Imprimer

Le parcours d'un chercheur industriel

Mon expérience récente me rend fier des apprentissages effectués lors de mon doctorat. L’accueil fréquent d’étudiants au laboratoire m’a appris à planifier les étapes d’un projet réalisé par d’autres et le suivi de celui-ci. Les bases apprises tout au cours de mon parcours universitaire me servent au quotidien, mais c’est de savoir appliquer ces bases à d’autres réalités qui m’est le plus utile.

Louis-Charles RainvilleLes autres parcours...
- d’une consultante en développement territoriale
- d'un brasseur de bières
- d'une directrice scientifique d'un conseil de gestion
- d'un chercheur industriel
- d'une spécialiste de programmes sénior
- d'un chef d'équipe en développement des affaires
- d'une chargée en développement LiDAR
- d'un coordonnateur de développement de services  
- d'une coordonnatrice de commission au sein d'un organisme-conseil
- d'un producteur de métaux de haute technologie
- d'un scientifique de données
- d'un chercheur dans un OBNL

Racontez-nous votre parcours, de vos études supérieures à votre occupation actuelle?

La transition des études doctorales au travail a été relativement rapide dans mon cas. J’ai réalisé une maîtrise en océanographie (ISMER, Rimouski), puis un doctorat en biochimie à l’étranger, en Irlande, à l’University College Cork. Les deux projets traitaient d’écotoxicologie moléculaire. Ensuite, je me suis retrouvé à Montréal pour terminer la rédaction de ma thèse tout en occupant de petits gagne-pains. Un an après ma soutenance, j’ai eu la chance de travailler en recherche en santé publique, et j’ai ensuite débuté un postdoctorat, mais pour lequel je n’ai pu obtenir de financement. Se trouver une place en recherche après un passage à l’étranger fut tout un défi. Le réseau est toujours très important dans la quête d’un emploi, et j’avais perdu le contact avec le milieu de la recherche universitaire du Québec pendant quatre ans. J’ai appris qu’un bon réseau est toujours utile, même lorsque l’on change de branche! Mon réseau d’anciens collègues et d’amis m’aida donc à me préparer pour la suite.

Ma chance est arrivée à l’été 2015 au moment où paraissait une offre d’emploi comme chargé de projet chez Merinov, à Gaspé. Je désirais vivre en Gaspésie, j’étais prêt à y aller même pour travailler hors de mon domaine. Suite à mon doctorat, je savais planifier un projet à long terme, comprendre des problématiques complexes, expliquer mes raisonnements clairement et surtout transformer les erreurs et les échecs en apprentissages. Avec un peu d’effort, je savais que je pourrais travailler dans différents milieux, quitte à démarrer au bas de l’échelle. Après onze années d’université, j’aimais l’idée d’un emploi où je n’aurai pas à ma casser la tête... Par contre, la vie en a voulu autrement. J’ai décroché l’emploi chez Merinov et découvert l’univers des centres collégiaux de transfert technologique (CCTT). Je ne connaissais pas ces excellents centres de recherche, même si on en compte 49 au Québec. Je les découvre depuis deux ans, en travaillant en recherche appliquée dans le domaine de la transformation des produits marins. Mon travail m’expose à un tout nouveau monde, loin de mes premières amours de recherche. Je suis maintenant responsable d’une plateforme "pilote" de fractionnement, soit une usine laboratoire permettant d’extraire huiles, protéines et autres molécules marines en grande quantité. Ce que je faisais en laboratoire à l’échelle du microlitre, je dois maintenant le transposer sur des centaines de kilos, en visant des retombées à court et moyen terme. Le tout en équipe, accompagné de professionnels, de techniciens et d’ouvriers expérimentés. Je me retrouve donc chercheur en biochimie au bout du monde, dans une réalité et à une échelle totalement nouvelles!

Parlez-nous de votre passage d’une formation en recherche à une profession en dehors du milieu universitaire?

Cette transition de la liberté de la recherche fondamentale à un emploi n’est pas sans défis! J’apprends à connaître l’industrie avec laquelle je travaille, et je développe un nouveau réseau, tant avec les chercheurs que les entrepreneurs. C’est un défi colossal, qui prend du temps. Je suis rarement dans le laboratoire, mon rôle touchant plutôt la gestion de projets, l’encadrement de personnel, la formation de stagiaires et, comme tout chercheur, l’éternelle recherche de financement. 

Quelles compétences acquises lors de votre formation sont mises à profit dans votre occupation actuelle et lesquelles vous ont manqué?

Mon expérience récente me rend fier des apprentissages effectués lors de mon doctorat. L’accueil fréquent d’étudiants au laboratoire m’a appris à planifier les étapes d’un projet réalisé par d’autres et le suivi de celui-ci. Les bases apprises tout au cours de mon parcours universitaire me servent au quotidien, mais c’est de savoir appliquer ces bases à d’autres réalités qui m’est le plus utile. Je regarde depuis longtemps ma cuisine comme un laboratoire, et cette compréhension des processus biochimiques du quotidien m’aide à proposer aux entreprises des procédés simples et moins coûteux. Même si j’étais le seul pilote de mon projet de doctorat, j’ai appris à travailler en équipe, avec des gens ne possédant pas toujours mon expertise. Cette capacité à entrer contact me sert autant et parfois plus que mon expertise! Par contre, la liberté du doctorat a un coût. Il est difficile de passer d’un horaire éclaté et libre à un horaire plus contraint. De plus, un travail d’équipe sur un projet commun restreint la marge de liberté.

Mais la portion la plus difficile de ma transition, c’est la conciliation entre travail et vie. Heureusement, cela veut aussi dire que mes projets de recherche me suivent rarement les soirs et les fins de semaine alors que mon doctorat a été (trop) présent continuellement dans ma vie pendant cinq ans et demi!

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants chercheurs pour les préparer à de multiples parcours? 

Afin de se préparer au monde du travail, et à toutes les portes que les études supérieures peuvent ouvrir, il y a une multitude de recettes! Pour trouver celle qui nous convient, il faut apprendre à connaître ses intérêts, les « vivre », et les laisser nous guider vers de nouvelles expériences et relations, que ce soit en recherche ou dans d’autres pans de nos vies. Ainsi, notre réseau et nos connaissances s’élargissent dans des directions qui nous ressemblent. Cela peut nous mener aux premiers emplois, parfois bien éloignés de notre domaine de recherche, mais près de nos intérêts et de notre personnalité!

N’oubliez pas non plus les nombreuses compétences que vous avez développées. Réussir des études supérieures demande de la discipline, de la créativité, de l’intelligence et de nombreuses compétences en résolution de problème, en synthèse d’information et en communication. Ce sont ces compétences qui vous mèneront sur le marché du travail, parfois même plus que votre expertise pointue!

Mais la portion la plus difficile de ma transition, c’est la conciliation entre travail et vie. Heureusement, cela veut aussi dire que mes projets de recherche me suivent rarement les soirs et les fins de semaine alors que mon doctorat a été (trop) présent continuellement dans ma vie pendant cinq ans et demi!

Auteur(e)

Louis-Charles Rainville
Merinov

Louis-Charles Rainville est chercheur industriel chez Merinov, un Centre collégial de transfert technologique spécialisé dans le domaine des pêches, de l’aquaculture et de la transformation des produits marins. Il a complété sa maîtrise à l’UQAR et son doctorat à l’University College Cork, en Irlande. Il travaille au développement de procédés d’extraction de biomolécules à partir des algues et des coproduits d’origine marine.