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Le parcours d'une directrice scientifique d'un conseil de gestion

[...] j’ai eu une mentore en or, qui m’a inculqué un solide code de pratique : « par le milieu, pour le milieu ». Un projet visant à résoudre une problématique locale identifiée par le milieu est d’une valeur inestimable. C’était un privilège pour moi de consacrer mes efforts à ma communauté et d’évaluer l’impact de cette algue sur la ressource la plus importante de la région : le saumon atlantique.

Carole-Anne Gillis
Carole-Anne Gillis

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Racontez-nous votre parcours, de vos études supérieures à votre occupation actuelle?

J’ai complété mon DEC en Sciences de la nature au Cégep de Matane. Ce programme m'ayant donné le goût de l’écologie, je me suis inscrite au baccalauréat en biologie à l’UQAR. Lors de mon bac – profil général, j’ai profité des cours optionnels pour explorer la dynamique fluviale et la gestion des bassins versants, des contenus offerts par le Département de géographie. Native du village de Matapédia, j’ai été interpelée dans mon laboratoire de biologie végétale 2 par la présence d’un pot Masson, sur une table, près de moi, dont l’étiquette se lisait ainsi « Rivière Matapédia »! Aucune observation de cette algue didymo n’avait été faite avant que les pêcheurs de saumon ne la découvrent en rivière à l’été 2006, et n’en apporte un échantillon au laboratoire. Curieuse de cet unicellulaire pouvant créer une biomasse phénoménale tapissant le lit des rivières, je suis allée travailler au sein de l’Organisme de bassin versant Matapédia-Restigouche (OBVMR) dès mon deuxième été en tant qu’étudiante de baccalauréat. Ce fut le début d’une longue histoire d’amour entre moi et l’algue didymo. S’en est suivi une maîtrise en sciences de l’eau à l’INRS-ETE à l’été 2009.

À l’OBVMR, j’ai eu une mentore en or, qui m’a inculqué un solide code de pratique : « par le milieu, pour le milieu ». Un projet visant à résoudre une problématique locale identifiée par le milieu est d’une valeur inestimable. C’était un privilège pour moi de consacrer mes efforts à ma communauté et d’évaluer l’impact de cette algue sur la ressource la plus importante de la région : le saumon atlantique. Et c’est ainsi que dans le cadre de ma maîtrise et mon doctorat, j’ai poursuivi mes recherches sur l’algue didymo en milieu pratique avec le soutien de l’OBVMR. Entre 2009 et 2012, j’ai réalisé mon terrain et mes projets de recherche dans « mon » bassin versant. Suite à des stages internationaux et séjours de rédaction, ma bourse de doctorat s’est terminée au printemps 2014.

À raison de besoins de revenus, j’ai entamé mes recherches d’emploi. Ayant été impliquée de près avec les organismes à but non lucratif du bassin versant, un poste a été créé afin de consolider ma présence en tant que directrice scientifique. Grâce à la participation financière et la collaboration de six organisations vouées aux rivières et au saumon atlantique dans le bassin versant de la rivière Restigouche, je suis toujours en poste. Depuis quatre ans, je facilite et coordonne divers projets de recherche scientifique appliqués en collaboration avec des universités, instituts, gouvernements, OBNL et Premières Nations. Mon travail est très valorisant puisqu’il est d’abord et avant tout, « par le milieu, pour le milieu »!

Parlez-nous de votre passage d’une formation en recherche à une profession en dehors du milieu universitaire?

Mon parcours universitaire a été très lié aux milieux de pratique, et le passage s’est d’autant mieux fait que je suis toujours très active en recherche, les projets étant bien sûr davantage appliqués que fondamentaux. Cependant, faire de la recherche en milieu de pratique limite les interactions avec d’autres chercheurs. Le réseautage scientifique vaut donc son pesant d’or! 

Quelles compétences acquises lors de votre formation sont mises à profit dans votre occupation actuelle et lesquelles vous ont manqué?

Dans le cadre de mon mémoire et de ma thèse, j’ai traversé toutes les étapes d’un projet (recherche de financement, devis, méthodologie, analyses des données et interprétation, diffusion), des compétences qui me servent aujourd’hui. De plus, mon sens de l’organisation me permet certainement de gérer plusieurs projets au sein de nombreuses organisations. 
L’adaptabilité et la flexibilité sont également très importantes puisque les projets évoluent au fil des contraintes. J’utilise ma créativité et ma capacité à trouver des solutions rapidement, et ce, sur une base quotidienne.

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants-chercheurs pour les préparer à de multiples parcours?

Faites un stage en industrie ou en milieu de pratique afin d’élargir votre réseau de contacts et d’identifier diverses facettes de votre profession. Cela vous permettra d’identifier vos intérêts et d’ouvrir votre esprit à un parcours qui peut être immensément valorisant! 
 

algue didymo
L'algue didymo, au coeur de la maitrise et du doctorat de Carole-Anne Gillis. Source : Carole-Anne Gillis

 

Auteur(e)

Carole-Anne Gillis
Conseil de gestion du Bassin versant de la Rivière Restigouche

Carole-Anne Gillis est directrice scientifique au Conseil de gestion du Bassin versant de la Rivière Restigouche, un organisme à but non lucratif voué à la protection du saumon atlantique. Elle a réalisé sa maîtrise et son doctorat à l’INRS-ETE. Aujourd’hui, elle œuvre à la mise sur pied et à la coordination de divers projets de recherche dans le bassin versant de la rivière Restigouche en collaboration avec le milieu universitaire.