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Récit de recherche – actualité : La politique de la cour d’école

En arrière-plan, une école primaire : la brique et l’asphalte affichent des dessins aux couleurs criardes, invitant les élèves au jeu. En avant-plan, une structure en spirale leur permet de grimper au ciel pour se prétendre maîtres des lieux qu’ils dominent du regard.

Cour de l'école primaire l'Odyssée, Lévis
Cour de l’école primaire de l’Odyssée (Lévis), jadis fréquentée par les quatre enfants du professeur-chercheur, et où il a été président du conseil d’établissement. Crédits photo : Antoine Lamontagne.

 

L’analyste des politiques voit dans ce tableau un espace de sens qu’il interprète pour rendre compréhensibles les idées et les actions à l’œuvre dans l’école. Cet analyste définit les politiques comme des idées en action.

Sa stratégie de recherche permet de rendre compte des liens entre politiques publiques de l’éducation au Québec et organisation de la cour d’école (La cour de récréation, Éditions Midi-pyrénéennes, 2016). Ces politiques devenant des idées qui à leur tour se transforment en actions modulant ainsi le vécu de dizaines de cohortes d’écoliers.

Une finalité est visée par ces idées, observe l’analyste : faire bouger et socialiser avec ordre et sécurité. Des activités sont prescrites : la cour de récréation n’est plus espace de liberté, mais espace normé pour atteindre les objectifs du plan de réussite. L’adulte s’est approprié l’espace : gestionnaire de la réussite scolaire, entrepreneur de produits et services ou expert définissant le souhaitable.

L’analyste des politiques de l’éducation « apprécie » ces phénomènes de manière transdisciplinaire, dans une perspective critique. Il étudie les politiques sur un temps long et décode les visions du monde sous-jacentes. Selon la théorie cognitive, ces visions du monde sont des référentiels définis comme des plans d’action reposant sur des valeurs et sur des normes. L’analyste des politiques étudie aussi la dynamique des acteurs dans cet espace, la joute politique qui vise à contrôler les ressources pour ses propres intérêts, selon cette fois la théorie gouvernétique. Finalement, l’analyste des politiques agit pour comprendre dans le contexte de la recherche-action, en contribuant par exemple à l’instauration d’un « Pacte social pour l’éducation » sur un territoire, en accompagnant une équipe-école dans la création d’un gouvernement d’élèves, en soutenant l’offre de services éducatifs de qualité dans des petites écoles en milieux dévitalisés. Il se met gracieusement au service de l’institution scolaire pour participer à la compréhension de ses enjeux, permettant ainsi de mieux relever les défis d’un monde complexe et incertain.

Des activités sont prescrites : la cour de récréation n’est plus "espace de liberté", mais "espace normé" pour atteindre les objectifs du plan de réussite.

Auteur(e)

Jean Bernatchez
Université du Québec à Rimouski

Jean Bernatchez est analyste des politiques et professeur-chercheur à l’Université du Québec à Rimouski. Il publie dans des revues scientifiques (Enquêtes et Ancrages, Globe, Éthique publique…) et dans des ouvrages universitaires (Presses de l’Université du Québec, de l’Université Laval, McGill-Queen’s University Press…). Il est membre du Groupe de recherche Apprentissage et socialisation, du réseau interuniversitaire Périscope sur la réussite scolaire, du Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional de l'Est du Québec et de l'Équipe de recherche interrégionale sur l'organisation du travail des directions d'établissements scolaires. Il est chercheur associé au Centre de transfert sur la réussite éducative du Québec, membre du Conseil supérieur de l’éducation et de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université.