Informations générales
Événement : 81e Congrès de l'Acfas
Type : Colloque
Section : Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Description :On assiste au Québec à une véritable effervescence du milieu de l’édition littéraire depuis le début des années 2000. La dernière décennie, de fait, a vu naître plusieurs maisons – Marchand de feuilles (2000), Les Allusifs (2001), Le Quartanier (2002), Rodrigol (2003), Alto (2005), Ta Mère (2005), Héliotrope (2006), la Peuplade (2006) et Coups de tête (2007), pour ne nommer que celles-là – dont les échos portent la trace d’un renouveau formel, stylistique et discursif. Si le développement de l’institution donne voix à nombre de nouveaux auteurs, Jean-François Chassay assure néanmoins qu’il ne s’agit pas « d’une école ou d’un mouvement littéraire propre à une génération. Au contraire, la variété des esthétiques et des perspectives fonde le dynamisme de ces écritures. » Ce constat d’une telle variété esthétique appelle autant à un examen des politiques éditoriales présentes dans le champ littéraire québécois actuel qu’à celui des pratiques narratives qui s’y profilent. Qu’ils embrassent des veines exploratoires ou classiques, qu’ils oscillent entre le ludisme, le réalisme et le tragique apocalyptique, qu’ils revisitent les codes génériques et les notions canoniques, une part des auteurs qui publient dans ces diverses maisons d’édition se montre rétive à toute tentative de classification. Ainsi, à défaut de parler de « mouvement littéraire », nous souhaitons faire ressortir les lignes de forces, les mouvances esthétiques et narratives, ainsi que les thématiques qui peuplent les pratiques encouragées par les jeunes maisons d’édition québécoises, dans le souci de dresser un portrait élargi des approches poétiques qui logent à l’enseigne de ces nouveaux espaces éditoriaux. Le colloque ouvrira la porte à des réflexions sur des motifs aussi divers que le jeu sur les genres, l’éclatement du récit, la porosité (narrative, générique, spatiale), les mouvances littéraires (néo-terroir, réalisme magique), les récurrences thématiques (catastrophisme, américanité), etc.
Dates :- Andrée Mercier (Université Laval)
- Cassie Bérard (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Marie-Hélène Voyer (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Stéphanie Desrochers (Université Laval)
Programme
Déplacements
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Mot de bienvenue
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Fragmentation textuelle et éthique narrative dans les nouvelles voix romanesques québécoisesPascal Riendeau (University of Toronto)
Dans le milieu littéraire québécois, les voix qui se font entendre dans les nouvelles maisons d'édition sont nombreuses et variées. Certains romanciers reconnus (Sergio Kokis, Alain Beaulieu) choisissent de publier chez un nouvel éditeur (Lévesque pour le premier, Druide pour le second), mais les maisons qui sont apparues depuis 2000 ont surtout permis à de nouveaux auteurs de publier un premier texte remarqué (Perrine Leblanc) ou alors à un auteur de développer une œuvre qui avait commencé plus discrètement ailleurs, tel Nicolas Dickner lorsqu'il est passé chez Alto. Au-delà d'un certain succès ou de la reconnaissance critique, je m'intéresserai plus particulièrement à des auteurs qui ont conçu une œuvre narrative dans laquelle l'éclatement générique et le renouveau stylistique (fragmentaire, aphoristique) vont de pair avec une expression forte, originale de la subjectivité, ainsi qu'une réflexion sur l'éthique. Pour réaliser ce projet, je souhaite me livrer à une étude comparée de Tarmac de Nicolas Dickner (Alto), Mayonnaise d'Éric Plamondon (Le Quartanier), Kuessipan. À toi de Naomi Fontaine (Mémoire d'encrier) et Toutes mes solitudes de Marie-Christine Lemieux-Couture (éditons de Ta mère), textes qui sont aussi liés, d'un point de vue thématique, par leur exploration culturelle et géographique du continent nord-américain. Je chercherai à voir comment les questions éthiques s'inscrivent dans leur projet narratif et de quelles façons elles le définissent.
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Parler[,] d'ailleurs : sur quelques scènes d'énonciation décentrées en littérature québécoise contemporaineDavid Bélanger (Université Laval)
Au Québec, un fort sentiment « d'ouverture » guide le renouveau éditorial et la littérature qu'il porte. Dans les œuvres, et plus particulièrement dans ces œuvres à la forte empreinte métafictive – là où l'on croise ces « romanciers fictifs » ou ces « écrivains imaginaires »[1] – les personnages-énonciateurs ne sont plus naturellement situés à Québec ou à Montréal comme le remarquait Pierre Nepveu dans les années 1990[2]; et cela, lorsque ce personnage réside encore au Québec.
L'ambition de cette communication est donc de tenter de saisir les enjeux de ce décentrement. Grâce à un corpus plus ou moins vaste et plus ou moins partiel –Alain Farah, Matamore no 29 (Le Quartanier, 2008); Mylène Bouchard, La garçonnière (La Peuplade, 2009); Patrice Lessard, Le sermon au poisson (Héliotrope, 2009); Jean-Philippe Martel, Comme des sentinelles (La mèche, 2012); François Blais, Document 1(L'instant même, 2012) – je tenterai, sur une base sociocritique, d'expliciter les rouages d'une institution – inscrite au cœur du texte –, le rapport à la culture guidant l'énonciateur et enfin la nécessité énonciative qu'on retrouve chez ces romanciers fictifs.
[1]Formules empruntées respectivement aux titres d'André Belleau et de Roseline Tremblay, qui guideront ma réflexion sur le plan théorique.
[2]Je réfère ici au « Complexe de Kalamazoo ».
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Avatars parodiques de la quête identitaire dans le roman québécois contemporainAndrée Mercier (Université Laval)
Les études sur la littérature québécoise contemporaine s'entendent à reconnaître l'importance de la question identitaire. Une telle préoccupation n'est pas nouvelle et constitue presque une obsession de notre littérature. Dans le roman, elle prend souvent la forme d'une recherche existentielle, celle d'un sujet errant, en quête de sens, ballotté par les événements, sans but explicite. On constate toutefois, dans des romans très récents, que la quête identitaire est abordée sous un mode plus distancié, sinon même parodique, devenant ainsi un véritable matériau littéraire chargé d'une mémoire et de codes qu'il s'agit de reprendre et de remodeler. Si on peut observer ces avatars parodiques dans plusieurs lieux éditoriaux, les exemples en semblent beaucoup plus nombreux dans les jeunes maisons. Cette communication aura donc pour objectif d'étudier ce phénomène à partir de cinq exemples : Le phyto-analyste de Bertrand Busson (2012) et le premier volume de la série Brigitte des colères de Jérôme Lafond (2010), tous deux parus au Marchand de feuilles, Matamore no 29 d'Alain Farah (2008) publié au Quartanier, ainsi que Bureau universel des copyrights de Bertrand Laverdure (2011) des éditions La peuplade. Ces romans permettront d'illustrer sous quelles formes narratives peut se manifester un usage parodique de la quête identitaire et d'interroger les enjeux littéraires que soulèvent de tels avatars.
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Pause
Rencontres
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L'influence d'un paysage numériqueSamuel Tremblay (UdeM - Université de Montréal)
L'effervescence stylistique et discursive dans l'édition québécoise depuis 2000 amène à
s'interroger sur la provenance d'une telle variété esthétique. Parmi les sources de cette vitalité, l'avènement des blogues renvoie à un refleurissement du panorama littéraire québécois. La contagion de ces nouvelles plateformes numériques sur le milieu de l'édition s'édifie autour d'une porosité intermédiale qui influence la littérature de notre temps. La nature d'une telle porosité se manifeste par des points de contact esthétiques et thématiques issus de la dynamique de la blogosphère et autres plateformes numériques. Dans une perspective comparatiste, l'étude de ces points de contact, de l'influence du numérique sur des oeuvres éditées, constitue le creuset d'une reconfiguration du fait littéraire au Québec. Cette pénétrabilité permet de saisir les impacts sur ce que représente un ouvrage littéraire édité, à notre époque numérique. Une étude transversale des nouvelles voix au Québec comme celle de Sophie Bienvenu (La Mèche, 2011) et la publication du blogue de Catherine Mavrikakis (Héliotrope, 2010) permet de saisir les effets d'un renouvellement des balises de l'édition littéraire québécoise. « L'effet générationnel », relevé par Jean-François Chassay, renvoie à une volonté de repenser la littérature par rapport à la tradition, ce qui transcende sa forme et sa portée. -
« Écritures singulières au pluriel » : brève étude de l'écriture collaborative par les séries « Élise » (Coups de tête) et « Table des matières » (Quartanier)Phillip Schube Coquereau (UQAR - Université du Québec à Rimouski)
La récente multiplication des maisons d'édition québécoises a entraîné une augmentation et une diversification des parutions. Cette situation a poussé certaines maisons émergentes vers des choix éditoriaux audacieux qui, sans être inédits, s'avèrent néanmoins symptomatiques des mutations qui affectent la culture tout entière.
Parmi ces choix, nous aimerions aborder le cas de l'écriture collaborative, que celle-ci soit collective ou concertée par un projet ; si l'on peut voir en elle l'influence de facteurs extérieurs économiques ou stratégiques, cela révèle également, pensons-nous, une transformation de la praxis chez les écrivains : la pluralité conjuguée à une nécessité de cohésion entre les propositions réunies stimule leur créativité tout en posant, en aval, certains défis d'analyse au lecteur. Quels traits apparaissent à l'examen de la narrativité singulière ou des formes d'hybridation (thématique, générique, stylistique, médiatique) qu'on ne manque pas d'y retrouver? Quelle portée donner à ces traits? Deux cas riches et distincts nous serviront à développer ces questions : la « Série Élise », une fiction d'anticipation politique en 8 tomes parue chez Coups de tête (2007-2012), et la série « Table des matières » comportant 3 volumes au Quartanier (2005/2007/2009).
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Paratexte et mentions éditoriales : brouillages, filiations et hapax au cœur de la « Renaissance québécoise »Pierre-Luc Landry (Université Laval), Marie-Hélène VOYER
L'une des manières de penser la littérature, c'est à travers le paratexte qui l'accompagne. Si les années 1990 ont été marquées par le sceau du « récit », reste qu'on peut habituellement classer la littérature publiée dans quelques catégories parfois rigides annoncées par la mention éditoriale qui accompagne le titre : roman, poésie, essai, nouvelles. Je me pencherai sur ces hapax publiés par ce qu'on nomme encore, même après dix ans d'opération, les « nouvelles maisons d'édition québécoises ». J'essaierai de voir ce que les étiquettes « roman tragique », « autogenèse littéraire », « récits et dessins », « proses et dramaticules », « histoires & provocations », et bien d'autres encore, cachent sous leur chapeau. Un brouillage des codes comme celui qui est si cher aux postmodernistes? Un désir de filiation avec des inclassables qui ont marqué la littérature? Cela restera à déterminer.
Portraits
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Le livre est un objet parfait ou un livre de Daniel CantyMylène BOUCHARD (Éditions La Peuplade), Sophie Gagnon-Bergeron (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Daniel Canty est écrivain, éditeur indépendant, réalisateur, scénariste, dramaturge, traducteur, artiste multidisciplinaire, directeur artistique de nombreux projets, érudit, esthète. La feuille de route de Canty a tout pour impressionner et demeure fort étonnamment méconnue. À la tête de plusieurs collectifs et d'autres collaborations pour des éditeurs d'ici (Le Quartanier, Le Noroît, L'Oie de Cravan, etc.), il est selon nous l'un des chefs de file du renouveau éditorial québécois, puisqu'il propose une poétique riche qui agit tant sur le plan formel que sur le plan discursif.
Nous nous intéresserons à l'oeuvre littéraire de Canty, ce qui implique de s'attarder au livre en tant qu'objet parfait – Daniel Canty se dit metteur en livre, désignant ainsi l'expertise éditoriale unique qui est la sienne et qui a présidé la conception d'ouvrages tels que Nor ou Le livre de chevet – et aux formes narratives singulières qu'il contient, parfois véritables machines (Wigrum), toujours porteuses de l'héritage du passé et dotées d'un imaginaire international et encyclopédique. L'examen de l'œuvre de Canty permet donc de répondre à ces simples questions : Qu'est-ce faire un livre et qu'est-ce qu'écrire un livre aujourd'hui au Québec ? Nous verrons que pour Canty la réponse se trouve aux confins d'une poétique du tendre, que nous tenterons de définir.
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Portrait d'une maison d'édition naissante : le cas de La MècheMartine-Emmanuelle Lapointe (UdeM - Université de Montréal)
Que défendent les jeunes maisons d'édition québécoises? Contre qui ou quoi se définissent-elles? De quels travers se méfient-elles? Ces questions sont amples, peut-être même insolubles. Elles ne sauraient, qui plus est, inspirer des réponses consensuelles tant les nouvelles maisons d'édition qui ont récemment essaimé sur la scène littéraire québécoise se revendiquent de tendances et d'approches éditoriales variées. La présente communication tentera d'apporter un éclairage partiel au nouveau paysage esthétique québécois en s'attachant aux publications de la maison d'édition La Mèche qui, selon ses fondateurs, « est résolument ancrée dans l'imaginaire nord-américain ; […] aime l'inédit, le brassage des influences, les bonnes histoires et les métissages avec la culture pop[1] ». Depuis la publication du roman Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu en 2011, La Mèche a fait paraître six ouvrages, romans, chroniques, correspondance littéraire, qui ont reçu un écho généralement favorable dans les médias. Sans prétendre à l'exhaustivité, l'analyse tentera de cerner, s'il y a lieu, la cohérence interne du catalogue de La Mèche en dégageant les tendances esthétiques et les thèmes récurrents qui traversent ses différentes publications. Il s'agira également de réfléchir à l'inscription de la jeune maison d'édition dans le paysage littéraire du Québec contemporain.
[1]http://www.editionslameche.com/p/la-meche.html; page consultée le 30 janvier 2013.
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Les éditions Rodrigol : un formalisme du communLaurence Côté-Fournier (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Fondées en 2002, les éditions Rodrigol privilégient les œuvres hybrides et les projets atypiques, situés résolument en marge du genre romanesque dominant. Sans subsumer sous une même bannière tous leurs ouvrages, il est néanmoins possible de repérer une orientation générale qui permet de définir une « manière Rodrigol ». Si l'étiquette de « ludique » convient mal à nombre de titres publiés par la maison d'édition, le désir de jouer avec les règles qui définissent ce qui appartient – ou non – à la littérature, ou encore ce qui peut constituer un sujet littéraire, est néanmoins perceptible chez une majorité d'auteurs.
Ainsi, un parti pris formaliste et exploratoire se lit à travers un travail marqué sur les genres littéraires, le vernaculaire ou encore la typographie, et est reflété par certaines références explicites laissées par les auteurs dans leurs œuvres. De plus, un intérêt - particulièrement présent dans les collectifs publiés par Rodrigol – pour des thématiques ou des sujets à la limite du banal ou de l'insignifiant (les chats, la campagne, les camions monstres) constitue un deuxième volet de cette orientation. Pour cette présentation, nous souhaitons donc observer comment ce « formalisme du commun » se déploie dans quelques ouvrages de la maison d'édition, en nous concentrant plus particulièrement sur Je suis Sébastien Chevalier (2009) de Patrice Lessard, Chaos = zéro mort encore, 1,2,3 (2007) de Frank Schürch et À l'oral ou à l'oreille (2007) de Claudine Vachon.
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Dîner
Visions
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Des lettres, quelques expériences et beaucoup d'audace : la montée d'une nouvelle génération d'éditeurs au QuébecKarine VACHON (UdeS - Université de Sherbrooke), Josée Vincent (UdeS - Université de Sherbrooke)
Au Québec, depuis le début des années 2000, plusieurs phénomènes concourent à redessiner la topographie du milieu éditorial (Michon, 2010), parmi lesquels les rachats d'entreprises par de grands groupes, la montée du livre numérique, mais aussi l'émergence d'une nouvelle génération d'éditeurs. Alors que la plupart des dirigeants des entreprises créées au début des années 1970 arrivent à l'âge de la retraite, de nouveaux venus se lancent à la conquête du marché en utilisant de nouvelles stratégies de promotion.
Dans cette communication, je propose une réflexion sur ce changement générationnel perceptible au Québec, mais ailleurs aussi en France et au Canada, à partir de trois cas, soit celui d'Antoine Tanguay des Éditions Alto, Éric de Larochellière des Éditions du Quartanier et Mélanie Vincelette des Éditions Marchand de feuilles. Je m'intéresserai à leurs origines sociales et à leur formation, avant d'étudier leur positionnement et leurs pratiques éditoriales. Dotés d'une formation universitaire, ces jeunes éditeurs ont certes en commun d'avoir fait leurs premières armes dans des revues d'avant-garde, tout en collaborant avec des éditeurs aguerris. Ainsi mieux préparés, les représentants de cette génération sont déterminés à rejoindre leurs lecteurs, notamment via les médias sociaux dont ils maîtrisent parfaitement l'usage. C'est du moins ce que démontrent des entrevues menées avec les éditeurs ainsi que l'étude de leur site web et de leur page Facebook.
Visions. Rencontre d'éditeurs. Partie 1.
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Pause
Visions. Rencontre d'éditeurs. Partie 2.
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Mot de clôture