale canadienne
française se met en place à Montréal. L'année 1926 marque l'ouverture de l'aile
pour aliénés criminels de la Prison de Bordeaux de Montréal. Une médicalisation
du crime et le développement d'une expertise médico-légale est en cours depuis
près d'un siècle en Occident avec, notamment, la Loi de 1838 en France qui
reconnaît et donne au psychiatre – aliéniste à l'époque – le pouvoir de juger
de l'état mental d'une personne accusée d'un acte criminel au moment du passage
à l'acte.C'est le Dr Plouffe, psychiatre
responsable des cas de transferts de femmes de la Prison Fullum à
Saint-Jean-de-Dieu et du traitement des hommes internés à Bordeaux, qui est en
charge de l'évaluation des aliénés criminels entre 1925 et 1945. À l'aide des
dossiers de patients/es internés/es à Saint-Jean-de-Dieu et ayant été ou en
voie d'être transférés/es dans les institutions de psychiatrie légale de l'Ile
de Montréal, cette communication propose une analyse des comportements
criminels et, surtout, des indices permettant aux nouveaux expert de statuer de
l'état mental de la personne lors du crime. Ces dossiers serviront à illustrer
les lentes mais fructueuses tentatives des médecins légistes et psychiatres qui
ont exercé des pressions pour la reconnaissance de ce champ d'expertise qui
entend traiter plutôt que punir les criminels mentalement dérangés. -
Les intraitables contemporains : les usages complexes des ordonnances judiciaires de soins psychiatriquesMarcelo Otero (UQAM - Université du Québec à Montréal)
La législation actuelle sur la protection des
personnes dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui
(Loi P.38) redéfinit les règles, les pouvoirs et la procédure d'internement
civil qui liaient dans un même geste la garde, l'évaluation et le traitement.
Puisque la loi en vigueur n'autorise plus le traitement psychiatrique contre le
gré des personnes évaluées comme «dangereuses» ou «étant en danger», d'autres
instruments légaux doivent alors être mobilisés, à savoir : les autorisations
judiciaires de soins (AJS). Comment fonctionne-t-il ce dispositif
jurico-psychiatrique et quels sont les droits et pouvoirs des parties
concernées ? Qui sont les personnes touchées par les AJS et quelle est leur
situation sociale ? Quels problèmes éprouvent ou leur sont reprochés ? Quels
diagnostics sont posés par les psychiatres et quels traitements sont
judiciairement ordonnés par la Cour ? En fonction d'une recherche portant sur
la totalité des demandes d'ASJ à Montréal en 2009, nous répondrons à ces
questions afin de mieux comprendre l'imbrication entre problèmes sociaux et
problèmes de santé mentale des «intraitables» contemporains.
L'histoire et le risque
Questions et réflexions sur la désinstitutionalisation : quel avenir pour les soins psychiatriques?
-
Quel renouveau pour les personnes prises en charge en matière de soins et de coercition? Le cas du Centre de santé et de services sociaux d'Antoine-Labelle (1962-2012)Henri Dorvil (UQAM - Université du Québec à Montréal), Laurie Kirouac (Université d’Ottawa)
Depuis le rapport Bédard, Lazure et Roberts (1962),
le Québec a emprunté le virage de la désinstitutionnalisation, en
décentralisant une partie des services en matière de santé mentale de
l'institution psychiatrique vers les ressources communautaires. Le Centre de
santé et de services sociaux d'Antoine- Labelle, autrefois connu sous le nom de
l'hôpital de L'Annonciation, prit part à ce mouvement vers la psychiatrie
communautaire, jusqu'à même en incarner une institution phare. Or que s'est-il
passé depuis ? Que reste-t-il des ambitions des pratiques prônées et mises en
place hier? L'expérience d'intervenants (psychiatres,
psychologue, travailleur social, infirmière) d'hier et d'aujourd'hui du CSSS
d'Antoine-Labelle et celle d'utilisateurs de longue date de ces services nous permettront
de proposer quelques éléments de réponse à cette interrogation. -
Mary Huestis Pengilly : une pionnière de changement au sein des institutions psychiatriquesStéphanie Talbot (CREDP - Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne)
Au 19e siècle, au Nouveau-Brunswick, Mary Huestis
Pengilly fut internée involontairement dans un asile pendant une période
d'environ 6 mois. Durant cette période, elle rédigea un journal en cachette dans
lequel elle raconta son histoire en tant que femme enfermée en institution ainsi que le quotidien des pratiques psychiatriques. Son intention était
de rendre ce journal public, dans le but de susciter un changement au sein de l'histoire
de la santé mentale. De toute évidence, son expérience est réduite au silence
par une institution qui réussit à masquer ses approches opprimantes. Ce journal
a été découvert dans les archives provinciales et son contenu sera présenté
pour nous faire comprendre les pratiques d'alors. Par la suite, nous décrirons
le parcours de deux autres femmes qui ont subi un sort identique, toujours au 19e
siècle et l'influence qu'elles ont eue sur les pratiques asilaires de l'époque.
Une réflexion sur ces témoignages qui nous envoie un message teinté à la fois de
souffrance et d'espoir. -
Entre l'indignation et la résignation : un espace de réflexionJean-Luc Pinard (Université d’Ottawa), Nérée ST-AMAND (CREDP - Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne)
Au cours de l'année 2011, nous avons interviewé plus de 30
personnes engagées dans le domaine de la santé mentale au Nouveau-Brunswick.
Plusieurs d'entre elles, de par leur rôle d'administrateurs ou de
gestionnaires, ont voulu mettre en place des politiques en faveur d'une
désinstitutionalisation progressive et d'une ré-insertion sociale plus ou moins
réussie. Par ailleurs, les gens qui ont œuvré dans les groupes communautaires
et les victimes de ce système en transition jettent un regard différent sur les
politiques administratives et les pratiques professionnelles. L'analyse des
entretiens fait ressortir plusieurs lieux de tensions entre quatre pôles et
positionnements très distincts : l'institutionnel, le politique, le
communautaire et les personnes ayant eu recours aux services de santé mentale.
Ces lieux de contradictions nous invitent à penser autrement des services qui
créent peut-être autant d'illusions que de contradictions. -
Pause
La prise en charge de la pauvreté : pratiques étatiques et communautaires
-
L'éducation libératrice et la conscientisation dans le développement communautaire des couches populaires : examiner les sources sociohistoriques d'une pratique « non-directive »Hélène Laperrière (Université d’Ottawa)
Au Canada, les infirmières en soins communautaires agissent souvent comme agent d'éducation
dans les rapports non-directifs des institutions publiques (État) auprès des populations
dites vulnérables. Référant fréquemment au brésilien Paulo Freire, plusieurs
auteurs nord-américains évoquent l'importance de l'éveil de la conscience
critique du « peuple » dans des pratiques de développement
communautaire. L'importation filtrée de la pédagogie de la libération a permis
de rendre le concept universel et même légitime dans les pratiques financées
par l'État. Elle nous a donné l'image d'un Freire, l'oncle conciliateur,
non-directif et apolitique. D'où vient cette perspective? Mon expérience au
Brésil (1994-2011) mène à un questionnement sur les motifs de l'option dite de
libération des couches populaires par l'éducation non-directive. Une analyse
sociohistorique des manuscrits originaux brésiliens montre la genèse et
l'évolution des idées auxquelles Freire tire sa vision pour les pauvres
« opprimés » dans une alliance politico-religieuse. Les racines
historiques de l'éducation populaire place Freire dans une longue tradition qui
puise sa signification dans un mouvement de conscience et de développement
national. Elle origine des œuvres incontournables du philosophe brésilien
Alvaro Vieira Pinto sur la conscience nationale ingénue et critique, et avec
lui, les fondements liés aux concepts de mouvement de société nationale et de
conscientisation des populistes russes et allemands -
Médiations dans l'espace transitionnel entre famille et institution : le Secrétariat des familles et le placement d'enfants dans la région de Québec, 1927-1943Johanne Daigle (Université Laval)
Le placement des enfants dans des institutions d'assistance
a suscité de vifs débats au XXe siècle. Le gigantisme des
institutions d'assistance pour la plupart dirigées par des congrégations
religieuses catholiques tranche fortement avec les petites unités d'accueil des
milieux anglophones et principalement protestants orientés vers le placement en
milieu familial. Plusieurs études se sont penchées sur les facteurs explicatifs.
Il reste à mieux connaître comment s'effectue le passage entre famille et
institution. L'étude du Secrétariat des familles – la première agence de
service social franco catholique qui détient pratiquement l'exclusivité du
placement d'enfants dans la région de Québec entre 1927 et 1943 – nous situe
dans un espace transitionnel permettant d'observer ce passage. Dans cette interface,
une petite élite de la Société Saint-Vincent de Paul, négocie pendant une quinzaine
d'années le placement d'une dizaine de milliers d'enfants.L'ampleur colossale des activités du
Secrétariat des familles permet de tracer un profil inédit des enfants
susceptibles d'être placés en institution selon le sexe, l'âge et les
circonstances familiales retenues par les enquêteurs. Au-delà de ce profil,
cette communication nous plongera au cœur des médiations qui ont cours dans cet
espace transitionnel de manière à jeter un nouvel éclairage sur la pérennité du
modèle institutionnel de placement et de saisir les composantes de ce rapport
social personnalisé associé à la ville de Québec. -
L'hôpital, la pauvreté et la crise du système libéral d'assistance au Québec (1921-1939)Martin Petitclerc (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Il est
bien connu que la crise économique a mis à rude épreuve les institutions
d'assistance, mais on comprend encore mal comment le principe libéral de la
responsabilité individuelle a évolué dans le contexte des arrangements
institutionnels de plus en plus complexes relatifs à la gestion de la question
sociale au XXe siècle. À cet égard, les nombreux problèmes que suscite la
gestion des malades indigents, par le biais de l'assistance publique dans les
hôpitaux, sont très instructifs. On rappellera que la loi d'assistance publique
de 1921 venait consolider le système libéral d'assistance en assurant les institutions
hospitalières de subventions publiques de l'État provincial et de la
municipalité d'où provenait l'indigent. En 1929, une loi permettait de
poursuivre les municipalités qui refusaient de reconnaître leurs
responsabilités financières à l'égard de leurs indigents. Dès lors, par
l'analyse des dossiers d'assistance publique de la Cour de circuit du district
de Montréal, on peut voir comment la charité, qui relevait auparavant de la stricte
sphère privée, est de plus en plus encadrée par les cours de justice qui
doivent arbitrer les devoirs et les responsabilités de chaque intervenant dans
le système d'assistance publique : indigents, hôpitaux, municipalités et
l'État provincial. On peut voir, enfin, comment l'institution hospitalière
devient un enjeu central dans la difficile émergence d'une certaine conception
de la sécurité sociale au XXe siècle -
Dîner